Tébourba, Djedeïda et El-Battan L’établissement des Andalous dans la basse vallée de la Medjerda Mise en valeur des terres, urbanisme et architecture


 

08 | 2019

Tébourba, Djedeïda et El-Battan
L’établissement des Andalous dans la basse vallée de la Medjerda.
Mise en valeur des terres, urbanisme et architecture

Ahmed Saadaoui (*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

Au début du XVIIe siècle, la basse vallée de la Medjerda a reçu un contingent important d’immigrés morisques qui avaient joué un rôle majeur dans la revivification de cette région riche et proche de la capitale. En s’appuyant sur une nouvelle documentions d’archives et sur des recherches de terrain, nous souhaitons apporter, dans cet article, quelques éclairages sur le rôle du pouvoir ottoman et de la communauté andalouse dans l’urbanisation et la mise en valeur des terres de cette région. Nous limiterons notre étude à trois sites importants : en premier lieu, nous présentons le pont barrage de Djedeida, la résidence de plaisance et le village qui le jouxtent ; en deuxième lieu, notre recherche porte sur le pont-barrage d’El-Battan, le hameau du même nom, les moulins et la résidence de plaisance du mouradite Muhammad Bey à al-Hathramîn ; en dernier lieu nous étudierons Tébourba, la principale ville andalouse de la basse vallée de la Medjerda. Nous examinerons les caractéristiques de la mise en valeur de son terroir, son urbanisme et la vie urbaine de la cité ainsi que son architecture et ses monuments historiques.

Abstract

At the beginning of the 17th century, the lower Medjerda valley welcomed a large contingent of Moriscos immigrants who played a major role in the rebirth of this rich region close to the capital. On the basis of a new archival document and field research, we wish to shed light in this article on the role of the Ottoman power and the Andalusian community in the urbanization and development of the lands of this region. We will limit our study to three important sites: first, we will present the Jedeida Dam bridge, the leisure residence and the adjoining village; second, our research will focus on the El-Battan Dam bridge, the Samename hamlet, the fuller mills and the residence of the Muradite bursar Muhammad Bey at al-Hathramîn; finally, we will study Tebourba, the main Andalusian city of the lower Medjerda valley. We will examine the characteristics of the development of its land, its urban planning and the urban life of the city as well as its architecture and historical monuments.

الملخص

استقبلت جهة حوض وادي مجردة السفلي في بداية القرن السابع عشر مجموعات كبيرة من المهاجرين الأندلسيين الذين لعبو دورا نشيطا في إحياء هذه المنطقة الغنية والقريبة من العاصمة. نسعى في هذا المقال إلى تسليط الضوء على دور السلطة العثمانية والمهاجرين الأندلسيين في تحضر وإحياء أراضي هذه المنطقة، وذلك بالاعتماد على الوثائق الأرشيفية الجديدة والبحوث الميدانية. نقتصر في هذه الدراسة على ثلاثة مواقع هامة. نتعرض أولا إلى قنطرة الجديدة وجسرها وطواحينها والإقامة الأميرية والقرية الملاصقتين لها. في مرحلة ثانية نسلط الأضواء على قنطرة وجسر وطواحين البطان والقصر الذي شيده محمد باي المرادي بالحثرمين بالقرب من القنطرة. وندرس في الأخير طبربة، أهم مدينة أندلسية بحوض مجردة السفلي، ندرس الأنشطة الزراعية حول المدينة والحياة الحضرية داخلها، ثم نركز على التعمير والمعمار والمعالم التاريخية بها.

Entrée d’index

Mots-clés : Tébourba, Djedeida, El-Battan, Andalous, Morisques, Tunisie XVIIe siècle, ponts, moulins à foulons.
Keywords:Tébourba, Djedeida, El-Battan, Andalusia, Moriscos, Tunisia in the seventeenth century, bridge, fuller mill.

الكلمات المفاتيح: طبربة، الجديدة، البطان، الأندلسيون، الموريسكيون، تونس في القرن السابع عشر، مصانع تلبيد الشاشية.

Plan

Introduction
1- Djedeïda : le pont, la résidence de plaisance et le hameau 

2- El-Battan : le pont-barrage, les moulins et la résidence de plaisance d’al-Hathramîn
3- La ville andalouse de Tébourba : activités agricoles, urbaines et architecturales 
Conclusion

Texte intégral

Introduction 

La basse vallée de la Medjerda, qui était pendant l’Antiquité densément peuplée et parsemé de villes et de villages, a connu, vers la fin de l’Antiquité et surtout après la conquête arabe, un net recul de la vie sédentaire et la ruine et la disparition de nombreuses cités. Cette tendance se confirmera au XIe siècle avec l’invasion hilalienne : la vie urbaine s’est rétrécie encore davantage devant la progression du nomadisme. Au début du XVIIe siècle, la basse vallée de Medjerda profite de l’établissement de l’immigration morisque. Les réfugiés créent un réseau de villes et villages sur des sites antiques en ruine et contribuent à la mise en valeur des terres dans toute la région.

Fig. 1 : Tébourba, Djedeïda et El-Battan : trois localités de la basse vallée de la Medjerda situées dans les environs de Tunis.
Carte topographique publiée dans l’Atlas archéologique de Tunisie, 1892-1932.

Il semble que cUthmân Dey et après lui Youssef Dey aient encouragé, tout particulièrement, les immigrants à s’établir sur les rives de la Medjerda dans des villages proches de la capitale (moyennes et basses vallées de la rivière). Les deux deys cherchaient à profiter des connaissances des Andalous dans le domaine de l’agriculture pour une mise en valeur d’une région qui, malgré les crues de la Medjerda et la richesse de ses terres, offrait à la Régence une production médiocre. En effet, toute vie villageoise avait cessé d’exister dans cette contrée, pourtant réputée depuis l’antiquité par sa prospérité et son abondance. Au début du XVIIe siècle, les tribus arabes qui s’étaient emparées depuis des siècles de ces territoires, tout en s’adonnant à l’élevage, pratiquaient une céréaliculture contingente liée à un mode de vie nomade, de subsistance. Les Andalous étaient appelés à une revivification de ces terres en introduisant dans cette région proche de Tunis des noyaux de vie sédentaire et villageoise, fondés sur une agriculture intensive : jardinage, arboriculture, oliveraie, vignoble. Les immigrants, qui savaient profiter du voisinage de la rivière, installèrent des ponts-barrages afin d’arroser les terres riveraines. Au niveau des basses terrasses de la Medjerda, les nappes phréatiques douces et souvent peu profondes, furent intensément exploitées au moyen d’un réseau dense de puits équipés de machines élévatoires, noria-s. En outre, deux ponts barrages à Djeideïda et à El Battan furent construits pour contribuer à l’irrigation des vergers proches.

Le pouvoir ottomans a joué un rôle important dans la fondation des localités andalouses et dans l’exploitation des terres environnantes. Les fondations religieuses des premiers deys et beys de Tunis sont à mettre en rapport avec la revivification de certaines terres agricoles. En effet, la mosquée de Youssef Dey et celles des mouradites Hammûda Pacha et Muhammad Bey ainsi que plusieurs des fondations religieuses possèdent, d’après les documents d’archives, des Anciens Habous des terres agricoles auprès des localités habitées, depuis le début du XVIIe siècle, par les Andalous, et notamment dans la basse vallée de la Medjerda. Les dignitaires du pouvoir ottoman se sont certainement emparées de terres mortes et les ont affermées aux immigrants pour qu’ils s’occupent de leur vivification. La rente, ainsi, alimentait le budget des fondations religieuses des deys et des beys à Tunis.

Aidés par le savoir-faire des Andalous, les représentants du pouvoir turc aménagèrent des routes pour faciliter les échanges, les transports et le commerce des produits maraîchers ou artisanaux des nouvelles fondations. Ils construisirent également, au XVIIe siècle, quatre ponts sur la Medjerda. Le premier de cette série d’ouvrages est celui qui se trouve sur la route qui reliait Tunis à Bizerte et qui porte le nom de Pont de Bizerte. Il fut élevé vers la fin du règne de cUthman Dey, probablement en 1609(1). En dos d’âne, il est construit en pierre de taille et compte sept arches égales. Citons également le pont de Medjez-el-Bab qui enjambe la rivière en amont de cette ville andalouse. Œuvre de Mourad II, cet ouvrage en belles pierres de taille, a été achevé en 1677. C’est un pont en dos d’âne percé par huit arches égales portant un tablier protégé par un parapet. Jeté sur la Medjerda, ce pont relie la ville à ses jardins et aux cités andalouses proches.

Les deux derniers ponts édifiés sur la Medjerda près des localités andalouses se trouvent dans les environs de Tébourba : à Djedeïda et à El Battan. Depuis leur fondation, ces deux ponts furent complétés par une admirable résidence secondaire du fondateur, des moulins à foulon, dits Battan, des moulins hydrauliques et des barrages qui fournissaient en même temps l’eau pour les foulons de la chéchia et permettaient d’irrigation les terres riveraines grâce à l’élévation de l’eau de la rivière au niveau nécessaire. Les deux ponts furent à l’origine de hameaux habités par les paysans qui travaillaient dans les jardins et les henchirs, les domaines qui se trouvaient dans les alentours.

Fig. 2 : Le pont de Djedeïda qui fut terminé en 1025/1016 a été édifié sur ordre de Youssef Dey. Photo Louis Poinssot.

Dans cet article, nous souhaiterions apporter quelques éclairages sur le rôle du pouvoir ottoman et de la communauté andalouse dans la mise en valeur des terres de la basse vallée de la Medjerda. Nous limiterons ici notre étude à trois sites importants : en premier lieu, nous présenterons le pont de Djedeïda, la résidence de plaisance et le village qui le jouxtent ; en deuxième lieu, notre recherche portera sur le pont-barrage d’El-Battan, le hameau du même nom, les moulins et la résidence de plaisance mouradite de al-Hathramîn puis nous terminerons avec Tébourba, la principale ville andalouse de la basse vallée de la Medjerda. Nous examinerons les caractéristiques de la mise en valeur de son terroir, l’urbanisme et la vie urbaine de la cité ainsi que l’architecture et les monuments historiques.

1. Djedeïda : le pont, la résidence de plaisance et le hameau 

1.1- Le pont de Djedeïda

Le pont de Djedeïda, à l’origine d’une des belles plus résidences princières de plaisance du XVIIe siècle, fut aussi l’une des raisons de la naissance d’un hameau qui portait au début le nom d’al-Qantara et sera appelé à partir du début du XVIIIe siècle : Djedeïda. Cet ouvrage d’art, achevé en 1025/1016, a été édifié sur ordre de Youssef Dey, est daté avec exactitude par une inscription fixée au parapet du pont (côté aval) et qui a disparu après le bombardement et la destruction partielle du pont en 1943. Louis Poinssot a publié une traduction approximative du texte de cette inscription. Elle indique que l’ouvrage d’art est exécuté aux frais du dey Youssef, fils de Mustafâ et petit-fils de Muhammad al-Turkî ; il fut inauguré à la fin du mois de rajab 1025 (13 août 1616)(2).

Fig. 3 : Le pont de Djedeïda. Photo de l’auteur, 4-3-2012.

De son côté, Jean Thevenot invité par le fils du dey Ahmad Shalabî à al-Qantara en mars 1659, donne une description du pont. Il indique que la Medjerda « passe près de la maison de Scheleby ; et son père fit bâtir pour la traverser un pont de pierre, qui a sept arches entre les arcades lesquelles on a bâti avec de grosses pierres de taille depuis le fond jusqu’à fleur d’eau, de sorte que l’eau passant par ces arcades, et trouvant de l’autre côté, l’eau plus basse, elle fait à chaque arcade, une cascade de 2 pieds de haut fort agréable à voir, et qui fait grand bruit »(3).

Long de 116 m et large de 6 m, le pont qui nous est parvenu compte sept arches égales établies sur un radier assez haut, construit sur toute la longueur de la rivière de sorte que l’eau en la traversant se déverse en cascade. Bombardées pendant la deuxième guerre mondiale, quatre arches ont été détruites et remplacées par la suite par des structures métalliques.

Nous sommes en présence ici d’un pont-barrage dont le but n’est pas de stocker l’eau, en effet, le seuil placé dans le lit de la rivière, au niveau des fondations du pont, a pour but de créer une chute nécessaire pour actionner des moulins à foulons, des moulins à blé, des norias ou même des soufflets de forge et des martinets. Pour ces dernières, Thévenot (1659) parle de « plusieurs moulins de Marêchaux »(4).

Fig. 4 : Le pont de Djedeïda. Photo de l’auteur, 4-3-2012.

Fig. 5 : Le pont de Djedeïda. La huitième arche bouchée depuis le XVIIe ou le XVIIIe siècle. Photo de l’auteur, 4-3-2012.

1.2- La résidence de plaisance

A proximité de ce pont, Youssef Dey fit bâtir une résidence de plaisance dont le charme et la beauté sont largement vantés par la littérature de l’époque. Le chroniqueur tunisien du XVIIe siècle, Ibn Abî Dînâr, donne plus de détails sur l’histoire du pont et de la résidence de plaisance qui le jouxtait. Il indique que le pont se trouvant du côté de Tébourba est l’oeuvre de Youssef Dey ; il est considéré à son époque, vers 1680, un des plus célèbres lieux de plaisance du pays. De son vivant, le dey le dota d’une résidence secondaire, borj, qui fut embellie, après lui, par un de ses collaborateurs, Nasr Agha. Le fils du dey, feu Ahmad Shalabî, prit le palais en affection et l’agrandit encore. Plus tard, le neveu d’Ahmad Shalabî, le mouradite cAli Bey, s’empara des lieux et y apporta à son tour plusieurs améliorations et extensions ; celle-ci devient l’une des résidences de plaisance les plus renommées du pays(5). Al-Wazîr al-Sarrâj confirme les informations rapportées par Ibn Abî Dînâr(6).

Les documents du waqf du XVIIe siècle donnent plusieurs éclairages sur le sujet. Un acte de waqf, daté du milieu du mois de Shacbân 1066 / 6 juin 1656, nous révèle qu’Abû al-cAbbâs Ahmad Shalabî, fils de Youssef Dey, a constitué en habous un verger planté d’arbres, qui se trouve au nord du Bardo, au profil du pont de la Medjerda, sis à henchir al-Lakhmiyîn(7).

D’après un autre acte, quelques années plus tard, au début du mois de safar 1077/2 août 1666, le même Ahmad Shalabî vendit al-batân, le moulin à foulon, et un furn, un moulin à grain, à son neveu Mourad II (1666-1675) qui venait d’accéder au pouvoir après la mort de son père Hammûda Pacha.

Pendant ces années-là, Ahmad Shalabî maria ses deux filles cAïsha et Khadija aux deux fils de Mourad II, les futurs beys : Muhammad (1675-1696) et cAlî (1675-1685). Puis les deux pères décidèrent de constituer en waqf des biens fonciers et immobiliers importants au profit des deux jeunes couples(8). Deux actes datés des débuts de rajab 1081/15 novembre 1670, attribué chacun à un des fondateurs, révèlent que parmi les biens constitués en waqf en leur faveur par Mourad II, Henchir Shawwât qui se trouve au nord de la Medjerda, pas loin du pont de Youssef Dey, ainsi que :

« La totalité du moulin à foulon orienté vers le nord, doté de deux dûlâb (machines hydrauliques) et qui sert pour le foulage des chéchias et des draps andalous, nouvellement construit sur la rive droite de la Medjerda et la totalité du moulin à grain orienté vers l’est ; il est contiguë au précédent et est doté d’une seule machine hydraulique. Les limites des deux bâtiments sont : au sud, le canal qui reçoit l’eau du lavoir des moulins ; à l’est, une rue sur laquelle donne la porte d’entrée du Moulin à grain ; au nord, le pont qui porte le nom de Youssef Dey et à l’ouest, l’oued »(9).

De son côté, Ahmad Shalabî constitua en waqf au profit des deux ménages plusieurs domaines dont celui dit « henchir al-Qantara » ou al-Lakhmî. « Ses limites sont : au sud, la Medjerda ; à l’est, henchir al-Asbahîn al-Kubrâ ; au nord, henchir Shawwât et Qashba et à l’ouest, Menzal Hammâd et Qasr al-Hadîd. L’acte précise que le palais vaste et monumental, les entrepôts, l’huilerie, les fondouks et les autres annexes, sis près du pont, font partie du domaine et sont inclus dans le waqf. »(10).

Fig. 6 : Le pont et les deux villages de Djeideda et Saïda et les Henchirs Chaouat, el-Kantra, Lakhmi et Saïda, etc.
Carte topographique publiée dans l’Atlas archéologique de Tunisie, 1892-1932.

Les documents donnent une idée sur l’importance de cette résidence princière doublée d’une série de bâtiments qui en font une petite ville. Ceci est confirmé par des voyageurs européens qui ont visité les lieux. Invité en mars 1659 par « Scheleby », Jean Thevenot note que « Depuis Tunis jusqu’à la Cantre on chemine presque toujours dans des grandes campagnes plantées d’oliviers éloignés de quelques pas l’un de l’autre ». Il donne une description du pont jeté sur la Medjerda et ajoute : « Il y a sur cette rivière plusieurs moulins de mareschaux comme aussi pour moudre, et pour presser les bonnets appelés bonnets de Fez, lesquels se font à Zagouaro (Zaghouan) par des Tagarins »(11).

Le voyageur évoque trois types de moulins : les moulins à Foulon, les moulins à grain et ce qu’il appelle moulin de mareschaux(12) ; à notre avis, il désigne ici les moulins de maraîchers, c’est-à-dire les norias permettant d’élever l’eau de la rivière afin d’alimenter les canaux qui vont irriguer les cultures maraîchères des jardins potagers proches de la résidence et de ses dépendances. En effet, Ibn Abî Dinâr signale une noria comparable à celles de Hama(13) et al-Wazîr al-Sarrâj indique que Ahmad Shalabî établit près du pont une roue qui tourne toute seule et sans la traction animale(14). Ce type de noria dont la grande roue est mue par la rivière et qui rappelle ceux de Hama ou de Malaga est signalé pour la première dans le pays. Les Andalous ont introduit et développé l’utilisation des moulins à vent (à Soliman), des moulins hydraulique (à Zaghouan) et les machines hydrauliques sur les puits (à Testour). Les norias ou machines hydrauliques mues par l’eau de rivière signalées ici, s’inscrivent dans cette démarche ; c’est une contribution importante de la communauté andalouse.

Thévenot ajoute que la main d’oeuvre est formée essentiellement par des captifs chrétiens : « ce sont tous esclaves du Scheleby qui travaillent à ces moulins. » A sa mort, Youssef Dey, le fils Scheleby hérite de quelques 1800 captifs. Une partie de ces captifs travaillent dans les domaines et les résidences secondaires du prince comme ouvriers, artisans, maraîchers ou paysans. Les dizaines sinon les centaines de captifs chrétiens habitant al-Qantara et travaillant pour Ahmad Shalabî vivaient dans un bagne se trouvant sur les lieux ; ils avaient leur propre chapelle signalée dans des actes consignés dans les registres du Consulat de France (14 et 15 mai 1673) dite la chapelle « La Nunciata » et « Santo Andrea della Chantera », fondée dans la masserie dudit Cielebi. L’un des deux majordomes qui dirigent la chapelle se nomme Giacomo Miano de Messine ; il est sicilien et esclave d’Ahmad Shalabi(15). Comme les autres bagnes, celui d’al-Qantara avait certainement une taverne qui était fréquentée surtout par les Turcs et les captifs chrétiens.

Thévenot décrit ensuite la résidence de plaisance qui jouxte le pont : « au bout du pont est la maison du Scheleby bâtie en forme de château, il y a une fort grande cour, et puis d’autres plus petites, les chambres sont comme les autres avec or, azur et travaux de stuc. Et des fontaines partout, et tout pavé de marbre, elles sont plus superbes que celles que j’avais vues auparavant. Il y a dans ces chambres de beaux tableaux, car ce Scheleby était autrefois fort riche ; son père lui laissa de grands biens, et entre autres dix-huit-cent esclaves, mais il a beaucoup dépensé en débauche. Cet homme a le coeur français, et s’il était venu une fois en chrétienté, il n’en sortirait jamais »(16).

Au cours du XVIIe siècle avec le retour de la paix et une certaine prospérité, les résidences de plaisance se sont multipliées. Les habitants de Tunis, Turcs ou Tunisiens de vieilles souches reprennent le chemin de la campagne environnante. Dans des sites aérés et reposants, ils vont construire des maisons de plaisance entourées de jardins. Certaines de ces maisons sont de véritables palais. Leurs bâtisseurs aimaient aussi retrouver à la campagne le cadre architectural et les aises que l’on jugeait indispensables à Tunis : cours des maîtres à péristyle, courette pour les domestiques, entourées de leurs chambres et leurs communs. Parfois, la demeure prend un aspect fortifié avec des murs très hauts et des tours élevées à la fois pour la surveillance et pour l’agrément et la vue étendue sur les campagnes environnantes.

La résidence royale d’al-Qantara est l’oeuvre de Youssef Dey qui était un des deux deys les plus puissants et les plus riches du XVIIe siècle ; il est le plus grand bâtisseur de son époque. Elle avait ainsi l’aspect d’une résidence princière de la campagne. Il est question d’un ensemble de bâtiments qui s’organise autour de plusieurs cours et qui est complété par plusieurs annexes et dépendances. Les salles d’accueil et les appartements du maître des lieux entourent des cours pavées de marbre et agrémentées de fontaines sculptées dans le même matériau ; ces patios sont encadrés par des portiques portés par des colonnes de marbre d’origine italienne. Couvertes de charpentes polychromes et dorées, les différentes salles sont également parées de marbre, de stuc ciselé et de carreaux de faïence. Thevenot signale que les intérieurs sont ornés à l’italienne de beaux tableaux. Le recours aux artisans italiens et européens très nombreux sur les lieux, explique cet engouement pour les tableaux de peinture, les marbres de Carrare et les faïences de Naples ou de Valence.

Dans le poème qui vante la majesté et la beauté de cette résidence, Ibn Abî Dînâr donne lui aussi une description assez précise du bâtiment et s’arrête sur l’un des éléments phares de cette demeure princière qui la caractérise et prouve sa singularité : al-manara construite par Ahmad Shalabî. C’est une tour, plus haute que les borj-s habituels dans ce type d’habitation ; elle est ici très élevée et rappelle les minarets des mosquées. Elle surplombe l’ensemble des bâtiments et au-delà, toute la région. Ibn Abî Dînâr signale en outre que la tour, qu’il appelle al-manara ou al-burj al-dhakhm ou al-Burj al-rafîc, est surmontée d’une salle d’honneur (iwân) sous forme d’un belvédère (kushk) couvert d’une coupole (qubba). Par iwân, l’auteur entend une salle de réception largement ouverte sur l’extérieur. Ici, les murs sont tapissés de mosaïque de faïence au-dessous d’une frise de stuc finement ciselé ; le plafond de bois doré et peint porte une coupole pyramidale. Comme Thévenot, Ibn Abî Dînâr fait allusion à des tableaux de peinture ornant ses murs. Cette manâra surélevée faisait fonction de tour de surveillance, de salle de réception et de belvédère doté d’une vue étendue sur la campagne verdoyante et les méandres de la rivière qui serpentent entre les vergers, les jardins et les champs(17).

La résidence princière fut complétée par plusieurs bâtiments déjà signalés par nos textes : les moulins à foulon, les moulins à grain, les norias pour l’arrosage des jardins, des fondouks, une huilerie, un bagne, une chapelle, une taverne et deux hameaux habités par une population andalouse et autochtone qui travaille dans les domaines tenus par les propriétaires du borj : al-Sacîda et Djedeïda.

Fig. 7 : Le pont de Djedeïda. Les arches égales sont établies sur un radier assez haut, construit sur toute la longueur de la rivière de sorte que l’eau en la traversant se déverse en cascade.
Source : https://www.facebook.com/Djedeidanews.

Fig. 8 : Le pont de Djedeïda. A côté de ce pont, Ahmad Shalabî fils de Yûsuf Dey fit bâtir une résidence de plaisance dont le charme et la beauté sont largement vantés par la littérature de l’époque. On aperçoit aussi la minoterie du XIXe siècle. Carte postale vers 1900. Collection Chawki Dachraoui.

1.3- Le hameau de Djedeïda

Djedeïda est un simple hameau groupé autour du pont et de la résidence de plaisance de Youssef Dey. En 1724, sur sa route pour Tébourba, Jean-André Peyssonnel note ceci : « il y a deux mauvais villages, l’un dépeuplé appelé Seida et l’autre récemment bâti nommé Gidida »(18). Henchir Sacîda où se trouvait le village du même nom, déjà dépeuplé au début du XVIIIe siècle, se trouve sur la rive droite de la rivière, à quelques centaines de mètres au sud-est du pont. Sur les cartes anciennes, nous trouvons un site qui porte le nom de Borj Sacîda, qui pourrait correspondre à l’emplacement du hameau du XVIIe siècle(19).

Le village de Djedeïda se trouve sur la rive gauche, tout près du pont. Sis à Henchir al-Lakhmiyîn, le lieu portait le nom d’al-Qantra au XVIIe siècle. Il est probable que le toponyme Djedeïda (la petite nouvelle) apparaît vers la fin du siècle ou au tout début du XVIIIe siècle. A notre connaissance, Jean-André Peyssonnel, cité plus haut, est la première source à avoir cité le nom de Djedeïda.

Abandonnée par Muhammad Bey au profit de sa résidence auprès du nouveau pont qu’il avait construit entre 1686 et 1690, la maison de plaisance de Djedeïda et le hameau vont se détériorer ; leur dégradation se poursuivra au XVIIIe siècle, au moment de la guerre dynastique entre les Husaynites, surtout lors de passage des troupes algériennes pour soutenir un camp ou l’autre. En 1705, 1735 et 1756, l’ordre fut donné aux habitants des localités qui se trouvaient sur la route des troupes des Turcs d’Alger, de quitter leurs maisons et d’aller s’installer provisoirement ailleurs.

Durant la deuxième moitié du XVIIIe, Djedeïda retrouvera une certaine prospérité, mais le village ne sera pas épargné des crises du XIXe siècle. Dans le cadre de la modernisation du pays, Ahmad Bey (1837-1855) y construisit une minoterie qui était prévue pour remplacer les moulins à grain hydrauliques traditionnels(20). C’est une grande bâtisse qui accueillait un établissement chargé de produire les farines de blé destinées à un commerce qui dépassait le cadre local et couvrait une partie de la régence. Le bâtiment fut détruit partiellement pendant les bombardements de la seconde guerre mondiale, en 1943.

Dans sa Description de la Régence de Tunis rédigée vers 1844, Pellissier indique qu’auprès « du village de Dejeida existe un pont fort beau et tout en pierre » et que la prospérité de l’ancien borj revient au financier du bey de Tunis Ben Ayed : « il y possède une jolie maison de plaisance dont les jardins, situés auprès du pont, rendent les abords de celui-ci fort agréables »(21). Dans La Tunisie, Histoire et Description (1896), il est précisé qu’après la fuite de Mahmûd Ben Ayed en 1852 en France, « Le bey Ahmed concéda à Mustapha Khaznadar des bâtiments abandonnés sur la rive gauche avec le doit d’établir deux norias à moteurs hydrauliques pour l’irrigation de sa propriété située sur les deux rives de la Medjerda. Après la disgrâce de Khaznadar, la propriété de Djedeïda est cédée au waqf du collège Sadiki qui la concéda en enzel au général Hammûda Ben Ayed ; ce dernier y fit établir une grande minoterie dans le but d’utiliser à peu près complètent la force motrice disponible. Les propriétaires actuels, MM. Cesana, ont cessé, du moins momentanément, l’exploitation de la minoterie, le gouvernement a désaffecté les foulons et la chute n’est plus utilisée que pour élever l’eau employée pour l’irrigation d’une partie minime de la propriété »(22). Charles Lallemand qui visita la région en 1890, attribue le pont-barrage aux Romains et note que « la station de Djedeïda confine au village situé sur la rive droite de la Medjerda, auquel on parvient en passant sur un pont monumental. En aval de ce pont se trouve le colossal barrage romain qui donne encore aujourd’hui la chute d’eau à une grande minoterie appartenant à M. Cesana, banquier. Le pays environnant est très fertile »(23).

Les documents des archives de la Conservation foncière confirment et précisent ces informations ; en effet, un acte daté de 10 Dhû al-qicda 135/19 juillet 1888 indique que al-cArbî Zarrûk, céda en enzel(24) au général Hmîda (et non Hammûda) Ben Ayed le henchir d’al-Qantara et celui d’al-Djedeïda et leurs dépendances. Parmi les dépendances des henchirs, l’acte mentionne quelques bâtiments sis sur la rive gauche de la Medjerda : une résidence de plaisance (borj) ouvrant vers le nord et son étage (culu), deux entrepôts (makhzin) orientés vers le nord, un fondouk orienté vers le sud, une maison de campagne (hawsh) orientée vers le sud, un moulin (tâhûna), un café, une huilerie, deux norias dont l’une est abandonnée, une cave (dâmûs) orientée vers l’ouest et une fontaine (sabbâla)(25). Les mêmes documents mentionnent incidemment le hameau de Djedeïda (dashra), ses habitations, certaines en ruine, d’autres à caractère rural et sa mosquée qui avait des biens waqfs importants. La fontaine publique du village avait également des waqfs.

Djedeïda a subi maintes transformations et mutilations ; il ne reste que quelques vestiges des bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles. La vieille mosquée, dite la mosquée des Andalous remonte à cette époque. Le monument a subi des transformations profondes. La salle de prière de plan carré compte quatre nefs sur quatre travées. Les voûtes d’arête, la coupole du mihrab et les colonnes qui les portent ont été complètement refaites à une époque toute récente. Le minaret qui se dresse près de la porte d’entrée est mieux conservé. De plan carré, il atteint une hauteur totale de près de 15 mètres. Un escalier en colimaçon, caractéristique des escaliers des minarets des mosquées andalouses, mène à un balcon que surmonte un lanternon carré.

Fig. 9 : La mosquée de Djedeïda. Le minaret garde quelques éléments anciens. Photo Kais Ben Achour.

Fig. 10 : La mosquée de Djedeïda. L’escalier en colimaçon de type andalou remonte à l’époque de la fondation de la mosquée. Photo Kais Ben Achour.

Fig. 11 : La mosquée de Djedeïda. La salle de prière a été complètement reconstruite. Photo Kais Ben Achour.

1.4- L’aménagement du terroir de Djedeïda

Les caractéristiques de l’aménagement du terroir du hameau, du pont, de la maison de plaisance et de ses dépendances apparaissent également à travers cette documentation et confirment une certaine continuité dans le paysage depuis la fondation du pont et du Borj en 1616, et jusqu’à la fin du XIXe siècle voire au-delà.

Une première zone formée de jardins potagers, dite al-dokhâniyya(26), occupe un secteur proche du pont ; elle est constituée de petites parcelles avec des cultures irriguées ; l’arrosage s’effectue partiellement par des norias placées sur la rivière que Thévenot appelle moulins des maraîchers. Certaines parcelles sont pourvues d’un puits qui fournit l’eau nécessaire pour l’irrigation. Nous y trouvons des jardins d’agrément auprès de la résidence princière et des jardins de culture maraîchère et d’arbres fruitiers. Au XVIIe siècle, le chevalier d’Arvieux, séjournant à Tunis en 1665 et 1666, vante la beauté d’al-Qantara : « elle a des eaux en abondance, des grands jardins et de très bonne terre aux environs »(27). Ibn Abî Dînâr qui rendit visite, le vendredi 2 rajab 1092 / 18 juillet 1681, à al-Qantara en compagnie du maître des lieux à l’époque, cAli Bey, note : « les roues qui tournent au pont sont mues par la Medjerda et l’emportent en beauté sur celles de Hama…Les exquis jardins sont remplis d’une grande variété d’arbres fruitiers : c’est un paradis. J’ai admiré cette eau courante qui passe à travers des chenaux dans les jardins et les arrosent »(28). En 1844, Pellissier souligne : « les jardins, situés auprès du pont, rendent les abords de celui-ci fort agréables »(29).

Dans une deuxième zone, autour d’al-Qantara se trouvent des vergers plantés d’arbres qui ne nécessitent pas d’irrigation (amandiers et autres) et une forêt d’olivier. De Djedeïda jusqu’à Tébourba sur plus d’une dizaine de kilomètres, la Medjerda forme un grand nombre de méandres et découpe des vastes vergers d’oliviers plantés sur les deux rives de la rivière ; cette oliveraie rejoint celle de Tébourba et forme une des plus importantes forêts d’oliviers de la région.

Dans une deuxième zone, autour d’al-Qantara se trouvent des vergers plantés d’arbres qui ne nécessitent pas d’irrigation (amandiers et autres) et une forêt d’olivier. De Djedeïda jusqu’à Tébourba sur plus d’une dizaine de kilomètres, la Medjerda forme un grand nombre de méandres et découpe des vastes vergers d’oliviers plantés sur les deux rives de la rivière ; cette oliveraie rejoint celle de Tébourba et forme une des plus importantes forêts d’oliviers de la région.

Dans la troisième zone du terroir de Djedeïda s’étendent les champs de céréales. Les différents henchirs sont le domaine privilégié de la culture de blé et d’orge notamment. Les principaux henchirs sont : al-Qantara, Shawwât, al-Keshba et Hammâd sur la rive gauche ; et al-Sacîda, al-Khirba et Ben Nafîsa, sur la rive droite.

Au-delà de ces trois zones, s’étalent les pâturages et une zone montagneuse. En effet, entre Djedeïda et Tébourba, la Medjerda serpente et coule dans un bassin étroit entre les collines de la rive droite et Djebel el-Hamada (118m) et Djebel Mayana (186m). Cette forêt fournit le bois et on y cherche occasionnellement les gibiers.

Pour conclure, notons que c’est une résidence princière fondée à l’époque de Youssef Dey auprès d’un nouveau pont élevé, en 1616, sur l’emplacement d’un pont antique qui est à l’origine de Djedeïda. La résidence s’est étendue vers le milieu du XVIIe siècle pour former une petite cité habitée par le fils du dey et son entourage, mais aussi par un groupe important de captifs logés dans les annexes de la résidence et dans un bagne qui était doté d’une chapelle et d’une taverne. Les rares informations que nous possédons laissent croire que les siciliens sont majoritaires parmi la population européenne : en effet, la chapelle est dite La Nunciata et Santo Andrea della Chantera. Les captifs travaillaient comme serviteur chez le propriétaire des lieux mais aussi comme ouvriers agricoles dans les domaines étendus ou comme ouvrier ou artisans dans les moulins. Un autre groupe d’habitants est formé d’Andalous qui travaillaient dans les deux ateliers à foulons du site. Ces ateliers avaient le monopole du foulage des chechias destinées pour des souks de Tunis jusqu’à la fondation des ateliers d’El-Battan en 1690. Une population autochtone fut attirée par le pont ; elle travaillait surtout dans l’élevage et les activités agricoles dans les domaines environnants. Cette population s’est installée à Sacîda, un hameau qui regroupait des habitations modestes d’ouvriers agricoles. Vers la fin du XVIIe siècle, le village connaitra un déclin puis il sera déserté de sa population qui s’installe dans une nouvelle bourgade tout près du pont, sur la rive droite de la Medjerda et qui portera depuis cette époque le nom de Djedeïda, la petite nouvelle.

La résidence du pont fut délaissée par Muhammad Bey qui, après l’assassinat de son frère, cAli Bey, fit construire non seulement le pont-barrage qui porte son nom, mais également une belle résidence de plaisance à quelques quatre kilomètres au sud-est du nouveau pont.

2. El-Battan : le pont-barrage, les moulins et la résidence de plaisance d’al-Hathramîn 

2.1- Le pont-barrage

Jeté sur la Medjerda à 2 km en aval de Tébourba, le pont-Barrage qui porte le nom de la foulerie, El-Battan, est également à l’origine d’un village le jouxtant et d’une résidence de plaisance beylicale élevée dans ses environs que Jean-André Peyssonnel nomme « le château » ou « le Bardo ».

Fig. 12 :Le pont-barrage d’El-Battan. On aperçoit la foulerie et la fabrique de draps d’Ahmad Bey. Carte postale ancienne. Collection Chawki Dachraoui.

Plusieurs études anciennes attribuent ce pont-barrage à Youssef Dey et le confondent avec celui de Djedeïda. A l’origine de la confusion, la proximité des deux ponts de la ville andalouse de Tébourba ; ajoutons que ces deux ouvrages d’art sont les seules dans le pays à être complétés par un barrage et des moulins à foulon (battân). Louis Poinssot (1942, p. 328, note 25) a corrigé cette erreur(30), et pourtant des études légères et déficientes, plus au moins récentes, reviennent à cette attribution(31). Rappelons que toutes les sources contemporaines affirment que le pont qui porte aujourd’hui le nom d’El-Battan est une oeuvre de Muhammad Bey fils de Murâd II (1675-1696). Néanmoins, al-Wazîr al-Sarrâj est la seule source qui énonce avec précision l’année des débuts des travaux qui avaient duré près de quatre ans : 1098/1686-1687(32). Contemporain et crédible, cet historien donne plusieurs détails sur cette oeuvre grandiose. Il indique que durant l’année 1098/1686, Muhammad Bey acheva les travaux dans le palais du Bardo, qu’il finit la coupole de la turba de son grand-père Hammûda Pacha et qu’il « entama l’édification d’un pont imposants sur la Medjerda dans un lieu-dit al-Hathramîn. Il y utilisa des techniques inédites qui témoignent de sa supériorité, son ambition et sa créativité… Il le dota de vannes qui ferment les arches et permettent de contrôler l’élévation du niveau de l’eau… ». Puis il raconte comment le Bey a su domestiquer ce monstre indomptable qu’est la Medjerda, en étant armé par la science de la géométrie et l’art de bâtir : « il mit en place un barrage qui peut contenir l’eau de la rivière et tous ses affluents. Le barrage ainsi crée s’appuie sur des fondations stables comme des montagnes et la chaussée qui le surmonte repose sur des arcades portées par des piles énormes… Il fit appel à des constructeurs, à des artisans habiles dans leurs métiers et à de nombreux captifs… Après la réalisation de l’ouvrage, des canaux furent aménagés sur les bordures de la rivière pour arroser les riches jardins qui produisaient des fruits variés et abondants et pour alimenter en eau les villages nouvellement crées par le Bey, sur les deux rivages du cours d’eau… Les dépenses ont atteint la somme faramineuse d’un million (de piastres) ». Plus loin, notre chroniqueur précise que l’année 1102/1690 correspond à la fin des travaux de la construction du pont-barrage, la mise en place des canalisations et la création de cinq villages dotés de petites mosquées(33).

Fig. 13 : Le pont-barrage d’El-Battan a été construit par Mohamed bey vers 1690. On aperçoit la foulerie et la fabrique de draps d’Ahmad Bey. Photo de l’auteur, 4-5-2004.

Jean-André Peyssonnel, le naturaliste provençal qui se rendit dans la région une trentaine d’année après (la mi-juillet 1724) nous livre des données fort intéressantes sur ce projet audacieux. Il révèle que Muhammad Bey avait l’intention de détourner la Medjerda vers la capitale qui n’était pas traversée par un fleuve ou une rivière, comme c’est le cas de plusieurs grandes villes : « Il disait qu’il voulait détourner la rivière et la conduire à Tunis ». Puis il donne quelques détails sur le chantier et révèle que le site antique de Turbubo Minus servit de carrière ; la pierre et surtout les grosses pierres de de taille, le matériau essentiel pour cette construction en maçonnerie, se trouvant tout près, à quelque deux kilomètres, sur ce site. L’amphithéâtre qui avait servi de Kasbah, au XIe siècle, pour les Banû cAllâl servira de carrière pour la construction du pont et de la résidence beylicale à l’époque mouradite : « Nous la passâmes (la Medjerda) à un quart de lieue de Tuburbo qui conserve encore son ancien nom… Il y avait un Colysée très beau qui a été détruit par Mahamet Bey, il y a une vingtaine d’années (au fait près de 37 d’ans), pour construire un pont. »(34).

A la même époque, le prêtre anglican et agent diplomatique anglais, Thomas Shaw qui séjourna à Alger entre 1720 et 1732 et effectua des visites dans la Régence de Tunis, confirme les dires de Peyssonnel et souligne que le pont est l’oeuvre de « Mahmed, l’un des derniers beys de Tunis » et « qu’il avait été fait des ruines d’un ancien amphithéâtre qui était autrefois en cet endroit », précisant au passage que le monument romain « était trop beau pour subsister longtemps en Barbarie. »(35).

L’observation du monument actuel confirme ces dires : les pierres de taille romaines sont largement employées dans la construction, certaines sont des fragments reconnaissables du monument antique (jambages, linteaux ou seuils), d’autres portent des marques des tailleurs de pierre ou des inscriptions latines.

Fig. 14 : Le pont-barrage d’El-Battan. L’ouvrage était percé de 24 arches élevées sur un radier servant de fondation pour l’ouvrage. Des vannes fermaient les arches et élevaient le niveau de l’eau pour actionner les moulins à foulon et pour l’irrigation des terrains riverains. D’après un relevé publié par Fleury du Sert (1902).

Jean-André Peyssonnel nous livre ensuite une description assez précise de cet ouvrage : « ce pont a environ quatre cents pieds (122 m) de long sur quatre-vingt-dix de large (27,50 m) et vingt-deux arcades de douze pieds (3,65 m) chacune. La chaussée du milieu a trente pieds (9,15 m) de large et chaque trottoir autant »(36).

L’ouvrage actuel est en bon état de conservation et correspond plus au moins à cette description ; les vannes seules manquent. Il mesure 114 mètres de long pour 30 mètres de large. Sur un massif de fondation reposent des piles qui forment 24 arches large de 2,85 mètres chacune. Plusieurs arches sur les deux extrémités sont condamnées(37). Le tablier qui surmonte l’ouvrage est divisé encore aujourd’hui en une chaussée bordée de deux trottoirs protégés par deux balustrades maçonnées.

Fig. 15 : Le pont-barrage d’El-Battan. Photo de Slim Badri, 18-11-2018.

Fig. 16 : Le pont-barrage d’El-Battan. Photo de Slim Badri, 18-11-2018.

Peyssonnel révèle aussi que le projet initial de Muhammad Bey était très ambitieux. Le fondateur avait prévu de profiter du barrage pour établir un centre industriel doté de 44 moulins (moulins à foulon, moulins à grain, moulins de forge) pour soutenir des activités économiques installées sur place ou à Tunis.

« Il avait pratiqué une écluse ou prise d’eau que les fondements du pont formaient, de sorte que les eaux arrivant à ce pont ont une chute considérable, tombent sous les premiers parapets, font tourner un rang de vingt-deux meules de moulins, puis se reposant sous la chaussée, retombent de nouveau et font tourner un second rang encore de vingt-deux meules. Ainsi, lorsque la rivière aurait (100) pu fournir assez d’eau, il y aurait eu quarante-quatre meules tournantes, ce qui aurait donné à ce bey un revenu très considérable. »(38).

La mort du souverain, suivie des troubles qui avaient précédé la chute de la dynastie mouradite, ont mis fin à ce projet : « Il n’y avait que quatre de ces moulins d’achevés et même la rivière, dans cette saison (mi-juillet), ne peut fournir de l’eau que pour quatre moulins »(39).

Les installations industrielles furent reprises par les Husaynites. Le trinitaire espagnol Francisco Ximénez indique que Husayn ben cAlî (1705-1740) avait la possession des moulins à foulons et que le gérant de cette entreprise indispensable pour la fabrication des chéchias était un Andalous originaires de la ville de Soliman, Cherife Castelli, un homme très influent de l’entourage du bey. « J’ai rendu visite à Cherife Castelli (7 mars 1727) pour aller à Batan… il y a des moulins à foulon où on foule les bonnets colorés utilisé par les Maures. Ils sont au Bey et Cherife Castelli les gère pour son compte. C’est un Maure originaire de Castille. »(40) Ximénez parle ici du ministre et khznadar du bey, Mahmûd al-Sarâ’irî al-Andalusî(41).

Fig. 17 : El-Battan. Le village, le pont et la fabrique de draps construite par Ahmad Bey en 1844.
Source : https://www.facebook.com/Association-la-Manouba-pour-les-monuments-et-la-culture.

Plus tard, au XIXe siècle, Ahmad Bey construisit la première fabrique moderne de draps, juste en face de la foulerie. Dès 1839, le bey réformateur entreprit la construction de cette manufacture destinée à assurer la fabrication des draps nécessaires à la confection des uniformes de sa nouvelle armée créée dans le cadre de la modernisation du pays. Le bey s’est déplacé en personne pour son inauguration en 1844. D’après Ibn Abî Dhiaf, la fabrique suscita son admiration « avec ses ateliers imposants et ses constructions magnifiques ». Le cheikh el-Islam, Muhammad Beyram composa un long poème enthousiaste à l’occasion, rapporté par le chroniqueur(42). La fabrique comprenait à l’inauguration, soixante-dix métiers à tisser achetés en Angleterre qui étaient actionnés par une machine hydraulique de douze chevaux à vapeur. Le reste du travail n’était guère mécanisé : la laine étant nettoyée, cardée et tissé, selon les procédés traditionnels(43).

Face à la foulerie s’élevait une maison de campagne signalée par Ximénes ; elle appartenait probablement à Muhammad Bey. Le trinitaire espagnol y passa la nuit du 7 mars 1727 comme hôte des Husaynite et de leur représentant, le Cherife Castelli(44).

Fig. 18 : Le pont –barrage d’El Battan, le village, Borj Muhammad Bey et les henchirs Derguiche, el-Attermine, el Morra, etc. Carte topographique publiée dans l’Atlas archéologique de Tunisie, 1892-1932.

2.2- La résidence de Muhammad Bey

Outre cet ouvrage, Muhammad Bey édifia à la même époque (686-1690), une résidence secondaire importante dans les environs du pont-barrage. Peyssonnel l’appelle le Bardo ou le palais et signale qu’elle aussi a profité des pierres de l’amphithéâtre romain de Teburbo ; il eut l’occasion de visiter pour chercher des inscriptions latines : « A côté de ce pont, très beau et très solidement fait, le bey avait élevé une maison assez jolie : La porte est faite de trois grandes pièces de marbre blanc et au-dessus on lit gravé en caractères romains le mot VALENTI. Aux environs de ce Bardo ou palais royal nous trouvons une pièce de marbre d’environ douze pieds de long sur trois de large et autant d’épaisseur. Cette pierre, chargée d’ornement en bas-reliefs, faisait sans doute le dessus de la porte de l’ancien amphithéâtre. »(45).

Francisco Ximénes appelle cette résidence de Muhammad Bey : le château et précise son emplacement, à une lieue du pont, soit à une distance approximative égale à quatre kilomètres : « Nous sommes allés au château de Mahamed qui est à une lieue d’ici, aux abords du même fleuve Medjerda. » Les historiens tunisiens ne se sont pas arrêtés sur cette résidence qui était certainement prévue par son fondateur pour égaler et dépasser celle de Djedeïda. En effet, les guerres de la fin de son règne et sa mort quelques années seulement après l’achèvement de sa construction, n’ont pas laissé le temps à Muhammad de profiter de cette demeure princière. Il n’a pas eu le l’occasion aussi d’y recevoir des personnalités de son entourage et notamment les Ulémas, les historiens ou les poètes pour faire l’éloge de cette oeuvre, comme c’était le cas pour la résidence Djedeïda, tenue successivement par Youssef Dey, son fils Ahmad Sheleby et son petit-fils cAli Bey. Abandonnés, les bâtiments ont été certainement pillés à plusieurs reprises, d’autant qu’ils se trouvaient sur le chemin des armées en confrontation durant les nombreuses guerres de la fin du XVIIe siècle et de la première moitié du XVIIIe siècle.

Vers le milieu du XIXe siècle, Pellissier donne quelques informations sur le monument : « On trouve à 4 kilomètres (du pont d’El-Bathan) sur la rive droite, une vaste maison de campagne ruinée, connue sous le nom de Bordj-Sidi-Mahmet-Bey ; c’était jadis une villa princière, où l’eau de la Medjerda arrivait par un canal dont on voit encore les trace. La prise existait au pont même, construit de manière à servir de barrage par un système d’écluses fort bien entendu. »(46). Ainsi, avons-nous des informations précises sur l’emplacement de cette résidence et sur son rapport avec le pont-barrage. Ici, Muhammad Bey a choisi la tranquillité en éloignant sa résidence du hameau d’El-Battan et des établissements industriels qui jouxtaient le pont. Il n’en reste pas moins que la demeure beylicale était alimentée en eau par un canal qui acheminait l’eau de la rivière. Les anciennes cartes topographiques, établies juste après l’établissement du Protectorat, précisent l’emplacement du palais qu’elle nomme « Bordj el Attermine » et signale les vestiges du canal de Muhammad Bey et révélant l’existence d’un petit barrage, tout près, construit pour stocker l’eau du canal et alimenter le palais, ses dépendances et ses jardins(47). Les mêmes cartes présentent des toponymes en rapport avec cette résidence mouradite : un domaine près de djebel Maherine s’appelle, en effet, Henchir El-Ksour ; plus à l’Est, un autre domaine faisant partie de Henchir al-Hathramîn porte le nom de « Henchir Krour el Bey ». Jouxtant ce Henchir du côté sud-ouest, nous trouvons sur la même carte « Hamada krour el Bey ». Une hamada est un plateau ou une colline rocailleuse dont la terre est pauvre et non adaptée à la culture. La toponymie confirme ainsi que la résidence beylicale a marqué le paysage environnant. Il est probable qu’un hameau habité par les serviteurs du palais et les ouvriers agricoles fut créé dans les environs. Les lieux qui semblent avoir reçu un regroupement d’habitations rurales sont nombreux : comme celui de Douar el Djerbi, bordj el Djerbi et Bir el Djerbi (au sud-ouest du palais) ; ou celui du Douar Ben Nefissa ou de celui Douar Sidi Zarzour à l’Est de la résidence beylicale. Le douar signifie ici un groupement d’habitations rurales réunissant des individus d’une même ascendance familiale. Ces douars peuvent être récents comme ils peuvent avoir remplacés des hameaux anciens.

2.3- Les installations hydrauliques et les aménagements agraires

La construction de ce pont-barrage fut également à l’origine d’un grand projet d’aménagement agraire dans cette région de la basse vallée de la Medjerda. La situation privilégiée de ce territoire tout proche de la capitale et son sol léger, si propre aux cultures maraichères et fruitières expliquent ce choix. Le chroniqueur contemporain, al-Wazîr al-Sarrâj donne des indications précieuses sur ce projet : « en l’année 1102/1690 furent terminés les travaux d’al-Hathramîn, l’eau du barrage fut acheminée par des canaux vers les cinq villages nouvellement créés par le Bey, il y édifia de belles petites mosquées ; l’eau servit pour irriguer des jardins et des vergers plantés de différentes cultures qui s’étendent sur une distance de 18 miles (28 kms) »(48).

En effet, en fermant les vannes, le lit de la rivière endigué sur les deux bordures formait, en amont du barrage, un vaste réservoir. Nous observons encore aujourd’hui des vestiges des digues sur plusieurs centaines de mètres sur la rive gauche, des digues hautes de plus deux mètres et soutenues par des contreforts. Deux techniques sont utilisées pour profiter de cette eau stockée dans cet étang : l’inondation des terres proches ou l’irrigation par un système de canaux branchés à la rivière.

Fig. 19 : Le pont-barrage d’El-Battan. En amont du barrage une digue du réservoir destinée à contenir l’eau. La digue est consolidée par des contreforts. Photo Slim Badri, 18-11-2018.

Sur la rive gauche de la rivière et en rapport avec les caractéristiques du relief, le choix se porta sur pour la première technique, celle de l’inondation et de la submersion. En effet, le barrage permettait de refluer l’eau jusqu’à la cote 28,50. Ainsi, depuis le pont et sur une distance de plus de sept kilomètres en s’enfonçant dans la forêt d’olivier qui s’étend entre Djebel Mayana et la ville de Tébourba ou en suivant le cours de la rivière, les jardins et parcelles plantées d’arbres fruitiers et d’oliviers, proches de Tébourba et dont la cote est inférieure à 27 mètres sont facilement inondables (voir carte topographique) ; dans ce secteur, figurent des cotes qui vont de 27 à 20. Pour remédier à certaines irrégularités de la pente et faciliter la submersion de toute la forêt, des canaux et des levées de retenue et des terrassements furent réalisés ; Fleury du Sert (1902) souligne que leurs traces se trouvaient dans toute zone. « Au moment des crues, l’eau atteignait rapidement la cote 29, se déversait par-dessus la crête des berges, la digue du réservoir et par les vannes qui y étaient ménagées à cet effet, et venait inonder toute la forêt en suivant la pente du terrain. Grâce aux canaux et levées cités plus haut, la répartition se faisait régulièrement sur toute la surface, jusqu’à submersion »(49). Sans attendre les crues exceptionnelles, les vannes du barrage de Muhammad Bey permettaient de faire monter l’eau de la rivière jusqu’à la cote de 28.5 et de réaliser l’inondation les jardins potagers des environs de Tébourba et les vastes vergers plantés d’oliviers. Quand l’inondation se fait au printemps pendant la période de floraison de l’olivier, la production peut doubler facilement.

Mais les contraintes du relief ne permettaient pas l’utilisation la technique de la submersion sur la rive droite de la Medjerda, car les zones de maraîchage et d’arboriculture sont sensiblement plus élevées. On avait prévu alors pour leur irrigation, un système de canaux qui, d’après al-Wazîr al-Sarrâj, se prolongaient sur une longueur de 18 miles (28 kilomètres). Plus précisément, il s’agissait de deux canaux partant d’une même prise qui se trouvait au niveau du barrage. Ils se prolongaient sur une distance de 30 kilomètres en suivant le pied des coteaux environnant et se rejoignaient presque aux environs de Djedeïda.

Les observations sur terrain, les cartes topographiques anciennes(50) et les descriptions des vestiges archéologiques apparents faites par Fleury du Sert, vers 1900, nous permettent de retrouver les parcours de ces deux canaux et les traces d’autres installations hydrauliques en rapport avec ce grand projet de mise en valeur des terres de la région d’El-Battan-Djedeïda(51).

Le canal nord, le plus proche de la rivière, longe la N°40 et traverse les parties septentrionales des henchirs Tlit, el Morra, Ben Attia, croise l’oued Chafrou et arrive jusqu’à henchir Saïda.

A partir du barrage, le canal sud se dirige vers le Palais, résidence secondaire de Muhammad Bey, dit Bordj el Attermine, située à 4 kilomètre. Il dépasse la demeure du Bey de près de deux kilomètre vers le sud, puis s’oriente vers le nord-est passe par Guerat el Gouassen, croise oued Chafrou, passe par henchir Fedda et débouche sur henchir Saïda.

Ces deux canaux principaux sont complétés par des canaux et des conduites secondaires qui acheminaient l’eau et permettaient d’atteindre le maximum de jardins plantés d’arbres fruitiers et d’oliviers, comme le signalaient al-Wazîr al-Sarrâj et Jean-André Peysssonnel. De son côté, le diplomate anglais Thomas Shaw précise que le Bey « avait planté dans ces environs un grand nombre d’arbres fruitiers, et les avait rangés de manière que chaque espèce formait un petit bois à part, et séparé des autres. On y voyait par exemple, un bosquet d’orangers, un autre de citronniers, un autre d’abricotiers, un autre de pêchers, ainsi du reste. » (52). Nous pensons que ces belles réalisations dans le domaine de la mise en valeur des terres sont l’oeuvre des paysans locaux, de captifs chrétiens qui étaient assez nombreux et du savoir-faire des immigrés andalous. Dans le domaine agricole, l’apport andalou dans cette région fut important surtout dans le renouvellement de l’olivier et l’introduction de nouvelles variétés. Ils cultivèrent la vigne, le grenadier, le coing, le figuier, les agrumes, ainsi que le mûrier qui leur donnait de la soie.

Le paysage de la région aux XVIIe et XVIIIe siècles, décrit par Thomas Shaw, Jean André Peyssonnel, Francisco Ximénes ou al-Wazîr al-Sarrâj, et qui se distingue par l’étendue des cultures maraîchères et une grande variété des arbres fruitiers a reculé, suite aux crises du XIXe siècle, au profit des plantations d’oliviers.

Pour conclure, soulignons que le pont-barrage de Battan est un ouvrage d’art unique qui a marqué son époque en apportant un progrès technologique certain. A notre connaissance, il est le seul pont-barrage doté d’un réservoir pour stocker l’eau et irriguer les territoires avoisinants connu dans le pays, au Moyen Age et à l’époque moderne. Cette oeuvre confirme que Muhammad Bey était l’un des plus grands bâtisseurs de la régence de Tunis de l’époque ottomane. Sa mosquée de Tunis, monument imposant, est dotée de la plus haute coupole réalisée par l’architecture tunisienne des époques médiévale et moderne. Elle dépasse intérieurement les 25 mètres, alors que les coupoles traditionnelles du pays, les plus monumentales et les plus élevées, ne dépassaient généralement pas ou de peu les 10 mètres ; à titre d’exemple, citons les coupoles des deux grandes mosquées les plus prestigieuse de l’Ifriqiya, celle Kairouan et celle de Tunis.

Pour réaliser un tel ouvrage d’art, les bâtisseurs du pont-barrage d’El Battan se sont appuyés sur les traditions locales, le savoir-faire des Morisques-Andalous et l’ingéniosité de certains captifs chrétiens. Toutes ces compétences ont été mobilisées, comme nous avons essayé de le démontrer, pour la construction du pont-barrage de Djedeïda (1616) et celui d’El Battan (1690) et l’édification de l’ensemble des bâtiments et des installations hydrauliques qui les complètent.

3. La ville andalouse de Tébourba : activités agricoles, urbaines et architecturales 

Tébourba est une petite cité antique et médiévale qui a presque disparu vers la fin de la période hafside et qui fut repeuplée et reconstruite au début du XVIIe siècle par un groupe important d’immigrés morisques.

Fig. 20 : Tébourba et ses environs immédiats. Photographie aérienne (1962). Cliché de l’OTC.

3.1- Historique de la ville de Tébourba

A l’origine de la ville de Tébourba, la cité romaine dite Thuburbo Minus, qui est probablement une colonie julienne précoce fondée par Octave, en faveur de ses anciens soldats, dans les années qui suivirent sa mainmise sur l’Afrique en 36 av. J.-C. La cité était d’une certaine importance et siège épiscopal. Nous connaissons le nom de deux évêques de Thuburbo, l’un d’eux Victor est catholique et l’autre, Maximin, est donatiste ; les deux ont participé à la fameuse conférence de Carthage de 411 qui réunit les évêques des deux églises de l’Afrique romaine, avec une présence remarquée de Saint Augustin. Mais nous ne pouvons pas savoir s’ils appartenaient à Thuborbo Maius ou Thuborbo Minus(53). A Thuburbo Minus sainte Perpétue et ses compagnons furent arrêtés et conduits à Carthage, où ils furent martyrisés en 203. C’est dans cette ville également que furent martyrisées en 304 les saintes Maxima, Donarilla et Secunda dont le culte fut très répandu en Afrique(54). Les ruines de la ville antique qui s’étalent sur la partie sud-ouest de la ville andalouse et la séparent de la Medjerda révèlent une cité d’une certaine importance, dotée de murailles, de nécropoles, d’un amphithéâtre et de citernes raccordées à un aqueduc long de plus de 13 kms qui acheminait l’eau de sources se trouvant à djebel Lansarine.

Il semble que la cité antique a continué à être habitée après la conquête arabe et durant le Moyen Age. Suite à l’invasion hilalienne, la ville est devenue le siège d’une petite principauté (du milieu XIe– au milieu du XIIe siècle). Ibn Khaldoun indique que « pendant la période des troubles qui ont suivi l’arrivée des Arabes hilalliens, Mudâfic Ibn cAllâl, un cheikh Qaysite de la région, s’est réfugié à Tébourba, a renforcé sa forteresse et en a fait le siège de son pouvoir ; il était soutenu par ses enfants, sa famille et son groupe »(56). Il est fort probable que la forteresse signalée n’est autre que l’amphithéâtre romain. En effet, transformé en place fortifiée, il fut utilisé pour se défendre par Mudâfic Ibn cAllâl al-Qaysî dont le pouvoir fut contesté par les voisins et notamment Ibn Bayzûn al-Lakhmî. Nous avons très peu d’informations sur cette principauté et sur la fin des Banû cAllâl ; Ibn Khaldoun rapporte qu’ils se sont alliés avec d’autres chefs de guerre et notamment un certain Qahrûn Ibn Makhnûs ; les deux alliés et leurs descendances ont continué à dominer la région et à semer les troubles jusqu’à l’arrivée des almohades56. De son côté, le chroniqueur hafside al-Zarkashî laisse entendre que les Banû cAllâl n’étaient plus à Tébourba au moment de l’arrivée des Almohades ; il rapporte dans son Histoire que la ville fut prise par cAbd al-Mu’min au début de l’année 555/début de l’année 1160 et qu’elle était sous la tutelle d’un chef de guerre originaire de la tribu de Sanhaja, Manîc Ibn Badûkis(57).

A part les deux historiens cités plus haut, les autres sources historiques de l’époque hafside ne mentionnent pas la ville. Vers la fin du XVIe siècle, dans Les Fatwas, les avis consultatifs, du cheikh Ibn cAdhdhûm, il est question une seule fois de Tébourba. Le texte évoque une terre sise à Henchir Tébourba, exploitée par deux sociétaires ; ce qui ne porte aucune indication précise sur la localité de l’époque. Nous supposons que la cité antique et médiévale s’est réduite à peu de chose ; les jardins potagers et les vergers arboricoles qui l’entouraient ont été remplacés par des terres nues, exploitées occasionnellement surtout comme pâturage et pour les labours et la céréaliculture (orge et blé d’après le texte)(58).

A leur arrivée dans la région, entre 1609 et 1614, les immigrés andalous trouvèrent une cité presque désertée de ses habitants, des terres en friche livrées au nomadisme. La cité médiévale s’étendait, à notre avis, sur le site antique, au coeur de cette cité, l’amphithéâtre transformé, au XIe siècle, en Kasbah par les Banû cAllâl. La nouvelle fondation andalouse prendra place juste à côté.

Nous pouvons résumer ainsi les étapes de la construction de la ville andalouse : un premier groupe d’immigrés s’établit vers 1610 sur les lieux et construit le premier noyau de la ville tout près de la cité romaine et médiévale. Dans les années qui suivirent, un deuxième groupe de réfugiés vient se joindre au premier. Tébourba profite de cet apport de population pour s’étaler vers la Medjerda ; de nouveaux quartiers viennent se greffer au premier noyau. Les deux composantes de la petite agglomération fusionnent et forment une seule et même cité complètement intégrée. La ville, qui s’organise autour d’une grande place, se dote alors d’une grande mosquée, d’oratoires de quartier, d’écoles coraniques, d’un souk permanent complété par un souk hebdomadaire, de hammams, de fondouks, d’huileries, etc. De son côté, la bourgade médiévale a continué à exister sous la forme d’un hameau formé par quelques habitations modestes se trouvant non loin de la ville andalouse sur le site de la ville antique. Victor Guérin, qui visita les lieux en 1860, signale que le site antique jouxtant la ville andalouse est occupé par la zawiya de Sîdî Gharsallah et un petit village (dachera) qui porte le même nom. Il est probable qu’il est question des restes de la localité médiévale. « Beaucoup plus grande que la ville moderne, la ville antique s’étendait en dehors de la première, sur une colline que couronne une zaouïa vénérée sous le nom de Sidi-Rhars-Allah ; elle comprenait aussi la dachera Rhars-Allah, petit village ainsi appelé à cause du voisinage de la zaouïa précédente »(59).

La ville andalouse connait une certaine prospérité qui a continué pendant plus d’un siècle malgré quelques troubles provoqués par le passage périodique des troupes de Tunis, al-mahalla, pour collecter les impôts et parfois affronter les troupes venues de la Régence d’Alger. Francisco Ximénez signale que les localités andalouses voisines de Grich-el-Oued, Medjez-el-Bab et Slouguia ont été évacués de leurs habitants par Ibrahim al-Sharîf (1702-1705) et ont beaucoup souffert de cette évacuation ; les séquelles étaient visibles deux décennies après les événements. « Au temps du Bey Serife, Seluquia s’est dépeuplé, car, pour que les Algériens qui étaient en guerre contre lui, ne trouvent personne pour leur donner à manger, le bey ordonna qu’on quitte tous les villages et qu’on vienne s’installer à Tunis. Certains s’exécutèrent, d’autres ont refusé et ils ont bien fait. C’est à cause de cela que plusieurs maisons sont tombées en ruine » ; puis il remarque la même chose à el-Babo (Medjez-el-Bab) et à Gressi Luat (Grich-el-Oued)(60) ; deux villages proches de Tébourba. Celle-ci a peu souffert de cette évacuation et a récupéré rapidement, c’est pourquoi Ximénez ne la mentionne pas.

Ainsi, depuis sa refondation par les Andalous et jusqu’au déclenchement des hostilités entre Husayn b. cAlî et son neveu en 1728, la ville va connaitre une période de richesse et une certaine prospérité confirmée par le nombre des fondations : les principaux monuments historiques de la médina remontent à cette époque. Les guerres dynastiques qui ravagèrent à plusieurs reprises la régence entre 1728 et 1756 n’ont pas épargné Tébourba. La ville se trouve sur la route des armées en opposition, et notamment l’armée algérienne venant de l’ouest qui a envahi le pays à plusieurs reprises ; ainsi en 1734, à l’annonce de l’arrivée de l’armée algérienne, Tébourba est désertée par sa population sur ordre du bey Husayn Ben cAlî (61). En 1746, cAlî Pacha adresse, à son tour, un ordre ferme aux habitants de quelques villes dont Tébourba, d’évacuer leurs cités, tout en leur interdisant d’entrer dans la capitale : « ils durent abandonner leurs localités et errer comme des nomades, avec leurs familles et leurs enfants »(62). Le même Pacha ordonne de nouveau au début du printemps de l’année 1756, d’évacuer toutes les localités que devait traverser l’armée algérienne. L’ordre fut donné deux ou trois mois avant l’arrivée des troupes dirigées par le bey de Constantine ; celle-ci fait son apparition devant le Kef le 10 juin de la même année. « Ces population quittèrent leurs foyers au milieu des larmes et durent se résigner à leur triste sort »(63). Après leurs victoires, l’assassinat du Pacha et le saccage de la capitale, les Algériens, sur leur chemin de retour, passe, au début du mois d’octobre 1756 par Tébourba(64). Le chroniqueur Ben Youssef qui rapporte l’information passe sous silence le pillage dont elle fut l’objet, toutefois la dévastation que subit Tunis par ces mêmes troupes peut donner une idée de l’ampleur des pertes humaines et économiques de la ville.

Cependant, les conséquences démographiques de cette guerre se sont atténuées puisqu’en 1762, un groupe important parmi les habitants d’un foyer de révoltes, djebel Waslât, chassés par cAlî Bey de leur montagne et des plaines bordières, vint s’installer à Tébourba et dans sa région, attiré par la richesse du pays. Les Waslâtiya allait devenir un groupe influent dans la ville, par moment le groupe le plus influent ; au XIXe siècle, certains dirigeants locaux étaient des Waslâtis.

Depuis la restauration husaynite en 1756 et jusqu’à l’avènement du protectorat français en 1881, nous assistons à une reprise des activités. Plusieurs zawiyas furent fondées pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle, mentionnons celle de Sîdî Ben cIssa et celle de celle de Sîdî Ibn Hassîn. Malgré la crise qu’a traversée tout le pays durant la cinquantaine d’années qui ont précédé le protectorat français, Tébourba va profiter dans un premier temps de la fondation d’Ahmad bey à El-Battan d’une importante fabrique de draps, en 1839 ; ajoutons que la réalisation d’une ligne de chemin fer la reliant à la capitale, en 1876, a contribué à un certain essor de ses activités.

Le témoignage de Guérin qui visita la ville en 1860, confirme que la ville était moins touchée que les autres contrées du pays par les crises du XIXe siècle : « Tébourba est une petite ville un peu moins délabrée que la plupart de celles de la Tunisie. Elle renferme trois mosquées et plusieurs zaouïas. Sa population est de deux mille cinq cents habitants »(65). Alors que d’autres cités andalouses de la même taille ont perdu plus que la moitié de leur population, Tébourba avait environ 2500 habitants, un nombre proche de celui du XVIIe siècle, époque de sa fondation et de sa prospérité.

Sous le Protectorat, Tébourba devient un centre de colonisation ; des fermes sont implantées dans les environs et un village agricole européen vient se greffer à la médina de Tébourba. Habitée par des agriculteurs, des commerçants, des fonctionnaires, la cité européenne va prendre de l’importance et attirer des équipements urbains ayant différentes vocations : habitations, commerces, école, église, municipalité, dispensaire, etc.(66).

Fig. 21 : Tébourba et l’aménagement de son terroir. Carte topographique publiée dans l’Atlas archéologique de Tunisie, 1892-1932.

3.2- La mise en valeur des terres et les activités agricoles

Bâtie sur la rive gauche de la Medjerda, la cité andalouse occupe une plaine étroite et déchiquetée par les méandres de la rivière et de ses affluents. Le site occupé par la ville est assez bas avec des cotes variant entre 27 et 26, le même niveau que les berges de la rivière ; les inondations au niveau du barrage d’El-Battan, tout près, étaient provoquées en élevant l’eau à 28,5. Cette plaine est cernée de plusieurs côtés de collines et de montagnes ; la ville et son terroir sont bordés sur les côtés Est et Nord-est par djebel Maïna (186m) et sur les côtés Ouest et Nord-ouest par un massif assez élevé formé de plusieurs petites montagne dominées par djebel Lansarine (563m). Du côté Sud les hauteurs sont assez éloignées de l’oued et se situent au-delà de la rivière : djebel el-Gassa (145m) et djebel Mahrine (148m).

L’aménagement du terroir de la localité s’est effectué, depuis le XVIIe siècle, sur la base d’une polyculture méditerranéenne habituelle. Une première ceinture de culture intensive irriguée proche de la cité (cultures maraîchères, arbres fruitiers, tels que vignes, pommiers, pêchers, abricotiers, etc.) ; puis une deuxième ceinture très étendue, formée par des vergers plantés d’oliviers. Les grandes propriétés cultivées de céréales, les henchirs, tenues par des grands propriétaires et des fondations religieuses, forment la troisième ceinture et au-delà s’étendent sur les hauteurs les pâturages et les forêts. « Le district de Tébourba, note un rapport français, est riche et fertile. Il produit des céréales en grande quantité ; la récolte des olives est abondante, la culture maraîchère est très développée et très variée »(67).

Les jardins potagers se concentrent au sud de Tébourba dans une zone dite al-Dokhâniyya(68) ; elle est formée de petites parcelles avec des cultures irriguées ; l’arrosage s’effectuait à partir du pont-barrage par des inondations saisonnières et par des canaux d’irrigation acheminant l’eau du barrage situé à environ mille mètres des lieux. Certaines parcelles sont pourvues d’un puits qui fournit un complément d’eau nécessaire pour l’arrosage pendant la saison sèche. Dans leur voyage effectué vers 1880, René Cagnat et Henri Saladin donnent une description des jardins et des oliveraies qui entouraient la ville : « Un grand pont, jeté sur la Medjerda, réunit El-Bathan à Tébourba. Entre le pont et le village s’étendent de belles plantations d’oliviers ; car Tébourba est entourée de grands vergers, qui font la seule richesse du pays. Au moment où nous allons y entrer, nous apercevons, à droite, des Arabes qui se font un jardin ; ce n’est encore, pour le moment, qu’un vaste espace carré, complètement nu, enfermé dans un retranchement ; mais ils y planteront des arbres de toute nature et en retireront quantité de fruits, surtout des abricots, nous dit Mohamed ; les fruits seront vendus à Tébourba même, à Tunis et aussi sur place à des Arabes qui se rendent chaque année, dans la saison, en pèlerinage à un marabout voisin »(69).

Au-delà de la zone des jardins potagers s’étendent, vers le nord, l’est et l’ouest, une deuxième zone formée de vastes vergers d’oliviers. Vers l’Ouest, ces plantations suivaient les méandres fortement encaissées de la Medjerda, sur ses deux rives, et arrivaient jusqu’aux pieds du djebel El-Aroussia, à 8 kilomètres d’El-Battan(70). Vers l’Est, les plantations d’oliviers bordent la Medjerda et contournent djebel Maïna pour rejoindre l’oliveraie de Djedeïda et former avec elle une des plus importantes forêts d’oliviers de la région. Les premières cartes topographiques réalisées au début du Protectorat donnent une idée sur l’étendue de cette forêt d’oliviers et nous aident à restituer le paysage ancien de la période ottomane. Le nombre important d’huileries dans la ville, depuis le XVIIe siècle prouve également l’importance de cette activité. L’oliveraie de Tébourba s’étendait ainsi sur près de treize kilomètres ; elle portait le nom de la forêt d’oliviers, ghabet al-Zaytûn, et avait des amîn-s, des expert disposant d’un pouvoir administratif et judiciaire ; à leur tête un chef, al-amîn al-akbar, qui était nommé par le bey de Tunis en personne et considéré comme une des notabilités de la ville ; un acte daté du milieu de jumâda 1er 1301/13 mars 1884, indique que Muhammad b. Ahmad b. Thalja al-Zawâwî occupait ce poste(71). Un autre acte révèle qu’Ahmad b. Mustafâ b. al-Hâj était, en 1825, l’amîn de la forêt d’oliviers de Tébourba et cAlî b. Muhammad b. cAlî al-Lawâtî était carif ghâbet Qatac al-Wâdî, oliveraie sise à l’ouest Tébourba et faisant partie du finage de la localité(72). Le terme carîf est presque synonyme d’amîn, désignant un expert qui un pouvoir judiciaire et administratif dans le domaine de la gestion des plantations d’oliviers. Dans ce cas particulier, l’amîn a plus de prestige et de pouvoir que le carîf.

Au-delà des oliveraies s’étendent les champs de céréales. Les différents henchirs sont le domaine privilégié de la culture de blé et d’orge notamment. Les principaux henchirs sont : à l’ouest de Tébourba, henchir el-Touta, henchir Toungar, henchir al-Dakhla, henchir Bou Ali ; près de Chouigui, henchir Sîdî al-cArbî, henchir Sîdî Salem. Il faut ajouter au finage de Tébourba, les henchirs de la rive droite de la Medjerda, du côté du pont-barrage d’El-Battan comme henchir Dourguiche, henchir al-Attermine (al-Hathramîn), henchir Krour el Bey, henchir Tlit, henchir Morra, etc. Depuis le XVIIe siècle, ces domaines étaient des propriétés de ceux qui tenaient le pouvoir à Tunis, de leur entourage et de certaines familles riches tunisoises. Certains domaines, comme celui d’al-Hathramîn, étaient tenus successivement par Youssef Dey, ses héritiers ; puis par des Mouradites et à partir du XVIIIe siècle, sa possession passe aux Husaynites. Il est vrai que certaines parcelles prises sur les henchirs appartenaient à des Tébourbiens ou à des fondations religieuses à Tébourba et notamment les mosquées, les zawiyas et les kuttâb-s(73). Certaines fondations religieuses de Tunis détenaient également des propriétés à Tébourba, telles la mosquée de Youssef Dey, la Zaytûna et la mosquée Subhân-Allah sise au quartier des Andalous ; la madrasa des Andalous ; les zawiyas de Sîdî Mucawiya, de Sîdî Mansûr, Sîdî Gharîb, Sîdî Salem, Sayida M’sîka, etc. Des fondations dans d’autres villes andalouses avaient des terres et des vergers à Tébourba, ainsi des grandes mosquées de Medjez-el-Bab et de Djedeïda(74).

Les champs des céréales sont cernés par les collines et les montagnes couvertes de forêts qui fournissaient le bois et on y cherche occasionnellement le gibier. Ces collines et montagnes sont, en outre, des zones de pâturages pour le cheptel de la ville. A Tébourba, le petit élevage occupe une place importante, associé à l’agriculture. Les monticules, les ravins non cultivés constituent autant de parcours pour les vaches, les chèvres et les moutons, en petit nombre, appartenant aux nombreux citadins pour qui l’élevage est une activité d’appoint. En plus des bêtes de somme et de labour du propriétaire, le kurrân des habitations de la médina peut abriter également son petit troupeau. De même, dans le marché hebdomadaire du bétail de Tébourba, les transactions portaient sur le petit cheptel des Tébourbiens, mais aussi sur celui, beaucoup plus important, des tribus voisines.

En résumé, il ressort de cette rapide présentation du milieu géographique, que Tébourba occupe un site relativement favorable à des activités humaines diversifiées : maraichage, arboriculture, oléiculture, labours et parcours. Le centre urbain est étroitement lié à son terroir. Par ailleurs, le paysage environnant, profondément marqué par l’établissement des Andalous au début du XVIIe siècle, porte toujours les traces des aménagements réalisés à cette époque. L’aménagement du terroir environnant et la vivification de terres abandonnées depuis longtemps constituent, plus que les réalisations architecturales et urbanistiques, l’apport principal de la communauté andalouse à la région.

Soulignons aussi que Tébourba, qui est à une trentaine de kilomètres de Tunis, avait des liens très étroits avec la capitale. Comme nous venons de le noter, une partie de la forêt d’oliviers de la ville et les grands domaines des environs étaient en possession de l’oligarchie ottomane au pouvoir et de quelques notabilités tunisoises. Nombreuses parcelles étaient des biens-waqf au profit de fondations religieuses de la capitale. Des parts importantes de la production maraîchère, des fruits, de l’huile d’olive, des légumineuses et des céréales étaient destinées aux marchés de Tunis. Faut-il ajouter que Tébourba achetait de la capitale des outils agricoles, des vêtements, des matériaux de construction, etc. : « Les habitants actuels, note Victor Guérin, descendent pour la plupart de Maures andalous. Ils cultivent autour de Tébourba de fertiles vergers, dont les fruits contribuent à alimenter les marchés de Tunis »(75).

3.3- Urbanisme et activités urbaines

La lecture du plan de la médina de Tébourba révèle deux moments dans l’installation des immigrés morisques dans la cité. En effet, d’après les données topographiques, nous pouvons imaginer que la construction de la ville andalouse s’est faite en deux temps : un premier groupe d’immigrés s’établit sur les lieux et construit le premier noyau de la ville au début de l’immigration qui a continué de 1609 à 1614. Ce noyau s’organise autour d’une grande place et était protégé par une muraille en terre construite hâtivement. Quelques temps après, probablement vers la fin du flux migratoire ibérique, un deuxième groupe de réfugiés vient se joindre au premier. La petite cité profite de cet apport de population pour s’élargir. La petite muraille qui protégeait le premier noyau est rasée et remplacée par une rue demi-circulaire et on édifie alors de nouveaux quartiers qui s’étendent au-delà de cette rue qui porte depuis le nom de la Septa (ceinture). Une muraille, assez modeste, fut construite pour protéger les nouveaux quartiers qui sont venus se greffer au premier noyau ; comme la précédente, cette muraille a une forme demi-circulaire et représente une deuxième ceinture entourant la cité. Les deux composantes de la petite agglomération, le premier noyau et l’extension, fusionnent et forme une seule et même cité complètement intégrée. Ce qui restait de la bourgade de la fin du Moyen Age se trouvait sur la périphérie de la cité et formait un hameau ou une sorte de petit faubourg, très modeste. La ville avait alors une grande mosquée, des oratoires de quartier, des écoles coraniques, des zawiyas, un souk permanent, des hammams, des fondouks, des huileries, des meuneries, etc.

Fig. 22 : Les composantes urbaines de la ville.

La ville de Tébourba s’est modelée ainsi au XVIIe siècle, époque de la fondation, de l’expansion et de la prospérité de la ville. La médina actuelle, qui s’inscrit dans les limites de celle de cette époque, couvre une superficie de près de 16 hectares ; elle se caractérise par des habitations serrées les unes contre les autres et organisées chacune autour d’une cour intérieure(76). Elle est jalonnée par des ruelles qui convergent vers une place rectangulaire qui représente l’élément principal de la structure urbaine.

Cette ville était entourée de murailles modestes construites hâtivement probablement en terre ; au XVIIIe siècle, Francisco Ximénez les signale et parle de murailles légères(77). A la veille du Protectorat, Villot indique que la cité est dotée d’un petit mur bastionné(78). Les murailles apparaissent également dans des actes anciens : « la totalité de la parcelle délimitée sur le côté ouest par les murailles » ou le bien immobilier « délimité sur le côté nord par la rue qui mène vers les murailles de la ville »(79). La toponymie actuelle et les actes indiquent également que les murailles de la ville andalouse étaient dotées de portes ; quatre noms apparaissent : Bâb al-Souk, à l’est, Bâb al-Wâdî à l’ouest ; Bâb Mateur au nord-ouest et Bâb al-Krârit (les Charrettes) au nord-est. Bâb al-Souk est signalé par plusieurs documents de waqfs relatifs à l’huilerie al-Rîkadhûn, au Fondouk al-Rîkadhûn, au hammam qui leur est contigu, indiquent que cette porte ferme une rue intégré dans le souk et menant vers la Grande place ; une rue bordée de boutiques, d’un hammam, de fondouks et d’huileries. Une petite ruelle non passante reliée à cette rue portait le nom de Zanqat al-Fanâdiq, la ruelle des Fondouks(80).

L’emplacement de Bâb al-Krârit, la porte des Charrettes, est précisé par un acte conservé dans des archives de l’ASM de Tébourba. Le document est relatif à une maison objet d’un conflit entre les héritiers de Hamda b. Sâssî : « la totalité de la maison ouvrant vers le nord, située près de la zawiya de Sîdî Thâbet al-Ansârî et de la place Bastwîla, du côté de Bâb al-Krârit »(81). Bâb al-Krârit et Bâb Mateur sont deux portes distinctes ouvertes sur le même côté ; la première tout près de l’extrémité nord de la première ceinture et la seconde, un peu plus loin, au niveau de la deuxième ceinture ; elle donnait vers un chemin qui menait vers henchir Chouigui. Ces murailles et leurs portes protégeaient la ville des incursions des tribus nomades ou des attaques de bandes de brigands, mais elles ne pouvaient pas résister à des armées organisées.

Fig. 23 : La place centrale ou la place du marché représente le coeur de la ville andalouse.

Les murailles ont disparu depuis longtemps, mais la médina a gardé son tracé ancien ; celle-ci présente un plan assez régulier : les rues de 5 à 6 mètres se croisent de façon orthogonale, huit d’entre elles convergent vers la grande place rectangulaire qui constitue l’élément principal de la structure urbaine. Ici, la grande stabilité du tracé des rues contraste avec les ruelles étroites et sinueuses des médinas tunisiennes de l’époque. La rareté des impasses représente une autre caractéristique du tracé de cette ville historique. Ce plan régulier témoigne d’un urbanisme intentionnel, la ville ayant été bâtie par les immigrés morisques vers 1610.

A Tébourba, la place centrale est de plan rectangulaire et se trouve au coeur de la ville andalouse. L’ensemble du tissu urbain s’articule autour de cette place qui est l’aboutissement de 8 rues. Elle est entourée de la grande mosquée, d’un oratoire de quartier qui porte nom de masjid al-Souk ou masjid Yakourî, de cafés et de boutiques à vocations commerciales et autres. Des fondouks, des huileries, un hammam s’élevaient tout près et complètent ses diverses activités sociales et économiques. En effet, la place du Souk ne constitue pas ici simplement un espace d’articulation, de circulation et de distribution mais également un espace de rencontre, d’échange et de cohésion de la communauté urbaine. Elle rappelle la plaza mayor des villes espagnoles. En citant l’exemple de la place de la ville andalouse de Testour, Francisco Ximénez nous rapporte dans son journal du jeudi 20 octobre 1724, que ses habitants morisques y organisaient des pseudo-corridas et avaient des fêtes de taureaux à l’espagnole(82). Cette place centrale de Tébourba remonte à l’époque de la fondation de la ville andalouse au début du XVIIe siècle. D’après le plan actuel, celle-ci apparait comme un centre planifié dont l’édification a été réalisée selon un plan préconçu, certainement à la même époque que le tissu urbain dont elle fait partie.

Fig. 24 : La grande place ou place du marché. Photo : Mohamed Mezi, 1991, p. 57.

Les informations données par Francisco Ximénez (1724), les descriptions d’autres récits de voyage et les cartes postales anciennes nous révèlent que la grande place de Tébourba a subi peu de transformations. Les plus importantes sont assez récentes et sont postérieures à la seconde guerre mondiale ; en effet, à partir de novembre 1942 et jusqu’aux premiers mois de l’année suivante, la ville fut, et des semaines durant, le théâtre d’une bataille dévastatrice entre les troupes de l’Axe et celles des alliés et a subi d’importants bombardements et destructions. Après la guerre et pendant la période dite de la Reconstruction, des monuments, comme la grande mosquée, furent restaurés et certaines boutiques furent également reconstruites, un marché a été bâti près de l’angle nord-est et des arcades furent ajoutées sur les côtés de la place et à certaines rues avoisinantes. Depuis les évènements de 2011, cette belle place historique a été défigurée et occupée par des constructions sommaires, des étals anarchiques et par le commerce parallèle.

De plan rectangulaire, 75 m de long et 38 m de large, cette place assez spacieuse portait le nom de place du marché, Bathat al-Souk, et représentait le centre économique de la cité. Elle était, en effet, bordée de tous les côtés par des boutiques. Ces échoppes adossées aux habitations et aux autres bâtiments qui leur sont attenantes étaient très simples, d’environ deux mètre de largeur et 3 mètres de profondeur et ouvraient sur la place par des portes assez larges qui se fermaient par deux battants. Leurs façades étaient fréquemment protégées par des auvents en bois ou en tuiles creuses qui leur donnaient une belle apparence. Les toitures des boutiques étaient, jusqu’à la deuxième Guerre mondiale, en appentis et étaient couvertes presque toutes par des toits en tuiles creuses avec un seul versant. De rares boutiques étaient doublées d’un étage faisant usage d’entrepôts ; ces étages dits culwî étaient éclairés par de grandes fenêtres donnant sur la place(83). Les boutiques débordaient au-delà de la place centrale sur quelques rues voisines ; elles étaient souvent des pièces prises sur une partie des habitations adjacentes et transformées en commerce. Une des rues qui arrivent jusqu’à la place centrale porte le nom des Tisserands, al-Houkia ; il est probable que les artisans et des commerçants spécialisés dans les métiers du textile occupaient une partie de cette rue.

Fig. 25 : La grande place. Les corridas du XVIIe siècle étaient remplacées par des fantasias, spectacles équestres traditionnels ; de tels spectacles se déroulaient sur les lieux en présence d’un public nombreux. Carte postale datant des années 1900. Collection Chawki Dachraoui.

Un rapport français indique que « dans la ville toutes les industries arabes comptent des représentants ». Ainsi, la diversité des activités était une des caractéristiques de ce petit souk de plusieurs dizaines de boutiques : des activités nécessaires aux habitants de la cité et aux paysans des environs. Il est question de professions à caractère commerciales ou de métiers pratiqués par des artisans. On y rencontrait également des activités qu’on peut classer parmi les services : ainsi, des établissements tels les cafés, les fondouks ou les hammams employaient un personnel nombreux nécessaire pour les services qu’offraient ces établissements. De même, le shaykh, le khalifa, le qadi et les notaires avaient pour bureaux des boutiques dans le souk. Au XIXe siècle et probablement même avant, et pour se distinguer l’un des chefs de la ville, un shaykh ou un khalifa, s’est fait construire un pavillon au milieu de la Grande place. Dans ce pavillon à colonnades, il dirigeait la ville au nom du bey, menait ses activités et recevait les invités. Dans leur voyage effectué vers 1880, René Cagnat et Henri Saladin notent que « Sur la place, au centre, s’élève une sorte de pavillon, où le khalifa se tient comme dans un hôtel de ville ; il y reçoit les étrangers et leur offre le café, comme il le fit pour nous »(84). Le pavillon apparait sur des photographies anciennes ; il rappelle les qubba-s, les kiosques ou belvédères, utilisés par les beys husaynites pour des moments de détente, pour recevoir des invités ou pour rendre la justice ; citons l’exemple de Kobbet al-Hawa qui se trouvait dans les jardins du palais de la Manouba et fut transférée au parc du Belvédère(85).

Les activités traditionnelles du souk étaient complétées par d’autres activités dispersées dans la médina ou dans ses environs (meunerie, huilerie, fabrique de savon, etc.) et par le marché hebdomadaire. A ce propos, Francisco Ximénez donne une information de première importance qui nous laisse supposer que le marché du vendredi remontait au XVIIe siècle, à l’époque de la fondation de la ville andalouse ; il note dans son journal du 13 juillet 1724 que « Tous les vendredis, ils ont un marché ouvert ; on y accourt pour acheter et vendre, des douars et villages avoisinants »(86). Ce marché se tenait sur la Grande place de la ville le vendredi, du début de la matinée au milieu de la journée. La ville connaît alors une animation particulière avec l’afflux des paysans et des habitants des environs. Cette affluence profitait aux commerçants et artisans du souk.

Les documents du waqf révèlent aussi que la grande place de Tébourba était pourvue de points d’eaux, appelés parfois sabil, mais le plus souvent khabiyya, il s’agit d’un dispositif des plus simples permettant à ceux qui fréquentaient les lieux de se désaltérer. Les khâbiyya-s sont de grandes jarres placées dans un petit local ; une tasse attachée au récipient permettait aux passants de se servir pour puiser l’eau et étancher leur soif. Un inventaire des waqfs de Tébourba daté du 15 Rabîc II 1291/ 1er juin 1874 signale une oliveraie habous au profit de plusieurs khâbiyya-s sises dans le souk qu’on remplissait d’eau destinée pour ceux qui cherchent à se désaltérer ; le gestionnaire du habous était Muhammad b. cAtiyya, un habitant de Tunis(87). Un autre acte, daté de l’année 1875, révèle que ces khabiyya-s, appelées ici sabîl-s, en plus de l’oliveraie déjà citée, avaient comme biens-waqfs quatre boutiques(88). Un autre document signale une boutique constituée waqf au profit de l’eau des khabiyya-s du Souk. Pour préciser l’emplacement de l’une d’elle, un acte, daté des débuts de shacbân 1299/18 juin 1882, indique que ses limites sont « à l’est, le souk sur lequel ouvre sa porte ; au sud, la boutique de mustafâ qui lui a donné son nom ; au nord, la boutique de Sâlih b. cAmmâr al-Jiljlî al-Zawâwî et à l’ouest, cAbd Allah b. Ahmad al-Gafsâwî »(89). Ceci implique que ces jarres étaient abritées dans de petits locaux se fermant par des portes. Nous ne connaissons pas l’emplacement de toutes ces Khabiyya-s ; elles étaient installées dans différents endroits autour de la Grande place. Nous pensons que l’une d’elles se trouvait près de la grande Mosquée. Ajoutons que les documents des archives étudiés confirment qu’une autre khâbiyya se trouvait près de la mosquée d’al-Hâj Ramdhân al-Andalusî et donnait sur la Grande place. Plusieurs documents nous inclinent à penser que cette la mosquée est celle qui, à partir la seconde moitié du XIXe siècle, portera le nom le nom masjid al-Yakûrî (90).

Pour finir, soulignons que la place centrale de Tébourba était au coeur des activités urbaines de la cité et rappelle ainsi « la plaza mayor » des villes espagnoles. Près de l’angle sud-ouest de la place s’élève le principal bâtiment de la ville, la grande mosquée et son minaret qui domine les lieux ; le côté opposé, nord-est, a reçu masjid Yakouri, une petite mosquée des plus ancienne de la ville, pourvu lui aussi d’un petit minaret. Des boutiques et de petites échoppes entourent la place de tous les côtés et débordent sur les rues alentour ; on y trouve des commerces, différents métiers artisanaux, des bureaux de notaires ou des cafés. Non loin, se trouvaient des établissements importants de la ville, tels les fondouks, les hammams et les huileries. Débordant de vie, la place représentait le lieu de sociabilité par excellence. Quotidiennement les gens s’y rendaient pour faire des achats, s’y rencontraient pour discuter ou pour siroter un café. Le vendredi, elle recevait le marché hebdomadaire. Occasionnellement, elle pouvait recevoir les festivités et les jeux : des corridas, comme cela se passait à Testour, s’il l’on croit Francesco Ximénes. Des photographies anciennes indiquent que des fantasias, spectacles équestres traditionnels, se déroulaient sur les lieux en présence d’un public nombreux. Des processions des confréries religieuses se passaient également sur cette place.

Les quartiers résidentiels s’étendent autour de la place centrale et du souk. Ceux-ci se caractérisent par des habitations serrées les unes contre les autres et organisées chacune autour d’une cour intérieure. Les maisons de Tébourba sont modestes, d’un plan méditerranéen : une entrée en chicane qui mène à un patio entouré de chambres d’habitation(91). Il est question souvent de maisons avec un seul niveau comprenant des chambres pour le logement ouvrant sur une cour à ciel ouvert. Le patio autour duquel s’ordonnent les différentes composantes de l’habitation est quelquefois orné de plantes à fleurs odoriférantes, tels le rosier, le jasmin ou le citronnier ; une pratique ancienne dans le pays, mais qui a été développée par les Andalous. Nous rencontrons encore aujourd’hui dans la médina Tébourba, de vieilles maisons joliment agrémentées perpétuant cette tradition.

Fig. 26 : Dar Ben Saad. ASM Tébourba. D’après les relevés des étudiants de ENAU, 4e année 2007.

Trois ou quatre pièces d’habitation ouvrent sur le patio. Celles-ci sont peu profondes, autour de 2,50 m, et relativement longues, puisqu’elles peuvent atteindre 8 m. Un espace réservé au service avec bayt al-mûna, la cuisine ou bayt al-nâr, et un autre espace servant d’écurie, kurrân, complètent chaque habitation. Le Kurrân est une autre spécificité de la maison de Tébourba. Le terme provient du nom espagnol korral qui désigne un lieu fermé et découvert attaché à une habitation et qui peut servir comme écurie ou basse-cour, etc. A Tébourba, comme à Testour ou à Zaghouan, il représente une annexe importante pour plusieurs habitations, des plus modestes aux plus spacieuses. Cette dépendance est repoussée souvent vers l’arrière de l’habitation. On y accède soit à partir du patio, soit directement de la rue par une rue qui lui est propre. Son sol en terre battue, peut recevoir des constructions sommaires, provisoires ou durables pour les séparations des bêtes ou pour protéger les lieux d’activités ménagères. Il renferme parfois un petit four dit tabûna ou une fosse septique.

Les maisons étaient pourvues parfois d’un culwî, véritable grenier, situé à l’étage, au-dessus du vestibule ou au-dessus d’une aile de la maison. On y accédait par un escalier droit placé dans le vestibule ou dans un angle de cour. Cette pièce basse et aérée par de petites ouvertures serait au le stockage des réserves alimentaire, tels les fruits secs (figues, raisins), les légumes (filets de tomates, ou poivrons) les olives salées. On y place également des jarres remplies d’huile d’olive, des sacs de blé, de couscous, de fèves, de pois chiches, de lentilles, d’épices, etc.(92). Les maisons étaient également quelques fois dotées d’un puits et d’une citerne. Les actes notariés révèlent que parfois deux maisons ou plus avaient un puits en commun. Un acte daté de la fin du mois dhû al-hijja 1256/22 février 1841 signale que la maison dite d’al-Wajhâni et celle d’al- Jijlî avaient un puits en commun(93).

Comme nous l’avons souligné, les composantes de l’habitation à Tébourba apparaissent dans les anciens actes notariés de façon assez explicite. Nous citons un extrait d’un acte daté de la fin du mois ramadan 1284/25 janvier 1868 pour monter le genre d’informations qu’ils peuvent révéler. Après avoir précisé l’emplacement d’une maison à Tébourba faisant partie de l’héritage laissé par Muhammad al-Qasrî , il indique qu’elle est pourvue d’un kurrân qui lui est attenant, sur le côté nord ; de trois buyût, pièces ; d’un petit culwî érigé sur la saqîfa, le vestibule, un autre culwî élevé sur la chambre nord et un puits intarissable sous la galerie de la cour de la maison(94).

Fig. 27 : Quelques traces d’une couverture en tuiles creuses qui protégeait une vielle maison à Tébourba. Photo de Kais Ben Achour 24-11-2018.

Au XVIIIe siècle, Peyssonnel et Ximénez indiquaient que les maisons de Tébourba étaient couvertes de toitures en tuile ronde, comme en Europe. A une époque récente, Mohamed Mezzi qui a connu la ville avant les destructions de la seconde guerre mondiale, affirme que ce type de couverture était dominant jusqu’à la guerre. Les toitures en tuile creuse qui distinguaient les habitations de la ville et qui revoient aux origines hispaniques des fondateurs, ont disparu par la suite de toutes les habitations ; elles ont été remplacées par des couvertures en terrasse selon les techniques habituelles du pays : « Les maisons et leurs dépendances étaient couvertes de rondins apparents de bois de genévrier très durs. Ils reçoivent des tuiles de forme semi-cylindrique longues de près d’une coudée, fabriquées localement jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Le dernier atelier connu à cette époque fabriquait les tuiles et les poteries ; Tébourba en avait plusieurs. Les rondins reçoivent une couche de plâtre renforcée par des tessons sur laquelle on pose les tuiles selon un plan d’une faible inclinaison vers la cour de la demeure »(95).

3.4- Les monuments et l’architecture

Rappelons d’emblée que le XVIIe siècle représente la période la plus brillante de l’histoire de Tébourba. Les principaux monuments de la ville andalouse datent de cette époque : la grande mosquée, deux oratoires de quartier, des zawiyas, le souk et ses boutiques, les deux hammams, etc. Le XVIIIe siècle nous a légué aussi des monuments d’un intérêt certain, telle la zawiya de Sîdî Ben cIssâ, l’une des plus importantes de la ville. Au XIXe siècle fut construite la zawiya de Sîdî cAlî cAzzûz, l’une des plus belles de la ville. Dans cet article nous présentons quelques bâtiments et établissements en nous appuyant sur nos observations sur le terrain et sur des documents d’archives très variés. Arrêtons-nous sur certains aspects relatifs à l’intérêt historique et architectural de tels établissements.

Fig. 28 : La répartition des monuments dans la ville. Plan de l’OTC 1977.

3.4.1- La Grande Mosquée

La grande Mosquée de Tébourba est le plus important monument de la ville. Les érudits locaux et certains historiens ont tendance à l’attribuer à des époques très reculées ; l’historien de Tébourba, Mohamed El Mezzi, fait remonter la grande Mosquée au Ve siècle de l’hégire/XIe siècle(96). Une lecture erronée d’une inscription découverte sur le minaret ces dernières années a amené d’autres historiens locaux à dater le monument du IIe/VIIe siècle. Amenant ainsi les Tébourbiens à se sentir fiers d’avoir la deuxième plus ancienne mosquée du pays, après celle de Kairouan ! Cette inscription a été découverte lors d’une opération de décapage et de restauration du minaret menée vers la fin des années 1990. En haut de la tour, au-dessus des fenêtres jumelées du côté Est, nous pouvons lire sur deux lignes en cursive maghrébine : ( سنة 1031 ، في جمادة ) signifiant « En l’année 1031, au mois de jumâda (mars-avril 1622) ». Le zéro, représenté par un point selon la numérotation de l’époque, c’est-à-dire les chiffres arabes orientaux, n’a pas été vu par les responsables de la restauration qui avaient, en plus, repeint la date pour plus de lisibilité. Cette faute grossière est encore aujourd’hui observable. Et pour commémorer cette découverte, une plaque en marbre a été scellée sur le monument pour confirmer que la mosquée date de l’année 131H/748 et pour plus de prestige au monument qui remonterait pratiquement à l’époque des mythiques de la conquête arabe. L’écriture cursive maghrébine du texte ne peut en aucun cas remonter au IIe/VIIIe siècle. C’est une écriture cursive caractéristique très commune dans le pays et dans son voisinage à l’époque ottomane et l’inscription date du début du XVIIe siècle comme nous l’avons dit.

Fig. 29 : Plan de la Grande Mosquée. Relevé effectué par Slim et Inès Badri.

Cette inscription est d’un intérêt particulier : elle donne des éléments de datation fiables relatifs à la grande mosquée de Tébourba et confirme les informations rapportées par les autres sources historiques. Les chroniqueurs nous disent qu’à leur arrivée les Andalous ont fondé des villes et des villages et les ont dotés de belles mosquées comparables à celles des grandes villes(97). Tébourba est, en effet, considérée comme l’une des principales cités andalouses du pays. Comme toutes les autres grandes mosquées de ces nouvelles fondations, celle de Tébourba a été certainement édifiée à l’époque de l’établissement des immigrés dans la cité. Il est fort probable que les travaux ont commencé vers 1614, date marquant la fin de l’immigration et l’arrivée des derniers groupes de réfugiés. Le chantier a duré quelques années et l’inscription du minaret date l’achèvement de l’édification du monument. L’élévation du minaret nécessitant un budget important, il est habituel que sa construction s’achève quelques années après celle de la mosquée proprement dite.

La mosquée est citée pour la première fois dans les documents d’archives, très rares pour l’époque, en 1629. Daté de cette année (1039 de l’hégire), un acte de waqf de la plus ancienne zawiya de Tébourba, celle de Sîdî Thabet, mentionne un four à pain sis auprès de cette mosquée et qui est habous de la zawiya(98). Il semble que quelques décennies après sa fondation, la mosquée ait subi une restauration importante en 1071/1660-1661. Mohamed Mezzi, qui rapporte cette information, se réfère à un texte inscrit sur un morceau de bois conservé dans la mosquée et perdu actuellement, sans donner plus de détails(99).

Une inscription qui court à la base de la coupole du mihrab indique aussi que, probablement suite à un effondrement partiel des toitures de la mosquée, celles-ci furent réparées et la coupole fut reconstruite. L’opération fut menée par al-shaykh Qûshlî Hamza et al-Hâj Muhammad Jacfar, à la date de la fin de fin de shawwal 1080 (23 mars 1670).

Voici le texte de l’inscription publié par Boutheina Fraj ; nous apportons ici quelques modifications (100):

بسم الله الرحمان الرحيم، صلى الله على سيدنا ومولانا محمد وعلى آله وصحبه وسلم تسليما.
أحمد الله الذي شرّف المساجد وبانيها بقوله تعالى : « إنما يعمر مساجد الله من آمن بالله واليوم الآخر وأقام
الصلاة وآتى الزكاة ولم يخش إلاّ الله ».
وبعد وقد […](101) قبّة؟ المبارك شأنها على يد الأجل المرعي الشيخ قوشلي حمزة والأجل الحاج محمد جعفر.
بتاريخ أواخر شوال عام ثمانين وألف (23 مارس 1670).

La grande mosquée de Tébourba avait des biens waqfs importants qui donnent des éclairages sur son histoire et celle de sa ville. Une liste tardive établie par le responsable des waqfs de la ville, nâdhir al-ahbâs, le 15 rabîcII 1991/1er juin 1874 relève que les biens-waqfs de ladite mosquée sont constitués d’oliveraies, de terres agricoles et de biens immobiliers situés dans la ville. Dans une autre liste établie l’année suivante, nous trouvons une énumération des biens-immobiliers : six boutiques et un entrepôt sis près de la Grande place, deux maisons d’habitation, le quart du Fondouk al-Rîkadhoun et le quart du hammam qui lui est contigu. Abî Muhammad Hammûda al-Rîkadhûn al-Andalusî est une personnalité importante de la communauté andalouse de Tunisie ; habitant Tunis, il était à l’époque en 1772, d’après l’acte du waqf que nous avons cité plus haut, également amîn de la corporation des fabricants des chéchias (al-shawwâshiya) de Tunis. La famille des Rîkadhûn a joué un rôle important comme le prouve son nom donné à un souk spécialisé dans fabrication de la chéchia qui s’interpose entre les souks des chéchias et Dâr al-Bey. La famille avait des propriétés dans d’autres villes andalouses comme Zaghouan.

Fig. 30 : La couverture actuelle de la salle de prière de la Grande mosquée. Photo de l’auteur, 08-05-2004.

Un autre acte de habous plus ancien confirme aussi que la ville avait des relations étroites avec la capitale. Citons l’exemple de ce notable tunisois qui n’avait pas oublié de faire profiter Tébourba de ses waqfs. Consigné à la date de la mi-shawwâl 1100/30 juillet 1689, dans un registre qui se rapporte à des fondations-waqfs de Tunis, cet acte notarié signale fortuitement que la mosquée de Tébourba profite d’une partie de la rente d’un waqf d’al-Hâj cAbd al-Mâlik Ibn Sacîd al-Qaffâl ; le fondateur avait des terres situées près la ville andalouse. L’établissement de l’acte est certainement plus ancien que la date de sa transcription dans le registre et remonterait à la seconde moitié du XVIIe siècle. Dans cet acte, il est indiqué que le fondateur a constitué des biens fonciers en waqfs au profit de plusieurs fondations religieuses de Tunis, principalement le Habous des deux villes saintes, la turba de Sîdî Mâdhî à al-Jallâz et la mosquée al-Huluq à Tunis. L’acte précise que sur l’ensemble de la rente, estimée 330 piastres, la somme de 50 piastres sera affectée à des fondations à Tébourba : 10 piastres pour les indigents de la ville ; 10 piastres pour les muezzines de la grande mosquée ; 10 piastres pour l’imam chargé de la khutba et 20 piastres pour les deux notaires de la ville, son cheikh, ses adjoints et le mandataire de la mosquée. Ces derniers étant chargés de la vente des récoltes du waqf et de la répartition des rendements des cultures suivant la volonté du fondateur(102).

La grande Mosquée de Tébourba s’élève au coeur de la ville. Elle se dresse au croisement de deux rues qui se rejoignent au niveau l’angle sud-ouest de la grande place ; l’une des deux rues porte son nom. L’orientation de la grande mosquée vers la qibla ne correspond pas à celle de la trame urbaine ; aussi, certaines de ses annexes, et notamment le minaret, furent déviées par rapport à l’axe médian de la mosquée pour joindre l’alignement du côté sud de la grande place. La mosquée primitive adopte un plan ifriqiyen, composé d’une salle de prière précédée d’un portique, d’une cour, d’un minaret et de quelques autres annexes(103).

La cour occupe la moitié nord de la mosquée avec des dimensions proches de celle de la salle de prière. Cette cour, qui a reçu le minaret sur son côté nord, est séparée de la salle de prière par une galerie narthex profonde de 3,10 m. Celle-ci ouvre sur la cour par des arcs brisés outrepassés portés par des colonnes taillées dans le calcaire clair et couronnées de chapiteaux sommairement sculptés proches du type dit hafside, exceptée une colonne en granit de remploi dont le chapiteau est de type corinthien. Refaite à l’époque coloniale, la couverture plate de cette galerie, avec des poutres métalliques, IPN, a remplacé à l’époque coloniale une charpente en bois.

La salle de prière, qui présente un plan rectangulaire orienté est-ouest (23 m sur 16,60 m), est de type hypostyle ; elle est divisée par un réseau de 38 colonnes en sept nefs de cinq travées. La nef centrale et l’allée qui longe le mur du mihrab sont plus larges que les autres. Les hauteurs des arcs qui portent les voûtes sont de 6,1 m, tandis que les hauteurs des voûtes varient entre 7,8 m et 8 m pour la nef axiale. La couverture de l’allée qui longe la qibla fut endommagée par les bombardements et remplacée par une toiture plate refaite après la seconde guerre mondiale. Les sept nefs perpendiculaires à la qibla sont couvertes de voûtes en berceau se terminant en arc de cloître.

Fig. 31 : Intérieur de la salle de prière de la Grande mosquée. Photo de l’auteur, 10-11-2018.

Il nous semble que la salle de prière primitive ait été couverte à l’origine par une toiture en tuile creuse qui fut remplacée lors d’une opération importante de restauration et de rénovation par sept voûtes en berceau se terminant en arc de cloître, parallèles à la qibla. Les sources historiques anciennes et des témoignages du siècle dernier affirment que les toitures en tuile creuse dominaient à Tébourba. En 1724, Jean-André Peyssonnel rapporte : « Tuburbo, petit village que les Maures revenus d’Andalousie ont rebâtit sur les ruines de l’ancienne ville ; les maisons y sont couvertes de briques rondes, comme en Provence, et bâties la plupart du temps dans le goût européens ». Francisco Ximénez confirme les observations de Peyssonnel : « Leurs maisons sont construites à la manière espagnole, avec toiture. J’avais l’impression que j’étais dans un village d’Espagne ». A une date récente, Mohamed El-Mezzi affirme que les toitures en tuile creuse étaient très utilisées dans la ville jusqu’aux années 1940 ; la ville avait ses propres ateliers de fabrication de tuiles(104). Les destructions de la Seconde Guerre et les rénovations qui suivirent avaient entraîné le remplacement de ce type de couverture des maisons par des toitures plates. Ainsi, nous pensons que la grande mosquée de Tébourba était, comme toutes les autres grandes mosquées des villes andalouses proches, situées sur les bordures de Medjerda, telles Testour, Slouguia, Medjez-el-Bab et Grich-el-Oued, couverte par des voûtes d’arête doublées d’un toit en tuile à quatre pans porté par un système de piliers établis sur l’extrados des voûtes. La mosquée de Grich-el-Oued a perdu ses toitures en tuile creuse vers la fin du XIXe siècle et celle de Medjez-el-Bab à une date plus récente, lors d’une opération d’agrandissement sauvage du monument en 1980.

Le remplacement des toitures de la mosquée de Tébourba par des voûtes est difficile à dater. La première hypothèse correspond à la date donnée par l’inscription qui se trouve à la base de la coupole, en 1670 : les voûtes qui couvrent actuellement la mosquée de Tébourba sont identiques à celles de la mosquée mouradite de Hammûda Pacha (1655). Mais Slimane Mustafa Zbiss signale que la mosquée de Tébourba avait dans ses réserves une poutre en bois indiquant que la couverture en charpente de l’édifice fut restaurée à la date de 23 muharram 1248/22 juin 1832(105). Ce qui laisse supposer qu’il y avait une charpente couvrant même partiellement la mosquée, la galerie narthex par exemple ou l’allée longeant le mihrab. Curieusement, nous ne connaissons pas actuellement de photographies de l’intérieur de la mosquée et de sa couverture datant de la première moitié du XXe siècle. Il se peut que des photographies d’avant la Seconde Guerre révèleront un jour de nouvelles données sur la nature des toitures de cette mosquée. Les couvertures actuelles ont été certainement partiellement ou complètement refaites après les destructions des années 1942-1943.

Fig. 32 : La Grande mosquée. Le mihrab. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

Fig. 33 : Des chapiteaux de type hispano-maghrébin sculptés dans les ateliers de Tunis. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

La couverture actuelle de la salle de prière repose sur des arcs portés des colonnes couronnées de chapiteaux très variés : une trentaine de colonne de calcaire clair et huit colonnes taillées dans différents marbres. Certaines sont de remploi et antiques ; elles sont parfois retaillées et adoptées à l’édifice. Les chapiteaux sont également très disparates : corinthien à feuilles d’acanthe dentelées ; corinthien à feuilles d’acanthe lisses ; composite ; hafside et hispano-maghrébin. Ce dernier type domine nettement ; il s’agit d’un modèle simplifié assez répandu dans l’architecture tunisoise du XVIIe siècle. Il est employé notamment dans le mausolée du dey Ahmad Khûja (1647) et dans Dar El-Mrabet (XVIIe siècle)(106). Les quatre chapiteaux des colonnettes du mihrab, du même type, ont pourtant un décor beaucoup plus soigné : la partie cylindrique de ces chapiteaux est enveloppée d’un méandre largement recourbée au sommet, alors que les côtés du parallélépipède qui le surmonte a reçu une arabesque formée de palmette d’une belle facture. Leur décor est identique à celui des colonnettes des mihrâb-s des mosquées de Hammûda Pacha (1655) et de Muhammad Bey (1697). Ces chapiteaux proviennent certainement d’ateliers tunisois. Nous pensons qu’une partie des colonnes et des chapiteaux de la mosquée provenaient de Tunis et avait remplacé des colonnes antiques en mauvais état employées hâtivement dans la première mosquée construite juste après l’établissement des Morisques dans ville. La mosquée aurait connu une restauration importante durant la seconde moitié du XVIIe siècle ; probablement au moment de l’édification de la coupole en 1670.

D’une hauteur de 10,40 mètres intérieurement, cette coupole qui remonte au XVIIe siècle est fort intéressante. Légèrement bulbeuse, elle repose sur une base carrée ; le passage du plan carré au plan circulaire s’effectue par l’intermédiaire de trompes d’angle en coquille. La base est percée de quatre fenêtres placées dans des arcs, en alternance avec les trompes d’angle. Elles sont fermées par des carreaux de vitraux colorés. L’intrados de la calotte est tapissé de stuc finement sculpté portant le motif classique du polygone étoilé. Sous le niveau des trompes court l’inscription déjà mentionnée qui date la coupole.

Fig. 34 : La coupole du mihrab de la salle de prière. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

Fig. 35 : A la base de la coupole une inscription historique qui date sa construction (1080/1670). Photo de l’auteur, 8-5-2004.

Le minaret, haut de 14 mètres jusqu’au niveau du parapet qui entoure la plate-forme finale, se dresse sur le côté nord de la cour et surplombe la place centrale de la ville. Par ailleurs, et pour se trouver sur l’alignement du côté sud de cette même place, ses bâtisseurs l’ont élevé sans tenir compte de l’axe principal de la mosquée, déterminé par la qibla et matérialisé par la nef centrale. Le minaret est flanqué, d’un côté par une petite salle annexe, et de l’autre par un piédestal qui porte un cadran solaire réalisé par Ahmad al-cUmarî en 1200/1785(107), un Gnomoniste qui a conçu d’autres cadrans à Bizerte, Sousse et Djerba(108).

Par sa forme et sa construction, ce minaret se rattache à un type local des plus simples : une tour carrée de 3,90 m de côté surmontée d’un lanternon, également carré, dont la base est de 1,20 m. La toiture pyramidale du lanternon se termine par une flèche de fer portant les trois habituelles boules de cuivre. La tour est dépourvue de tout décor à part les fenêtres géminées habituelles, leurs colonnettes et leur encadrement en calcaire clair. L’escalier évolue autour d’un noyau central de plan carré (1 m de côté). Des volées de quelques marches chacune sont séparées par des paliers. Les volées sont portées par des voûtes en berceau et les paliers par des voûtes d’arête. L’escalier mène à une première terrasse située au niveau des fenêtres géminées puis à la plate-forme finale protégée d’un parapet couronné de merlons. La plate-forme est portée par des poutrelles en bois. Ce minaret qui date de 1622 reproduit un modèle maghrébin très répandu dans le pays depuis l’époque hafside.

Fig. 36 : Le minaret se dresse sur le côté Nord de la cour. C’est une tour carrée dotée de fenêtres géminées et portant un lanternon carré. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

Fig. 37 : Inscription indiquant la date de la fin de la construction de la mosquée et de son minaret (1031/1622). Photo de l’auteur, 8-5-2004.

La grande mosquée de Tébourba est l’oeuvre de la communauté andalouse installée dans la ville au début du XVIIe siècle. Cependant, le monument s’intègre parfaitement dans les traditions architecturales locales. La mosquée présente dans son plan et dans sa construction des signes d’archaïsme et se rattache à un modèle ifriqiyen très ancien (salle de prière hypostyle, plan basilical en T, le remploi de colonnes antiques). Elle dévoile aussi des filiations avec les monuments tunisois de l’époque, comme ces voûtes en berceau se terminant en arc de cloître rappelant celles de la mosquée de Hammûda Pacha (1655) et ces chapiteaux en calcaire clair, de type hispano-maghrébin proches de ceux de la turba du Dey Ahmad Khûja (1647). Les toitures en charpente couvertes en tuile creuse, un élément important qui rattachait cette mosquée aux origines ibériques des fondateurs, auraient été détruites probablement dans la seconde moitié du XVIIe siècle.

Tébourba compte outre la grande mosquée, qui accueille la khutba du vendredi, trois petites mosquée dite aussi masjid pour les prières quotidiennes : masjid al-Yakûrî (l’ancien masjid al-Hâj Ramdhân al-Andalusî), masjid Jacfar et masjid Sîdî Tâhar(109).

3.4.2- Le masjid al-Yakûrî ou masjid al-Hâj Ramdhân al-Andalusî

Cette petite mosquée porte également le nom de masjid al-Souk(110). En effet, elle surplombe la place centrale, dite aussi Bathat al-Souk, sur le côté opposé à celui occupé par la grande mosquée. Avec les boutiques qui lui sont attenantes, elle occupe un emplacement angulaire à la rencontre de la rue al-Hûkiya et celle qui porte le nom de la mosquée, deux rues bordées de commerces menant à la place centrale. Une lecture attentive des documents du waqf nous incite à penser que cette mosquée connue aujourd’hui sous le nom de masjid al-Yakûrî portait jusqu’au premier tiers du XIXe siècle, le nom de masjid al-Hâj Ramdhân al-Andalusî. En effet, d’après un document qui date du début de jumâda II 1210/13 décembre 1795, le waqf de cette mosquée était géré par un andalou, Ramdhan b. Ahmad b. al-Hâj Sâlim al-Sharîf al-Andalûsî, le document précisant que la mosquée ouvrait vers le sud(111). Un autre document datant du début de muharram 1247/12 juin 1831 indique que celle-ci est bordée sur trois côtés (sud, est et ouest) par les boutiques. En outre, le document précise qu’un sabîl ou sabbala se trouvait sur son côté sud. Ces indications s’appliquent parfaitement à masjid al-Yakûri. Une liste des biens waqf de masjid al-Yakûri établie en 1292/1875, signale un entrepôt souterrain ou une cave, damûs, se trouvant en bas du même sabîl, tout près de la porte d’entrée du masjid qui ouvrait vers le sud(112).

Il nous semble que masjid al-Yakûrî ou masjid al-Hâj Ramdhân al-Andalusî fut la première mosquée construite hâtivement par le premier groupe d’immigrés, juste après leur arrivée sur les lieux pour que les fidèles y pratiquent leurs prières quotidiennes. Quelques temps après commencèrent les travaux de construction de la grande mosquée qui se sont achevés en 1622 avec l’édification du minaret. La construction, dans un premier temps d’une petite mosquée suivie de celle d’une grande mosquée à khutba est un phénomène habituel que nous avons observé dans d’autres fondations andalouses, telles que Zaghouan (masjid al-Souk), Soliman (masjid al-Blida)(113).

Fig. 38 : Le masjid al-Yakûrî ou masjid al-Hâj Ramdhân al-Andalusî. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

La mosquée a subi plusieurs restaurations, la dernière datant de 1995, qui ont défiguré complètement le monument. Très sobre, ce petit oratoire est formé d’une salle de prière, d’une cour précédée d’une galerie et d’un petit minaret carré de type local. Celui-ci occupe l’angle nord-ouest de la cour et surplombe la rue des d’al-Hûkiya, les tisserands et les tailleurs. On accède à l’intérieur de la tour par une petite porte qui donne sur un escalier de quatorze marches, évoluant autour d’un noyau central plein ; il mène à une plate-forme protégée par un parapet à merlon. Un petit lanternon se place sur la plate-forme et couronne le minaret. Cette mosquée d’origine andalouse s’intègre parfaitement dans les traditions locales ; elle a perdu à une date indéterminée ses toitures en tuile creuse qui indiquaient les origines ibériques des fondateurs.

3.4.3- Le masjid Jacfar

Cette petite mosquée s’élève dans un quartier résidentiel, non pas loin de la première ceinture et de la rue de Sîdî Tâhar et celle de Sîdî cAlî cAzzûz. Sa porte d’entrée donne sur cette dernière rue ; elle est bordée aussi par une ruelle qui porte le nom de masjid Jacfar. Le fondateur de cette mosquée, al-Hâj Muhammad Jacfar, apparaît dans l’inscription de la coupole de la grande mosquée qui date de 1670. D’après Abdelkarim Bouzayène, il serait mort en 1096/1684(114). L’historien local ne cite pas ses sources et s’appuie probablement sur une stèle qui se trouvait sur sa tombe qui fut détruite et enlevée de la mosquée à une date assez récente. La mosquée a joué pendant longtemps le rôle de kuttâb ; les enfants du quartier y apprenaient le Livre saint.

Les documents du habous signalent également que la mosquée avait des biens waqf modestes : une parcelle à al-Walja sise dans la forêt d’oliviers de la ville et un verger connu sous le nom de cAlî Hannûn. Les documents précisent que les actes certifiant du caractère habous de ces deux biens fonciers sont perdus(115).

Fig. 39 : La mosquée Jacfar, un masjid et un kuttab. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

L’édifice a beaucoup souffert des multiples restaurations, surtout celles effectuées ces dernières décennies ! Il se compose d’une salle de prière, d’une cour et d’un minaret qui représente l’élément le mieux conservé de ce monument du XVIIe siècle. De plan carré, c’est une tour des plus simples, portant un lanternon carré également. L’escalier menant au niveau de la plate-forme est constitué de 33 marches et évolue autour d’un noyau central plein carré (0,61 m de côté). Il est éclairé par les fenêtres géminées percées sur les quatre côté de la tour(116). Rien, dans cette petite mosquée ne renvoie aux origines andalouses du fondateur. Toutefois, il nous semble que la mosquée Jacfar, était, elle aussi, couverte par une charpente en bois portant des tuiles creuses. Des traditions orales le suggèrent et des recherches futures pourraient confirmer cette hypothèse.

3.4.4- Le masjid Sîdî Tâhar

Cette petite mosquée s’élève dans un quartier résidentiel à l’ouest de la médina ; elle ouvre sur une rue qui porte le nom de Sîdî Tâhar. Lieu de culte destiné à abriter les prières quotidiennes des habitants du quartier, elle était considérée aussi comme zawiya et comme kuttâb. En effet, elle est complétée par une chambre funéraire qui abritait la tombe du saint et il semble qu’elle était au XVIIe siècle le siège de la confrérie Qashshâshiya. La mosquée pouvait être transformée aussi en une école coranique et recevait, en dehors des heures des prières, les enfants pour l’apprentissage des rudiments de la langue arabe et pour des récitations coraniques.

D’après les historiens locaux, le fondateur, al-Hâj cAlî al-Tâhar al-Andalusî est d’origine morisque. Abdelkarim Bouzayène rapporte qu’il est né en 1059/1649 et mort à Tébourba en 1149/1736, il fut inhumé dans une turba qui jouxte sa mosquée(117). Dans un inventaire daté du 15 Rabîc II 1291/ 1er juin 1874, l’édifice est considéré comme une zawiya et le document signale que celle-ci était à l’époque gérée par les descendants de Sîdî Tâhar et jouissait d’une parcelle plantée d’oliviers comme bien-waqf(118).

Fig. 40 : Le minaret de masjid Sîdî Tâhar. Un oratoire de quartier, une école coranique et une zawiya, Le monument était, au XVIIe siècle, le siège de la fameuses confrérie Qashshâshiya. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

Fig. 41 : Une fenêtre géminée du minaret. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

Fig. 42 : La porte d’entrée de masjid Sîdî Tâhar. La petite mosquée est désaffectée depuis longtemps. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

Sans le savoir, Abdelkarim Bouzayène nous livre une information fort intéressante sur les liens de cette petite mosquée-zawiya avec la confrérie al-qashshâshiya. Il rapporte qu’al-Hâj cAlî al-Tâhar al-Andalusî était un compagnon de Sîdî Abû al-Ghayth al-Qashshâsh (m. 1622), ce qui semble contredire les dates de naissance et de mort du marabout, Sîdî al-Tâhar, données par l’auteur lui-même. Nous proposons deux explications possibles : la première est que les dates sont erronées et que Bouzayène a confondu al-Hâj cAlî al-Tâhar avec un de ses descendants ; et la deuxième serait que ce dernier n’était pas un disciple direct d’al-Qashshâsh, mais un adepte de la confrérie. Nous savons par des sources de l’époque de l’arrivée des immigrés morisques après 1609, que la confrérie de Sîdî Abû al-Ghayth al-Qashshâsh avait pour tâche d’organiser l’accueil et l’établissement des réfugiés à Tunis et dans le pays. Les textes de l’époque signalent que cette confrérie s’est implantée dans les localités andalouses et que ses adeptes, très nombreux, se recrutaient dans ces villes et ces bourgades. Dès la deuxième moitié du XVIIe siècle, nos sources ne signalent plus cette confrérie dans aucune des localités andalouses. Il semble que les zawiyas qui abritaient les activités d’al-Qashshâshiya avaient permuté et que leurs adeptes s’étaient tournés vers d’autres confréries plus en vogue. En effet, la mobilité à l’intérieur de ces communautés mystique était un phénomène habituel et ne posait pas de problème.

Désaffectée depuis longtemps, la petite mosquée est tombée en ruine ; une partie de ses composantes ont été accaparées par les habitations avoisinantes. Elle se composait d’une salle de prière précédée par une cour ouverte et complétée par un minaret, une salle funéraire et d’autres annexes. On y accède de la rue par un beau portail qui se ferme par deux vantaux et un portillon. Le portail s’inscrit dans un encadrement rectangulaire réalisé dans le calcaire clair qui ouvre sur un arc en plein cintre outrepassé, légèrement brisé.

Bien qu’il soit actuellement en partie effondré, le minaret qui se dresse à droite du portail d’entrée et surplombe la rue de Sîdî Tâhar, ne manque pas d’intérêt. Des photographies anciennes panoramiques nous permettent de restituer son allure. C’est une tour carrée surmontée d’un lanternon carré et dont la hauteur ne dépassait pas les 10 m. Les quatre faces de la tour sont enduites de mortier de chaux et percées de fenêtres géminées dont les arcs reposent sur des colonnettes taillées dans le calcaire clair et que couronnent des chapiteaux de type hafside. Deux boudins saillants embellissant les faces du minaret, le premier se situant au niveau d’une terrasse donnant sur l’extérieur par les fenêtres géminées et le second placé à la base de la plate-forme finale qui a perdu, à une date récente, le parapet à merlons qui l’entourait. Celle-ci est portée par des poutrelles en bois. On accède à l’intérieur du minaret par une porte menant vers un escalier qui évolue autour d’un pilier central carré.

La mosquée de Sîdî Tâhar ne manque pas d’intérêt ; Elle porterait un témoignage rare sur le rapport de la ville andalouse avec la tarîqa de Sîdî Abû al-Ghayth al-Qashshâsh ; cette confrérie tunisoise qui a joué un rôle majeur dans l’accueil et l’encadrement des réfugiés morisque au début du XVIIe siècle. Le minaret à moitié en ruine et qui semble voué à une disparition inévitable, représente, à notre avis, une touche de spiritualité et un mémorial qui évoque un peu de l’histoire de la rue, du quartier et de la ville.

Outre les mosquées, la ville compte de nombreuses zawiyas réparties sur les différents quartiers et sur l’ensemble de la contrée de Tébourba. Faut-il préciser que le terme zawiya s’applique ici à des édifices très différents par les fonctions et les composantes architecturales, allant de la simple qubba, chambre funéraire abritant la tombe d’une personne vénérée, au complexe religieux composé de salles funéraires, de cours à portiques, de masjid, d’école coranique, de chambres pour l’hébergement des hôtes de l’établissement et de différentes dépendances ? En s’appuyant sur la documentation d’archives et des prospections sur le terrain, Boutheina Fraj a inventorié 22 zawiyas(119). Nous en présenterons quelques-unes qui ont un intérêt historique et architectural certain.

3.4.5- La zawiya de Sîdî Thâbet al-Ansârî

La zawiya de Sîdî Thâbet al-Ansârî est l’une des plus anciennes de Tébourba ; elle s’élève au nord de la ville andalouse occupant un emplacement excentrique à la rencontre de la petite ceinture et d’une rue qui porte le nom du monument, à proximité d’une des portes de la ville, Bâb al-Krârit (les Charrettes) et d’une petite place assez animée, la place Bastwîla. Dans les environs, se trouvaient des fondouks destinés à accueillir les paysans des tribus des alentour, leur bétail et leurs montures, particulièrement le jour du marché hebdomadaire(120).

L’identification du patron de la zawiya pose quelques problèmes. S’agit-il d’un compagnon du prophète originaire de Médine (ansâr) ? Les sources historiques citent un certain Ruwayfac b. Thâbet al-Ansârî qui avait participé à la conquête de l’Afrique de Nord à partir de l’année 27 de l’hégire/647. Plus tard, en 46/666, il est nommé gouverneur de Tripoli, puis en 53/672 de Barqa (Cyrénaïque) où il meurt trois ans plus tard en 56/675(121). Il serait enterré à El-Beïda, et sa tombe l’un des plus importants monuments religieux de la ville. Mais il arrive fréquemment que deux ou plusieurs villes se disputent l’attribution de la sépulture d’un saint ou d’un compagnon du prophète. Nous pouvons observer ce phénomène notamment à des époques tardives, des siècles après la Conquête ; il est intéressant d’un point de vue historique.

Nous pouvons également imaginer que Sîdî Thâbet al-Ansârî n’est autre qu’un saint local originaire de djebel al-Ansarîn, une petite montagne voisine qui tirait probablement son nom de l’installation au Moyen Age d’un groupe qui s’attribuait une origine arabique et prétendait descendre d’un compagnon du prophète.

Fig. 43 – 44 : La zawiya de Sîdî Thâbet al-Ansârî. L’intérieur de la salle funéraire. Photos de l’auteur, 8-5-2004.

Fig. 45 : La zawiya Sîdî Thâbet al-Ansârî, l’une des plus ancienne de la ville. Elle a été rénovée, d’après cette inscription en 1113/1701. Photos de l’auteur, 8-5-2004.

Quoi qu’il en soit, la zawiya de Sîdî Thâbit est ancienne, probablement la plus ancienne de la ville, comme le confirme les textes et une inscription historique sur la tombe du saint. En effet, quelques années seulement après l’établissement des Andalous dans la ville, un acte de waqf de 1039/1629 signale des biens habous de la zawiya assez important : un four à pain, des boutiques et des parcelles de terre agricole(122).
L’inscription qui se trouve dans la zawiya est également d’un grand intérêt pour l’histoire de ce monument. Une belle dalle de marbre jaune de Chemtou (49 sur 30 cm) placée sur la tombe porte le texte suivant inscrit en cursive et relief(123) :

1. الحمد هذا ضريح
2. الشيخ الولي الصالح، شيخ (كذا)
3. البركة المزار سيد (كذا) ثابت
4. الأنصار )كذا( نفعنا الله به آمين، جدّد
5. سنة 1113 ثلاثة عشر ومائة وألف
6. على يد المكرم قاسم بن علي البنزرتي
7. الأندلس (كذا) الناضر (كذا) على الحبس في التاريخ
8. أصلح الله تعالى أمر الجميع آمين

L’inscription révèle une restauration de l’édifice en l’année 1113/1701 ; le commanditaire de l’opération fut le gérant du waqf de la zawiya l’andalou Qâsim b. cAlî al-Banzartî. Les titulatures de Sîdî Thabet al-Ansârî qui figurent dans le texte sont habituels, al-shaykh, le saint, le béni, le seigneur, mais il n’est nullement question d’un compagnon du prophète. Toutefois, le texte indique que la zawiya est un mazâr, autrement dit, un lieu de visite ou de pèlerinage. Dans les deux fameuses zawiyas de Kairouan et de Gabès, consacrées à deux compagnons du prophète, cette titulature apparaît systématiquement (صاحب رسول الله ). En outre, le gérant de la fondation est d’origine andalouse, ce qui nous incite à penser qu’il s’agit d’un culte ancien, probablement médiéval, qui a été ressuscité par les Andalous pour accroitre le prestige de leur ville. L’emplacement de la zawiya primitive pourrait être dans les parages, mais pas nécessairement au même endroit que celui d’aujourd’hui.

La zawiya est constituée d’une salle funéraire, d’un masjid reconstruit complètement en 1912(124) et d’une habitation pour le wakîl. L’ensemble s’organisait autour d’une cour à ciel ouvert et était protégé par une enceinte.

Fig. 46 – 47 :La zawiya de Sîdî Thâbet al-Ansârî. Plan et coupe de la salle funéraire. Relevé effectué par Sofien Dhif.

La salle funéraire avec sa coupole représente l’élément ancien, le plus intéressant. L’édifice daterait du XVIIe siècle et sera rénové au tout début du XVIIIe siècle. C’est une salle carrée de 4,10 mètres de côté couverte par une coupole hémisphérique ; celle-ci repose sur des trompes d’angle qui assurent le passage du plan carré au plan circulaire. Au niveau du tambour, s’interposant entre les quatre trompes d’angle, des niches à fond plat et des lucarnes rustiques avec des linteaux en poutrelles de bois.

Les murs de la salle funéraire sont défoncés d’arcades en plein cintre portées par des pilastres : deux arcades pour chacun des deux côtés nord et ouest, et trois pour chacun des côtés sud et est. L’unique porte d’entrée du mausolée est ouverte dans l’arcade médiane du côté est ; cette porte rectangulaire (1,92 m sur 0,94 m) se ferme par deux battants en bois massif. Un mihrab est placé au niveau de l’arcade médiane sur le côté sud. C’est une niche profonde cintrée des plus simples.

Au milieu de la salle se trouve un cénotaphe en bois couvert par les étendards de la zawiya ; celui-ci couvre une tombe portant l’inscription historique que nous avons évoquée plus haut. La tombe est de plan rectangulaire (1,62 m sur 0,55 m) ; elle est tapissée de carreaux de faïence de belle facture provenant des ateliers de Qallâline et datant du XVIIIe siècle.

La zawiya, au regard de son aspect général, apparaît comme un édifice modeste, dépourvu de toute monumentalité et de tout décor, ce qui paraît paradoxal vu la popularité dont jouit le saint. Faut-il chercher une explication de cette sobriété dans le caractère local du culte de Sîdî Thâbet ? La popularité dont jouissait le saint n’a pas dépassée la contrée de Tébourba car il n’y avait pas eu d’affluence de pèlerins venant de régions éloignées.

3.4.6- La zawiya de Sîdî Ben cIssâ

La confrérie des Aïssawa est la plus populaire de tout le Maghreb. Fondée à Meknès par Sîdî Muhammad b. cÎssâ (m. vers 930H/1523), elle s’est implantée à Tébourba à une date indéterminée, très probablement au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Vers la fin du XIXe siècle, elle constitue l’une des confréries les plus importantes de la ville. A l’époque, le shaykh de la Aïssawa était Ahmad al-Qafsârî mort le 20 shacbân 1318/13 décembre 1900(125). L’homme était également un notaire, un faqîh et un qadi à Tébourba. L’une des maksûra-s de la zawiya abrite la tombe de son fils al-Hâj cUmar, mort le 25 rabîc II 1347/11 octobre 1928.

Fig. 48 : Plan de la zawiya de Sîdî Ben cIssâ. ASM de Tébourba, relevés de Belhessen Kinbi.

Fig. 49 : Coupe de la zawiya de Sîdî Ben cIssâ. ASM de Tébourba, relevés de Belhessen Kinbi.

La zawiya où se réunissaient les adeptes de la confrérie remonte à deuxième moitié du XVIIIe siècle et date de la fin du règne de cAlî Bey (1759-1782)(126). Quelques années plus tard, en 1229/1814, un revêtement de carreaux de céramique tapissant la salle funéraire a été commandé à un atelier des Qallâline à Tunis, celui du maître céramiste al-Usta Abû Shantûf. Le portail en marbre et l’aménagement de la cour et de son portique sont tardifs et remontent aux années 1314-1317/1897-1899.

Le bâtiment actuel occupe une position angulaire au croisement de la rue de la Sebta avec celle d’al-Waha. Il est formé d’une cour, d’une salle funéraire précédée d’un portique et de quelques dépendances. De la rue de la Sebta, on accède directement à l’intérieur de la cour de la zawiya par un beau portail en marbre réalisé par cAlî al-Dhâwî en 1897, comme l’indique une inscription placée au-dessus de l’entrée. Ouvrant dans arc en plein cintre outrepassé, ce portail, qui se ferme par deux vantaux et un portillon, s’inscrit dans un encadrement rectangulaire réalisé dans des dalles de marbre richement sculptées ornées de motifs italianisants (des arcs en ogives, des filets de perles et d’oves, des coquilles, des feuilles d’acanthe, etc.).

Fig. 50 : La zawiya de Sîdî Ben cIssâ. La Porte d’entrée. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

Fig. 51 : La zawiya de Sîdî Ben cIssâ. Inscription au-dessus de la porte d’entrée. Photo de l’auteur, 8-5-2004.

La porte ouvre sur une cour rectangulaire (10,56 m sur 7,45 m) pavée de carreaux de marbre blanc. De part et d’autre de l’entrée, deux banquettes sont aménagées dans le mur qui fait face à la salle funéraire ; elles remplaceraient, en quelque sorte, les traditionnelles banquettes des vestibules et servent de sièges pour les visiteurs. Dans un autre mur et à gauche de l’entrée, est aménagée la niche la margelle de la citerne, mâjil, qui alimentait l’établissement en eau douce ; celle-ci s’inscrit dans un encadrement en marbre. Sur le côté opposé à l’entrée, la cour est bordée d’un portique formé de trois arcs en plein cintre soutenu par des colonnes en marbre. Les parties inférieures des murs de la cour sont revêtues de carreaux de faïence polychromes de Qallâline jusqu’à une hauteur de près de deux mètres.

Fig. 52 – 53 : La zawiya de Sîdî Ben cIssâ. Les parties hautes des murs, les voûtes et les coupoles sont tapissées de stuc finement sculpté. Photo de l’auteur, 16-10-2016.

La composante principale de la zawiya est la salle funéraire ; elle reprend ici des éléments du plan de l’habitation citadine tunisoise : plan en T avec un espace principal sous forme de trois iwans complétés par des pièces annexes ou maqsûras. Couverte de coupoles et de voûtes, cette salle est richement décorée. Les parties supérieures sont tapissées de stuc finement sculpté et les parties inférieures sont couvertes par un beau revêtement en carreaux de céramique dont l’intérêt s’accroit avec une inscription qui porte la signature du maître-céramiste et la date (l’année 1229/1814) : oeuvre du maître Abû Shantûf ( الملك لله، عمل الأسط أبوشنتوف ). Cet atelier de la fin du XVIIIe et des débuts du XIXe siècle a joué un rôle important dans la production céramique tunisoise. Al-Ustâ Abû Shantûf apparaît vers 1800 dans les documents d’archives comme chef de la corporation des céramistes ; nous trouvons des carreaux produits par son atelier et signés à Kairouan, dans le revêtement de la zawiya de Sîdî al-Sahbî et au Caire, dans le décor céramique de mosquée Abû al-Dhahab et au musée d’Art islamique de la ville.

Fig. 54 : La zawiya de Sîdî Ben cIssâ. Un panneau du revêtement de carreaux de céramique des Qallaline de Tunis, Atelier Al-Ustâ Abû Shantûf 1229/1814. Photo de l’auteur, 16-10-2016.

Fig. 55 : La zawiya de Sîdî Ben cIssâ. Détail d’un panneau avec la signature et la date.

Fig. 56 : La zawiya de Sîdî Ben cIssâ. Détail d’un second panneau avec la signature et sans la date.

Ce revêtement est constitué de carreaux répétitifs, tel que le type dit patte de lion, et de panneaux dit à mihrab, présentant des compositions savantes d’inspiration orientale. Deux panneaux presque identiques portent la signature du céramiste, mais un seul mentionne une date. Sur chaque panneau, une première composition à mihrab s’inscrit dans une deuxième composition nettement plus large et du même genre. Sous l’arc du premier mihrab sont figurés un vase avec un bouquet de fleurs et deux oiseaux face à face. Au-dessus, et sous l’arc du second mihrab, prend place un décor architectural avec des coupoles et une multitude de minarets. Les deux compositions sont complétées par des motifs floraux habituels (des rinceaux, des palmettes, des tulipes, des cyprès, des mandorles, des feuilles saz, etc.). Les couleurs de ces panneaux typiquement tunisiens sont variés, mais moins riches que celles des carreaux des époques précédentes, et notamment la production de cAbd al-Wâhid al-Maghribî (première moitié du XVIIIe siècle) : ici, le bleu de cobalt, le vert (oxyde de cuivre), le brun (oxyde de manganèse), l’ocre jaune (oxyde d’antimoine) se détachent sur un fond blanc (stannifère). Le complexe religieux de Sâhib al-Tâbic, construit à la même époque à Tunis, est orné de lambris de céramique très proches de celui de la zawiya de Tébourba. Je pense que les deux revêtements sont l’oeuvre du même atelier.

Fig. 57 : La zawiya de Sîdî Ben cIssâ. Carreau identiques à ceux qui tapissent le complexe de YûSuf Sahib al-tâbic de Tunis. Photo de l’auteur, 16-10-2016.

Fig. 58 : La zawiya de Sîdî Ben cIssâ. Photo de l’auteur, 16-10-2016.

La zawiya de Sîdî Ben cIssâ confirme les rapports étroits de Tébourba avec la capitale. La salle funéraire de l’établissement présente un plan qui rappelle d’autres zawiyas de Tunis datées du XVIIIe siècle, notamment celles de Sîdî Belhassen al-Halfâwi et de Sîdî Alî Azzûz. Ajoutons que le décor agréable qui se concentre surtout sur la devanture et à l’intérieur de la grande salle funéraire, dont les panneaux de faïence à mihrâb déjà cités, compte parmi les oeuvres les plus belles, les plus harmonieuses du point de vue chromatique et les plus représentatives de la production céramique tunisoise du début du XIXe siècle. Ces carreaux sont l’oeuvre du chef de la corporation des qallâline de Tunis ; le maître céramiste Al-Ustâ Abû Shantûf.

3.4.7- La zawiya de Sîdî cAlî cAzzûz

La zawiya de Sîdï cAlî cAzzûz est un des plus importants monuments de la Tébourba. Elle s’élève à l’ouest de la médina, au bord d’une artère importante du même nom. Nous ignorons la date de l’implantation à Tébourba d’une filiale de la confrérie du mystique d’origine marocaine cAlî cAzzûz dont la zawiya mère se trouve dans la ville andalouse de Zaghouan depuis 1680. L’implantation de cette filiale daterait probablement de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Husayn Khûja dans son Dhayl, écrit vers 1723, ne mentionne pas la zawiya de Tébourba parmi les quelques filiales de la confrérie réparties sur des villes du nord-est de la régence à son époque(127). L’édifice actuel est tardif et date de la seconde moitié du XIXe siècle. Abdelkarim Bouzayène l’attribue à un dirigeant de la ville, cAlî b. Muhammad al-Zîn al-Andalusî qui fut nommé khalifa en 1268/1851 et construisit la zawiya en 1274/1857(128).

Fig. 59 : La zawiya de Sîdî cAlî cAzzûz. D’après un plan publié par Riadh haffar, 2005, p.205.

L’édifice primitif est conçu selon un plan régulier, et la parcelle qu’il occupe est de forme presque rectangulaire. Deux pièces annexes prises sur les habitations voisines ont été ajoutées ultérieurement, l’une sur le côté nord et l’autre sur côté est. L’ensemble de l’édifice couvre une superficie estimée à 640 m² et présente un plan aux dimensions équilibrées, aux proportions harmonieuses. Il abrite des éléments traditionnels d’une zawiya : une grande salle à coupoles flanquée sur le côté sud d’une cour ; un portique à trois arc s’interpose les deux espaces. Plusieurs dépendances complètent la zawiya, dont une salle faisant fonction d’école coranique, une salle d’ablution, des chambres pour accueillir les visiteurs et des entrepôts.

L’accès à l’intérieur de l’édifice s’effectue par un portail en arc en plein cintre outrepassé inscrit dans un encadrement en pierre calcaire clair ; il se ferme par deux battants et un portillon en bois massif et donne sur un vestibule pourvu de banquettes maçonnées adossées aux murs latéraux.

Fig. 59 : La zawiya de Sîdî cAlî cAzzûz. La porte d’entrée. Photo de l’auteur, 10-11-2018.

Fig. 60 : La zawiya de Sîdî cAlî cAzzûz. La coupole de la salle principale. Photo de l’auteur, 10-11-2018.

La cour de la zawiya s’inscrit dans un plan rectangulaire d’environ 11,80 m sur 8 m. Le côté nord est bordé d’un portique dont les arcs en plein cintre outrepassés reposent sur des colonnes minces en marbre couronnées de chapiteaux de type néo-ionique. Sous le portique, le mur est tapissé de lambris de faïence et les voûtes de stuc ciselé.

Au-dessus de la porte d’entrée de la salle principale de la zawiya, au niveau d’un bandeau de décor stuqué, se trouve une inscription exécutée sur deux plaques de marbre indiquant, après la basmala et la tasliya, que la construction du monument date de l’année 1274/1857 et la réalisation du décor en stuc sculpté de l’année 1298/1880(129).

هذا مقام الولي الصالح والزناد الفادح سيدي الحاج علي عزوز، نفعنا الله به وإياكم ببركاته آمين آمين.

تاريخ البناء عام 1274       تاريخ النقش 1298

Fig. 61 : La zawiya de Sîdî cAlî cAzzûz. La coupole de la salle principale. Photo de l’auteur, 10-11-2018.

Fig. 62 : Inscription indiquant la date de la construction du monument (1274/1857) et celle de la réalisation du décor en stuc sculpté (1298/1880). Photo de l’auteur, 10-11-2018.

La salle principale de la zawiya présente, comme celle de Sîdî Ben cIssâ, un plan inspiré de celui des habitations bourgeoises tunisoises ; il est question de grande salle dite « bît bi-al-qbû wa-al-mqâsir », salle large (bît) avec une grande alcôve (qbû) établissant le plan en T. Des pièces annexes occupant les angles (mqâsir) flanquent l’alcôve et rétablissent le plan rectangulaire. Couverte de coupoles et de voûtes, cette salle offre un décor très riche : les parties inférieures sont lambrissées de carreaux de faïence et les parties supérieures sont tapissées de plâtre sculpté. Importés probablement d’Italie, les carreaux de faïence présentent des types en vogue à Tunis durant la seconde moitié du XIXe siècle ; des rosettes et des rinceaux stylisés peints avec une palette de couleurs assez harmonieuse : bleu de cobalt clair, vert olive, ocre jaune, rouge et le brun pour dessiner les contours sur un fond crème laiteux.

Les pièces en marbre, largement utilisées dans cette salle, proviennent d’Italie : des colonnes, des chapiteaux, des pilastres, des encadrements des portes et des fenêtres. Les quatre colonnes sur lesquelles reposent les arcs portant la grande coupole précédant la coupole de l’iwan ou qbû sont couronnées de beaux chapiteaux en marbre blanc d’un type proche du corinthien ; ils sont marqués sur chaque côté d’un flambeau couronné de croissant.

Fig. 63 : La zawiya de Sîdî cAlî cAzzûz. Des carreaux de faïence importés d’Italie présentant des types en vogue à Tunis durant la seconde moitié du XIXe siècle. Photo de l’auteur, 10-11-2018.

Fig. 64 : Des chapiteaux en marbre blanc d’un type proche du corinthien. Photo de l’auteur, 10-11-2018. Photo de l’auteur, 10-11-2018

La zawiya de Sîdï cAlî cAzzûz de Tébourba rappelle les plus beaux monuments de Tunis du milieu du XIXe siècle ; de telles oeuvres architecturales sont rares dans les petites villes à l’époque. Ceci confirme les liens étroits de la cité avec la capitale. Nous sommes certains qu’à l’origine des marbres et des carreaux de faïence importés d’Italie et employés dans le décor de la zawiya, sont dû à une commande officielle émanant du palais du Bardo. La confrérie cAzzûziya était très influente auprès des Husaynites et de leur entourage.

D’un autre côté, le monument révèle aussi des attaches de la ville avec la communauté andalouse. En effet, la cAzzûziya s’est implantée surtout dans des cités habitées par cette communauté, telles que Zaghouan, Tunis, Testour ou Ras djebel. Le bâtisseur de la belle zawiya du XIXe siècle Tébourba est d’origine andalouse.

3.4.8- Le Hammam de Sîdî cAbd al-Nabî

Tébourba est équipé d’un certain nombre de bâtiments affirmant le caractère urbain de la ville et permettant de la distinguer des localités rurales ; parmi de tels bâtiments, mentionnons les hammams. La ville avait, à l’époque de son apogée, deux bains au moins ; le plus anciens de ces bains qui nous est parvenu est celui de Sîdî cAbd al-Nabî.

Fig. 65 : Hammam Sîdî cAbd al-Nabî (effectué par Maha Ghribi en 2017).

Il portait également le nom de hammam al-Rîkadhûn ; il se trouvait dans la partie est de la ville, pas loin de la place centrale. Il jouxtait un fondouk et une huilerie qui portaient le même nom. Les documents du waqf révèlent, en effet, un petit complexe économique connu sous le nom de habous al-Rîkadhûn. D’origine andalouse, le fondateur al-Hâj Muhammad Hammûda al-Rîkadhûn, amîn al-Shawwâshiya de Tunis, était le puissant chef de la plus importante corporation de la capitale et de ce fait, il était aussi le chef de toutes les corporations des métiers de la ville. D’après les actes, la constitution de cette fondation est antérieure à l’année 1186/1772(130). Il semble que Muhammad Hammûda al-Rîkadhûn se soit procuré les trois établissements par achat et les a constitués en waqf. Le hammam daterait probablement du XVIIe siècle. Toutes les cités andalouses s’étaient dotées de hammam dès leurs fondations. Ce hammam porte également le nom du vieux bain ce qui indiquerait qu’il est le plus ancien de la ville et donc qu’il en avait d’autres plus récents. Le document du waqf précise que le bain ouvre vers l’ouest ; ses limites sont : sur le côté est le fondouk al-Rîkadhûn ; sur le côté nord, une rue le séparant d’une huilerie portant le même nom.

Le hammam qui donne sur une petite ruelle, occupe encore aujourd’hui un emplacement discret, à proximité de la place centrale. Il se distingue des constructions avoisinantes par sa coupole hémisphérique. Il présente un plan habituel de ce genre d’établissement(131).

Fig. 66 : La ruelle que borde le Hammam Sîdî cAbd al-Nabî. Photo de l’auteur, 16-10-2016.

Fig. 67 : La coupole de la salle de déshabillage de Hammam Sîdî cAbd al-Nabî. Photo de l’auteur, 16-10-2016.

  • Une skîfa presque carrée, dotée d’une banquette et couverte d’une voûte d’arête ; celle-ci permet l’entrée, d’un côté, à l’intérieur du bain, et de l’autre, à l’intérieur d’un couloir, long de près de 5 m, menant à un escalier qui conduit vers les terrasses où se trouve le puits qui alimentait l’établissement en eau.
  • Une grande salle de déshabillage et de repos dotée de banquettes et couverte d’une grande coupole hémisphérique posée sur une base carrée, la transition du plan carré au plan circulaire s’effectuant par des pendentifs ; elle est portée par arc brisée posés sur quatre colonnes. Le côté nord de cette salle est occupé par une maqsûra, pièce assez spacieuse qui complète la salle de déshabillage dans ses fonctions et qui est réservée aux baigneurs qui voudraient s’isoler pendant le moment de repos et de relaxation. Le milieu de la salle de déshabillage était occupé par une fontaine qui a été remplacée par une vasque en 1985.
  • Succèdent à la salle de déshabillage, deux salles froides de transition : l’une d’elles est pourvue de latrines et d’un bassin d’eau froide.
  • Une salle tiède ou Bayt al-matâhir grande salle de lavage et de massage. Elle est couverte de voûtes d’arête percées de quelques petites ouvertures vitrées servant à l’éclairage.
  • Une salle chaude, qui se trouve au fond du bain, et qui présente un plan rectangulaire ; elle est couverte par une longue voûte en berceau. Elle renferme la grande chaudière en cuivre accolée au mur du fond et deux bassins d’eau chaude placés à gauche et à droite de l’entrée.
  • Rejetée derrière le bain, la cour renferme le furnâq et ses dépendances. On accédait à cette chaufferie et au foyer par une entrée particulière de service. Le document du waqf déjà cité laisse entendre que la cour de service, furnâq, était plus spacieuse et jouxtait l’huilerie al-Rîkadhûn. Il précise aussi que le bain donnait sur une rue le séparant du fondouk al-Rîkadhûn ; il s’agit de la rue qui mène à Bâb al-Souk, tout près(132).

Ce hammam présente un plan presque identique aux nombreux bains des villes andalouses du pays. En bon état de conservation, ce charment petit établissement historique qui daterait du XVIIe siècle a été désaffecté depuis quelques années et est menacé de disparition.

Conclusion

L’essor de la basse vallée de la Medjerda et notamment celui de Djedeïda, El Battan et Tébourba au XVIIe siècle, l’aménagement des routes, l’édification d’ouvrage d’art et de bâtiments publics importants et la mise en valeur des terres dans la région résultent d’une collaboration étroite entre les autorités turques et la communauté des immigrés andalous. Le dispositif mis en place par les Turcs de Tunis pour exploiter la région consistait à mettre la main sur les richesses naturelles, notamment les riches terres agricoles, et à profiter de la main d’oeuvre immigrée et de son savoir-faire.

Ce sont les immigrés andalous qui avaient construit les trois localités et avaient bâti les principaux monuments ; la région avait des relations très étroites avec la capitale : les terres et surtout les grands domaines étaient tenus par des membres de l’oligarchie ottomane ou par des notabilités tunisoises. Plusieurs parcelles étaient des waqfs de fondations religieuses de Tunis, celles la Zaytûna, la mosquée de Youssef Dey et celle Subhân Allah ainsi que la madrasa des Andalous. Près des domaines qu’ils possédaient dans la région, l’oligarchie ottomane et les notabilités tunisoises avaient construit de nombreuses résidences secondaires. L’une des plus importantes fut celle de Youssef Dey ; il l’édifia près du pont qu’il bâtit sur la Medjerda en 1616, juste après l’arrivée des immigrés morisques, sur un grand domaine connu sous le nom d’al-Qantara, l’actuelle Djedeïda. Les mouradites héritèrent de cette résidence. L’un des derniers monarques de la dynastie, Muhammad Bey, en édifia une seconde auprès d’un deuxième pont-barrage qu’il venait de construire, celui d’El-Battan. Les deux résidences continuèrent à être fréquentées par les beys de Tunis et par des membres de leur entourage jusqu’à la fin du XIXe siècle. D’autres résidences ont été implantées dans la région de Tébourba par des notables tunisois.

Les rapports étroits des trois localités avec la capitale se confirment aussi à travers l’architecture. D’après les témoignages des chroniques et des récits de voyage du XVIIe siècle, les résidences secondaires de Youssef Dey à al-Qantara et celle de Muhammad Bey à al-Hathramîn dépassaient par leur somptuosité les plus beaux palais de Tunis. Thevenot souligne que le décor de la résidence d’al-Qantara, ses fontaines, ses stucs, ses plafonds dorés et ses tableaux de peinture dépassent par leur beauté ce qu’il avait vu auparavant à Tunis. La résidence de Muhammad Bey portait le nom de Bardo signifiant par là même qu’elle est la doublure du prestigieux palais de la banlieue de Tunis ! Les commanditaires de ces demeures, aujourd’hui disparues, aimaient retrouver à la campagne le cadre architectural et les aises que l’on jugeait indispensables à Tunis. D’un autre côté, les plus beaux matériaux employés dans la construction des monuments de l’époque qui nous soient parvenus, et notamment ceux de Tébourba, provenaient de Tunis. Les colonnes et les chapiteaux de type hispano-maghrébin de sa grande mosquée ont été sculptés dans des ateliers de la capitale. Les magnifiques carreaux de céramique du revêtement de la zawiya de Sîdî Ben cIssâ sont l’oeuvre du chef de la corporation des Qallâline de Tunis et enfin, le beau décor en marbre et en carreaux de faïence d’origine italienne de la zawiya de Sîdî cAlî cAzzûz faisaient partie certainement d’une commande officielle émanant du Bardo.

Tébourba et les deux villages voisins avaient également des relations étroites et des échanges continus avec la communauté andalouse habitant Tunis et de nombreuses cités du nord-est du pays. Dès les débuts, les immigrés, qui avaient mis la main sur la puissante corporation des shawwâshiya, avaient installés des fouleries indispensables pour la fabrication des chéchias, à al-Qantara, vers 1616, et plus tard, en 1690, à El-Battan, tout près des résidences de plaisance de Youssef Dey et de Muhammad Bey. Des fondations religieuses andalouses avaient des biens immobiliers et fonciers waqfs à Tébourba et dans sa région ; citons la madrasa et la mosquée des Andalous de Tunis et les mosquées de Medjez-el-Bab et de Djedeïda. De son côté, le fondouk de Bâb Téboursouk à Testour était un bien constitué en waqf au profit de la grande mosquée de Tébourba.

Une des principales personnalités de la communauté andalouse du pays, Muhammad Hammûda al-Rîkadhûn, le chef de la corporation des shawwâshiya de Tunis a constitué en waqf, au XVIIIe siècle, un complexe économique important à Tébourba formé d’une huilerie, d’un fondouk et d’un hammam, sis à l’est de la médina, entre la porte du Souk et la place qui porte le même nom. Ce waqf alimentait le budget d’institutions se trouvant à Tébourba et à Tunis.

Les nombreux monuments de Tébourba, principale ville de la basse vallée de la Medjerda, appartiennent aux traditions locales et se rattachent par maints détails à l’architecture tunisoise. Les toitures en tuile creuse furent pratiquement l’unique élément très visible qui reliait la ville à l’architecture morisque. Hélas ! Les derniers ateliers de terre cuite qui fabriquaient ce matériau ont arrêté de travailler depuis la deuxième guerre mondiale et les toitures en tuile qui couvraient les habitations et les différentes constructions ont disparu complètement de Tébourba depuis plus d’un demi-siècle.

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Notes

(1) Husayn Khûja, 1973, p. 153 et al-Wazîr al-Sarrâj, 1985, t. 3, p. 252. Mahmûd Maqdish, (1988, t. 2, p. 90) nous dit que le pont fut construit l’année même de l’arrivée des immigrés andalous et cite l’année 1017/1608-1609.
(2) Louis Poinssot, 1942, p. 321-333.
(3) Jean Thevenot, 1665, p. 546-547.
(4) Louis Poinssot (1942, p. 324, note 12) des meules à aiguiser.
(5) Ibn Abî Dînâr, 1967, p. 207.

 » ذكر بين الناس، وكان عليها برج في حياته، ثم زاد فيها من بعده مولاه الفتى نصر آغة، ثم تولّع به ولده المرحوم أحمد شلبي وضخّمه، ثم صار من ومن خيراته بناؤه القنطرة العجيبة التي على وادي مجردة من ناحية بلد  بعده إلى حفيده أبي الحسن علي باي فزاده ضخامة، إلى أن صار يضرب به المثل، وجاء بسعادته على أجمل شكلطبربة، وجاءت من أجلّ القناطر، وهي اليوم من أعجب المنتزهات التي لها. « 

(6) Al-Wazîr al-Sarrâj,1985, t. 2, p. 354.

« وبنى قناطر عديدة أجلها وأعظمها التي على وادي مجردة قرب طبربة. وهي من أعظم ما صنع وأغرب ما ابتدع. وكان عليها برج عظيم في حياته، ثم ضخّمه من بعده مولاه نصر آغة الطوّاشي. ثم ولع به ابنه المرحوم أبو العباس أحمد وضاعف في ضخامته، وأنشأ به دولابا يدور بنفسه من غير وجود دابة تديره، فكان آية في صنعه، ثم انتقل من بعده إلى أبي الحسن علي باي. »

(7) Ahmed Saadaoui, 2011, p. 70-71.
(8) Ahmed Shalabî fils de Youssef Dey avait épousé une fille de Hammûda Pacha et donc soeur de Mourad II. Il avait marié ses deux filles à leurs cousins cAli et Mumammad fils de Mourad II. Il était le beau-père de ces deux beys mouradites. Le sieur de la Croix, Mémoires, 1684, p. 235-236 ; Thevenot, 1665, p. 546-547.
(9) Ahmed Saadaoui, 2011, p. 461-463.

« جميع الباطان الجوفي الباب، المشتمل على دولابين، المعد لغسل الشواشي وملف الأندلس، المحدث البناء بشاطئ وادي مجردة من شرقيه، وجميع الفرن الشرقي الباب، المعد لطحن الطعام، وبه دولاب واحد، الملاصق له من شرقيه. يحدهما قبلة حيث يفرغ ماء الغسالة، وشرقا طريق حيث يفتح باب الفرن وآبار هنالك، وجوفا قنطرة الوادي المعروفة بالمرحوم يوسف داي، وغربا الوادي المذكور. »

(10) Ahmed Saadaoui, 2011, p. 464-465.

« جميع الهنشير المعروف باللخمي، من عمل وادي مجردة. يحده قبلة وادي مجردة، وشرقا الأصبحين الكبرى، وجوفا شواط وقشبة، وغربا منزل حماد وقصر الحديد، ويشتمل الهنشير المذكور على هنشير مفر الجدعان والأصبحين الصغرى، وحدود هنشير اللخمي المذكور شاملة لهما. ويحد هنشير مفر الجدعان المذكور، قبلة وادي مجردة، وشرقا الأصبحين الكبرى، وجوفا وغربا اللخمي. »
وما بهنشير اللخمي من البرج الكبير، الواسع الفناء، الضخم البناء، والمخازن والمعصرة والفنادق والحوانيت وغير ذلك، مما أحدث به من البناءات على اختلافها ومن السواني وما به من أنواع الغراسات على اختلاف أنواعها ».

(11) Jean Thevenot, 1665, p. 546-547.
(12) Louis Poinssot (1942, p. 324, note 12) pense que les “moulins de Maréchaux” sont des meules à aiguiser. Et explique qu’au XVIIe siècle le marchal-ferrant était aussi taillandier. Il nous semble que “maraîchaux” dérive de l’ancien français marescheier qui signifie maraîcher et non maréchal.
(13) Ibn Abî Dînâr, 1967, p. 284-285.

« وهذه القنطرة من بناء أبي المحاسن يوسف داي، وكان بناؤه لها سنة خمس وعشرين وألف ) 1025 / 1616 (، فجاءت من أحسن ما يكون، وجعل بها أرحاء تدور بالماء، وبنى بها برجا لطيفا. ولمّا سار إلى رحمة ربه تولع بها خادمه نصر الطواشي فزاد فيها عدة بساتين، ومن بعده تولع بها المرحوم أحمد شلبي وشيد بها المنارة الرفيعة واهتم بها غاية الاهتمام. ولما سارت إلى رحمة ربه ووقعت الفتن كاد أن يتلاشى حالها فتداركها بعزمه وحزمه المكرم علي باي فزادت محاسنها على ما كانت عليه، وصارت يضرب بها المثل. وغدت أحسن مما كانت قبل » ويضيف « كيف لا تفتخر هذه البقعة وهي ذات المنارة والقباب التي حيطانها ذات العماد. وشيدت معالمها وتزخرفت بالنقوش المذهبة حتى قيل لم يخلق مثلها في البلاد. وصنعت العجائب على حافتي الوادي… ودارت دوائر نواعيرها وفقدت قلبها فهي تدور على القلب. وكان هذا الدولاب الذي أحدث بالقنطرة على طابع مجردة أحسن مما عمل في حماة وأولى. وإن كانت نواعير حماة أسبق بالزمان فالآخرة خير لك من الأولى. »

(14) Al-Wazîr al-Sarrâj (1985, t. 2, p. 354) indique ceci : « وأنشأ به دولابا يدور بنفسه من غير وجود دابة تديره، فكان آية في صنعه« 
(15) P. Grandchamp, La France en Tunisie, VI, p. 226.
(16) Jean Thevenot, 1665, p. 547.
(17) Ibn Abî Dînâr, 1967, p. 285-287. Voici quelques extraits de ce long poème :

                                                       فردوس قنطرة يا طيّب الأرج                تبارك الله عن ذي المنظر البهج
                                                       وبرجك الضخم كالإيوان نشأته               والكشك في الصدر كالإيوان للفرج
                                                       إن حل في الصدر صدر الملك قلت له       لقد حللت بصدر الملك غير ذي حرج
                                                       بناؤه بتماثيل منوعة                           بغاية النقش ما يغني عن السرج
                                                       وشاهق في علاه مثل سيده                    يرقى له فوق أعداد من الدرج…
                                                       وقبة الملك قد شدت دعائمها                  على استواء بلا ميل ولا عوج…
                                                       ويسرح الطرف في مرأى بدائعها            بزخرف النقش أو بالماء والمرج
                                                       والنهر يجري إلى الدولاب منعطفا           تراه منعرجا في إثر منعرج
                                                       وصوت دولابه في حسه نغم                 أصوات معيد في الثاني من الهزج…

(18) Peyssonnel et Desfontaines, 1838, t. 1, p. 102.
(19) Carte topographique publié par le Service géographique de l’Armée (échelle 1/50 000), Feuille de Tunis, Paris 1889-1928.
(20) Jean Ganiage, Les origines du protectorat français en Tunisie 1861-1881, Paris, PUF, 1959, p. 178.
(21) E. Pellissier, 1853, p. 20.
(22) La Tunisie, Histoire et Description, 1896, II, p. 141.
(23) Charles Lallemand, 1892, p. 238.
(24) L’enzel est un contrat par lequel le propriétaire d’un immeuble ou l’administration d’une fondation habous cède, à titre perpétuel la possession et jouissance d’un immeuble, contre une redevance déterminée et invariable, payable par année ou par mois, que l’autre partie s’engage à lui verser.
(25) 

 » وأن ما شملته حدود الهنشير المذكور وداخل فيه جميع السانية المشجرة بأنواع العود الرقيق المشتملة على برج قبلي، وعلو كذلك معتلى على بيت من البرج المذكور، وعلى بيت آخر من البرج المذكور ملاصقة له، وفندق قبلي ملاصق له أيضا، وحوش قبلي، ومخزنين جوفيين، ونعورتين، والجدار الذي بين النعورتين، وداموس وسبالة. »

(26) Nous trouvons le nom de la Dokhniyya de Djedeïda dans les actes de la conservation foncière. Il signifie une zone proche du hameau que pourraient atteindre la fumée des habitations du hameau. On y trouve une concentration de petites parcelles irriguées.
(27) Les mémoires du chevalier d’Arvieux, 1735, IV, p. 49.
(28) Ibn Abî Dînâr, 1967, p. 285.

« وكان هذا الدولاب الذي أحدث بالقنطرة على مجردة أحسن مما عمل في حماة وأولى… وبهاء فردسوها يشوق ناظرها إلى فردوس الجنة. وبه من الفواكه العجيبة ما لا يوصف… ولقد تنزهت في تلك المحاسن. ونظرت إلى عذب الماء الذي هو غير آسن. وقد جرت جداوله ودخلت إلى البستان فصار مروجا… ».

(29) E. Pellissier, 1853, p. 20.
(30) Louis Poinssot, 1942, p. 328, note 25.
A l’origine de cette faute Alphonse Rousseau qui attribue « le beau pont de Tébourba » à Youssef Dey (1864, p. 44). Rousseau était suivi par le conseiller municipal de Tébourba Fleury du Sert (1902, p 145-146) ; il date l’ouvrage de 1622 et l’attribue à des ingénieurs hollandais. Il nous semble qu’à l’origine de cette date et de cette attribution le premier traité conclu entre la Hollande et la Régence de Tunis le 14 septembre 1622, traité signalé dans les annales du même Rousseau (1864, p 517). Ces informations sont fantaisistes continuent à être véhiculées dans des publications assez récentes.
(31) A titre d’exemple nous citons les deux publications de Mohamed El-Mezzi, 1991, p. 87, 1983, p. 15-16 qui donnent une version romancée qui ne s’appuie sur aucune source historique fiable. Voir aussi J. Kress, 1983, p. 142 et Abdelhakim Gafsi, 1993, p. 46.
(32) Les débuts des travaux sont donnés par une source contemporaine crédible, al-Wazîr al-Sarrâj (1985, t. 2, p. 548-552).
(33) al-Wazîr al-Sarrâj,1985, t. 2, p. 559.
(34) Peyssonnel et Desfontaines, 1838, t. 1, p. 99. Outre Tuburbo Minus, d’autres sites furent mobilisés pour le chantier. Francisco Ximénes (cité par Epalza, 1983, p. 70) indique que le pont-barrage et les bâtiments qui le complètent –appelés fabrique- sont l’oeuvre de Mahamed Bey, puis il note dans son journal, le 7 mars 1727 : « Pour faire cette fabrique, on a détruit les superbes édifices romains dans plusieurs endroits pour en tirer la pierre que les charrettes des Maures andalous emportaient ». Certains sites pillés se trouvent assez éloignés du pont, comme Thignica, Aïn Tounga ; une dalle portant un fragment d’une inscription fut envoyé à El Battan. R. Thouvenot, 1938, « Notes d’un Espagnol sur un voyage qu’il fit en Tunisie (1724) », Revue Tunisienne, XLV, 1938, p. 313-322.
(35) Thomas Shaw, 1743, p. 212-213.
(36) Peyssonnel et Desfontaines, 1838, t. 1, p. 99-100.
(37) Francisco Ximénes (cité par Epalza, 1983, p. 70) corrige Peyssonnel, qui mentinne 22 arches, et indique que le pont-barrage avait 24 arches et précise que les quatre arches du côté de la rive droite se trouvent au niveau du soubassement de la foulerie. « Ici il y a un pont de 24 arcs, les quatre derniers couvrent le moulin et la foulerie des bonnets. »
(38) Peyssonnel et Desfontaines, 1838, t. 1, p. 99-100.
(39) Peyssonnel et Desfontaines, 1838, t. 1, p. 99-100.
(40) Francisco Ximénes, cité par Epalza, 1983, p. 70.
(41) Ahmed Saadaoui, 2015, p. 122.
(42) Ibn Abî Dhiaf, 1990, t. 4, p. 86-88.

« وفي هذه السنة 1266 / 1844 ، تمّ بناء دار الملف بآلاتها التي أنشأها الباي حذو قنطرة محمد باي )المرادي( بطبربة. وكان بناؤها علي يد أبي عبد الله محمد بن عيّاد. وهي من المصانع الهائلة والمباني الرفيعة، يحرك الوادي آلاتها على أسلوب معجب، باعتبار حالة هذه المملكة، إذ لم يتقدم مثلها، مع ما فيها المصلحة للبلاد. وأرّخها شيخ الإسلام أبو عبد الله محمد بيرم… ».
وتوجه لها الباي ومعه رجال دولته، ورأى تلك المصانع وتحريكها، وبات بقصر الوزير أبي النخبة مصطفى خزنه دار بالجديّدة. ثم رجع لها من الغد، إعجابا بشأنها. وصنعت بها أنواع من الملف مستحسنة فائقة، مثل ملف الافرنج. ثم فتر عزمه عن العناية بها… ».

(43) Khalifa Chater, 1984, p. 531-532.
(44) Francisco Ximénes, cité par Epalza, 1983, p. 70.
(45) Peyssonnel et Desfontaines, 1838, t. 1, p. 99-100.
(46) E. Pellissier, 1853, p. 22.
(47) Les cartes topographiques réalisées par le Service géographique de l’armée française 1/50.000. Feuille de Tunis (1889-1938) et feuille de Tébourba (1894-1934).
(48) Les cartes topographiques réalisées par le Service géographique de l’armée française 1/50.000. Feuille de Tunis (1889-1938) et feuille de Tébourba (1894-1934).
(49) al-Wazîr al-Sarrâj, 1985, t. 2, p. 559.
(50) Les cartes topographiques réalisées par le Service géographique de l’armée française 1/50.000. Feuille de Tunis (1889-1938) et feuille de Tébourba (1894-1934).
(51) Fleury du Sert, 1902, p. 145-155.
(52) Thomas Shaw 1743, p. 212-213.
(53) Claude Lepelley, 1979-1981, t. 2, p. 205-206.
(54) J. Desanges, N. Duval, Cl. Lepelly et S. Saint-Amans (coordination), 2002, p. 258.
(55) Ibn Khadoun, 1992, t. 6, p. 201. L’auteur rapporte que :

« مدافع بن علال القيسي شيخ من شيوخها، فلما اضطربت إفريقية عند دخول العرب إليها امتنع بطبربة وحصّن قلعتها واستبد بها في جملة من ولده وبني عمّه وجماعته، إلى أن ثار عليه ابن بيزون اللخمي… وطالت بينهما الفتنة والحرب… »

(56) Ibn Khadoun, 1992, t. 6, p. 201.
(57) al-Zarkashî, 1998, p. 28.
(58) Ibn Adhdhûm, Kitâb al-‘Ajwiba, 2006, t. 6, p. 270-273.
(59) Victor Guérin, 1862, t. 2, p. 189.
(60) Francisco Ximénes, cité par Epalza, 1983, p. 81.
(61) M. Seghir Ben Youssef, 1900, p 151.
(62) M. Seghir Ben Youssef, 1900, p 251.
(63) M. Seghir Ben Youssef, 1900, p 3510.
(64) M. Seghir Ben Youssef, 1900, p 397-398.
(65) V. Guérin, 1862, t. 1, p. 188.
(66) Faiza Matri, « Genèse du village colonial à Tébourba », Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’architecture maghrébines [En ligne], n°7, Année 2019. URL : http://www.al-sabil.tn/?p=5423.
(67) Exposition Universelle, 1900, p. 397.
(68) Nous trouvons le nom de la Dokhâniyya de Tébourba dans les actes de la conservation foncière. Il signifie une zone de culture maraîchère proche de la cité que pourrait atteindre la fumée des habitations. Le toponyme est connu aujourd’hui et il apparait sur les cartes topographiques anciennes, notamment celle 1954 (1/50.000).
(69) R. Cagnat et H. Saladin, 1894, p. 346.
(70) Voir à ce propos la description d’Edmond Pellissier (1853, p. 22 et 23).
(71) Fond d’archives de l’ASM de Tébourba. L’acte révèle que le second amîn était cAzzûz b. Muhammad b. al-Hâj cAyyâd al-Waslâtî et l’amîn de l’oliveraie de Qatac al-Wâdî (sis à l’Ouest de Tébourba) était al-Hâj Nasr b. Salih, b. Mahjûb al-Ghanî.
(72) Fond d’archives de l’ASM de Tébourba. Acte daté de la fin de Rabîc 1er 1241/12 novembre 1825.
(73) Muhammad al-Mezzi, 1991, p. 78.
Voir également les documents rassemblés par l’Association de Sauvegarde de la Médina de Tébourba sur l’initiative du Professeur, feu Abdelwahab Mahjoub. Quelques mois avant son décès, notre ami nous a donné des copies de certains de ces documents précieux (Fond d’archives de l’ASM de Tébourba).
Dans cette documentation formée d’actes de habous, d’héritage ou de transaction, les parcelles détenues par des Tébourbiens ou par des fondations religieuses de Tébourba sont généralement petites et sont décrites ainsi : « la totalité de la parcelle de terre nue destinée au labour et à l’ensemencement, etc. ». A titre d’exemple, nous citons un acte daté 15 jumâda 1er 1310/ 5 décembre 1892 décrivant ainsi à plusieurs reprises des parcelles sises à l’Est de Tébourba :

« جميع الشراك الأرض البيضاء المعدّ للحراثة والإزدراع الكائن شرقي طبربة ومن مزارعها… ».

(74) Mohamed El-Mezzi, 1991, p. 77-78.
(75) V. Guérin, 1862, t. 2, p. 188.
(76) Plusieurs indices confirment que la médina actuelle s’inscrit dans les limites de la ville de cette époque de référence ; en effet, Francisco Ximénes (1983, p. 81) estime le nombre d’habitation en 1724 à 800, avec une moyenne raisonnable de 4 personnes pour chaque foyer, sa population serait donc d’environ 3.200 habitants ; le recensement de l’INS de 1975 indique que la ville avait 3.200 habitants.
(77) Francisco Ximénes, cité par de Epalza, 1983, p. 81.
(78) Villot (E.), 1881, p. 26-27.
(79) Des actes signalés par Mohamed El-Mezzi, 1991, p. 55. Voir aussi les actes du Fond d’archives de l’ASM de Tébourba.
(80) Les documents se trouvaient aux Archives du Domaine de l’Etat. Concernant le fameuse huilerie al-Rîkadhûn, un acte daté du milieu du mois de ramadan 1186/10 décembre 1772 signale que ses limites sont : au sud, une ruelle la séparant de la chaufferie (furnâq) du hammam et une huilerie en ruine ; à l’est, les murailles de la ville ; au nord, la rue qui mène à Bâb al-Souk, une des portes de la ville et à l’ouest, la porte d’entrée donnant sur une rue séparant l’huilerie du fondouk Balma.

[…بعد أن استقر على ملك الحاج أبي محمد حمودة الريكاضون الأندلسي، أمين الشواشية والتجار بتونس في التاريخ، جميع المعصرة الغربية الباب المعدة لعصر حب الزيتون الكائنة داخل بلد طبربة، المحدثة البناء… يحدها الآن قبلة طريق فاصل بينهما وبين فرناق الحمام المتين مع المعصرة المنهدمة، وشرقا سور البلد المذكور، وجوفا الطريق المخرجة إلى باب السوق أحد أبواب البلد المذكور، وغربا طريق فاصل بينها وبين فندق بالمه، وذلك حيث المفتح…]

Voir Boutheina Fraj, 2006, le document n°1 des annexes (Huilerie al-Rîkadhûn), n°2 (le hammam attenant) et n°3 (fondouk al-Rîkadhûn) ; l’auteure a lu 1086 alors qu’il est question de 1186.
Hammûda al-Rîkadhûn al-Andalusî apparaît également dans des actes à Zaghouan où sa famille avait des propriétés et son fils Mustafâ s’est marié avec la fille du cheikh des Andalous de la ville, Youssef b. Muhammad b. Mustafâ b. Ibrâhim b. cAbd al-cAzîz. Un premier acte de décès de l’intéressé, Youssef, daté des débuts de dhû al-qacda 1178/22 avril 1765 et un deuxième acte d’échange entre la corporation des shawwâshiya et le gérant du waqf de la mosquée hanafite de Zaghouan daté du milieu de muharram 1180/23 juin 1766). Ces documents m’ont été révélés par mon ami Khaled Chaeib ; qu’il en soit vivement remercié.
(81) Fond d’archives de l’ASM de Tébourba, acte 10/10.
(82) Francisco Ximénes, cité par d’Epalza, 1983, p. 81.
(83) Sur une carte postale datant des années 1900 (collection Chawki Dachraoui), nous observons quatre boutiques, près de l’angle sud-ouest de la place, non loin de la grande mosquée, pourvues d’un étage avec fenêtres sur la place.
(84) R. Cagnat et H. Saladin, Voyage en Tunisie, Paris 1894, p. 346.
(85) G. Marçais, 1954, p. 480.
(86) Francisco Ximénes, cité par de Epalza, 1983, p. 82.
(87) Les documents se trouvaient aux Archives du Domaine de l’Etat. Voir Boutheina Fraj, 2006, p. 62 et le document n°12 des annexes.
(88) Boutheina Fraj, 2006, le document n°11 des annexes.
(89) Les documents se trouvaient aux Archives du Domaine de l’Etat. Voir Boutheina Fraj, 2006, p. 62.
(90) Boutheina Fraj, 2006, p. 85, 90 et le document n°8 des annexes où il est indiqué que le côté ouest de la mosquée d’al-Hâj Ramdhân al-Andalusî est délimité par des boutiques et un habous d’al-sabbâla ; al-sabbâla signifie ici al-sabil ou al-Khâbiyya.
(91) Les maisons actuelles de la médina de Tébourba ont subi, à travers les âges, trop de modifications pour être représentatives de celles des XVIIe et XVIIIe siècles. Les documents historiques et des témoignages de certains érudits, comme Mohamed El Mezzi (1983, p. 8) qui a connu la ville avant les destructions de la seconde guerre, nous donnent une idée assez exacte sur de telles constructions.
(92) Mohamed El-Mezzi, 1991, p. 557-58.

« وفي مدخل السوق من الجهة القبلية أقيم المسجد الجامع المتوغل في القدم والغالب على الضن أنه من مباني القرن الخامس هجري ».

La cité médiévale se situait, comme nous l’avons dit plus haut, sur le site antique, sa kasbah occupait le l’amphithéâtre romain et la mosquée jouxtait certainement la citadelle. Vers la fin de la période hafside, la cité médiévale déclina et tomba en ruine. A leur arrivée les Andalous fondèrent leur cité selon un plan orthogonal préétabli, à côté d’une localité en ruine et désertée ; vers 1600 les Fatwa-s d’Ibn cAdhdhûm parle de Henchir Tébourba et ne mentionne pas la cité. Ibn Adhdhûm, Kitâb al-‘Ajwiiba, 2006, t. 6, p. 270-273.
(93) Fond d’archives de l’ASM de Tébourba, acte 2.
(94) Fond d’archives de l’ASM de Tébourba, acte 4.

« … جميع الدار الشرقية الباب إرث الحاج محمد القصري، المحتوية على كرّان ملاصق لها من الجوف، وثلاثة بيوتا، وعلوي صغير على السقيفة، وعلوي على البيت الجوفي، وبئر معينة بوسط الرواق… »

(95) Mohamed El Mezzi, 1991, p. 57-58.

« والمسقوف من هذه المرافق يستعمل في سقفها عود السرداوي، وهو من خشب العرعار لأنه غاية من الصلابة. وتغطى السقوف بالقرميد المهلل الذي يشبه نصف أسطوانة يبلغ طول القرميدة ذراعا تقريبا. وهو من المصنوعات المحلية التي أفل نجمها إثر الحرب العالمية الثانية، حيث أنذك آخر معمل كان يصنع فيه ضمن المصنوعات الخزفية. وكان بطبربة أكثر من مصنع للخزف، آخرها ما ذكرت. ويتمّ غطاء السقوف بالقرميد بعد تغطيتها بالتراب الذي يوضع على ما بني من السقف باستعمال مادة الجص المقوى بقطع الخزف. وتكون السقوف مائلة في اتجاه وسط الدار… »


(96) Mohamed El-Mezzi, 1991, p. 56.

« وفي مدخل السوق من الجهة القبلية أقيم المسجد الجامع المتوغل في القدم والغالب على الضن أنه من مباني القرن الخامس هجري ».

La cité médiévale se situait, comme nous l’avons dit plus haut, sur le site antique, sa kasbah occupait le l’amphithéâtre romain et la mosquée jouxtait certainement la citadelle. Vers la fin de la période hafside, la cité médiévale déclina et tomba en ruine. A leur arrivée les Andalous fondèrent leur cité selon un plan orthogonal préétabli, à côté d’une localité en ruine et désertée ; vers 1600 les Fatwa d’Ibn cAdhdhûm parle de Henchir Tébourba et ne mentionne pas la cité. Ibn Adhdhûm, Kitâb al-‘Ajwiiba, 2006, t. 6, p. 270-273.
(97) Ibn Abî Dînâr (1967, p. 206), Ibn Abî al-Dhiâf (1990, t. 2, p. 35) ainsi qu’al-Wazîr al-Sarrâj (1985, t. 2, p. 344) qui note qu’à l’époque de cUthmân Dey (1598-1610) :

« قدم أهل الأندلس وكانوا خلقا كثيرا، فأوسع لهم وجبر قلوبهم وأذن لهم في إنشاء بلدان، فاشتروا هناشر ووضعوا فيها بلدانا وأنشأوا بها مساجد تحاكي مساجد المدن. وأوقفوا عليها أوقافا ضخمة احتسابا لله. وأحدثوا بها جنات من أعناب وزيتون وغريب الفواكه والثمار، وكانت تنيف على عشرين بلدا. »

(98) Boutheina Fraj, 2006, p. 66 et 106.
(99) Mohamed El-Mezzi, 1983, p. 8 (la partie en arabe).
(100) Slimane Mustafa Zbiss signale le premier l’inscription dans un petit article de vulgarisation, 1983 (b), p. 44 ; Ahmed Saadaoui la mentionne également (2000, p. 117) et dans son mémoire de Master sous notre direction Boutheina Fraj (2006, 72-73) la publie.
(101) Deux mots que nous n’avons pas pu lire ; la peinture récente ayant introduit des perturbations sur le texte.
(102) ANT, registre 3992, p. 229-230, acte publié par Ahmed Saadaoui, 2011, p. 83-85.
(103) A l’époque coloniale, la mosquée a subi des transformations importantes ; sur le côté ouest, une maison d’habitation mitoyenne fut démolie et intégrée dans la salle de prières. Nous pouvons reconnaître facilement cette extension représentée hachurée sur notre plan. Sur le côté opposé, la salle d’ablution et d’autres annexes furent également réaménagées à une date récente.
(104) Mohamed El-Mezzi, 1991, p. 58.
(105) Slimane Mustafa Zbiss signale cette inscription dans un petit article de vulgarisation, 1983 (b), p. 43.
(106) Ahmed Saadaoui, 2010, p. 63 et Jacques Revault, 1978, fig. 124.
(107) Boutheina Fraj, 2006, p. 68.
(108) Fathi Jarray et Eric Mercier, 2016, p. 69-89.
(109) Au XIXe siècle, Victor Guérin (1862, t. 2, p. 188) signale que « Tébourba est une petite ville un peu moins délabrée que la plupart de celles de la Tunisie. Elle renferme trois mosquées et plusieurs zaouïas. »
(110) ANT, registre 2249 (2), cité par Bouthein Fraj, 2006, p. 36 ; dans un inventaire des bien waqf du bey Hussayn b. cAlî, il est désigné sous le nom de (مسجد سوق البلد ). Voir également Abdelkarim Bouzayène, 1997, p. 96-97- D’après l’auteur des documents de waqf l’appellent (جامع سوق البلد ).
(111) Boutheina Fraj, 2006, p. 85, le document n°7 des annexes.
(112) Boutheina Fraj, 2006, p. 90. L’auteure cite un document des Archives du Domaine de l’Etat daté de l’année 1308/1890.
(113) Abdelkarim Bouzayène (1997, p. 96-97) date la mosquée du Moyen Age sans donner aucune preuve tangible. Boutheina Fraj (2006, p. 90) qui donne une description détaillée de ce masjid, distingue entre celui d’al-Hâj Ramdhân al-Andalusî et celui d’al-Yakûrî et pense que ce dernier est tardif et représente la dernière mosquée construite à Tébourba.
(114) Abdelkarim Bouzayène, 1997, p. 72-73.
(115) Boutheina Fraj, 2006, p. 80 et 137. L’auteure cite des documents consultés aux Archives du Domaine de l’Etat qui ont été transférés aux Archives Nationale de Tunisie.
(116) Abdelkarim Bouzayène (1997, p. 37) publie une photographie ancienne de la mosquée avant sa restauration en 1985 et Boutheina Fraj (2006, p. 80-84) présente une description de cette mosquée.
(117) Abdelkarim Bouzayène, 1997, p. 81. L’auteur rapporte une tradition qui attribuait la construction de cette mosquée à Qâsim al- Binzartî, le gérant des habous ; à l’origine de cette attribution erronée, une information tirée de l’inscription de la zawiya de Sîdî Thâbet et se rapportant à la zawiya.
(118) Les documents se trouvaient aux Archives du Domaine de l’Etat. Voir Boutheina Fraj, 2006, le document n°12 des annexes.
(119) Boutheina Fraj, 2006, p. 95-97.
(120) Fond d’archives de l’ASM de Tébourba, acte 10/10. Un document relatif à une maison objet d’un conflit entre les héritiers de Hamda b. Sâssî précise son emplacement en ces termes : « la totalité de la maison ouvrant vers le nord, située près de la zawiya de Sîdî Thâbet al-Ansârî et de la place Bastwîla, du côté de Bâb al-Krârit ».
(121) Voir à ce propos notamment al-Dhahabî, Aclâm al-Nubalâ’ et al-Mâlikî, Riyadh al-Nufûs.
Beaucoup de confusion à ce propos chez Bouzayène (1997, p. 72) : un compagnon de Muhammad qui arrive à Tébourba plus d’un siècle après la mort du prophète (en 146/763) ?
(122) Boutheina Fraj, 2006, p. 106.
(123) Cachée sous le cénotaphe du saint, nous avons découvert cette inscription dans les années 1990, nous l’avons signalée dans notre article Villes et villages Andalous de Tunisie (2000, p. 117) ; Boutheina Fraj l’a publiée dans le mémoire de Master que nous avons dirigé (2006, p.108-109).
(124) Une lettre envoyée au premier ministre Youssef Djaït datée du 24 juin 1913 indique que la mosquée fut reconstruite complètement ainsi que son minaret en 1912. ADE, le document est cité par Boutheina Fraj, 2006, p. 106-107.
(125) Abdelkarim Bouzayène, 1997, p. 367.
(126) D’après un témoignage d’Abdelkarim Bouzayène, cité par Boutheina Fraj, 2006, p. 126.
(127) Husayn Khûja, 1972, p. 287-289.
(128) Abdelkarim Bouzayène, 1997, p. 84. Voir aussi Mohamed El-Mezzi, 1983, p. 26.
(129) Riadh Haffar, 2006, p. 48.
(130) Boutheina Fraj, 2006, les documents n°1, 2 et 3 des annexes.
(131) Boutheina Fraj, 2006, p. 56-58.
(132) Boutheina Fraj, 2006, le document date de 1772, n°1 des annexes.

Pour citer cet article

Ahmed Saadaoui, « Tébourba, Djedeïda et El-Battan : L’établissement des Andalous dans la basse vallée de la Medjerda. Mise en valeur des terres, urbanisme et architecture« , Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’architecture maghrébines [En ligne], n°8, Année 2019.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=6561

Auteur

(*) Professeur universitaire – Université de la Manouba. Laboratoire d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines.

مدرسة عثمان باشا الساقزلي وتربته: المعمار والنقائش


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08 | 2019

مدرسة عثمان باشا الساقزلي وتربته: المعمار والنقائش

علي الشايب بن ساسي (*)

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الملخص

تزخر مدينة طرابلس الغرب بعديد المعالم الإسلامية. ويعود قسم كبير منها إلى الفترة العثمانية (1551-1911)، حيث شهدت المدينة في تلك الفترة ازدهارا حضريا كبيرا. وبالعودة إلى العهد العثماني الأولى (1551-1711) نلاحظ أن عثمان باشا الساقزلي (1649-1672) قد ساهم كثيرا في تشييد عديد المعالم الاقتصادية والعسكرية والدينية. من ضمن تلك المعالم نخص بالذكر مدرسته التي تقع بالقرب من الميناء وجامع درغوث باشا. وقد الحق بهذا المعلم تربة خاصة مثلث إحدى المعالم الجنائزية الهامة بالمدينة. وسرعان ما تكونت نواة جنائزية ثانية ألحقت أيضا بالمدرسة. احتوى المعلم ككل على العديد من العناصر المعمارية والفنية الهامة، كما لا يخلو من النقائش التخليدية والجنائزية ذات الأهمية البالغة.
ورغم اهتمام بعض الباحثين بالمدرسة، فان الأضرحة لم تنل حظها من الدراسات الأثرية والتاريخية سوى بعض الإشارات المحتشمة. سوف نسعى في هذه الورقة إلى دراسة المعلم ككل مع تسليط الضوء على جل الشواهد القبرية.  

Résumé

Dans la ville de Tripoli d’occident, plusieurs monuments islamiques datent de la période ottomane (1551-1911). Dès l’arrivée des Ottomans, la ville a connu un essor urbain exceptionnel. En s’intéressant à la première période ottomane (1551(1711), on observe que Othman pacha al-Sagazzli (1649-1672) a fondé plusieurs monuments d’aspect économique, militaire et religieux. Parmi ces monuments sa madrasa jouxtant le port de la ville et la mosquée de Dargouth pacha à laquelle est annexée une salle funéraire. Celle-ci est devenue l’un des plus importants monuments funéraires de la ville. Par la suite, une turba à ciel ouvert y fut également annexée. Le monument contient de nombreux éléments architecturaux importants, ainsi que des inscriptions monumentales et funéraires.
En dépit de l’intérêt de certains chercheurs pour la madrasa, les monuments funéraires n’ont pas bénéficié d’études archéologiques et historiques sauf quelques indications modestes. Dans ce travail, nous chercherons à étudier le monument dans son ensemble ainsi que les stèles funéraires.

Abstract

The Western side of Tripoli, which has witnessed a great urban prosperity, is abount with many Islamic monuments dating back to the Ottoman period (1551-1911). Considering the earliest Ottoman period (1551-1711), it can be noted that Othman Pasha al-Sagazzli (1649-1672) contributed largely to establishing several economic, military and religious buildings. Among these attractions, both his madrasa located near the port and the Dargouth Pasha mosque, are of special relevance. A special type of soil has been added to the latter monument regarded as one of the renowned funeral monuments in the city. Soon after, a second funeral nucleus was formed, which was also added to the madrasa. The monument as a whole contains many important architectural and artistic elements, as well as the existence of the memorial and funeral inscriptions of high significance.
Despite the interest of some researchers in the madrasa, the funerary monuments were not extensively covered by the historical and archaeological studies except for some modest mentions. Hence, this paper will seek to shed light on the monument as a whole with special focus on the majority of the graves.

الكلمات المفاتيح

مدرسة عثمان باشا، طرابلس الغرب، ترب، شواهد قبور، الفترة العثمانية.

Mots clés : Madrasa d’Othman Pacha, Tripoli d’occident, Turba, stèles funéraires, période ottomane.
Keywords: Madrasa of Othman Pasha, Western Tripoli, funeral inscriptions, Ottoman period (1551-1911).

الفهرس

مقدمة
1- أهم المعالم التي أنشأها عثمان باشا 
2- الخاصيات المعمارية لمدرسة عثمان باشا
3- تربة عثمان باشا ارتباط وثيق بالموروث العثماني الصرف
4- أضرحة تربة عثمان باشا الساقزلي (النواة الرئيسية)
5- أضرحة النواة الجنائزية الثانية
الخاتمة

المقال

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مقدمة

انتشرت المدارس الإسلامية، منذ الفترة الوسيطة، في أنحاء العالم الإسلامي. وتواصلت هذه الظاهرة في الفترة العثمانية، حيث عمد العديد من البايات إلى إنشاء العديد منها في أنحاء العالم الإسلامي. لم تكن إيالة طرابلس الغرب استثناء، خاصة إذا علمنا أنها ضمت عددا لا بأس به من المدارس تم إنشاءها منذ العهد العثماني الأول (1551-1711) وليتواصل ذلك أثناء فترة حكم القرمانليين (1711-1835)(1). من ضمن العمائر الإسلامية الهامة في مدينة طرابلس، نذكر مدرسة عثمان باشا الساقزلي (1649-1672) والتي سندرسها ونقدم أهم النقائش التي تمكنا من جمعها أثناء عمل ميداني قمنا به سني 2007 و2009. سنسعى من خلال هذا العمل إلى دراسة هذا المعلم بكامل مكوناته المعمارية والجنائزية مع التركيز على المحصلة النقائشية للمبنى ككل.

1- أهم المعالم التي أنشأها عثمان باشا

سميت المدرسة نسبة إلى مؤسسها عثمان باشا الساقزلي (1649-1672) أصيل جزيرة ساقز. حكم عثمان باشا إيالة طرابلس الغرب خلفا لسلفه محمد باشا الساقزلي (1632-1649)(2). وقد كان هذا الوالي أحد أبرز القادة الإنكشاريين للوالي سالف الذكر(3). ويبدوا أن المؤسس كان عبدا أعتقه شريف داي (1614-1630) وتسلم قيادة الجند منذ بداية حكم سلفه محمد باشا الساقزلي.
عرف هذا الوالي بطبعه العنيف، إذ أرسى حكما بالقوة لكنه كان عرضة لكثير من الانتفاضات مثل انتفاضات قبائل المحاميد وغيرها من القبائل المتمردة الأخرى. ومنذ اعتلاءه الحكم تحصل مباشرة على اعتراف الباب العالي من طرف السلطان العثماني محمد الرابع.
حسب العياشي، الذي مر بالمدينة في إطار رحلته لأداء فريضة الحج (1059-1072هـ/ 1658-1661م)(4) والجراح الفرنسي جيرارد(5) (في 1072هـ / 1661م) استطعنا رصد بعض الملامح العامة لأوضاع الإيالة والمدينة على وجه الخصوص. فكثيرا ما عمت الفوضى مع تواتر حركة العصيان والخروج عن طاعة السلطة المركزية بالإيالة وهو ما شهدته أغلب الأقاليم والمحلات خاصة أوجلة وفزان..(6)..
في فترة هذا الوالي، أسر ما لا يقل عن ستة ألاف مسيحي في « حمامات » طرابلس وفيما بين 1668-1678، تم إطلاق سراحهم ونقلهم على متن 104 سفينة مسيحية وهو ما من شأنه أن يدر أرباحا طائلة من خلال الفدية(7). لكن رغم التوتر الذي كان يسود المتوسط فإن ذلك لم يمنع من بروز العلاقات السلمية من خلال إبرام المعاهدات مع الدول الأوروبية مثل فرنسا وأنقلترا… رغم أن العياشي تغافل عن ذكر ذلك واقتصر اهتمامه على النشاط القرصني(8) الذي كان مهيمنا عن الأوضاع العامة والممول الاقتصادي والرئيسي لمنشات هذا الوالي(9)، إلى جانب الضرائب التي كان يستصدرها دوما.
قام عثمان باشا (1649-1672) بإنشاء العديد من المعالم، البعض منها لازال قائما إلى اليوم وهي ذات صبغة اقتصادية، عسكرية ومدنية…. بالنسبة للجانب الاقتصادي، يعود له الفضل في إنشاء أول سوق مغطاة (مغطى بأقبية) الذي اشتهر باسم سوق « الربع القديم » أو « الريح » كما تصفه بعض المراجع(10) ولم تضف له صفة القديم إلا بعد إنشاء سوق « الرباع الجديد » المعروف بسوق « اللفة » من طرف أحمد باشا القرمانلي (1710-1735). ويقع هذا السوق قرب القلعة بجانب جامع أحمد باشا ويعرف في ذلك الوقت أيضا بسوق العرب قبالة سوق الترك الذي أنشأه محمد باشا شايب العين (1687-1701). ويعتبر سوق « الربع » من ضمن أوقاف مدرسة وتربة عثمان باشا إلى جانب الفندق الكبير الذي قام بإنشائه الوالي المذكور سنة 1654 والواقع أقصى سوق الترك المشار له سلفا(11)وكذلك الفندق الجديد(12) كما توجه اهتمامه، مثلما أشار أحمد بك النائب الأنصاري(13) لتجديد القلاع وعمل الأساطيل. قام عثمان باشا الساقزلي أيضا بتشييد الحمام الكبير(14)ويعرف بهذا الاسم لكونه جاء مقابلا للحمام الملحق بجامع درغوث باشا والمعروف بالحمام الصغير. بالنسبة لحمام عثمان باشا هو أيضا من ضمن أوقاف المدرسة والتربة(15).

2- الخاصيات المعمارية لمدرسة عثمان باشا

سنقوم في هذه المرحلة من مبحثنا بالتعريف بالخاصيات المعمارية للمدرسة وملحقاتها ساعين إلى إبراز المخزون الحضري والفني لجل مكونات المعلم مع الاهتمام بالنقائش المعمارية والجنائزية الموجودة، ناهيك وأن جل الدراسات التاريخية والأثرية للمدينة لم تسلط الضوء على التربة ومكوناتها باستثناء بعض الإشارات لمجموعة من الدراسات الأثرية المهتمة بمعالم المدينة. تلك الإشارات تقتصر على ذكر المدرسة دون سواها.
تبرز أهمية المدرسة ومكانتها ضمن النسيج الحضري من خلال موقعها الاستراتيجي الذي يمثل نقطة هامة في إطار المكونات العمرانية للمدينة ككل ولمنطقة باب البحر خصوصا. تقع هذه المدرسة في إحدى المحاور الرئيسية للمدينة بالقرب من أحد المداخل الهامة للمدينة العتيقة من الجهة البحرية، باب درغوث باشا. ويقع هذا المبنى تحديدا بجوار ساحة كنيسة السيدة مريم بمرافقها الدينية والتجارية وتشترك مع جامع درغوث باشا في المحور الرئيسي المؤدي لداخل المدنية وبذلك تكون المدرسة والجامع نواة ومكونا أساسيا للمحور المذكور وللمدينة عموما. يشير التيجاني في « الرحلة » إلى أن هذا القسم من المدينة يضم عديد المنشآت الهامة منذ الفترة الإسلامية الوسيطة، فنجد الجامع الأعظم والمدرسة المستنصرية اللذين لم يعد لهما أثر الآن.شيدت المدرسة الشرقية المفتح على أساس فكرة الفناء الداخلي المحاط بالأروقة الصغيرة والخلوات والمسجد الموجود بالجهة الجنوبية الشرقية للمبنى. وتفتح المدرسة مباشرة على شارع درغوث باشا الذي يحدها من الجنوب الشرقي ويحدها من الجنوب ساحة السيدة مريم ومن الشمال زنقة الخميري في حين يحدها من الشمال بعض المباني السكنية الخاصة (المخطط عدد1). يبلغ طول الواجهة الأساسية 48.5 م (21.5 م للمدرسة والبقية للتربتين). في ما يخص واجهة المعلم فإنها بسيطة خالية من ضروب الزخرفة الجالبة للانتباه، باستثناء ما احتواه المدخل الذي جاء محاطا بإطار نحت من الحجر الجيري الأصفر (2.63 / 1.42 م) متوج بعقد نصف دائري متجاوز (الصورة 1) تعلوه لوحة رخامية بيضاء اللون (107/68 صم) تحمل نصا تخليديا (82/48 صم) كتبت بخط النسخ يمدنا بتاريخ تأسيس المدرسة والنواة ككل (انظر نص النقيشة والصورتين 2 و3).(16)
من ناحية شكل النص، فان مدونه اشتغل على مستويين من الكتابة: في المرة الأولى، وتحديدا في السطرين الأول والأخير، تراوحت كتابته على مستويين وحتى ثلاث. أما في بقية النص فانه بناءه اقتصر على مستوين فقط. من ناحية التوزيع، لم يحسن صاحب النص توزيعه بشكل متكافئ ضمن المساحة المخصصة، ناهيك وانه لم يترك مجالا كافيا للسطر الخامس والأخير مقارنة ببقية الأسطر وهو شيء ينم، حسب اعتقادنا، عن عدم تخطيط وتوزيع مسبق قبل الشروع في الحفر والنقر على الرخام(17).

مخطط .1.  مثال أرضي للبئر ذو السواري بسانية القصر شيبوب (رسم من إنجاز وجيدة الصكوحي).

صورة .1. واجهة مدرسة عثمان باشا.

نص النقيشة

  1. حضرت (هكذا) عثمان باشا يسر الله له من الخيرات ما يشا.
  2. أسس بنيان هذه المدرسة وجعلها.
  3. لطلب العلم وتلاوة القران الهي تجاوز.
  4. عن سياته يا رحمان تحريرا في ذي القعدة.
  5. في سنة أربع وستين وألف.

صورة .2. نقيشة مدرسة عثمان باشا.

صورة .3. تفريغ الكتابة.

احتوت الواجهة أيضا على خمس نوافذ صغيرة متفاوتة الأبعاد لا تتجاوز1.25 م طول و0.75 م عرض وهي إجمالا مطرزة بمشبكات حديدية (مخطط عدد1). لكن رغم البساطة التي اتسم بها حائط الواجهة الأساسية، فإن المنظر الخارجي للمدرسة والتربتين توج بثلاث قباب تجاوزت البساطة بحضور اللمسة المعمارية والفنية الفريدة بالمدينة ككل وقد تفاوتت هذه القباب الثلاث في الحجم تماشيا مع مساحة النواة التي ضمتها، فقد جاءت قبة التربة أكبر نسبيا من قبة المسجد التي تحاذيها قبة السقيفة والتي تربط بدورها بين المدخل الرئيسي والصحن مباشرة. وهذه الأخيرة صغيرة الحجم مقارنة بنظيراتها السالفات الذكر.
جل هذه القباب تشترك في كونها قباب نصف دائرية مبرجة من الأعلى على شاكلة قبتا بيت الصلاة وبهو جامع الزيتون. ترتكز قبتا التربة المغطاة والمسجد مباشرة على رقبتين مثمنتين تحفها أعمدة صغيرة وعقود نصف دائرية صغيرة متجاوزة موزعة على كامل محيط الرقبتين. في حين تستند قبة السقيفة النصف دائرية على رقبة رباعية الأضلاع.

صورة .4. قباب مدرسة وتربة عثمان باشا (صورة أرشيفية – مصلحة الآثار- طرابلس).

إجمالا، يتكون المبنى من مدرسة، وهي بمثابة النواة الرئيسية، بها مجموعة من العناصر الإنشائية ألحقتا بها تربتين صغيرتين (مخطط عدد 2). وقد جاءت المدرسة مستطيلة الشكل (21.39 / 26.10 م) متكونة من سقيفة  وصحن محاطين بأروقة تفتح بدورها مباشرة على مجموعة من الخلوات ومسجد وميضاة، في حين ألحقتا التربتين بالركن الشرقي للمبنى واحدة مسقفة والثانية، وهي أكبر نسبيا، بمثابة فضاء مكشوف أدمجت في فترة متأخرة مقارنة بالتربة الأولى التي رافقت المدرسة منذ البداية وهو ما نستشفه أولا، من الطابع المعماري، خاصة في تقنية التسقيف وتاريخ وتقنية نقائش القبور ثانيا.
بالعودة إلى المدرسة فإنها تفتح مباشرة على سقيفة أو ردهة، وهي عبارة عن فراغ مربع الشكل تقريبا (3.30 /3.11 م) مسقوف بقبة نصف كروية (قطرها 2.45 م) ترتفع عن السطح 6.5 م لترتكز مباشرة على رقبة مربعة مدعمة بأربعة أعمدة ركنية. تحتوي هذه السقيفة بجانبيها الأيمن والأيسر على مسطبتين ذات تجويفات (طاقات) سفلية بها فتحات على شكل عقود نصف دائرية متجاوزة. وتتصل السقيفة بالصحن بفتحة مستطيلة الشكل متوجة بعقد نصف دائري متجاوز.
يتوسط الصحن المبنى ككل في شكل ساحة مكشوفة (القسم عـ1ـدد من المخطط عدد2) محاطة بأربعة أروقة مسقفة (عرضها 2 م) وبقباب طولية وأربع قباب نصف كروية صغيرة بالأركان الأربعة للأروقة. وقد لاحت هذه الأروقة مدعمة بعقود نصف دائرية صغيرة ترتكز مباشرة على اثني عشر عمودا ذات تيجان حفصية (صور 4 و5) نحتت من الكذال، الرخام الأبيض والجرانيت. يتوسط الفناء حوض حجري مسيج بألواح خشبية (3.40/3.10م) وقد أورد غاسبري ميسانا أن مدرسة عثمان باشا هي الوحيدة بمدينة طرابلس التي يتوسط صحنها حوض صنع من المرمر الرفيع ويعد اليوم مجرد حوض مصنوع من الاسمنت والحجارة البسيطة مكسو بالرخام الأبيض. في حين نقل الحوض الأصلي إلى الميضاة.

صورة .5. صحن مدرسة عثمان باشا.

صورة .6. الحوض القديم للمدرسة.

صورة .7. تاج حفصي (صحن المدرسة). 

يحتوي المبنى على مسجد صغير بالركن الأيمن من الصحن (انظر القسم عدد 4 من المخطط 2)، تتقدمه ردهة صغيرة في الركن الشرقي للأروقة تعلوها قبة نصف كروية ترتكز على حنايا ركنية. وهذا المسجد هو عبارة عن قاعة مربعة الشكل تقريبا (5.22 / 5.10 م) ذات قبة مركزية نصف كروية قطرها 4.37 م ترتفع عن الأرض 8 م ترتكز مباشرة على رقبة مثمنة. ويتوسط جدار القبة محراب على محور واحد مع مدخل القاعة وهو عبارة عن طاقة ذات تجويف نصف دائري (شعاعه 0.33م) وقد كسيت أرضية القاعة بلوحات خشبية حديثة العهد أما في الماضي فقد كانت مبلطة بقطع حجرية منتظمة الشكل(18).
يتضمن المبنى أيضا كتابا والذي يقع بالركن الأيسر من الصحن بالجنوب الغربي للمبنى ككل وهو عبارة عن قاعة مستطيلة الشكل (6.60/3.30م) بها نافذتان أحدهما تطل على ساحة السيدة مريم والثانية تطل على الممر المؤدي للكتاب. و تحتوي المدرسة أيضا على خمس عشر خلوة تفتح مباشرة على الأروقة. وجميع هذه الخلوات ذات شكل موحد، لها أبواب صغيرة ذات عقود نصف دائرية صنعت من مزيج بين الحجارة الجيرية وحجارة الكذال. يبلغ معدل مساحة هذه الخلوات 9 متر مربع تقريبا مسقفة بقباب طولية. إلى جانب هذه الأقسام، تحتوي المدرسة على مرافق خدمية وصحية مثل الميضاة ودورات المياه تقع على يسار المدخل الرئيسي والسقيفة (انظر القسم عدد 6 من المخطط عدد 2).

مخطط .2. مدرسة وتربتا عثمان باشا الساقزلي (عمل الباحث بالتعاون مع جهاز إدارة المدن التاريخية – طرابلس).

الأقسام: 1.  صحن المدرسة /  2.  القاعة الجنائزية لعثمان باشا / 3. التربة المفتوحة / 4.  مسجد المدرسة / 5. السقيفة / 6. الميضاة.

تضاف إلى المرافق السالفة الذكر تربتان : تربة مغطاة في شكل قاعة جنائزية صغيرة وتربة ثانية مكشوفة أظن أنها أضيفت في فترة لاحقة.

3- تربة عثمان باشا ارتباط وثيق بالموروث العثماني الصرف

هذه النواة هي عبارة عن قاعة جنائزية لعائلة عثمان باشا الساقزلي (قسم 2 مخطط 2). مثل هذه المعالم دأب على إنشائها العثمانيون أثناء فترة حكمهم بجل الولايات تقريبا. على سبيل الذكر لا الحصر تربة يوسف داي (1049-1639) الملحقة بجامعه بمدينة تونس وتربة حمودة باشا المرادي (1097-1685)(19). تتصل تربة عثمان باشا مباشرة بالصحن عبر ممر صغير على هيأة سقيفة مغطاة بقبو طولي (7.50م/1.50 م) تربط بدورها الصحن بالتربة الثانية الملحقة بالمعلم. وقد جاءت النواة الجنائزية الأولى في شكل قاعة مربعة الشكل تقريبا (5.27/5.15 م) تفتح على السقيفة السالفة الذكر بباب صغير نسبيا (1.80/0.93 م) متوج بعقد نصف دائري. سقفت هذه القاعة بقبة نصف كروية (قطرها 5.30 م) ترتكز على رقبة مثمنة الأضلاع على شاكلة قبة المسجد (الصورة 4، المخطط 1) مدعمة في أركانها الأربعة بمثلثات كروية مقلوبة. ويوجد بالجدران الأربعة ثماني نوافذ بمشبكات حديدية متساوية الأبعاد نسبيا (1.35 م / 0.85 م) تساهم في تهوية وإضاءة القاعة.

صورة .8. أضرحة تربة عثمان باشا.

ومن الناحية الزخرفية، نلاحظ أن جدران ومساحة القبة الداخلي لهذه التربة جاءا خاليين من ضروب الزخرفة والتنميق على عكس الأضرحة التي كسيت برخام تعددت زخارفه. كسيت الجدران والقبة بالاسمنت وطليت جميعها مباشرة بالجير الأبيض مثلهما مثل القاعة الجنائزية لدرغوث باشا ومحمد باشا الساقزلي وترب العهد العثماني الأول ككل (1551-1711). هذا النمط لم تعهده ترب الفترة القرمانلية (1711-1835 : تربة أحمد باشا القرمانلي وتربة قورجي(20)) التي تماهت وترب مدينة تونس بزخرفتها الجصية المتعددة الألوان. أظن هنا أن مصمم تربة عثمان باشا الساقزلي قد حاول محاكاة تربتا درغوث باشا ومحمد باشا الساقزلي اللذين لا يبعدان عن هذه النواة سوى بعض الأمتار.

4- أضرحة تربة عثمان باشا الساقزلي (النواة الرئيسية)

من الناحية التاريخية فإن هذه النواة تأسست في نفس الفترة مع المدرسة أي سنة 1064هـ/1654م، وهو ما نستشفه من تقنية التسقيف ناهيك وأن قباب المسجد والسقيفة والتربة جاءوا على نفس المنوال، كما أن تواريخ أول الأضرحة تقرب كثيرا من تاريخ النقيشة التخليدية للمدرسة (نص النقيشة المصاحبة للجزء الأول من التحليل في هذا المعلم). وتضم هذه التربة اثني عشر قبرا على نفس الشاكلة تقريبا محاكاتا لضريح آمنة ابنة عثمان باشا الساقزلي التي تمثل أول رفات بهذه التربة (شعبان 1068هـ/1657م). وانطلاقا من الجرد الميداني، يلاحظ أن هذه القاعة واصلت استقطاب أفراد عائلة المؤسس إلى حدود شعبان 1087 هـ/ نوفمبر1675 م (انظر الجدول عدد 1). بالنسبة للأضرحة الإثني عشر الموجودة بالقاعة لازال عشر منهم يحتفظون بشواهد قبرية، جاءوا جلهم تقريبا في حالة جيدة باستثناء شاهد واحد مكسور وموزع على قطعتين (مخطط 3 والجدولان عدد 1 و4).
أما القبران اللذان يفتقدان للوحتهما الجنائزية، فعلى الأرجح أنهما يعودان لأبناء عثمان باشا بحكم أن قاعدة الشاهد التي لازالت موجودة مربعة الشكل على هيأة شواهد قبور عثمان باشا وأولاده الآخرين. ومن الأرجح أن إحدى شواهد القبران كسرا وجمعا في احد أركان التربة الملحقة. فقد عثرنا على خمس شواهد معزولة ومسنودة إلى الجدار الشرقي للتربة الرئيسية. هذه الشواهد في حالة سيئة، تحمل إحداها كلمات  » بن عثمان باشا ». نرجح أن هذا الشاهد كسر و تم وضعه خارج القاعة أثناء أعمال الترميم.

مخطط .3. توزع الأضرحة بتربة عثمان باشا الساقزلي (عمل الباحث بالتعاون مع قسم الهندسة بمشروع إدارة المدن التاريخية – طرابلس).

جدول .1. أضرحة القاعة الجنائزية.

تضم هذه التربة كما أشرنا سلفا ضريح مؤسسها عثمان باشا (ضريح 11 بالجدول عدد 1). يشير نص النقيشة الجنائزية أن الوالي توفي في 7 شعبان 1083 / 28 نوفمبر 1672 (ضريح 11 بالجدول عدد 1 و شاهد 11 بالجدول عدد 4). تتفق النقيشة مع ما أورده المؤرخ ابن غلبون(21) على نفس التاريخ بدقة. في حين، ورغم الاتفاق مع المؤرخين النائب وحسن الفقيه حسن في سنة الوفاة، فان هذين الأخيرين يذكران أن الوالي توفي يوم 6 من ذي القعدة.(22) لكن مصادرنا الأدبية تبين سبب وفاة عثمان باشا، فتورد أن الوالي انتحر بشرب السم في 1083 بعد حصاره من طرف الجند وذلك بعد نشوب خلاف بينهم وبينه حول اقتسام غنائم أحد الغزوات البحرية في سنة 1083 / 1672(23).
جاء ضريح عثمان باشا في شكل صندوق مستطيل الشكل (2.18 م / 0.73 م) بارتفاعه وصل إلى 0.76 م. وتوج القبر بلوحتين جنائزيتين (صورة 9) إحداهما على شاكلة عمود مربع (1.39م/0.15 م) متوج بعمامة كروية الشكل مبرجة من الخلف على شاكلة عمامة البايات والدايات الأتراك(24). ويحمل هذا العمود الرخامي نصا جنائزية في عشر أسطر كتبت بخط نسخي بارز وبلغة عربية. في حين جاءت اللوحة الثانية في أسفل القبر مستطيلة الشكل مقوسة في الأعلى خالية من أية زخارف أو كتابات. وهذه الصيغة تقريبا اعتاد عليها العثمانيون في الترب بمدينة طرابلس ومدينة تونس أيضا، وذلك بتدعيم أضرحتهم ببعض اللوحات في أقصى الجزء السفلي للقبر، نادرا ما تحمل كتابات باستثناء بعض الحالات التي نجد لها صدا بتربة درغوث باشا (حالتين أو ثلاث(25)).
إجمالا، جاءت أضرحة تربة عثمان باشا الساقزلي غنية باللوحات الزخرفية  الهندسية وخاصة النباتية التي أفرزت الارتباط العميق بالتأثيرات المشرقية الأناضولية بالاعتماد خاصة على زهرة اللوتس كعنصر رئيسي في الزخرفة الجنائزية ليس هنا فقط بل في أغلب الترب التركية بتركيا وببعض الولايات العثمانية كترب مدينة تونس (أمثال تربتي يوسف داي وحمودة باشا المرادي)(26) كذلك ترجمت التربة الإهتمام الكبير من طرف الحكام الأتراك بالعمائر الجنائزية انطلاقا من الاستعمال المكثف للرخام الأبيض الرفيع.
كسي ضريح عثمان باشا بصفائح من الرخام الأبيض الصقلي، محلاة بزخارف نباتية وهندسية دقيقة جدا تترجم توزيعا محكما على كامل الضريح. وتتكون اللوحات الزخرفية من أعمدة، ذات تيجان بسيطة ترتكز عليها مباشرة عقود ثلاثية الفصوص على شكل معقف، وزخارف نباتية بارزة جسدتها زهرة اللوتس، المعهودة بأغلب العمائر العثمانية، وأوراق وبتلات متداخلة ومتشابكة ومتناثرة. ويحيط بهذا المشهد الزخرفي شريط في هيأة إطار بارز وسميك (0,7 م). ومن حسن الحظ أن هذا الضريح لازال يحتفظ بالزخارف في حالة جيدة تمدنا بفكرة عن نوعية الزخرفة بالأضرحة ناهيك وأن بقية أضرحة التربة لم تعد تحمل سوى بعض القطع الرخامية ذات الزخارف التي تتماشى ونفس الطراز الزخرفي الذي يحمله قبر عثمان باشا وميضاة المدرسة والتي تعود بدورها إلى نفس الفترة التاريخية : القرن السابع عشر (الصور 6 و9).

صورة .9. زخارف ضريح عثمان باشا.

انطلاقا من النقائش الجنائزية للأضرحة الموجودة بالقاعة، نلاحظ أن صاحب التربة لم يكن أول من دفن بهذه النواة، بل إن القاعة ضمت من قبل مجموعة من أفراد أسرته (جدول 1) دون دفن أي شخص لا ينتمي لعائلته كبعض الأعيان أو قادة الجند أو الدايات أو المقربين إليه كما هو موجود بتربة درغوث باشا وبقية الترب العثمانية بمدينة طرابلس الغرب. هذا الإجراء تواصل تقريبا بعد وفاته إذ ألحق بالتربة فيما بعد ثلاثة أشخاص بعد سنة 1083 هـ/ 1672 م اثنان منهم نعلم أصحابهما وهما من أبناء عثمان باشا، في حين يبقى الآخر غير معروف بدقة ومصدر جدل متواصل خاصة وأننا عثرنا على خمسة شواهد قبرية مفصولة وموضوعة بأحد أركان المقبرة الثانية المفتوحة، تعود إلى العهد العثماني الأول اثنتان منهم لابني عثمان باشا، لا نعلم بدقة المكان الأصلي لكل شاهد. لكن الملاحظة الجدية التي نستشفها من خلال جردنا للنقائش الجنائزية أن هناك سنة سوداء للعائلة الحاكمة، ناهيك وان الباشا فقد فيها أربعة من أبناءه (1068/1657-1658): مصطفى، خديجة، أمنة وسليمان.

5- أضرحة النواة الجنائزية الثانية

إلى جانب القاعة الجنائزية، هناك مجموعة من القبور والشواهد متواجدة شرقي المدرسة. وهذه القبور وضعت في مقبرة مفتوحة مستطيلة الشكل (15.94 م/8.92 م). وتضم المقبرة مجموعة من القبور متفاوتة الأبعاد وعشر شواهد، البعض منها مفصول عن أضرحتها الأصلية: تضم هذه المقبرة في ركنها الجنوبي الغربي خمسة شواهد جنائزية رخامية صغيرة في هيأة أعمدة ولوحات، مستطيلة مدببة في الأعلى، تحمل تواريخ تعود جلها إلى العهد العثماني الأول (شواهد 1، 2، 3، 4 و 5 جدول 2)، أما بقية الشواهد فهي تضم اثنان منهم يعودان أيضا إلى العهد العثماني الأول (قبر 12 و 16 جدول 2) ثلاثة يعودوا إلى العهد العثماني الثاني (1835- 1911). إجمالا تعود الشواهد التي جمعناها إلى الفترة الممتدة مابين رمضان 1073 / أفريل-ماي 1663 و1272هـ / 1855-1856م.

جدول .2. الأضرحة الموجودة بالتربة المفتوحة لعثمان باشا: (عمل بالتوازي مع المسقط عدد 3 والجدول عدد 4).

تجدر الإشارة هنا إلى أن هذه التربة تضم على الأرجح ضريحا لأحد الأولياء الصالحين لا نعلم اسمه بدقة، وقد جاء في شكل مبنى صغير مقبى لا يتجاوز ارتفاعه المتر والنصف، به جرة صغيرة وبقايا لشمع محترق وهو ما أشار إليه أيضا الباحث غاسبري ميسانا في التخطيط الذي وضعه منذ بداية القرن العشرين وهو بالركن الجنوبي الشرقي. وتشير المهندسة مفيدة جبران أن هذه التربة يحتمل أن تكون أنشأت قبل المدرسة(27) ومن الواضح أنها لم تتطلع على محتوى الشواهد القبرية التي لازالت موجودة إلى يومنا هذا، ومن حسن حظنا أن حافظت مثل هذه المنشآت على شواهد أثرية تاريخية مكتوبة هي ترجمان للفترة التاريخية التي جاءت بها.
أما بالنسبة للأضرحة، فإننا نلاحظ أن جلها جاء في حالة سيئة للغاية في شكل قبور إسمنتية ترتفع قليلا عن الأرض ولا تتجاوز في معدلها الثلاثين أو الأربعين صم. وباستثناء بعض الشواهد التي ذكرناها سلفا فإن بقية الأضرحة باتت تفتقد لأية أدلة تاريخية من شأنها أن تساعدنا على استقراء الفترات التاريخية وأصحاب تلك القبور المبعثرة هنا وهناك لتجعل من المكان خال من أية أهمية تاريخية ومعمارية-فنية تذكر. لكن المهم هنا وفي إطار الدراسة المعمارية لهذا القسم فإن هذه التربة تحمل أربع شواهد قبور فريدة من نوعها ساعدتنا بدورها على استقراء الطراز الأناضولي. وهذه الشواهد جاءت معبرة عن النموذج العثماني المتأخر وهو ما من شأنه أن يساعدنا على مزيد استقراء بقية المحامل الموجودة ببقية الترب العثمانية بالمدينة. وغالب هذه الشواهد تعدل عن بقية شواهد العصر العثماني الأول (1551-1711) الرخامية الأعمدة والمربعة الشكل والمتوجة بعمامات كروية، أو في شكل لوحات مستطيلة وذات نهاية مدببة على شكل نصف دائرة. وللإشارة فإننا خصصنا قسما مستقلا سنحاول إبراز الميزة المعمارية الجنائزية بجل الترب المعنية بالدرس متحرين ومدققين في أشكال المحامل التي لازالت موجودة.
إلى جانب هذه الأسماء التي أمدتنا بها الشواهد القبرية بكلتا التربتين، استطعنا، من خلال جرد « اليوميات« ، قسم الوفيات، للمؤرخ حسن الفقيه حسن، التعرف أيضا على عدد آخر من الوفيات التي من شأنها أن تكون خاصة ببقية القبور التي ظلت مجهولة. لكن إذا سلمنا بالعديد الكبير المذكور بالكتاب والذي نسخناه بالجدول المصاحب (جدول 3)، فان الأمر يستدعي إلى الاستغراب ناهيك وأننا لم نجد سوى سبعة قبور دون شواهد. وبهذا نرجح أن تكون بقية القبور قد طمست ملامحها. فالكاتب يمدنا بتفاصيل دقيقة تجاوزت موعد الوفاة لتشتمل، في بعض الأحيان، تاريخ الدفن بدقة (عند الظهر – عند صلاة الجمعة …) وهذا يدعم صدق روايته.

جدول .3. أسماء الوفيات بتربة عثمان باشا الواردة ذكرها في « اليوميات الليبية ».

تعددت الشواهد وتنوعت مضامينها وأشكالها. فأضرحة الغرفة الجنائزية حوت مجموعة من الشواهد ذات الخاصيات الواحدة : بالنسبة لشواهد النساء، تميزت بكونها لوحات مستطيلة الشكل مقوسة في الأعلى (شاهد 3 و4 جدول 4). في حين جاءت شواهد أضرحة الرجال على شاكلة أعمدة مربعة الشكل تعلوها عمامات كروية (شاهد 2، 5، 6، 7، 8، 11، 12 جدول 4). لكن الملفت للانتباه أن النواة الجنائزية الثانية جمعت عديد الأنماط من الشواهد لتخلق تنوع كبير فأصبحنا نجد لوحات جنائزية تعلوها طربوش (شاهد 11 جدول 4) أو تاج (شاهد 15 جدول 4) أو أوراق وأزهار (شاهد 10 جدول 4). سوف نحاول تلخيص جميع الشواهد التي تمكنا من جردها وسنسعى إلى وصفها مدمجين مجموعة النصوص الجنائزية بالاعتماد على المخطط عدد 3 (جدول عدد 4)

جدول .4. محصلة الشواهد و النقائش الجنائزية بكلتا التربتين.

الخاتمة

ارتأينا في هذا العمل أولا إلى تقديم مدرسة عثمان باشا ومؤسسها واهم الانجازات التي قام بها هذا الأخير في مدينة طرابلس الغرب، ثم تقديم ودراسة الملحقات الجنائزية، لنخصص في ما بعد قسما هاما لتعداد أهم الأضرحة ووصفها وصفا شاملا مع جرد أهم الأسماء التي احتوتها. وقد قمنا في القسم الأخير بوصف الشواهد القبرية وما احتوته من كتابات.
تمكنا من خلال هذا التمشي من الوقوف على جملة الاستنتاجات التي سنسوقها طباعا :

من الناحية التاريخية، جاءت المدرسة والنوتات الجنائزية ضمن سياق متصل بحركة تعميرية متواصلة و مزدهرة لم تعهد المدينة مثيلا لها منذ مجيء العثمانيين، حيث سعى الباي إلى إنشاء جملة من المعالم أهمها كانت هذه المدرسة التي ألحقت بها تربته الخاصة ليتم فيما بعد استغلال فضاء مفتوح لمواصلة الدفن طوال كامل الفترة العثمانية. فالمعلم ككل جاء كتلة متماهية مع النسيج الحضري.
من خلال دراسة هذه المدرسة، يمكن القول أنها لم تخرج عن الطابع المعماري المعهود في تلك الفترة، غير أنها تبقى من أهم بل وأحسن المدارس الطرابلسية ناهيك وأنها حافظت على أهم أقسامها. لكن الملفت للانتباه أنها الوحيدة التي جمعت بين أقساما تستقطب الأحياء (خلوات ومسجد) وأخرى تستقطب الأموات (ترب).
لدراسة الملحقات الجنائزية، تطلب منا الأمر جرد الوفيات وذلك بتتبع تواريخ الدفن انطلاقا من اللوحات الجنائزية واستعانة بصاحب « اليوميات الليبية » المؤرخ حسن الفقيه حسن. و قد ظهر جليا أن النواة الجنائزية الأولى قد كانت خاصة بمؤسس المدرسة وأفراد عائلته لتتنزل الوفيات فيها ضمن العهد العثماني الأول (1551-1711). أما الفضاء المفتوح فقد تواصل استقطابه للوفيات كامل الفترة العثمانية تقريبا (رمضان 1073 / أفريل-ماي 1663 و1272هـ /  1855-1856م). بالنسبة للقاعة الجنائزية فان طابعها المعماري اتسم بالبساطة حيث لا نكاد نجد اللمسة الزخرفية سوى على الرخام الأبيض الذي غطى كامل أجزاء الأضرحة. هذه الزخرفة ذات النمط الواحد تجرنا للقبول بفكرة وجود ورشة لصنع ونحت الأضرحة والشواهد ذات النمط الواحد. يمكن أن تكون هذه الورشة بطرابلس أو أن الوالي استنجد بأحد الورشات باسطنبول ناهيك وأننا عثرنا على بعض الشواهد النذرية، ذات نفس النمط وشاهد قبر عثمان باشا الساقزلي، بمقبرة السلطان أيوب باسطنبول. هذا الأمر ينسحب أيضا على شواهد قبور المقبرة المفتوحة الملحقة أيضا بالمدرسة. حيث جاءت محملة بالطابع العثماني « الاستانبولي » ناهيك وأنها صنعت على نفس نمط شواهد المقابر بعاصمة الخلافة العثمانية(28) (stèles anthropomorphes).
عموما فان التربتان استقطبتا لوحات وشواهد قبرية تنبؤ باختلاف الفترات، فعلى قدر ما اتسمت به شواهد القاعة الرئيسية بالبساطة على قدر ما تميزت به شواهد التربة الثانية بالجمال والتعقيد والتأثير والاقتداء بالنموذج الأناضولي الصرف الذي عهدنا استعماله بترب عاصمة الإمبراطورية العثمانية. إذ تنوعت زخرفتها ونهاياتها فأضحى الحرفي أو النقاش يستعمل الشاشية الاستانبولي (fez : شاهد 11 جدول 4) عوض العمامة بل تبدوا الأوراق والأزهار (شاهد 10، جدول 4) بديلان في بعض الأحيان لكلتاهما.
إن المتأمل في الشواهد القبرية محل الدراسة، يلاحظ كونها صنعت من نوعين من الرخام : الرخام الأبيض الايطالي والرخام المائل إلى اللون البني والمستقطع من جزيرة مرمرا (ancienne Proconnèse). في الفترة العثمانية، عرفا هذين النوعان من الرخام استغلالا كبيرا خاصة في العمارة الجنائزية. أما النصوص التي احتوتها فهي غنية بالمعلومات والتواريخ والصيغ. فبخط النسخ والثلث توزعت النصوص تارة بنمط النثر (اغلب الشواهد) وتورا بنمط الشعر (شاهد 15 جدول 4).   

المصادر و المراجع ↑ 

ابن غليون، بن خليل بن غلبون محمد، 2005، التذكار في من ملك طرابلس ومن كان بها من الأخبار، تحقيق أحمد الزاوي، ط. 2، طرابلس.
الأنصاري أحمد النائب، 1961، المنهل العذب في تاريخ طرابلس الغرب، جزءان، مكتبة الفرجاني.
بن محمد العياشي، عبد الله، الرحلة العياشية، 2006،ج.1 و ج.2، تحقيق سعيد الفاضلي وسليمان القرشي، الإمارات العربية المتحدة.
 حسن الفقيه حسن، 2001، اليوميات الليبية : الحرب الأهلية ونهاية العهد القرمانلي1248-1251 (1882-1835)، ج. 1 و 2، تحقيق عمار جحيدر، مركز جهاد الليبيين للدراسات التاريخية، طرابلس.
روسي ايتوري، 1969،  طرابلس تحت حكم الاسبان، ترجمة خليفة محمد التليسي.
 سالم شلابي سالم، 1994، معالم المدينة البيضاء مدينة طرابلس القديمة، دار الفرجاني، طرابلس.
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ناجي محمود ونوري محمد، 1984، طرابلس الغرب، ترجمة أكمل الدين محمد إحسان، دار مكتبة الفكر،  طرابلس-ليبيا.

Ben Sassi Ali Cheib, 2014, Les inscriptions de Tripoli d’Occident à l’époque ottomane (1551-1911) : étude épigraphique et historique, Thèse de doctorat, dir. F. Imbert et A. Saadaoui, Aix-Marseille Université, 3 vols.
César  Mustapha, 1990, « Le kulliye de Sokollu Mehamed Pasa à Eyiib, les monuments de Sokollu Mehamed Pasa à Eyiib », Stelae turcae II, Cimetières de la mosquée de Sokollu Mehmed Limani, de Bostanci Ali et de tiirbe de Sokollu Mehmed Pasa à Ayüb, Ernst wasmuth verlay, Tübingen, p. 29-102.
Féraud, Charles1967, Les annales tripolitaines, Paris.
Garammont, J.-L. Baqué, H.-P. , Laqueur et Vatin, N., 1991, « Le cimetière de la bourgade Thrace  de Karacakoy », Stelae Turcicae IV, Anatolia Moderna II, libraire d’Amérique et d’Orient, Paris , p. 7-27.
Garammont, J.-L. Baqué, Laqueur, H.-P. et Vatin, N., 1991, « Le Tekke Bektachi de Merdivenkoy », Stelae Turcicae V,  Anatolia Moderna II, libraire d’Amérique et d’orient, Paris, p. 29-134.
Mantran, Robert, 1962, Istanbul dans la seconde moitié du XVIIe s., Paris.
Saadaoui Ahmed, 2010, Tunis architecture et art funéraires : sépultures des deys et des beys de Tunis de la période ottomane, Manouba, Centre de publication universitaire, Tunis.
Vatin, Nicolas et Zarcone, Thierry, 1997, « Le Tekke Bektachi de Kazliçesme, étude historique et épigraphique »,  Anatolia moderna VII, librairie d’Amérique et d’orient, Paris, p. 79-109.

الهوامش

(1)  يعتبر احمد باشا القرمانلي مؤسس حكم العائلة القرمنلية بطرابلس. وتنحدر هذه العائلية من مدينه قرمان التركية. 
(2)  أسس هذا الوالي مجموعة من العمائر بمدينة طرابلس نذكر من أهمها تربته المحاذية لجامع درغوث باشا وتربته.
(3) ناجي محمود و نوري محمد، 1984، ص171.
(4) عبد الله بن محمد العياشي، 2006.
(5) طبيب مسيحي وقع في الأسر وعاش في طرابلس بضع سنوات ثم أطلق سراحه من طرف الأدميرال الانكليزي ناربو سنة 1676.
(6) روسي، ايتوري، 1969، ص241. لمزيد معرفة الاوضاع العامة للايالة ووضعية النشاط القرصني انظر Féraud, Charles, 1967, p. 181, 182.

(7) Mantran, Robert, 1962, p. 262, 263.

(8) « ولأمير هذه المدينة مراكب قل ما نظيرها معدة للجهاد في البحر، قلما تسافر وترجع بغير غنيمة قلما أسرت لهم سفينة إلا أن تكون من سفن التجارة لا من سفن الجهاد. » ويضيف « كان رحيلنا يوم السبت  وصادف ذلك خروج سفن الأمير بقصد جهاد أعداء الدين وهي ست سفن فيها نحو ألفي مقاتل خرجت مجتمعة وذلك شأنهم إذا خرجوا للجهاد وإرهابا للعدو وكان يوم خروجها وخروج الحجاج يوما مشهودا وتفاءل الناس لذلك بحصول الغنيمة… . » رحلة العياشي، ج1، ص88.
(9) لمزيد معرفة الوضع العام المسيطر بالمتوسط في القرن السابع عشر وفي فترة حكم هذا الوالي، أنظر، أنظر روسي، اتوري ، ص 236-237، 252.
(10)
روسي، اتوري، 1974، ص 241 .
(11) تمكننا من معرفة صاحب الفندق من خلال نقيشة تخليدية في حالة سيئة. انظر أيضا روسي، اتوري، المرجع السابق، 1974، ص 241.
(12) الفيتوري، فطيمة، محمد جبران، مفيدة، 1993، ص90.
(13) الأنصاري أحمد النائب، 1961، ج 2، دون تاريخ.
(14) روسي، اتوري، 1974، ص 238. أثناء جردنا للنقائش العثمانية، استطعنا معرفة نقيشة تؤرخ لبناء هذا الحمام. وقد كتبت بخط نسخي بارز وبلغة عثمانية. ويعود تاريخ التأسيس إلى سنة 1069 / 1658. 
(15) سالم شلابي سالم، 1994، ص126.
(16) ارتأينا لوصف وتأريخ المدرسة لمعرفة الإطار التاريخي الذي جاءت فيه التربة نظرا لكون هذه الأخيرة شيدت في نفس الفترة مع المدرسة. فقد حملت التربة نفس الملامح المعمارية للمدرسة وخاصة المسجد الذي سقف بنفس النمط مع القاعة الجنائزية (الصورة 1- المخطط 1). 

(17)  Ben Sassi, Ali Cheib, 2014, pp. 86-87.

(18) الفيتوري، 1993، ص. 91.

(19) Saadaoui, Ahmed, 2010, p. 51 et 91.

(20)  تأسست تربة احمد باشا سنة 1151/ 1738-39 وهي ملحقة بجامعه المعروف بمدينة طرابلس ، في حين تأسست تربة مصطفى قرجي صحبة جامعه الواقع بالمدينة المذكورة سنة 1244/ 1838-39.في هذا الصدد انظر
Ben Sassi, Ali Cheib, 2014, pp. 132 et 176.

(21)  « ولما ضاق بعثمان الحال راسلهم بطلب الأمان…. وأخرجوا محلة للقاء محلته فهزمتها محلة الجند. فلما عاين عثمان ذلك شرب سما فمات تاسع شعبان سنة 1083… »، ابن غليون، 2004، ص2005.
(22)  » توفي وسار إلى عفو ربه الراجي غفرانه يوم الوقوف بين يديه المرحوم برحمة الحي القيوم سيدي عثمان باشا ( في ستة من ذي القعدة الحرام) سنة ثلاثة وثمانون وألف 1083. »حسن الفقيه حسن، اليومية 10، ج1، ص 649
(23) ابن غلبون، 2004، ص. 203.

(24) Ben Sassi, Ali Cheib, 2014, p. 269
(25) Ben Sassi, Ali Cheib, 2014, p. 227 et 234.

(26)  تربة يوسف (داي 1049هـ/1639م) وتربة حمودة باشا المرادي (1097هـ/1685م).
(27) الفيتوري،1993، ص93.
(28)  عديد من الشواهد العثمانية كانت محل جرد و دراسة من طرف مجموعة الباحثين. وقد عدنا إليها لمعرفة وجه الشبه بينها وبين نظيراتها بمدينة طرابلس، انظر :

– César Mustapha, 1990, p. 29-102.
– Garammont, J.-L. Baqué, H.-P. , Laqueur et Vatin, N., 1991, p. 7-27.
– Garammont, J.-L. Baqué, Laqueur, H.-P. et Vatin, N., 1991, p. 29-134.

– Vatin, Nicolas et Zarcone, Thierry, 1997, P. 79-109.

المرجع لذكر المقال

علي الشايب بن ساسي، « مدرسة عثمان باشا الساقزلي وتربته: المعمار والنقائش»، السبيل : مجلة التّاريخ والآثاروالعمارة المغاربية [نسخة الكترونية]، عدد 8، سنة 2019.
الرابط : http://www.al-sabil.tn/?p=6495

الكاتب :

* أستاذ باحث جامعة القيروان. مخبر الآثار والعمارة المغاربية – جامعة منوبة.

قراءة في كتاب الساعات المزولية بعروض المملكة المغربية, قيمتها التاريخية ودلالتها الفلكية لعبد العزيز خربوش الإفراني


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08 | 2019

قراءة في كتاب الساعات المزولية بعروض المملكة المغربية, قيمتها التاريخية ودلالتها الفلكية لعبد العزيز خربوش الإفراني

فتحـــــي الجــــرّاي (*)

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المقال

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صدر هذا المؤلف في طبعته الأولى في سنة 2019 من نشر الكاتب وعلى نفقته وهو من الحجم المتوسط (17×24سم) ويضم في الجملة 192 صفحة واعتمد فيه على الألوان سواء بالنسبة إلى الصور أو الرسوم أو عناوين الفصول والمباحث.
ويعدُّ هذا المؤلف الرابع الذي يهتم بجرد مزاول إحدى البلدان الإسلامية وتوثيقها بعد مدونات كل من مصر(1) وتركيا(2) وتونس(3)وهو بذلك يكتسي أهمية بالغةويعدُّ حلقة مهمة في مسار جرد التراث الفلكي بالبلدان الإسلامية وهذا الصنف من الأدوات على وجه الخصوص باعتباره ظلَّ الأكثر رواجا واستعمالا إلى منتصف القرن الماضي تقريبا.

وبعد التقديم المقتضب للإمام الخطيب علي حسو الإمجاطي تحت إشراف الموقت الفلكي السيد السعيد بورزة اليعقوبي (ص 7)،أدرج الكاتب مقدمة في أربع صفحات (ص 9-12) أعلن فيها على دوافعه وأهدافه من هذا العمل والمنهج الذي اتبعه وختمها بتقديم الفصول الثلاثة التي تؤثثه بداية من التعريف بالمزاول وأماكن وجودها، وتاريخها، وترجمة مخططيها، مرورا بكيفية تخطيطها واستعراضلمؤلفات بعض الموقتين المغاربة، وصولا إلى الخلاصة والتوصيات بشأن هذا الصنف من التراث.
استهل الفصل الأول بمحاولة لشرح أهم المصطلحات المتعلقة بالرموز والإشارات الأكثر تداولا والماثلة أساسا على الصنف المدروس من الآلات الفلكية مثل خط الزوال وأقواس الصلوات وبعض المنحنيات الأخرى ذات العلاقة ببعض الظواهر الفلكية والسماوية (ص15-17).
وعلى الرغم من الاقتصار على التقديم الوصفي لمختلف تلك الرموز والتعريف بها دون الإشارة إلى كيفية رسمها وعلاقتها بطول ظل الشاخص المعدني إلا أن ذلك يعد مهما جدا ويساعد القارئ على تتبع تقديم المزاول لاحقا وخاصة متابعة الفصل المتعلق بتخطيطها ورسم مختلف تلك الرموز والمنحنيات عليها.
أما بالنسبة إلى مدونة المزاول والتي تمثل القسم الأهم في هذا العمل فقد تم تبويبها حسب المُدن وحسب المعالم التي تنتمي إليها. وعلى الرغم من عدم احترام الترتيب الكرونولوجي في تقديمها وفقدانها لأرقام جرد متسلسلة يمكن أن تسهل الإحالات وتتبع المدونة فقد حظيت كل آلة بتقديم مقتضب لمعلمها وموضعها داخله ووصف لمحملها وقياساته ومحاولة لقراءة النصوص النقائشية التي تحتويها ورصد للوقت إبان معاينتها وتعريف بمنجزها كلما توفر ذلك.
هذا وقد تضمنت المدونة عدد هام من الصور بالألوان وحظيت كل أداة بأكثر من صورة سواء في موضعها الأصلي أو لمحملها على أنه كان من الممكن القيام بتنظيف الحقل الكتابي ومعالجته لبيان مخططات المزاول وقراءة نصوصها النقائشية. من جهة أخرى كان من الممكن إسناد عنوانين وأرقام تسلسلية لهذه الصور وإدراجها في قائمة نهائية وذلك لتسهيل استعمالها من طرف القُرّاء والاستدلال بها كلما دعت الحاجة إلى ذلك.
وقد تم في الجملة تقديم 127ساعة شمسية؛ منها 115 لازالت في مواضعها الأصلية أو محفوظة أو معروضة في بعض المتاحف و12 ساعة مفقودة وقد توفّر للمؤلف ما يفي بالغرض لإدراجها ضمن المُدونة، على أنه أشار في نهاية العمل أنه قام بمراسلة بعض المؤسسات الرسمية لمعاينة بعض المزاول التي تأويها مبانيها غير أنه لم يتحصل بعد على الترخيص لذلك.
هذا وقد فضل المؤلف أن يكون عمله شاملا لكل الأدوات الفلكية من هذا الصنف بما في ذلك الساعات الشمسيةحديثة الصنع والتي لا تدخل ضمن خانة عناصر التراث على غرار التسع ساعات التي قام بانجازها هو نفسه في بعض المدن المغربية.
ويبدو أن عنصر النقيشة التخليدية لم يكن من أولويات الفلكيين المغاربة في تخليد أعمالهم حيث لم تشمل هذه العملية سوى رُبع الساعات الشمسية المدروسة فقط واقتصر الأمر في عديد الأحيان على التاريخ دون سواه مع سبقٍ تاريخي كبير في استعمال الأرقام العربية مُقارنة ببقية العالم الإسلامي سواء في التاريخ أو في الإشارة إلى مختلف وحدات قياس الوقت الماثلة على الأداة.
تاريخيًّا، تنقسم المجموعة المدروسة حسب التحقيب المعتمد في تطور هذا الصنف من الأدوات الفلكية إلىساعتين من الفترة القديمة وتحديدا من الموقع الأثري ويليلي Volubilis، و7 مزاول من العهد الوسيط، و14 من العهد الحديث و70 من العهد المعاصر و10 لم يتم تأريخها، في حين تعتبر البقية من الزمن الراهن يعود آخرها إلى أربع سنوات خلت وأن البعض من مُنجزيها مازالوا على قيد الحياة بيننا.
أما من حيث التصنيف الشكلي فتضمُّ المدونة في الجملة بما في ذلك الأدوات الحديثة جدا27 ساعة منحرفة، و29 قائمة لا انحراف فيها، و60 من الصنف الأفقي أو منبسطة وساعة وحيدة منكوسة و6 ساعات جانبية وساعة وحيدة مائلة هذا طبعا بالإضافة إلى ساعتي موقع ويليلي من النوع المُقعّر Scaphé المعروف خلال العهد القديم وكذلك الساعات المفقودة التي لم يتوفر بشأنها ما يفيد حول شكلها. ويدل هذا التنوع على ثراء المدونة المغربية وتفتح الفلكيين المغاربة على كل أصناف الأدوات على عكس بعض المناطق الأخرى حيث نلاحظ غالبا هيمنة لصنف وحيد مقابل بقية الأصناف. وقد كان من المفيد جدا لو خصص المؤلف قسما للتعريف بكل نوع من الأصناف واستعراض خاصياته ومقارنته بنظرائه في بقية العالم الإسلامي.
وعلى الرغم من المجهود الكبير من طرف المؤلف للإلمام بكل خصائص هذه الأدوات عند تقديمها إلا أنه كان من الأفضل الاعتماد على الجذاذات البيانية التي عادة ما تستعمل في أعمال الجرد وتحول دون إغفال أي خاصية متعلقة بالعنصر المدروس مثلما حدث هنا عند التغافل على ذكر أحد الأصناف الواردة في المجموعة ضمن الإحصائيات النهائيّة وهو صنف الساعات المعدِّلية الذي تمثله المزولة الثانية بسطح جامع ابن يوسف بمراكش.
من جهة أخرى لم يتم ذكر صنف الأداة في عدة مناسبات مثل مزولتي متحف دار بالغازي بسلا، والمزولتان الثالثة والرابعة في جامع بن يوسف بمراكش، والمزولة الأولى بالجامع الكبير بتازة، والمزولة الثانية بالجامع الكبير بتطوان، ومزولة رابطة علماء المغرب بالرباط… أو كذلك الخلط بين بعض الأصناف مثل ساعتي سطح الجامع الكبير بتطوان واللتان هما من صنف الساعات الزوالية méridiennes أو كذلك بخصوص الساعة الثانية للجامع الكبير بآسفي والتي تحاكي بشكل كبير ساعتي جامع الأندلس بفاس وجامع المواسين بمراكش اللتان تعودان إلى العصر الوسيط ومن المرجح أنها أيضا كذلك.
خصص المؤلف قسما كبيرا من عمله للتعريف بصانعي هذه الساعات الشمسية وبالفلكيين المغاربة عامة سواء في إطار تقديم كل أداة والتعريف بصانعها أو من خلال التعريف بمؤلفات هؤلاء العلماء وأعمالهم الفلكية مستعينا في ذلك بتوفر المعطيات التاريخية حولهم نظرا لقربهم في الزمن ومستفيدا من العلاقات الكبيرة التي تربطه بكبار علماء التوقيت بالمغرب الأقصى في الوقت الحالي.
وفي الجملة تُعرّفنا المدونة على 28 موقت مغربي منذ العصر الوسيط وإلى عصرنا الحالي بما في ذلك المؤلف نفسه، أكثرهم إنتاجا ونشاطا الموقتمحمد اللخمي الذي تُنسب إليه ثلاث مزاول من القرن الثامن هجري/الرابع عشر ميلادي والموقت الجيلاني الرحالي الأكثر نشاطا خلال النصف الثاني من القرن التاسع عشروالموقت محمد العلمي الفاسيخلال النصف الأول من القرن العشرين. على أن نسبة بعض الساعات المفقودة إلى موقتين معينين كان يقتضي مزيدا من الدقة والصرامة العلمية من ذلك مثلا مزولة السطح بالجامع الكبير بطنجة والتي فقدت تماما ولم يبق منها سوى الهيكل الذي كانت مثبتة عليه ليتم تقديم فرضيتين بشأنها ونسبتها إلى موقتين والتعريف بهما في حين أننا لا نعلم شيئا حول خصائص هذه المزولة.وكذا الشأن بالنسبة إلى غياب بعض الدقة في تأريخ هذه الأدوات على غرار مزاول الجامع الكبير بتازة أو عدم تقديم تاريخ لها بالمرة مثل مزولة قصبة أمريديل أو كذلك نسبتها لغير فترتها مثل المزولة الثانية بالجامع الكبير بآسفي. 

يتميز المغرب الأقصى دون سائر بلدان العالم الإسلامي بوجود أكثر من ساعة شمسية بالجامع الواحد، ويُميز المختصون بين الساعات الموجهة للاستعمال اليومي من طرف عُموم المصلين والتي عادة ما تثبتُ في صحن الجامع وبين الأدوات الأكثر تعقيدا والمستعملة من طرف الموقتين المختصين وهي في الغالب الأعم توجد على سطح المعلم غير بعيدة عن المنارة وغرفة الموقت.
وتدعّمُ دراسة الأستاذ عبد العزيز خربوش الإفراني هذه الفرضية، إذ وباستثناء الساعات الشمسية المفقودة والمحفوظة في بعض المتاحف والمخازن وتلك التي تُعتبر حديثة الصنع والأدوات الموجهة إلى الساحات العامة، تضم المجموعة المتبقية 50أداة مثبتة في صحون الجوامع وهي في أغلبها من الصنف القائم إذ عادة ما يقع تثبيتها على أحد دعامات الأروقة الموجهة إلى أشعة الشمس، و41 مزولة موجودة فوق سطوح الجوامع قبالة غرف الموقتين وهي في الغالب الأعم من الصنف المنبسط وعادة ما تكون ضمن مُجمّعات لأداتين أو أكثر مثل ما هو الشأن بالنسبة إلى الجامع الكبير بشفشاون أو الجامع الكبير بمكناس والمسجد الأعظم بتطوان.
بعد المدونة والتي ختمها بالأدوات المفقودة تماما خصص المؤلف الفصل الثاني (ص 143-173) لتخطيط المزاول ومؤلفات الموقتين المغاربة وكان من الأجدر أن يتم وسمهُ بخلاف ذلك أي تخطيط المزاول من خلال مؤلفات المغاربة باعتبار التمشّي الذي اتبعه في ذلك. فبعد استعراض أهم 19 مؤلف مغربي في علم التوقيت انطلاقا من جامع المبادئ والغايات لأبي علي الحسن المراكشي (ق7/13) وصولا إلى الأعمال المعاصرة،تم شرح كيفية رسم كل صنف من المزاول ومختلف الخطوط والرموز الماثلة عليها على ضوء مقتطفات مما كتبه هؤلاء الموقتين مثل الشيخ الأعزاوي والشيخ محمد العلمي وخاصة الشيخ محمد البوجرفاوي وهو الذي تتلمذ عنه صاحب الكتاب نفسه وخصّهُ في نهاية هذا الفصل بترجمة مفصلة حول حياته ومؤلفاته وأعماله.
هذه الشروح تعتبر هامة جدا وهي تمثل الحلقة المفقودة في التعامل مع التراث المخطوط المتعلق بعلم الميقات إذ عادة ما يقفُ المحققون عند الوصف ونقل المحتوى دون المرور إلى عملية تطبيق تلك المعادلات في رسم الساعات الشمسية على أن القارئ يشعر بتأثير كبير للتقنيات الحديثة في تمشي المؤلف كما أنه كان من الأفضل الاعتماد على مؤلفات أكثر أصالة وقِدمًا في التاريخ عوض الأعمال المعاصرة وذلك لفهم الأساليب المعتمدة في رسم هذه الآلات خلال العصرين والوسيط والحديث.
أما بالنسبة إلى الفصل الثالث (ص 177-183) والذي نعته الأستاذ خربوش بخلاصة وتوصية فهو لا يتجاوز ست صفحات وذكّر فيه بمزاول القصور السلطانية والتي تعذر عليه معاينتها وقدم فيه توصيتان تضمنت الأولى مُقدمة تاريخية لكننا لم نتعرف على محتواها بسبب الانقطاعالمفاجئ للنص في الصفحة 179 وتغيّرِ سياقه كليا، بينما دعا في التوصية الثانية إلى ضرورة الاعتناء بهذا التراث وإدراجه ضمن برامج البحث والتعليم وهو مُبتغى نشاركه فيه جميعا ونأمل تحقيقه في كل أرجاء العالم الإسلامي.
خُتم هذا الفصل بتقديم بعض الإحصائيات حول توزع المزاول في المدن والمعالم والمتاحف وأصناف هذه الآلات على أن بعض المعطيات المقدمة لا تتطابق مع محتوى المدونة وذلك نظرا للتداخل بين الساعات المفقودة والموجودة من جهة، والآلات القديمة وحديثة الصنع من جهة ثانية، إذ كان من الأجدر تجميع الساعات لكل مدينة مفقودة وموجودة وترتيبها تاريخيا أو اعتماد جرد منهجي متسلسل لكل المدونة انطلاقا من أقدم مزولة وصولا إلى أحدثها.

* * *
وفي المُحصّلة، ورغم غياب المنهج التاريخي والأثري الصارم في عديد الأحيان وطُغيان الصبغة الدينية واعتماد الأسلوب الأدبي، تُعتبر هذه الدراسة أكبر عمل تجميعي استهدف التراث الفلكي بالمغرب الأقصى وتحمّل مؤلفه متاعب كبيرة لزيارة كاملا لمملكة تقريبا وتوثيق هذه الأدوات واختبارها في 28 مدينة من شمال المغرب إلى جنوبها ومن شرقها إلى غربها ووظف فيه ثقافته الواسعة في مجال علم التوقيت والمجالات المتصلة به وجمعه بين المعارف النظرية والتطبيقية في هذا الميدان.
ونأمل أن يكون هذا العمل التجميعي وكذا الشأن بالنسبة إلى بعض الأنشطة الفلكية الهامة التي يقوم بها بعض الفلكيين المغاربة عل غرار الدكتور حسن الطالبي والمهندس عبد الحفيظ باني وغيرهما، مرحلة أولى في مسار دراسة هذا الإرث ومقارنته بنظيره ببقية بلدان العالم الإسلامي ورصد مواطن التأثير والتأثر خاصة بالنظر إلى الموقع الجغرافي للمغرب الأقصى بين إفريقية والمغرب الأوسط شرقا والأندلس غربا. من جهة أخرى، توفرُ المادة المدروسة معطيات هامة حول مسألة التفاوت بين الفترات التاريخية في خصوص عدد المزاول وعدد الفلكيين وخاصة بالنسبة إلى العهد الحديث الذي يعتبر الأقل إنتاجا لهذا الصنف من الأدوات وهل يؤشر ذلك على تراجع لعلم الفلك خلال هذه الفترة مقابل ازدهار كبير منذ منتصف القرن التاسع عشر وإلى اليوم على عكس بقية البلدان الإسلامية التي فقدت الكثير من علاقتها بإرثها الفلكي وانساقت وراء التقنيات الحديثة ولا أدل على ذلك من تواصل وجود الموقتين بأغلب المدن المغربية إلى وقتنا الراهن.

المصادر و المراجع ↑ 

 

الهوامش

(1) عبد العاطي عبد السلام خير الله (جمال)، 1995، الساعات الشمسية في مصر الإسلامية، أطروحة دكتوراه، تحت إشراف الأستاذ الدكتور حسن الباشا، كلية الىداب، جامعة طنطا، مصر.

(2) Çam N., 1990, Osmanlıgünessaatleri, KültürBakanlıgı edition, Ankara.
(3) Jarray F., 2015, Mesurer le temps en Tunisie à travers l’histoire, Publications de la Cité des Sciences, Tunis.

المرجع لذكر المقال

فتحـــــي الجــــرّاي، «قراءة في كتاب الساعات المزولية بعروض المملكة المغربية, قيمتها التاريخية ودلالتها الفلكية لعبد العزيز خربوشالإفراني»، السبيل : مجلة التّاريخ والآثاروالعمارة المغاربية [نسخة الكترونية]، عدد 8، سنة 2019.
الرابط : http://www.al-sabil.tn/?p=6242

الكاتب :

* مخبر الآثار والعمارة المغاربية – جامعة تونس.

دراسة حول صنفين من النسبة: « المنسوبين على خلاف الظاهر » و »المنسوبين إلى غير آبائهم » من خلال تراجم مستخرجة من مدونة أسماء القيروانيين


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08 | 2019

دراسة حول صنفين من النسبة: « المنسوبين على خلاف الظاهر » و »المنسوبين إلى غير آبائهم » من خلال تراجم مستخرجة من مدونة أسماء القيروانيين (1)


صحبيّـة سليـم (*)

الملخص | الكلمات المفاتيح | المقال | المصادر و المراجع | الهوامش | المرجع لذكر المقال | الكاتب

الملخص

تهدفُ هذه الورقة إلى إثارة صنفين مميّزين من النسبة ضمن منظومة الإسم العربي الوسيط تبيّن تراجع نسق حضورهما في القيروان بين القرنين الرابع والتاسع هجري، وقد تسبب وجود هذا النمط من النسب في جدل كبير بين علماء التراجم والحديث حول تحديد العنصر الأكثر تأثيرا في تحديد الانتماء إلى مجتمع ما أو فضاء جغرافي معيّن بالاعتماد حصريّا على عنصر النسبة.
ومن خلال بعض الأمثلة لشخصيات قيروانية معروفة تدعو المقاربة المعتمدة إلى التحرّي في ملابسات اكتساب النسبتين المذكورتين ورصد إطار ظهورهما رفعًا لكل لُبسٍ وتجنّبًا لكل خلط والتنبيه إلى ما يمكن أن يتسبب فيه ذلك من تأثير على نتائج الدراسات التاريخية على اختلاف أصنافها.

Résumé

Cette recherche a pour objectif de soulever l’existence de deux types de nisba du nom arabe et dont la présence a relativement diminué à Kairouan entre le quatrième et le neuvième siècle de l’hégire et fut à l’origine d’une grande controverse chez les biographes de l’époque à propos de l’élément qui détermine l’appartenance à une société ou un espace géographique donné en se basant exclusivement sur la nisba
A partir de quelques exemples des personnages historiques célèbres, notre approche fait appel à une vérification des conditions de l’acquisition de ces deux types de nisba-s et de suivre le contexte de leur apparition dans l’objectif d’éviter toute confusion et d’attirer l’attention sur ses résultats dans les différents genres des études historiques.   

 Abstract

The aim of this research is to raise the existence of two types of nisba in the Arabic ism or name that had known a decrease in Kairouan between the fourth and ninth centuries of the Hegira and were the origin of a great controversy between biographers of this period about the element that determines the belonging to a society or a given geographical space according exclusively to the nisba.
Starting with a few examples of famous historical cases, our approach asks for a verification of the conditions of the acquisition of these two types of nisba-s and to follow the context of their appearance for avoiding any confusion and drawing attention to its results in the different genres of historical studies.

الكلمات المفاتيح

علم أسماء الأعلام، النسبة، تراجم، القيروان،الفترة الوسيطة، مجتمع.

Mots clés : Onomastique, Nisba, Biographies, Kairouan, Moyen-âge, Société.
Keywords: Onomastic, Nisba, Biographies, Kairouan, Middle-Age, Society.

الفهرس

مقدمة
1- في « المنسوبين على خلاف الظاهر » و »المنسوبين إلى غير آبائهم »: في تحديد المفاهيم ورصد الحضور
2-دلالات وجود هذا الصنف من النِسَب واستتباعاته
الخاتمة

المقال

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مقدمة

مثّلت المقاربة الأنوماستيكية(2)، بفرعيهاالمتلازمان والمتكاملان وهما علم أسماء الأماكن (الطوبونوميا) وعلم أسماء الأشخاص (الأنطونوميا)، بداية من النصف الثاني من القرن العشرين، رافدا هاما من روافد الدراسات التاريخية كما شكّلت مخرجاتها وثيقة بحث ثمينة في مجال التاريخ الاجتماعي، رغم صعوبات استقرائها، وذلك لما توفره من مادة معرفية دقيقة على شُحّها وقيّمة على ندرتها.
ولئن كان اهتمامنا العام موجّها نحو مجال البحث في فرعها المتصل بعلم أسماء الأشخاص، وتحديدا في دراسة الإسم العربي الوسيط، الذي يتميّز بتعدّد عناصره وتكامل مكوّناته بما سمح بتشكّل منظومة إسميّة عربيّة وسيطة مميّزة(3)، فإنّنا سنقتصر في هذه الورقة على استقراء ما سيقدّمه لنا أحد عناصر المنظومة الاسمية للأفراد،وهو عنصر النسبة(4)وتحديدا نوع مميّز من النِسَب.
لقد أثار اهتمامنا بهذا النمط من النِسَب، ووجّه انتباهنا نحوه صنف محدّد من المصادر يُعرف بكتبرجالالحديث، مثّلت إحدى مصادرنا الأوليّة، وقد تناولتهضمن نمط من الأنساب يُعرف بـــ« النِسَبِ التي على خلاف الظاهر »(5)، مميّزة إياه عن الصنف الثاني، وهو « معرفة المنسوبين إلى غير آبائهم »، ويندرج كلا الصنفين في باب « معرفة الأنساب »، التي تتّصل خاصة بتراجم رواة الحديث، لأهميتها في معرفة الرواة وصِلتها القويّة بعلم الرجال، فهو علم قائم على التعريف بهم(6).
وفي هذا الإطار مثّل البحث في « المنسوبين على خلاف الظاهر » و »المنسوبين إلى غير آبائهم »، بالنسبة إلينامجالا بِكرا عملنا على استكشافه في دراستنا هذه من خلال رصد حضوره وتتبّع آثاره وتوضيح ملابساته ثم بيان إمكانية الوقوع جرّاءه في اللبس وسوء الفهم، والكشف لاحقا عمّا سينجرّ عن ذلك من استتباعات، لاسيما بالنسبة إلى الباحثين المهتمين بالمجال الأنوماستيكي خصوصا وبالدراسات ذات الطابع التاريخي-الاجتماعي عموما. وبالنظر إلى طرافة هذا المبحث ودقّته في طرح بعض الإشكاليات التي واجهتنا خلال دراسة عنصر النسبة، فقد سعينا في هذه الدراسة إلى معالجة إشكالية مدى الوثوق في عنصر النسبة والاطمئنان إليه لتحديد الانتماء إلى فضاء جغرافي معيّن في أرض الإسلام وذلك على ضوء حضور هذين الصنفين من النسب؟
ومن هذا المنطلق سنعمل في عنصر أوّل على إثارة مسألة حضور هذين الشكلين من النِسَب، على ضوء بعض التراجم القيروانية على امتداد الست قرون الأولى للهجرة، ثم سنستعرض في عنصر لاحق أسباب ظهوره والصعوبات التي يمكن أن تعترض الباحث في هذا المجال نظرا للإشكاليات التي يطرحها، واللبس الذي يكشفه وجود هذا الصنف من النِّسَب.

1 – في « المنسوبين على خلاف الظاهر » و »المنسوبين إلى غير آبائهم »: في تحديد المفاهيم ورصد الحضور

 في مفهـوم النسبــة وأصنافهــا

جاء في لسان العرب لابنمنظور: « النسب بمعنى القرابة، وهو واحد الأنساب وعن ابن سيده الأندلسي، النِّسبة والنُسبة والنّسب هي القرابة وقيل هو في الآباء خاصة، وقيل النسبة مصدر الانتساب. والنسب يكون بالآباء ويكون إلى البلاد ويكون في الصناعة وغير ذلك »(7).  كما ورد على لسان الصفدي أنّ النسب هو الإضافة لأن النسب هو إضافة شيء إلى بلد أو قرية أو صناعة أو مذهب أو عقيدة أو علم أو قبيلة أو والد(8).أمّا النسب اصطلاحا، فهو علم يتعرف منه أنساب الناس وقواعده الكليّة والجزئية والغرض منه الاحتراز عن الخطأ في نسب الشخص.
يُحيلنا هذين التعريفين اللغوي والاصطلاحي إلى وجود عدّة أصناف من النِسب كما يبدو من ظاهرها ومنها النسبة إلى الأصول والفروع في النسب عن طريق الآباء والأجداد(9)؛وهو النسَب المنضوي تحت مؤشّر »أهل »، ضمن المبحث الأنوماستيكي(10)مثال نسب الهاشمي والسُفياني والمرواني والأموي…، ومنها أيضا النسبة إلى القبيلة بمختلف طبقاتها(11) ، والنسبة إلى المناطق الجغرافيّة سواء كانت بلد الأصول أو الإقامة أو الوفاة وتكون إلى البلد أو تتفرّع نحو المدينة أو القرية أو الحيّ…، ونستحضر أيضا تلك النسبة التي تكون إلى الصنعة أو المهنة أو الوظيفة ومن ضمنها أيضا النسبة إلى النشاط العلمي والنشاط الفكري والانتماء المذهبي… ونضيف إلى مختلف هذه الأصناف ما نحن بصدد طرحه في مبحثنا هذا وهو الأقّل حضورا والأكثر غموضا ودفعا نحو الوقوع في اللبس والخطأ.

فما هي دلالات هذا التعدّد في الأصناف؟

يعكس تعدّد الأصناف، أهميّة النسبة في المنظومة الاسمية للأشخاص، فهي عنصر يحتل مكانة متميزة ضمن سلسة العناصر المكوّنة للاسم، وهو ما نلمسه من خلال المعطيات التي توفرت لنا، فمن جملة 1270 جذاذة أحصيناها، نسجّل عدد 1244 جذاذة يحمل أصحابها نسبة بمختلف أصنافها، وهو ما يمثّل نسبة مئوية تقدّر بـحوالي 98% من المجموع العام. كما يكشف تعدّد النسبة لدى الشخصيّة الواحدة عدّة وقائع وأحداث تعرّضت لها في مسيرتها، ويرصد مجموعة من المحطّات في حياة الشخص بصفة خاصة، والمجتمع بصفة عامة، فالنسبة يمكن أن تختزل « السيرة الذاتيّة » لصاحب الترجمة، وذلكبالإشارة إلى جذوره القبليّة وأصوله الجغرافيّة، أو نشاطه المهني والفكري والديني، أو إلى الجنس الذي ينحدر منه. فضلا عن ذلك، تسمح لنا النسبة بتقصّي وتتبّع « مسار حياة » الشخص المُترجم له،من خلالرصد بلد أسلافه، أو محلّ ولادته أو نشأته أو وفاته، وبتتبّع رحلاته وتنقلاته… كما يمكن للنسبة، لاسيما الجغرافية منها، أن تعكس دائرة استقطاب المدينة لسكان المناطق القريبة أو البعيدة، والكشف عن علاقتها بمحيطها. ويُعدّ غياب النسبة بمختلف أصنافها، عائقا حقيقيّا في عمليّة البحث ممّا يُحيلنا إلى عدّة احتمالات ويوقع بنا في اللبس والغموض.

في « معرفــة المنسوبيـن على خـلاف الظاهــر »

يُفيد مصطلح « المنسوبين على خلاف الظاهر » أن يُنسب الشخص إلى غير قبيلته، أو بلدته، أو غير صنعته، أو غير ولائه، لأن الأصل في النسبة أن يُنسب الإنسان إلى قبيلته، أو بلده، أو صنعته أو ولائه.
هذا ويجب التنصيص منذ البداية على أن النماذج التي عملنا عليها في بحثنا هذا هي مرتبطة أساسا بما توفر لنا من معطيات، وهي محدودة في العدد، مقارنة بالعدد الجملي للجذاذات ورغم ذلك فهي حالات جدّ معبّرة.

المثــال الأوّل: محمّد بن عبـدون السُوسـي الـورّاق(12):

ينتمي صاحب الترجمة إلى صنف الشعراء المعروفين بالقيروان خلال القرن الخامس هجري، وهو يحمل نسبة « السُوسي » فهو ينتمي حسب ظاهر النسبة الجغرافيّة التي عُرف بها، إلى مدينة سوسة، وذلكإمّا لولادته أو نشأته أو مقامه بها حتى وفاته أو دفنه في مقابرها. والواقع أنّه كما يتبيّن لنا من ثنايا ترجمته، أنّه ولد ونشأ ثم مات بمدينة القيروان، وقد أوضح مؤلّف الأنموذج، أنّه « ليس سُوسيّا على الحقيقة، بل هو من أكابر القيروان وبها مقامه الآن، لكن أباه هو من سكن سوسة، فعُرف بذلك ». فنسبة السوسي هنا هي نسبة موروثة عن والده الذي أقام بمدينة سوسة مدّة معيّنة وليست نسبة مُتّصلة بالأصول الجغرافية أو بالولادة أو بإقامته هو بها ولا بوفاته، لكن هل تكفي الإقامة بمنطقة ما، مدّة معيّنة، ليصبح المُقيم بها معدودا من أهلها فينسب إليها؟ خاصة أن النسبة تأخذ معناها أكثر خارج محيط الانتماء، إذا كان ذلك كذلك فلم لا تُطبّق القاعدة على الجميع؟(13)

المثــال الثاني: أبو عبـد الله محمّد بـن بسطـام الضبّـي السُوسـي(14)

يشير المالكي، في مؤلفه « رياض النفوس » إلى أن صاحب الترجمة هو من فقهاء القيروان، ويقال إن أصله من البصرة، سكن القيروان، ثم انتقل إلى سوسة. وكما يبدو من ظاهر النسبة، فالشخص المترجم له، ينتسب جغرافيا إلى مدينة سوسة بحكم إقامته بها آخرا، والسؤال المطروح هنا، لماذا نُسب إلى مدينة سوسة مكان إقامته الأخيرة، ولم ينسب إلى البصرة بلد أصوله ومحلّ أجداده؟ على غرار « مُواطنه » أبو العبّاس محمّد بن طيّب البصري المتعبّد(15)، وهو أيضا من القرويين، سكن سوسة وأوطنها، وتوفي بها حسب ابن ناجي ودفن بالقيروان. ولماذا لم ينسب إلى القيروان، محل إقامته الأولى قبل انتقاله إلى سوسة آخرا. فهل هو بصري أم قيرواني أم سوسي؟ وما هو العنصر الأكثر تأثيرا في تحديد الانتماء؟

 المثــال الثالث: أبو الحسـن علـي بن محمّد المَعَافـري القابسـي أو المعـروف بابن القابسـي(16)

عُرف أبو الحسن علي بن محمد المعافري القابسي بكونه من مبرّزي علماء المالكية بإفريقية في عصره، ومن فقهائها العارفين بالحديث وعِلله ورجاله، فضلا عن كونه أصوليا. ويعدّ أبو الحسن القابسي من أهل القيروان، ويبدو، حسب ظاهر النسبة، أن صاحب الترجمة قابُسيّا، أي أن مدينة قابس، هي بلد أسلافه أو محلّ إقامته، أو موطن استقراره آخرا، لكننا نجد أن القاضي عياض في مداركه(17)يبيّن خلاف ذلك إذ يقول: « لم يكن أبو الحسن قابُسيّا، وإنّما كان له عمّ يشدّ عمامته مثل القابسيين فسُمي بذلك »، وهو قيرواني الأصل والنشأة والوفاة »، ونشير أن هذه النسبة التي لا يمكننا الجزم في حيثيات اكتسابها، قد تحوّلت إلى شهرة ورثها ابنه عبد الواحد.
أمّا ابن ناجي في معالمه(18)فيبدو غير مقتنع برأي القاضي عياض، إذ يستدرك قائلا: « وهذا فيه نظر وظاهر قولهم المعروف بابن القابسي يقتضي أن والده كان من أهل قابس، فإمّا أن يكون أتى إلى القيروان وتزوّج بها وتزايد له بها، وإمّا أن يكون أتى به صغيرا ». لكن يظهر أن طرح المؤلّف، لا يستند إلى معطيات ثابتة في ترجيح نسبته إلى مدينة قابس، وتحديدا إلى بلد المعافريين التي اكتسب منها نسبته الأولى، كما يشير إلى ذلك كاتب الترجمة، وهنا يطرح أمامنا إشكال آخر، فهل نسبة المعافري التي ينسب لها هذا الفقيه، هي نسبة قبلية إلى قبيلة معافر اليمنية(19)أو هل هي نسبة جغرافية إلى بلد المعافريين(20)؟ وهل تعكس النسبة دائما الأصول سواء كانت قبليّة أو جغرافيّة؟

المثــال الرابع: أبو محمّد عبـد الحميـد بن محمّد المغربـي المعـروف بابن الصائـغ(21):

يعتبر أبو محمد عبد الحميد بن محمد المعروف بابن الصائغ من الفقهاء والمحدثين ومن الزهاد المتعبدين العالمين بالأصول، ويبدو أن نسبة المغربي هنا هي نسبة إلى بلاد المغرب، وهي نسبة ترتبط بأهل المغرب أثناء رحلاتهم إلى المشرق لطلب العلم والحج، وقد عُرف بها عدّة شخصيات، مثل أسد بن الفرات(22)أثناء زيارته إلى مالك، وأيضا أبو محمد عبد الله بن فروخ الفارسي(23)لكننا هنا أمام حالة مغايرة، فابن الصائغ هذا يعتبره القاضي عياض في « مداركه » من أهل القيروان، انتقل إلى الإقامة إلى سوسة، ثم المهدية، ثم عاد إلى سوسة وتوفي ودُفن بها. لكن لماذا لم ينسب إلى سوسة كسابقه؟ أو إلى المهدية مكان رحلته ثانيا ومن أين اكتسب نسبة المغربي؟ فهل يكون ذلك مرتبط ربّما بوجود سَمِّيٌ(24)له في مجالات جغرافية أخرى.

المثــال الخامس: الشيخ أبو القاسـم عبـد الرحمـان بـن محمّد بن عبـد الله البكـري الصقلّـي(25) :

يُعدّ الشيخ أبو القاسم عبد الرحمان بن محمّد بن عبد الله البكري الصقلّي من كبار الفقهاء والمحدثينومن أهلالزهد والتصوّف والصلاح وهو قروي ينسب إلى صقليّة، إذ يقول حسن حسني عبد الوهاب في كتاب العمر؛ « لا ندري إن كان ولد بصقليّة كما تقتضيه نسبته »، وهو ما يُجيز لنا التساؤل ما إذا كانت النسبة تُكتسب بالولادة دون غيرها؟

 المثــال السادس: أبو زيـد عبد الرحمـان بن محمد بـن علي الأنصـاري الأسيـدي الدبّـاغ المـؤرخ(26):

كان أبو زيد عبد الرحمان بن محمد بن علي الأنصاري الأسيدي الدبّاغ المؤرخ، معتنيا بالآثار جامعا لها(27)وكان يقول الشعر. ورد في معالم الإيمان لابن ناجي الجزء الرابع؛ « …وسبب تسمية جدّه الكبير بـ’الدبّـاغ » هو أنه قدّمه قاضي الجماعة والسلطان، وكتب له الظهير بقضاء بلده القيروان، وبعث له به، فلمّا عرف أن الظهير يرد عليه في وقت الضحى، بكّر… إلى دار الدبّاغ وعرّى حوائجه وتحزّم، ثمّ أخذ يملأ بالدلو ويفرغ على الجلود… فلمّا عرف من ذكر قالوا: نعرف أن ما صناعته دبغ الجلود… وإنما فعل ذلك بقصد الهروب من القضاء والنجاة بنفسه وقدّموا غيره… ».
يبدو من خلال ما تقدّم، أن نسبة الدبّاغ هي نسبة موروثة عن الجدّ الأكبر لصاحب الترجمة، وهو أبو محمد عبد الله بن محمد الأنصاري الصوفي المشهور بالدبّاغ(28)وقد أصبحت هذه « الشهرة » بمثابة « نسبة موروثة » للعائلة التي تعتبر من الأُسر العريقة بالقيروان، جمع أفرادها بين العلم والعمل والورع ونسب الأنصار، ولهم مسجد بالقيروان يعرف بمسجد الدبّاغ(29). وحسب ما ورد في سياق الترجمة فإن شهرة الدبّاغ لا علاقة لها بالواقع، ذلك أنّ صاحب الشهرة التي تحوّلت إلى نسبة ورثها خلفه من بعده، هي « نسبة على خلاف الظاهر » فالمُنتسب إليها، لم يكن يوما دبّاغا ولم يمارس هذه المهنة في حياته قطّ، وقد أحاطت باكتسابه لهذه النسبة أحداث طارئة، تتمثّل أساسا في رغبته في التملّص والتخلّص من تكليفه بوظيفة القضاء في القيروان.

فـي « معرفـة المنسوبيـن إلى غيـر آبائهــم »

يعني اصطلاحا أن يُنسب الشخص إلى غير أبيه مثل أمّه أو جدّته أو جدّه أو غيرهم(30). ومعرفة الأب عند علماء الحديث أمر ضروري لدفع توهّم التعدّد عند نسبتهم لآبائهم.(31)

المثال الأوّل: أبو عمرو البهلول بن عمر بن صالح بن عُبيدة بن حبيب بن صالح التُجيبي ثم الفردَمي شهر ابن عبيدة التجيبي:(32)

هو فقيه ومحدّث قيرواني ويعتبر من العلماء المجتهدين، ولد ومات بالقيروان سنة 233-234هـ/847-848م، وكما يبدو فان صاحب الترجمة يُنسب إلى جده الأكبر، عُبيدة بن حبيب بن صالح التجيبي وقد تحوّل هذا النسب إلى إسم شهرة عرف بها حفيده.

المثال الثاني: أبو مالـك أمان بـن الصمصامـة بن الطرمـاح بن حكيـم الطائـي شهـر أبو مالـك الطرماح(33):

يُعدّ أبو مالك الطرماح، من الشعراء المتميزين، ومن علماء اللغة بالقيروان، وجدّه هو الطرماح الشاعر الأموي المشهور، ويبدو أن هذا الشاعر قد ورث صنعة جدّه في الشعر، كما أصبح ينسب به واشتهر بذلك.

المثال الثالث: أبو عثمـان سعيـد بن محمّد بن صبيـح شهـر ابن الحـدّاد الغسّـاني:(34)

ابن الحدّاد الغسّاني هو من علماء القيروان المبرزين، عالم بالكلام والفقه واللغة والجدل والعربية، عارف بالشعر، ولد بالقيروان سنة 219هـ/834م وتوفي بها في 302هـ/915م. وقد جاء في المعالم لابن ناجي؛ « والحدّاد جدّه لأمّه وعوام القيروان عندنا، يقولون سعيد الحدّاد، وإنّما سُمي الحدّاد لحدّة ذهنه وهو وهمٌ، وإنّما هو ابن الحدّاد والمراد ما تقدّم »(35)، إذا يبدو من رواية ابن ناجي أن ابن الحدّاد القيرواني، ينسب بجدّه لأمه وقد اشتهر بذلك.

المثال الرابع: أبو بكر أحمد بن إبراهيم ابن أبي عاصـم بن إبراهيم اللؤلؤي النحوي القيـرواني شهـر ابن أبي عاصـم اللؤلـؤي(36) :

يعتبر ابن أبي عاصم اللؤلؤي من علماء القيروان البارزين فقد جمع بين فنون شتى من العلوم، منها الفقه والحديث، إضافة إلى الأدب والشعر واللغة، فضلا عن وظيفته في كتابة الدواوين في ظل حكم الدولة الفاطمية. ولد اللؤلؤي بالقيروان بين 274 و277هـ/887 و890م، وتوفي بها سنة 318هـ/930-931م. ينسب صاحب الترجمة بجدّه أبو عاصم، وقد اشتهر بذلك حتى طغى على نسبه الأبوي.

المثال الخامس: أبو بكـر محمد بن محمد بن وشـاح اللبّـاد الفقيـه شهـر ابن اللبّـاد(37):

أبو بكر ابن اللبّاد هو من الفقهاء المبرزين والحُفّاظ المعدودين في القيروان، ولد بالقيروان سنة 250هـ/864م وتوفي بها سنة 333هـ/944م. حمل نسبة اللبّاد وهي نسبة لجدّه وشاح الذي كان حائكا من موالي الأقرع مولى موسى بن نصير. وقد اشتهر صاحب الترجمة بنسبته لجدّه وشاح اللبّاد وعرف بها.

المثال السادس: أبو القاسـم سلمـان بن محمّد بن الأبـزاري شهـر ابن الأبـزاري(38):

يعدّ ابن الأبزاري من شعراء الدولة الصنهاجية، عاش بالقيروان وتوفي بها سنة 410هـ/1020م، ينسب ابن الأبزاري بجدّه لأمه وقد كان أبزاريا واشتهر بنسبته هذه لمهنة جدّه وليس لأبيه.

2- دلالات وجود هذا الصنف من النِسَب واستتباعاته

 الــدلالات

لقد بدا لنا انطلاقا من مجموع النماذج المقدّمة إمكانية أن تتحوّل النسبة إلى شهرة يتوارثها الأبناء على الآباء، والآباء على الأجداد،  وبالتالي فإنّ حضورها في آخر سلسلة الإسم، لا يعني بالضرورة أنها تتصل اتصالا مباشرا بصاحب الترجمة، مثال نسبة الدباغ ونسبة القابسي بالنسبة إلى صنف المنسوبين إلى خلاف الظاهر (انظر النموذج الثالث والنموذج السادس) وبالتالي لا يمكننا أن نكتفي فقط بهذه النسبة الظاهرة لتحديد الانتماء. إضافة إلى ذلك نسجّل بروز عامل لا يُستهان بمدى تأثيره في صحّة مؤشّر النسبة، وهو عامل « اختلاط الأنساب » وهو ما يجعل النسبة سواء كانت « ثابتة » أو على « خلاف الظاهر » محلّ شك، يستوجب العمل على نفيه أو تدعيمه، وذلك أن جمع التراجم وتدوينها هو جُهد بشري لا بدّ أن يلحقه القصور الإنساني، وفي هذا السياق يقدّم ابن خلدون في مقدّمته(39)بعض أسباب وقوع الاختلاط واللبس خاصة في مجال الأنساب القبليّة فينسب الشخص إلى غير قبيلته وأصوله نذكر منها مثلا تأثير الأحلاف بين القبائل الذي يؤدي إلى انصهار بين عناصر القبيلتين فتنسب القبيلة الأضعف إلى الأقوى وبمرور الزمن تتلاشى الفوارق ويصبح النسب الجديد واقعا يجهله النسّابة. هذا فضلا عن دور نظام الولاء، وخاصة ولاء الحلف حيث يتحوّل الحليف بمرور الزمن إلى عنصر أصلي في القبيلة بالرغم من حرص واضعي التراجم على الإشارة إلى ذلك بعبارة « مولاهم » لكن يصبح من الصعب على العلماء تحديد الفوارق بينهما. ثمّ إن طول سكن الحواضر يُفقد العرب اهتمامهم بأنسابهم فيميلون نحو الانتساب إلى قراهم وأمصارهم وتتوسّع الظاهرة كلّما نما العمران وازدهر.
كما يمكننا أيضا أن نستحضر بعض الأسباب الأخرى لوقوع الخلط في الأنساب منها طول الفترة الزمنيّة التي تفصل بين زمن تدوين الأنساب وفترة حفظها في الذاكرة(40). فضلا عن تشابك القبائل بأسمائها وتشابهها(41)وإمكانية الخلط بين إسم القبيلة وإسم المكان مثال الخلط بين (صدف القبيلة(42)وصدف القرية(43)/ الأنصاري نسبة إلى مدينة الأنصارين(44)  والأنصاري نسبة إلى قبيلة الأنصار(45)) ومنها أيضا صعوبة تحديد آليات اكتساب النسبة الجغرافية من شخص إلى آخر واختلاف العلماء والمؤرخين حولها.
وفي المحصّلة فإنّ العمل على هذا  النمط من النِسَب كشف لنا عن تطوّر علم التراجم في إفريقية تطوّرا بارزا من عهد أبي العرب محمد بن أحمد بن تميم بن تمّام التميمي، في كتابه حول أعلام القيروان وتونس الحامل لعنوان « طبقات علماء إفريقية وتونس » ويعتبر مؤلفنا من علماء القيروان البارزين في علوم شتى منها معرفته بالسند والرجال كما اشتهر بكونه رافع لواء علم التاريخ بإفريقية عاش بين منتصف القرن الثالث هجري (250- 260هـ/ 864-873م) وتوفي حوالي (333هـ/944م) إلى عهد ابن ناجي التنوخي الذي أكمل مؤلّف الدبّاغ وعلّق عليه وهو الكتاب الموسوم « معالم الإيمان في معرفة أهل القيروان« ، أي من القرن الرابع وهي الفترة التي عاش فيها أبو العرب إلى التاسع هجري زمن حياة ابن ناجي.  فبينما يكثر عند أبي العرب حضور هذين الصنفين من النسبة (في المنسوبين إلى خلاف الظاهر والمنسوبين إلى غير آبائهم)، وهما صنفان يطغى عليهما الغموض، وتكثر فيهما إمكانية الخلط والوقوع في اللُبس، كما بيّنا سابقا، يبدو أن علم كتابة التراجم وتدوينها قد إستوى وأصبح أكثر نضجا في الفترات اللاحقة، وتبلور بأكثر وضوح خلال القرن التاسع هجري/الخامس عشر ميلادي، حيث ظهر التدقيق والتمحيص عند مؤّلفي التراجم ومنهم الدبّاغ وابن ناجي، اللذان عملا على تفصيل النسبة وتصنيفها، تجنّبا للخلط والارتباك ودرء للتأويلات. فضلا عن ذلك فإنه ورغم هيمنة النسب الأبوي في المجتمعات العربية الإسلامية -ومن ضمنها المجتمع القيرواني- وهو ما يعكس سيطرة الطابع الذكوري لهذه المجتمعات، فإن ذلك لم يحل دون انتشار أشكال أخرى من الأنساب على غرار المنسوبين إلى أمهاتهم أو إلى أحد أقاربهم وخاصة إلى أجدادهم وهو ما بيّنه صنف المنسوبين لغير آبائهم.

 استتباعــات ومحاذير وجود هذا النمط/الصنف من النِسَب

يشترك كلا الصنفان موضوع الدراسة في إمكانية الخلط واللٌبس إذا لم تتوفر المعطيات والمعلومات الكافية حول المترجم له، فقد يعتقد أن النسب أبوي، كما يبدو من ظاهر النسب بالنسبة إلى صنف « المنسوبين إلى غير آبائهم »، بينما تفيد المعطيات الواردة في الترجمة أن النسب مُتّصل في الحقيقة بأحد الأجداد أو أحد الأقارب. لذلك فإنّ حضور هذا النمط من النِسَب يدفعنا إلى الإقرار بتعقيد وتشعبّ حيثيات تشكّل عنصر النسبة ضمن المنظومة الإسمية للأفراد، نظرا لصعوبة تحديد العامل الأكثر تأثيرا في اكتساب أو ظهور نسبة ما، حتى تتحوّل إلى العنصر البارز/الصريح في سلسلة إسم صاحب الترجمة أو أحيانا في شكل إسم شُهرة يحجُب بقية العناصر فهل هو عامل الأصول (قبليّة كانت أو جغرافية)؟ أو هو عامل الولادة أو النشأة؟ أو هو عامل الإقامة أو الوفاة…؟ مع التأكيد على اختلاف العلماء والمؤرخين السابقين واللاحقين حول تحديد هذا العامل. ومن هذا المنطلق يجوز لنا أن نتساءل عن مدى جدوى وتأثير الارتكاز على عنصر النسبة بمفرده، على الرغم من كونها عنصر شديد التأثّر بالمحيط الخارجي (المكان)، وغير ثابتة في الزمن (الزمان)، كمؤشّر رئيسي في تحديد انتماء شخص ما إلى مجال جغرافي معيّن، وبالتالي ضبط هويّة المجتمع الذي ينتمي إليه؟
لكلّ هذه الأسباب مجتمعة فإنّ الوقوع في اللُبس، والاشتباه في النِّسب، والخلط فيه، وسوء فهمه، أمر وارد جدّا، وقد اعتبره المعتنون بعلم رجال الحديث « ضررا ليس بالهيّن »، يجب الأخذ بأسبابه والتحرّي فيه، وعدم الاستهانة بأخطائه التي ستكون لها عدّة إرهاصات على مجمل المعارف المتّصلة به، والتي لا يمكن تجاهلها. أمّا فيما يتّصل بمجال اهتمامنا، فلا شكّ أنّه سيكون لوجود هذا الصنف من النسب استتباعات جمّة، قد تؤثّر على دقّة الكتابة التاريخية والبحوث المرتبطة بها، ولاسيما  تلك التي ترتكز على المنهج الكميّ(46)، ويبرز هذا الأثر واضحا خاصة في المرحلة الإحصائية حيث يمكن أن ينسب أفراد إلى غير آبائهم وغير قبائلهم وغير أصولهم الجغرافيّة وحتى إلى غير مهنهم ووظائفهم ومعتقداتهم… بما سينعكس لاحقا على قراءة المعطيات، وضبط الخلاصات، فتتعدّد نتيجة لذلك إمكانات الخلط وتتّسع حلقات سوء الفهم، وهو ما سيؤثّر بالضرورة على النتائج المستخرجة والاستنتاجات المقدّمة التي ستمتّد إلى مجال أشمل، يتّجه نحو تحديد مسألة الانتماء الإقليمي والمجتمعي والاقتصادي والسياسي والفكري…(47).
وعليـــه، لابدّ للباحث في المجال التاريخي عموما وذو المنحى الاجتماعي خصوصا، حيث تُطرح مسألة التصنيف وتحديد الانتماء إلى الفضاء/المجال، جغرافيا كان أو قبليا أو اقتصاديا ومجتمعيا عموما، أن يتبيّن وجود هذا الصنف من النسب وأن يكون واعيا بما يطرحه من لُبس وما يُقرّه في النهاية من وجوب تنسيب مجمل الاستقراءات المقدّمة وهو ما يفيد آخرا ترك نوافذ البحث مفتوحة لنتائج أكثر وثوقا ودقة في المستقبل.

الخاتمة

لقد رصدنا من خلال عملنا على كتب الأنساب والتراجم والطبقات والنقائش، وجود عدد من النسب- وإن كان قليلا من حيث الحضور والانتشار- تندرج ضمن « صنف النسب إلى خلاف الظاهر » و »صنف المنسوبين إلى غير آبائهم« ، وهو ما دفعنا إلى التحرّي والبحث عن حيثيات اكتسابها – ما أمكن لنا ذلك- باعتماد عدّة مصادر ومقارنتها ومقارعتها. وقد بدا الإشكال أكثر تعقيدا وغموضا لاسيما بالنسبة إلى التراجم المستخرجة من النقائش، نظرا لما يحتويه هذا الصنف من المصادر من مادة مقتضبة بحكم طبيعتها (تخليدية أو جنائزية…)، خاصة إذا ما انعدمت إمكانية التثبّت من دقّة المعطيات الواردة بالنقيشة في مصادر أخرى مكتوبة، تهتم بهذا الصنف من التراجم، وهو ما يمكن أن يقدّم قراءات تفتقر إلى الدقّة وتحتاج إلى مزيد من التعمّق والبحث عند استخراج المعلومات وضبط النتائج واستقراء المعطيات. كما بدا لنا أنّ حدوث الالتباس في النسب حاصل لا بل هو مؤكّد، خاصة النسب الجغرافية والقبليّة، لكنه لُبس يصعب ضبطه بسبب غياب قواعد ثابتة ومقاييس واضحة تفسّر هيمنة عامل على آخر في بروز النسب الصريحة دون غيرها، وقد تفطّن مؤلفو التراجم ولاسيما العاملين في هذا المجال والمهتمين بدراسة الأنساب إلى إمكانية تجنّب الخلط والغموض والاضطراب في النسبة ففصّلوا فيها وصنّفوها فمنها نسبة الولادة، ومنها تلك المرتبطة بالنشأة، ومنها ما اتصل بالإقامة والهجرة آخرا، وهو ما أدى إلى وضع أصناف للمنتسبين إلى منطقة ما ومنها القيروان(48)تختلف باختلاف مراحل الاتصال والالتحاق والانتماء إلى المدينة، لكن يبقى الإقرار بالعامل الأكثر تأثيرا في تحديد الانتماء، عملا يصعب الجزم فيه نهائيا نظرا لتداخل العوامل المؤثّرة في تحديد مسألة الانتماء إلى مجال شاسع يمتد من بلاد ما وراء النهر إلى البحر المحيط وهو مجال « أرض الإسلام ».
وبالنظر إلى ما تقدّم، لمنتمكن من التفطّنفي دراستنا هذه، التي اعتمدنا فيها على مدوّنة أسماء القيروانيين،إلاّ إلى عدد محدود من التراجم، بما توفر لنا من معطيات، لا تتجاوز نسبة الواحد بالمائة من المجموع العام،لكن لايعني ذلك عدم وجودها، بل قد تكشف بحوث أخرى،تتوفّر لها مصادر جديدة، ماعجزنا عنه نحن إلى حدّ الآن.

المصادر و المراجع

ابن حزم الأندلسي أبو محمد علي بن أحمد بن سعيد، 1982، جمهرة أنساب العرب، تحقيق وتعليق، عبد السلام محمد هارون، ط5، دار المعارف القاهرة.
ابن خلدون أبو زيد ولي الدين عبد الرحمان بن محمد،2006، المقدمة، ج1، تحقيق إبراهيم شبوح وإحسان عبّاس، تونس.
ابن صلاح، الشهرزوري،2007،علوم الحديث، تحقيق نور الدين عتر، دار الفكر، دمشق.
ابن منظور، لسان العرب،دت، ج 14، باب النون، دار إحياء التراث، بيروت، ط3.
الثعالبي،2000،فقه اللغة وأسرار العربية، تحقيق ياسين الأيوبي، المكتبة العصرية، بيروت، الطبعة الثانية.
الصفدي،2000،الوافي بالوفيات، ج1، تحقيق واعتناء أحمد الأرناؤوط وتركي مصطفى، دار إحياء التراث العربي، بيروت- لبنان، ط1.
سليم صحبية،2016-2017،المجتمع القيرواني إلى حدود منتصف القرن السادس هجري، الثاني عشر ميلادي: دراسة في علم الأسماء ا »Onomastique« ، أطروحة دكتورا، تونس.
عبد الوهاب حسن حسني،2001،كتاب العمر في المصنّفات والمؤلفين التونسيين، تحقيق محمد العروسي المطوي وبشير البكوش، أربعة أجزاء، الدار العربية للكتاب، تونس.
الغوري سيّد عبد الماجد،2007،علم الرجال، تعريفه وكتبه، دار ابن كثير، دمشق-بيروت.
موسوعة القيروان،2009، الدار العربية للكتاب، تونس.

Dagorn R., 1973, « Quelques réflexions sur les inscriptions arabes des nécropoles kairouanaises», R.O.M.M., N° 13-14, 1er semestre,  p. 239-258.
Rosenthal F., 1993, «Nasab», EI2, VII, p. 967-969.
Sublet J.,1991, Le Voile du nom. Essai sur le nom propre arabe, Paris, PUF  .

الهوامش

(1)« مدوّنة أسماء القيروانيين« ، هي مدوّنة  تطلب إعدادها عدّة مراحل: مرحلة أولى لتجميع المادة الأوليّة وهي أسماء الأعلام انطلاقا من مصادر متنوّعة (كتب تراجم وأنساب وطبقات ونقائش وعُملة…)، تضمنت تراجم لشخصيات وأعلام قيروانية أينما وجدت (في المغرب والأندلس والمشرق) وهو ما سمح لنا بتجميع حوالي 1270إسم، لأشخاص عاشوا بالقيروان خلال الست قرون الأولى للهجرة، ثم قمنا في مرحلة لاحقة بمعالجتها إعلاميا باعتماد قاعدة البيانات ONOMASTICON-ARABICUM التي مكّنتنا من استغلال كل المعلومات الواردة في ترجمة الشخصيات وبالتالي تم تجاوز البيانات الواردة في سلسة الإسم نحو معلومات تهم مثلا الوظيفة والمهنة ومحلّ الإقامة والولادة والنسب والإقليم والولاء والمذهب الديني وغيرها… وقد تمكّنا في النهاية من تكوين جذاذات ثريّة ومتكاملة لكل شخصية مترجم لها، كانت حصيلة تراكم عدّة معطيات معرفية مستقاة من مصادر متنوّعة تمّ استغلالها في دراسة تاريخية ذات طابع اجتماعي مستغلّة مجمل المادّة المجمّعة ذات الاهتمامات المتنوعة على غرار الديمغرافيا التاريخية ومكانة المرأة في المجتمع إضافة إلى تسليط الضوء على بعض الفئات الاجتماعية المهمّشة مثل فئة العامة. لكن رغم أهمية المادة المعرفية الواردة في مصادر المدوّنة إلا أن العمل في هذا المجال يصطدم بجملة من العراقيل التي تستوجب الحذر في التعاطي معها نذكر منها كثرة الأخطاء والتحريف في كتابة الأسماء إلى حدّ التضارب وشح المادة بالنسبة إلى بعض الشخصيات بصفة متعمّدة أو عفوية بما يعكس غلبة الجانب الذاتي لمؤلفي التراجم وهو ما يجعلها تفتقر أحيانا للدقة ويجعل الوقوع في الخاطئ وارد جدّا لاسيما في ما يخص العنصر الأكثر غموضا وهو عنصر النسبة لذلك نرّجح أن عددا لا يُستهان به من المنسوبين قد يكون من المنضوين ضمن الصنفين الذين تناولهما في دراستنا هذه ما لم نقف على معطيا ت جديدة ذلك. انظر سليم (صحبية)، المجتمع القيرواني إلى حدود منتصف القرن السادس هجري، الثاني عشر ميلادي: دراسة في علم الأسماء « Onomastique« ، أطروحة دكتورا، تحت إشراف الأستاذة منيرة شابوتو-رمادي، جامعة تونس، 2017، الجزء الثاني: الدراسة التأليفية.
(2)اشتقت كلمة أنوماستك: Onomastique (علم الأسماء) من اللفظ اليوناني Onoma التي تعني إسم وتتفرّع إلى كلمتين anthropos وتعني الإنسان أو علم أسماء الأشخاص وToponymos وهو علم أسماء الأماكن وهو ما يبيّن اهتمام هذا العلم بالصنفين معا. أما مسار البحث في هذا المجال فقد انطلق مبكّرا منذ القرن الثامن عشر بسبق أوروبي واضح مقابل اهتمام عربي محتشم يعود إلى بداية التسعينات من القرن العشرين. أما في ما يتصل بالإسم العربي الوسيط فقد بدأ العمل عليه منذ مطلع القرن التاسع عشر مع المستشرقين الإيطاليين ثم سيشهد العمل انطلاقة جديدة بداية من النصف الثاني من القرن العشرين بالتعاون بين الباحثين الفرنسيين وعلى رأسهم الباحثة جاكلين سوبليه وأكاديمية روما وتوّج العمل بإصدار قاعدة المعلومات ONOMASTICON-ARABICUM  بالاستناد إلى التطبيقة الإعلاميّة Acess 2003.
(3) تتكون المنظومة الاسمية للأشخاص عند العرب المسلمين من مجموعة من العناصر منها إسم العلم وسلسلة النسب والكنية واللقب والشهرة، انظر سليم (صحبية)، المرجع السابق، الدراسة التأليفية، ج 2 ص48 -53.
(4) في مفهوم النسبةوأصنافها ووظائفها،انظر:

Sublet J., 1991, p. 95-113.

(5) وتعرف أيضا عند علماء رجال الحديث بمعرفة « النسب التي باطنها على خلاف ظاهرها » انظر ابن صلاح، علوم الحديث، 2007، النوع الثامن والخمسون ص 373-375، تحقيق وشرح نور الدين عتر.
(6) سيّد عبد الماجدالغوري ، علم الرجال، تعريفه وكتبه، دار ابن كثير، دمشق-بيروت 2007، ص 405- 428.
(7) ابن منظور، دت، ج 14، ص 118-119.
(8) الصفدي، 2000، ص 40-46.
(9) نميّز هنا بين النسبة إلى الأصول أو الفروع والنسَب بمعنى سلسلة النسب التي تكون في الغالب أبويّة، في مفهوم النسب انظر:

Rosenthal F., 1993, « Nasab », EI2, VII, p. 967-969.

(10) يختلف هذا المؤشرحسب المقاربة الأنوماستيكية الواردة بقاعدة البيانات Onomasticon Arabicum عن سلسلة النسب، فهو مؤشر يتسّع نحو الأصل البشري والأسلاف الأوائل وبلد الأصول.
(11) حول التقسيمات القبلية وأصنافها انظر القلقشندي، قلائد الجُمان في التعريف بقبائل عرب الزمان، الفصل الثالث، في معرفة طبقات الأنساب وما يلحق بذلك، تحقيق وتقديم إبراهيم الأبياري، دار الكتاب المصري ودار الكتاب اللبناني، ط2، 1982، ص 14-16. والثعالبي، فقه اللغة وأسرار العربية، في تدريج القبيلة من الكثرة إلى القلّة، تحقيق ياسين الأيوبي، المكتبة العصرية، بيروت، الطبعة الثانية، سنة 2000، ص 251-252.
(12) ابن رشيق القيرواني، 1986، ص390 -395.
(13) أثارت مسألة النسبة جدلا بين العلماء والمؤرخين، حول آليات اكتساب النسبة فابن حزم يرى: »ينسب الرجل إلى مكان هجرته الذي استقرّ به، ولم يخرج عنه رحيلا إلى أن مات » ورد بالفاسي عبد الرحمان، « طنجة وآثارها »، مجلّة رسالة المغرب، عدد04، 1954. والنووي، تهذيب الأسماء واللغات، ج1، دار الكتب العلمية، بيروت، ط1، دت، ص 14، قال عبد الله بن المبارك وغيره: « من أقام في بلدة أربع سنين نسب إليها ».
(14) أبو بكر عبد الله بن محمدالمالكي، 1994.
(15) المالكي، 1994، ج 2، ص 136-.137 وابن ناجي، 1978 ج2، ص 340.
(16) القاضي أبو الفضل عياض بن موسى بن عياض السبتي،  د ت، ج 2 ص 616-621، وأبو الفضل بن عيسى بن ناجيالتنّوخي، والأسيدي الدبّاغ أبوزيد عبد الرحمان بن محمّد الأنصاري،المصدر السابق، ج 3، ص 134-143 ومنيرةشابوتو-رمادي، « القابسي »، 2009، ص 246-247.
(17) عياض القاضي أبو الفضل عياض بن موسى بن عياض السبتي،د ت، ج 2، ص 616-621.
(18) الدبّاغ وابن ناجي، المصدر السابق، ج 3، ص 134.
(19) قبيلة معافر هي قبيلة يمنية قحطانية وهم بنو المعافر بن يعفر بن مالك، أخي عمرو بن مالك، بن الحارث بن مرة بن أدد بن زيد بن يشجب بن عريب بن زيد بن كهلان بن سبأ. انظر أبو محمد علي بن أحمد بن سعيد ابن حزم الأندلسي،جمهرة أنساب العرب، تحقيق وتعليق، عبد السلام محمد هارون، ط5، دار المعارف القاهرة، 1985، ص 418-419 وص 485.
(20) بلد المعافريين من قرى مدينة قابس خُليت قبل القرن التاسع هجري، ورد بالدبّاغ وابن ناجي، نفس المصدر، ج 3، ص 134.
(21) عياض، دت، ج2، ص 794- 796 والدبّاغ وابن ناجي، نفس المصدر، ج3، ص 200-201.
(22) ترجم له محمدأبو العرب ، نفس المصدر، ص163-166، ومحمد المالكي، 1994، ج1، ص 245-273 وعياض، د ت، ج 2، ص 465-470.
(23) ترجم له محمد أبو العرب، نفس المصدر، ط2، ص107-111، ومحمد المالكي، 1994، ج1، ص176-187 وابن ناجي، نفس المصدر، ج 1، ص 238- 248.
(24) ورد بلسان العرب، ج6، ص 382، سَمِيُّك المسمَّى باسمك، تقول هو سَمِيُّ فلان إذا وافق اسمه كما تقول هو كنَنِيُّه. لكن المقصود بالسَمِيl’homonyme”“ في إطار المقاربة الأنوماستيكية لا يقتصر فقط على من يحمل نفس إسم العلم بل يتعداه إلى غيره من مكوّنات الإسم العربي من (سلسلة النسب والكنية والنسبة) ولنا في ذلك أمثلة كثيرة في كتب التراجم ولعلّ أكثرها تعبيرا عن المدى الذي يمكن أن يبلغه التطابق والتوافق في سلسلة الإسم نذكر الرواية الواردة على لسان الصفدي في كتابه الوافي بالوفيات،ج1، الفصل الخامس من المقدمة، تحقيق واعتناء أحمد الأرناؤوط وتركي مصطفى، دار إحياء التراث العربي، بيروت- لبنان، ط1، 2000، ص 48-49.
(25) وردت ترجمته بالدبّاغ وابن ناجي، نفس المصدر، ج3، ص 144-146 وحسن حسني عبد الوهاب،2001، ج 1، ص 455-456.
(26) أبوزيد عبد الرحمان بن محمّد الأنصاري أكمله وعلّق عليه، أبو الفضل بن عيسى بن ناجيالتنّوخي، معالم الإيمان في معرفة أهل القيروان، تحقيق وتعليق الأخوان الشيخ محمد المجدوب والدكتور عبد العزيز المجدوب، المكتبة العتيقة تونس، ج 4، ص88-91،
(27) من أشهر مؤلفاته كتاب « معالم الأيمان في مناقب المشهورين من علماء القيروان » الذي أكمله وعلّق عليه ابن ناجي وكتاب « تاريخ ملوك الإسلام  » وكتاب « جلاء الأفكار في مناقب الأنصار ». لمزيد الاطلاع على الشخصية ومؤلفاتها انظر محمد حسن، « الدباغ »، موسوعة القيروان، الدار العربية للكتاب، تونس 2009، ص150-151.
(28) الدبّاغ وابن ناجي، نفس المصدر، ج 4، ص.20.
(29) ابن ناجي، نفس المصدر، ج 4، ص91 و142-144
(30) ابن صلاح، نفس المصدر، ص 370 والسيوطي، تدريب الراوي في تقريب شرح النواوي، النوع السابع والخمسون والنوع الثامن والخمسون تحقيق مازن بن محمد السرساوي، دارابن الجوزي، القاهرة، 2009، ج2 ص 964- 970.
(31) الغوري، نفس المرجع، ط1، 2007، ص 421.
(32) أبو العرب التميمي القيرواني، نفس المصدر، ص 175 ومحمد المالكي ، 1994، ج1، ص 281- 282 والدبّاغ وابن ناجي، نفس المصدر، ج 2، ص 66-68.
(33) أبو بكر بن محمد بن الحسنالزبيدي، 1984، ص 225.
(34) أبوعبد الله محمد بن الحارثالخشني، د ت، ص 148-151 والمالكي، 1994، ج2، ص 57-115.
(35) الدبّاغ وابن ناجي، نفس المصدر، ج2، ص، 295-315.
(36) الزبيدي، المصدر السابق، ص 243 وعبد الوهاب حسن حسني، نفس المرجع، ج 3، ص 42-43.
(37) المالكي، المصدر ذاته، ج 2، ص 283-292 وعياض، المصدر ذاته، ج 2، ص 304 -311 والدبّاغ وابن ناجي، نفس المصدر، ج 2، ص 21-27.
(38) ابن رشيق القيرواني، نفس المصدر، ص 109.
(39) أبوزيد ولي الدين عبد الرحمان بن محمدابن خلدون ،2006، ج 1، ص 230-232.
(40) كانت الأنساب عند العرب في البداية ترسخ في الذاكرة الجماعية ويتناقلها النسّابة عن طريق الحفظ والرواية الشفوية على غرار بقية الآداب والفنون ثم مع بداية التدوين التي انطلقت في نهاية العهد الأموي وازدهرت خلال العهد العبّاسي الأوّل وبدأ تجميع الأنساب وضبطها فنزعت من الصدور إلى السطور، كما دونت بقية الأخبار والآثار، ولاشكّ أن هذا الأمر سيلحقه بعض اللبس والخلط والتصحيف فهو جهد بشري محدود الدقّة.
(41) ظهرت عدّة مصنّفات لرفع اللبس في النسب على والتنبيه لوجوده على غرار « مختلف القبائل ومؤتلفها  » لابن حبيب (أبو جعفر محمد)، تحقيق إبراهيم الإبياري، دار الكتاب المصري، القاهرة، 1979 والأزدي، « مشتبه النسبة في الخط واختلافها في المعنى واللفظ« ، دراسة وتحقيق واثق وليد العميري، دار الكتب العلمية، بيروت، 1971.
(42) حول قبيلة صدف انظر ابن حزم الأندلسي، المصدر ذاته، ص 461 و471 والسمعاني أبو سعد عبد الكريم بن محمد بن منصور التميمي، الأنساب، تحقيق عبد الرحمان بن يحي اليماني، القاهرة، 1980، ج8، ص43-46.
(43) قرية صدف هي قرية تبعد عن القيروان بنحو خمسة فراسخ (سبعة عشر كيلومتر على طريق سيدي الهاني) نزلت بها قبيلة صدف اليمنية وردت ابن رشيق، نفس المصدر، ص 189، ونقلها عنه ياقوتالحموي ، معجم البلدان، ج3، ص 344.
(44) حول موقع الأنصارين انظر الباهي أحمد، سوسة والساحل في العهد الوسيط، محاولة في الجغرافيا التاريخية، مركز النشر الجامعي، تونس، 2004، ص 454-455.
(45) حول نسب الأنصار، انظر ابن حزم الأندلسي، 1982، ص 332-366.
(46) هو منهج يقوم على استخدام التقنيات الحديثة مثل الحاسوب وقواعد البيانات والإحصائيات وقد كان للمؤرخين الفرنسيين السبق في الإفادة من الوسائل الكمية في الدراسات الاجتماعية والتاريخية ثم توسعت الأعمال لاحقا نحو المجال الأوروبي والأمريكي.انظــر مثلا أعمــال شارل بيــلاCharles Pellat وريتشارد بوليتRichard Bulliet.
(47) مثال دراسة Dagorn حول النقائش الجنائزية القيروانية والتي نرجح أنها تمت في مجملها على النسب الظاهرة الواردة في النصوص النقائشية انظر:

Dagorn R.,  1973, p. 239-258.

(48) لقد حاولت من خلال هذا المعطى تصنيف أهل القيروان إلى أربعة أصناف استنادا إلى عدّة معطيات منها (الولادة والنشأة والإقامة والوفاة والهجرة وتواصل العقب ووجود مسكن بالمدينة ومسجد وغيره، انظر صحبيةسليم ، نفس المرجع، الجزء الثاني: الدراسة التأليفية، ص 283-301.

المرجع لذكر المقال

صحبيّـة سليـم، «دراسة حول صنفين من النسبة: « المنسوبين على خلاف الظاهر » و »المنسوبين إلى غير آبائهم » من خلال تراجم مستخرجة من مدونة أسماء القيروانيين»، السبيل : مجلة التّاريخ والآثاروالعمارة المغاربية [نسخة الكترونية]، عدد 8، سنة 2019.
الرابط :http://www.al-sabil.tn/?p=6348

الكاتب :

*مخبــر العالــم العربــي الإسلامــي الوسيــط ـ جامعــة تونــس.

سراية صالح شيبوب بضواحي غار الملح : دراسة تاريخية ومعمارية


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08 | 2019

سراية صالح شيبوب بضواحي غار الملح : دراسة تاريخية ومعمارية

وجيدة الصكوحي (*)

الملخص | الكلمات المفاتيح | المقال | المصادر و المراجع | الهوامش | المرجع لذكر المقال | الكاتب

الملخص

يتناول المقال دراسة تاريخية ومعمارية لسراية أمير اللواء صالح شيبوب، وهي إحدى أهم المنتزهات الموسمية المشيدة بضواحي بلدة غار الملح خلال منتصف القرن التاسع عشر التي لاتزال صامدة رغم انهراس الكثير من أجزاءها وفقدان أهم ملامحها. وقد صمَم القصر وفق طراز معماري أوروبي مستجد عرف انتشارا كبيرا خاصة خلال الفترة الحسينية أين لاقى استحسان الطبقات الميسورة والفئات الحاكمة.

وللتعمَق في تاريخ هذا المبنى والكشف عن حيثيات تشييده، تم الاعتماد على المصادر المكتوبة إلى جانب المستندات الأرشيفية التي قدَمت لنا معطيات هامة حول حظائر البناء وتكاليف الأشغال المنجزة كما تطرقت لأصحاب الصنائع والعمال. في حين مكننا العمل الميداني، من التعرَف على تفاصيله ومكوَناته المعمارية فضلا عن تحديد خصائصه الهندسية وأساليبه الزخرفية وتقصي أهم التأثيرات المحلية والأجنبية.

Résumé

La présente étude historique et archéologique se concentre autour du sérail de l’amiral Salah Chiboub, une importante résidence saisonnière édifiée durant le XIXe siècle dans les environs de la ville de Ghar-el-Meleh et qui, aujourd’hui, malheureusement menace ruine. En effet, l’intérêt accordé à ce bâtiment découle notamment de sa morphologie architecturale inédite ainsi de sa richesse ornementale qui furent empruntés au répertoire occidental. Ce nouveau modèle fut apprécié par les dignitaires de la cour beylicale husseinite ainsi que par les fortunés, il fut abondamment propagé surtout dans les environs de la capitale Tunis.

L’investigation s’engage dans une démarche scientifique basée sur les sources littéraires et le recours aux documents d’archives qui se contentent de relater les détails des chantiers de constructions, les coûts ainsi les mains d’œuvres encourus. Cependant, l’expertise du bâtiment demeure fondamentale dans cette démarche pour déchiffrer ses spécificités architecturales, ornementales et déterminer les multiples influences locales et empruntés.

 Abstract

This historical and archaeological study focuses on the palace of Admiral Salah Chiboub, is an important seasonal residence built during the 19th century in the region of Ghar-el-Meleh and which today unfortunately is going to ruin. Indeed, the interest related to this building stems from its unique architectural morphology and its attractive richness which were borrowed from the European repertoire. This new model was appreciated by the dignitaries of the Husseinite beylical court as well as by the wealthy minority; it was abundantly propagated especially in the surroundings of the capital Tunis.

The investigation engages in a scientific approach based on literary sources and archival documents which relate the details of construction sites, the costs and the labor involved. However, building expertise remains fundamental in this approach to decipher its architectural and ornamental specificities and to determine the multiple local and borrowed influences.

الكلمات المفاتيح

قصر، صالح شيبوب، غار الملح، البايات الحسينين، حظائر البناء.

Mots clés : Palais, Salah Chiboub, Ghar-el-Meleh, les beys husseinites, chantiers de construction.
Keywords: Palace, Salah Chiboub, Ghar-el-Meleh, The husainid Beys, the building sites.

الفهرس

مقدمة
1- تاريخ بناء السراية ومميزات موقعها 
2- حظائر البناء ومواد البناء المستعملة
الخاتمة

المقال

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مقدمة

لقد اعتاد البايات الحسينيون، لاسيما أعوانهم وأفراد حاشيتهم، اتخاذ عدَة منتجعات للرَاحة والاستجمام بأماكن مختلفة من حاضرة تونس أو ضواحيها القريبة، في حين فضّل البعض منهم الابتعاد واختيار مرابع جديدة داخل الإيالة على غرار منطقة غار الملح الذائعة الصَيت، ولعلَ اختيار هذه البلدة من قبل أمير اللَواء « صالح شيبوب » لإقامة قصر موسمي للنزهة لم يكن قرارا اعتباطيا، فلا غرابة أن تكون مثل هذه المنطقة بفضل هوائها النقي وجمال طبيعتها متنفَسا سكنيا وقبلة الطبقة الارستقراطية الحسينية (1) حيث كانوا يرتادونها لمدَة من الزمن خلال فصل الصيَف للتمتع بجمال البحر والغابة اللَذين كانا عاملا الجذب الرئيسي لهذه المنطقة، إضافة إلى الخاصيَات الفلاحية والطبيعية والمناخية والأمنية الملائمة، الأمر الذي يفسَر نشأة هذا المنتزَه الموسمي بهذه الناحية دون غيرها.

خريطة. 1.  موقع قصر شيبوب بغار الملح.

1. تاريخ بناء السراية ومميزات موقعها

تجدر الاشارة إلى أننا لا نملك تاريخا محددا ومضبوطا لبناء القصر، لكن المعطيات المتوفرة تعلقت بحظائر البناء التي تمت على مراحل وانحصرت بين سنتي 1840 و1853، الأمر الذي يجعلنا نرجَح منتصف القرن 19م الأقرب لضبط تاريخ البناية. وقد شيَده أمير اللواء صالح شيبوب(2) الذي تقلَد العديد من الخطط الهامة في الدولة وارتقى في المراتب العسكرية والسياسية، حيث عيَنه المشير أحمد باي الأول (1837- 1855) بنباشي(3) ثم صيَره أمير لواء عساكر غار الملح وبنزرت وكلفه بجمع الجباية. وقد أشرف أيضا على عدة إنجازات معمارية منها بناء قشلة غار الملح، وإحداث مباني سكنية قاربت في تصاميمها أبنية المحمديَة على حدَ قول ابن أبي الضياف. كما بعثه سفيرا لإيطاليا لتبليغ نيشان البيت الحسيني لملك سردانيا فكتور إيمانويل IIل(4) وذلك سنة 1850(5). وفي سنة 1855 عزله المشير محمد باي (1855-1859) وجرَده من جميع ممتلكاته(6) وسجنه ثم نفاه إلى موطنه الأصلي بجزيرة جربة(7)، إلى أن توفي في أوائل سنة 1865.

ولا يمكن النفي بأي حال من الأحوال أنَ صالح شيبوب قد تمكن خلال مدَة خدمته في الدولة من جمع ثروات طائلة مكنته من امتلاك العديد من العقارات والرَباعات الموزَعة بالحاضرة تونس وأيضا بالعديد من المدن، كالمعاصر والحوانيت والمقاهي والمطاحن، ولعل أهمَها بناية بسانيته الواقعة بنواحي باردو والتي تم إحداثها في سنة 1261/1844 وأخرى ببني خيار(8) ودار ببلدة سليمان(9) ودار بالمحمدية وأخرى برحبة الغنم من مدينة تونس إلى جانب الثروة الحيوانية والسواني والهناشر(10) المشجرة بأنواع الغراسات بالعالية وسليمان وزغوان والمنزل وماطر وغار الملح ومرناق وتاكلسة التي بحوزته (11). وقد سجلت هذه الممتلكات في أزمَة بيان تقييد الرسوم باسم صالح شيبوب المؤرخة في سنة 1276/1859(12). وعموما هذه الأملاك إلى جانب مرتبه الشهري والمقدر ب100 ريال(13) من الدولة، كانت تدرَ عليه أموالا طائلة مكنته من شراء وبناء العديد من المباني الفخمة في دواخل الايالة.

أقيمت سراية أو « بلاص شيبوب »(14) كما سميَت في الوثائق الأرشيفية(15) بالضواحي الريفية الغربية المتاخمة لمدينة غار الملح بمكان منبسط أسفل الغابة الجبلية ويعرف « بطرف الغابة »(16) على الطريق الرابطة بين منطقة عوسجة وبلدة غار الملح. ويتمتَع القصر بواجهة شديدة الثراء والتنميق(17) تشرف مباشرة على البحر بحكم وجوده على الشريط الساحلي لبحيرة غار الملح، وهو ما جعله من الأماكن الساحرة ذات مواصفات قلَما تتوفر في معلم واحد. والملاحظ منذ الوهلة الأولى أنَ محيط القصر يتكوّن من ضيعات وبساتين تابعة له وتحيط به من الجهات الأربعة، ممَا يعني أنَه منذ إنشاءه وإلى حدود أواخر العهد الحسيني قد احتفظ المبنى بحدائقه وببساتينه الممتدة المحيطة به التي ميَزته منذ البداية، وسوف لن يتلاشى هذا المشهد إلى يومنا هذا رغم تسجيل بعض التغيرات الطفيفة في ملامح بعض المناطق المجاورة. ويوفَر هذا الظهير الزراعي، في نفس الوقت، احتياجات المدينة من المنتوجات الفلاحية كالزراعات البعلية والسقوية وغيرها(18) إلى جانب تربية الماشية والصيد البحري، وقد أعجب الرحالة بيليسيي -الذي عين قنصلا بالايالة التونسية- بثراء الغطاء النباتي الذي يمتد من الجبال إلى سفح البحيرة(19). وقد كانت أراضي هذه الجهة على ملك البايليك(20) وأعوانهم وجزء من الأرستقراطية الحضرية لمدينة غار الملح(21)، ونوعية الملكية المنتشرة بها هي التي ساعدت على ظهور بعض الحدائق والقصور في هذه المنطقة(22).

وعلى صعيد آخر فإنَ الموضع الساحلي للمدينة الممتد بين جبل الناظور-الذي يبلغ ارتفاعه حوالي 325م(23)– من جهة والسواحل البحرية المشرفة على البحيرة من جهة ثانية، مثل موقعا استراتيجيا هاما لمراقبة الغزوات الخارجية وردَ جميع الهجومات البحرية المباغتة، بحيث مثلت حتما منطقة دفاعية وثغرا من الثغور الشمالية الساحلية التي تمكن من مراقبة حركة السفن التجارية والحربية ، وقد لعبت هذه المنطقة خلال الفترات التاريخية القديمة ثم الوسيطة دورا عسكريا ودفاعيا هاما، وقد تواصل تنامي هذا الدور خلال الفترة الحديثة، وما ينهض شاهدا على الصبغة العسكرية للمنطقة وجود الميناء البحري والقشل مقر احتشاد الحاميات العسكرية إلى جانب الحصون والابراج العسكرية(24) التي شيدت جميعها خلال الحقبة العثمانية. ففي بداية القرن XVIIم أخذ الحكام الجدد على عاتقهم بناء العديد من المشيدات الدفاعية والعسكرية أين عمد الباي المرادي علي باشا (1677-1696) إلى تحصين المدينة وبناء ثلاثة أبراج عسكرية دفاعية ومراسي بحرية، وهو نفس التوجَه الذي دأب عليه الحسينييون فيما بعد أين ارتأى المشير أحمد باي(1837-1855) إلى إحداث دار صناعة للأسلحة وقد كان « الكاهية »(25) المعين من قبل الباي هو الذي يتولى الشؤون الادارية بمنطقة غار الملح وضواحيها.

من جهة ثانية، ساعد قرب بلدة غار الملح من الحاضرة ووجودها في المجالات الشمالية القريبة الخاضعة للسيطرة التامة للسلطة المركزية إلى جعلها منتجعا ملكيا ممتازا لحكام البلاد وأعوانهم مما يضعها كمنطقة جغرافية في دائرة الاهتمام بصفة مستمرة الأمر الذي شجع الكاهية صالح شيبوب على بناء قصره بهذه الربوع، بالقرب من سراية أحمد باي(26)، والتي زارها الرحالة الفرنسي قيرانGérin.V في أواخر شهر ماي سنة 1862 أين تمَت استضافته من قبل الكاهية(27). كما نجد أيضا برج بن عياد(28) الواقع غير بعيد عن الموقع الأثري أوتيك وقد اندثر حاليا.

كما سهَل وجود شبكة من الطرقات والمسالك الرابطة بين الحاضرة تونس وبلدة غار الملح والمدن المجاورة عملية التنقل، وكان لها الفضل في تشجيع بعض أعيان الدولة الحسينية على الاستقرار بهذه النواحي البعيدة. وقد حظي هذا الجانب خلال مجمل الفترات التاريخية وخاصة منها الفترة الحسينية بالعناية الفائقة من قبل الحكام، الذين ساهموا في تمهيد الطرقات ومدَ الجسور ونذكر من بين أهم هذه الانجازات قنطرة بنزرت(29) الواقعة على وادي مجردة التي تعدّ الطريق الوحيدة التي تمكننا من الوصول إلى بنزرت ونواحيها في تلك الفترة.

صورة 1.  صورة جوَية لموضع قصر شيبوب بطرف الغابة بغار الملح، المصدر: Google maps

2- حظائر البناء ومواد البناء المستعملة

تمدَنا المستندات الأرشيفية(30) المتعلقة بحظائر بناء كل من السراية وجميع ملحقاتها كالحمام والمخازن والدويرية إلى جانب البئر والسانية المحيطة بها، بحيثيات ومعطيات سير المرمَة وتطورها منذ بداية الأشغال، وهي وثائق حينيَة وسجلات بيانية في شكل أزمَة وتذاكر سُجَلت بها مصاريف نقدية يومية لسير الحظيرة، وقد وردت جدَ مفصلة مما يسمح لنا بمتابعة تقدَم الأشغال اليومية، كما تمدَنا بتفاصيل دقيقة قلَما نجدها، منها أسعار بعض مواد البناء والأدوات المستعملة والكميات المشتراة لتوفير مستلزمات الحظيرة والتي يختلف فيها تقدير واقتناء المواد اللازمة حسب اختلاف نوعية الأعمال المنجزة ومدى تقدَم نسق البناء، إلى جانب الاشارة إلى عدد العمَال وتنوَع اليد العاملة المستنفرة وجملة الاختصاصات اللازمة، ويتعدى ذلك إلى ذكر المواد المستوردة لمصالح القصر مع تحديد أثمانها والمشرفين على جلبها وأصولهم العرقية والدينية. كما تدوَن في نفس الوقت جميع الأشغال والمصاريف من قبل مراقبين أو شهود مُعيَنين مباشرة من قبل صاحب القصر.

1-2- حظيرة مبنى السراية

كان انطلاق الحظيرة(31)يوم السبت 11 شوال سنة 1256/ 9 ديسمبر 1840 لتتواصل إلى 5 صفر 1257/ 30 مارس 1841، بمعنى أن الاشغال امتدت مبدئيا لمدة 5 أشهر، وقد أشرف على الحظيرة الوكيل حميدة الزين برفقة شاهده حمودة قميحة. وقدَرت جملة المصاريف ب3785 ريال وربع و9 ناصري، خصصت لدفع أجور العمال ولشراء مواد بناء منها كميات هامة من اللوح البندقي (400 لوحة) ومسمار من النوع القلعي وحلاقم وغيرها. ثم استأنفت الأشغال في أواخر صفر 1257/ مارس-أفريل 1841 أين سجلنا استبدال الوكيل السابق الذكر ليشغر مكانه المسمَى « شعبان المقدم » الذي سيتولى الإشراف على سير حظيرة البناء التي ستمتد لمدَة أربعة سنوات لتنتهي في ربيع الأول 1261/ مارس 1845(32). ولا نعلم الاسباب الكامنة التي دفعت إلى تغيير الوكيل. وبهذا الدفتر وثَقت جميع المصاريف النقدية والعينية اليومية والشهرية لجميع التذاكر. ويجدر بالذكر أن حظيرة البناء استغرقت عدة سنوات لإقامة القصر وإتمامه وذلك لضخامة المبنى وتعدد عناصره المتكونة من طابق أرضي وآخر علوي وملحقاته ومرافقه الضرورية هذا من ناحية أولى، كما سجلنا مصاريف ذات مبالغ كبيرة خصَت أجرة بعض الاختصاصات الباهضة شأن الدهانة (500 ريال/ الشهر)، إضافة لمبالغ كبيرة وقع صرفها في شراء بعض المواد المستوردة مثل الحلاقم المالطي (60 ريال) واللوح الطرطوشي  إلى جانب الجبس والزليج الأسود، وقد بلغت التكاليف الجملية للمرمة طوال السنوات1257/1841 إلى حدود سنة1261/ 1845 حوالي 51745.5ريال و5 نواصر. ونتبيّن بالنظر إلى القيمة الجملية للمصاريف أن الأشغال المنجزة تمت في إطار الانشاء وليس من قبيل الصيانة أو الترميم.

.(33) جدول 1. أجور بعض أمناء البناء وأصحاب الصنائع والعمال بالحظيرة

رسم بياني 1. تكاليف حظيرة بناء قصر شيبوب من سنة 1840-1841(34).

2-2- بناء ملاحق القصر

احتلت هذه الوحدات المعمارية الجزء الخلفي من القصر وتسمى « الرَوى »، وتكوَنت من « دويرية »، حمام، ساقية، مخازن، وإسطبلات لإيواء الدواب والحيوانات والمراكيب. ولعلَ أشغال بناء الملحقات كانت متزامنة مع انطلاق أشغال حظيرة السانية حيث اشتمل نفس السجل(35) مصاريف إتمام البلاص بالإضافة إلى مصاريف الحديقة وكان ذلك في 19 جمادى الاول 1269/ 27 فيفري 1853 على يد محمد بالي حسن البنباشي، وقد عمد هذا الوكيل إلى استنفار مجموعة من العمال ذوي اختصاصات متباينة من بينها خدامة لحفر بئر الكنيف، ونجارة لتركيب أبواب الحمام وورديان وأمين بناء ومعلم وخدامة مناولة ونشارة وبراملي لإصلاح الدولاب، كما استقدم عمالا لجلب الجبس من مدينة رفراف وخدمته، والتجأ إلى « معلم فنايري » لمدة نصف يوم لصناعة « ركب الحمام » ومدَ قنواته، وقد بلغت تكاليف هذه الحظيرة 218 ريال و9 نواصر ونصف. كما انطلقت أيضا أعمال التبييض والدَهان في 23 رمضان 1269/ 29 جوان 1853، أين عمد الوكيل علي بوخريص البنباشي(36)على استقدام أحد النصارى الموجودين بالحاضرة تونس برفقة صناعه وأوكلت له مهمَة دهن القصر وملحقاته.

3-2- حظائر تهيئة السانية وبناء البئر

يحتوي نفس السَجل(37) على بيان تقييد مصاريف السانية وملحقاتها والتي انطلقت على الأرجح بعد الانتهاء من أشغال بناء القصر، كما تضمَنت حظيرة حفر وبناء البئر ذو السواري وبناء  » الجابية »(38) إلى جانب أشغال أخرى تعلقت بخدمة الحديقة المحيطة بالقصر والممشات التابعة لها.

●  بناء البئر

 شرع الوكيل محمد بالي حسن بنباشي في البناء يوم 13 ربيع الثاني 1269⁄ 23 جانفي 1853 واستقدم مجموعة من اليد العاملة المختصة في البناء إلى جانب خدامة المناولة والليقة وخلط العجنة والحفر وخدامة الحطب والسواقة والجباسة ونجارة ونشارة رخام وورديان وبراملي وفنايرية وغيرها من الاختصاصات اللازمة. و نتبين من خلال قوائم المصاريف مشاركة يد عاملة أجنبية تكونت من »ثلاثة بناية نصارى » تم استدعاءهم خصيصا لحظيرة البئر، وهذه العناية الواضحة بهذا العنصر المعماري تعكس بالضرورة الاهتمام الكبير والمكانة الخاصة بجمالية المكان الذي يطوق القصر، فقد صمَم مبنى البئر على شاكلة جديدة لم نعهدها بين منازل وقصور تلك الفترة أين تفرد بهندسة خاصة أضفت على المكان تناسقا وجمالا. وتبدو أن هذه الأشغال كانت هامة من خلال الكم الهائل من العملة الذين تم إحضارهم من نواحي غار الملح  ورأس الجبل وماتلين ورفراف(39) ، كما استوجبت عملية بناء البئر كميات كبيرة من حجارة الجبس التي تم جلبها من الجبال القريبة لغار الملح(40) فضلا عن مادة الجبس في شكل قفيز تم نقلها عن طريق الدواب من بلدة رفراف. وقد قام بحفر « التخم » أربعة عمال بمساعدة مجموعة من الخدامة فاق عددهم العشرين نفرا، وذلك للقيام بقطع الحطب ووقده وخلط العجنة ومناولتها كما قام النجارة بصناعة أبواب للبئر. في حين عني « الأضباشي حمزة الخراط » بتركيب روس السواري بوسط السانية، وقد أشرف الأمين علي بن حليلة على مرمَة البئر.

بلغت الكلفة الجملية لليد العاملة حوالي 221.75 ريال و¼ ناصري، وقد استغرقت مدة الاشغال حوالي ثلاثة عشر يوما لتنتهي يوم الجمعة 26 ربيع الثاني1269/ 5 فيفري 1853، يتقاضى خلالها العمال أجرة نقدية يومية تختلف كل حسب نوعية النشاط الذي يتعاطاه، في حين أنَ العمال النصارى ومعلم البناء « بطاليس » واللياقة يتقاضون أجرة شهرية تقدر بمئة ريال على يد مساعد الوكيل المدعو « ونَاس قايم مقام »، كما صرفت مؤونة عينية للعملة تكونت من فطور اشتمل على خبز وزيت مع ذكر تفصيل لمقدارها والتنصيص على كلفتها على اعتبار أنها جزءا من الراتب اليومي.

جدول 2. أجور بعض العمال المنتدبين سنة 1269/ 1853(41).

● أشغال تهيئة السانية

نطلقت أشغال السانية في 13 ربيع الثاني 1269/ 1853 بالتوازي مع حظيرة بناء البئر، أين عمد المشرف والوكيل محمد بالي حسن بنباشي، على تجنيد يد عاملة مختصَة ذات كفاءة عالية في مجال البستنة تكوَنت من ثلاثة جنَانة مشرفين على خدمة السانية وعلى تسيير العمَال وهم « علي حليلة » و »سليمان بن محمود النفاتي » و »ميلاد الجنان » الذي كان قد أشرف قبل ذلك على سانية الباي بحمام الأنف(42). ومن جهة أخرى حتمت شساعة السانية وامتدادها على فراسخ عديدة من استنفار عشرات العمَال يطلق عليهم « خدامة معونة » تمَ جلبهم من المدن المجاورة شأن بلدة رأس الجبل وغار الملح وماتلين ورفراف، وقد بلغ عددهم 73 نفرا(43). كلف هؤلاء بالعديد من الأشغال المتنوعة بالسانية منها زراعة الكليل، وحفر السياج أو « التخم » وإصلاح الممشات وتقليع شجر التوت من نواحي رأس الجبل لإعادة غراسته بالسراية، وحراثة الأرض، وجرَ الماء لسقي الاشجار المثمرة وزرع بعض النباتات ومدَ السواقي بالسانية.

وتفيدنا الوثائق أنَ أشغال البناء والحراثة والغراسة بالحديقة قد امتدَت من منتصف ربيع الثاني إلى 24 جمادى الأولى، مع وجود تقطع زمني أثناء هذه المدَة، فبعد هذا التاريخ الأنف الذكر تنقطع دفاتر حظيرة السانية، لتعود مجددا في تاريخ لاحق مبدأه شهر شعبان من نفس السنة، وفي الاثناء يتغير الوكيل المشرف على الاشغال ليحل محلَه « علي بوخريص البنباشي »(44)، الذي أشرف على إتمام أشغال الحديقة وتوقيف السواري بها ومدَ السواقي وحراثة الأرض وسقي الغراسات وتوفير مواد البناء والأدوات اللازمة لمصلحة مرمَة البير، وتابع أيضا أعمال الدَهان والتبييض التي جرت في شهر رمضان والتي كلف بها أحد النصارى القادمين من تونس برفقة صناعه(45). كما أحظر الوكيل أحد النصارى الذين عرفوا بتفوقهم في مجال البستنة وقد اختص في تهيئة الحدائق والسواني ويدعى « سينسوي المالطي الجنان »(46). وقد تركب فريق العمل من عدة عمَال لكل اختصاصه منها جنَانة وخدامة لزرع الكليل وغرس الشجر ومنها « سقاية بانكولة » إلى جانب السواقة وخدامة الحفير، أمَا المجموعة الثانية فاعتنت بتركيب الممشات بالحديقة وصنع الجير والمناولة وإقامة الأحواض الزراعية وغرس النباتات ومدَ الحلاقم. ويتقاضى هؤلاء أجرة نقدية يومية قارَة كل حسب اختصاصه، كما تقدَم أجرة عينية لفائدة كافة العمَال الموجودين بالحظيرة(47).

ونستخلص في نهاية هذا العنصر إلى أنَ التعرض لتحليل ودراسة حظيرة بناء سراية شيبوب بغار الملح من خلال الدفاتر والوصولات والتذاكر العينية التي تمَ العثور عليها في طيات وثائق الارشيف الوطني، قد تضمنت تفاصيل نادرة جدَا ودقيقة للغاية، سمحت لنا بتتبع حيثيات عملية البناء وتتطور المبنى منذ الوهلة الأولى لبدء الاشغال، فقد دوَنت جميع الجزئيات بالحظيرة أين نلمس مدى تقدم الأشغال من فترة لأخرى ورصد مراحلها الكبرى، كما لاحظنا عن كثب المراوحة بين عملية البناء وشراء المواد، فكلما تتقدم الاشغال كلما يتم تزويد المرمة بمواد البناء اللازمة، حيث تسير على نسق متواصل وعلى نفس الوتيرة دون انقطاع إلا في بعض الحالات التي يتعطل فيها العمل بسبب الظروف الطبيعية على غرار تهاطل الأمطار بكثافة مما يعوق العمال عن مواصلة الاشغال(48)، كما نسجل في بعض الأحيان تواصل العمل ضمن حصص ليلية تسمى « حركة ليلية »(49) كانت تقتضيها أحيانا ضرورة العمل القصوى.

ونشير إلى أنه رغم انعدام وجود الرَسومات الهندسية للمبنى، إلاَ أنَ عملية البناء لم تكن قط اعتباطية أو من قبيل الصدفة، بل هي عملية متكاملة المراحل تعتمد استراتيجية تنظيمية تنمَ عن وجود إلزامي لتصوَر مسبق ومدروس للحدائق والأجنة المتاخمة والمحيطة بالقصر كما تتبع ضوابط نظرية وتطبيقية يتوجب احترامها والالتزام بها قبل بداية الأشغال(50)، وتخضع أيضا لآليات مضبوطة وتتم وفق دراسة هندسية مبدئية متكامة فيها دراية بجميع مقومات المبنى وأبعاده وعناصره المعمارية. كما ترتبط عملية تهيئة السواني أو الحدائق بعدَة مهارات وفنون متمازجة تجمع بين حسن الاختطاط ومهارة البنائين ومعرفة المزارعين ذوي الخبرات العالية في مجال تهيئة الحدائق، ويحرص على تطبيقها وكيل الحظيرة الذي يقوم بالمتابعة والاشراف على جميع الأعمال طوال مراحل العملية إلى جانب التنسيق بين العديد من الأطراف سواء تعلق الأمر بمزوَدي الحظائر بمواد البناء الأولية أو بطاقم العمَال المختصَين.

4-2- مواد البناء المستعملة

إنَ أغلب مواد البناء الأولية المستخدمة في مراحل البناء الأساسية من حجارة وجير وجبس هي مواد محليَة بالأساس يقع جلبها من مناطق داخل البلاد، فالجبس كان يقتطع من مقاطع متفرقة في جهات مختلفة، كرأس الجبل، والمناطق الجبلية المجاورة لغار الملح ورفراف وهو الأكثر استهلاكا في حظيرة السراية، يتم استعماله في هذه الحظائر بنوعيه الجبس الأكحل في البناء كمادة لاحمة أو كميلاط والجبس الأبيض المصفى لنقش حديدة ويذكر في دفاتر حساب الحظائر بلفظ « الشهبة ».
وبالتمعَن في سجلات حظائر السراية نلاحظ استعمالا مزدوجا لمواد بناء مستوردة من أوروبا إلى جانب أخرى محلية مجلوبة سواء من منطقة غار الملح ونواحيها أو من المناطق الداخلية للبلاد. وقد قدرت مواد البناء المحلية النسبة الأكبر من الناحية الاستهلاكية وذلك لأنها مثلت في غالب الأحيان مواد أولية أساسية كالجير والجبس والاجر والحجارة والرمل والحديد، كما نشهد استعمال الزليج المطلي المحلي المصنوع في القلالين كالزليج بنوعيه الأكحل والأصفر(51) إلى جانب حجارة الكذال التي تم جلبها من مقطع سليمان(52). وتتصف هذه المواد عموما بانخفاض أسعارها مقارنة بنظيرها المجلوبة من الخارج. في حين تكونت المواد المستوردة من أنواع من الرخام الجيّد والزليج المطلي المستورد من ايطاليا والسواري المرمرية ذات التيجان المنقوشة إلى جانب بعض الاقفال والحروجات، أما في ما يخص استعمال الخشب، ورغم أن هناك أنواع محلية متعددة مثل اللوح « السليماني » ولوح « الصنوبر » أو »السرداوي و »الصفصاف »، إلا أن الكميات المستهلكة كانت من الخشب الرفيع المستورد بنوعيه « الطرطوشي » و »البندقي » الذي يتم شراءه من النَصراني خيمي المالطي. واتجهت استعمالات جميع هذه المواد في هيكل البناء وبنسبة أكبر في الزَخرفة أو ما يعبَر عنه في الوثائق « بحروجات المبنى » وذلك لجودتها رغم أنها باهضة الثمن مقارنة بالمواد المحلية، فعلى سبيل المثال كان الفرق بين 100 قطعة زليج برَ النصارى و100 قطعة زليج تونس الأصفر ما يناهز عن ثلاثة وعشرين ريالا، لذلك كانت مواد البناء الأجنبية حكرا على حظائر البايليك عموما وعلى الأعيان والفئات الثرية من العامة دون غيرهم نظرا لقدرتهم على تسديد أثمانها، وقد توفَر لدينا حصر لأثمان بعض المواد المستوردة من الخارج والمستعملة في أغراض شتى:

جدول 3.  مواد البناء المستوردة المستعملة في السراية وأسعارها سنة 1257/1841(53).

3- الوصف المعماري للسراية

● المدخل الخارجي للقصر

تقع البوابة الخارجية للسراية على حافة الطريق الرئيسية المؤدية لمدينة غار الملح على مسافة تناهز 154م عن بناية القصر، وقد وقع هدمها في السنوات الأخيرة إثر إعادة توسيع الطريق. وبالاستناد إلى الصور الأرشيفية للمعهد الوطني للتراث لسنة 1984 فإن البوابة الرئيسية كانت تتألف من باب حديدي تحفه من الجانبين ساريتان سميكتان مثمنتا الأضلاع، انتصب في أعلاهما إفريز بارز مدرَج من الجصَ، وتُوَجت قمة كل سارية بتاج مدبَب اتخذ شكلا هرميا، وقد شابه من حيث الشكل والزخرفة ونمط البناء سواري البئر الموجود بالسانية. وعموما يفضي هذا المدخل إلى طريق الكروسة المستقيم الذي كان مبلطا بممشات للعبور. ويحيط بالسانية سياج من الأشجار الكثيفة الأوراق والأغصان يسمَى « تخم ».

الواجهات الخارجية للسراية

يقدم لنا قصر شيبوب أو « البلاص » مشهدا معماريا جذابا من الخارج فهو يبهرنا منذ الوهلة الأولى بحجمه الضخم والمساحة الممتدة والشاسعة التي يحتلها وسط المزارع والحقول والبساتين المتنوعة الغراسات رغم تلاشي واندثار معظم أجزاءه، حيث اختفت من الواجهات النحوت الحجرية والبروزات الجصيَة وانقرضت منه أغلب العناصر والوحدات الزخرفية. وأكثر ما يشدنا على الإطلاق هو منظر الجدران الخارجية الصمَاء الشاهقة ذات اللون الأبيض، ونوافذ الطوابق العليا المرتفعة لترسم واجهة منمَقة حسنة التنضيد توحي مباشرة بانتماء صاحبها للطبقة الثرية من المجتمع، ويتميز المبنى بتناسق التفاصيل الزخرفية وحسن توزَع العناصر المعمارية المشكلة للواجهة والموضوعة بدقة محكمة وعن دراية بالأبعاد والقياسات الدقيقة وقوامها التماثل والتناظر الذي طبع جميع عناصر المبنى من الخارج والداخل. كما يغلب على هذا القصر من الخارج كما من الداخل طابع التربيع والخطوط المستقيمة والزوايا القائمة مع استطالة ظاهرة في بعض الأجزاء تهم خاصة الغرف والوحدات الرئيسية. وتعتبر الواجهة الجنوبية ذات الاطلالة الساحلية الواجهة الرئيسية للبلاص، يبلغ ارتفاعها حوالي 11م وتمتد على نحو 23,70م. وتوَجت أعالي البناية ستة فتحات إهليجية الشكل موضوعة على مسافات متساوية يعتليها إفريز متدرج تعكس شدة التأثر بالفنون الغربية الايطالية. ويتوسطها مدخل رئيسي ينتمي إلى الطراز الأوروبي وهو العنصر الأكثر تهذيبا وتزويقا ضمن واجهة الطابق الأرضي. وفتحت بها سلسلة من النوافذ المستطيلة والمتناظرة آعتلت جميعها الطابق العلوي عكست الرغبة الجامحة في الانفتاح على المحيط الخارجي والتمتع بجمال الحدائق والأجنة التي تطوَق المبنى، كما تقطع في نفس الوقت مع العمارة السكنية الكلاسيكية الموروثة التي وجَهت تصاميمها نحو الانغلاق والصدَ عن العالم الخارجي.
أما على المستوى الهيكلي فقد اتخذ المبنى شكل بناية تتسم بقدر كبير من الحصانة والمناعة تضمن سلامة وأمن صاحبه خاصة مع وجوده بمناطق معزولة وبعيدة عن مواطن العمران حيث كان القصر كفيلا بتوفير الحماية اللازمة من خلال تصاميم جدرانه الحجرية السميكة والشاهقة والمنيعة التي يصل ارتفاعها إلى أكثر من 11مترا، إلى جانب اختزال عدد الفتحات والمنافذ بالطابق الأرضي وحمايتها بمشبك حديدي.
وتتوزَع بقية ملحقات السراية بالناحية الخلفية للمبنى أين نجد جميع المنافع المتكونة من مخازن واسطبلات وحمام ومطبخة ودويرية، إلى جانب وحدات سكنية مخصَصة للخدم، وللأسف فقد طمست أغلب ملامحها ولم يبقى منها صامدا سوى المخازن والاسطبلات التي تؤم الدواب.
وبالناحية الشرقية للسراية وعلى مسافة 36 مترا، انتصب مبنى البئر وسط الحديقة المحيطة حيث تفرَد بهندسته الرائعة والفريدة من نوعها والتي لم نعرف لها مثيلا بقصور ذات الفترة.

مثال 1. مقطع عمودي مع إعادة تصور لواجهة  السراية (إنجاز وجيدة الصكوحي ولمياء الحرباوي).

مثال 2. مقطع عمودي للواجهة الشرقية لسراية شيبوب (إنجاز وجيدة الصكوحي ولمياء الحرباوي).

مثال 3. مقطع عمودي للواجهة الغربية لسراية شيبوب (إنجاز وجيدة الصكوحي ولمياء الحرباوي).

● الواجهات الخارجية للسراية

يفضي الباب الرئيسي للقصر مباشرة إلى دريبة ذات استطالة (9.70م / 6.20م)، سقفت بأقبية متقاطعة وخلت جدرانها السميكة من جميع ضروب الزخرفة وفتحت بها نافذتين لإضاءة الفضاء وثلاثة أبواب خشبية تفضي إلى مقاصر جانبية، وقد بلطت أرضيتها بمربعات من حجارة الكذال. ويقودنا الباب المحوري نحو مجموعة من الغرف والقاعات المتباينة الاحجام تتخللها تقسيمات داخلية وأروقة الضيقة ومنافذ متعرجة جعلت منه شديد التعقيد من حيث التصميم الداخلي، وهو ما يوحي لنا بأن غرف هذا الطابق لم تخصَص للاستعمال الشخصي لصاحب الدار بل كانت مخصصة لايواء الخدم والحرَاس.

مثال 4. مثال هندسي للطابق الأرضي (إنجاز وجيدة الصكوحي ولمياء الحرباوي).

● الطابق العلوي

خصص الطابق العلوي لسكنى صاحب القصر وعائلته ومرافقيه، ويتم الولوج إلى فضاءاته عبر مدخل وحيد مُدمج بالطابق الأرضي للواجهة الغربية، ويفتح هذا الباب مباشرة على سلم متكوَن من سلسلة من الدرجات الرخامية طولها 1,45م تنعرج في اتجاه اليمين، وقد فتحت فيه نافذة لإضاءة المكان عرضها 1,70م، وكسيت جوانبه بمربعات من الزليج الايطالي المحلَى بزخارف نباتية وأخرى هندسية إلى مستوى 60 صم. ويوصلنا أعلى الدرج إلى مدخل معطوف إلى اليمين عرضه 1.55م، يفتح على بهو مثمن الأضلاع (3.25م) احتل المحور المركزي للطابق العلوي وهو تصميم جديد ومستحدث لم يكن رائجا في العمارة السكنية التقليدية. وتنتظم حوله هذا الفضاء المسقوف جميع مكونات هذا الطابق، غرف النوم وقاعات الاستقبال الرئيسية الموزَعة بشكل متقن ومحكم يعكس القدرة الابداعية في التأليف والمزج بين مختلف الأشكال المعمارية.

وقد لبست جدران هذه الوسطية كسوة خزفية جلبت خصيصا من ورشات برَ النصارى وهي مربعات ذات بريق معدني صنعت بمدينة نابولي الإيطالية(54)،(19/19صم) حملت رسوما نباتية وزهرية، وغشيت بسقف خشبيَ مثمن صنع من اللوح الطرطوشي الملوَن لا زالت آثارها موجودة.

مثال 5. مثال هندسي للطابق العلوي (إنجاز وجيدة الصكوحي ولمياء الحرباوي).

وتمتدَ قاعة الاستقبال الكبرى أو « بيت ديواني »(55) على كامل الواجهة الرئيسية للسراية المطلة على البحر(21م/9م)،. وتخترقها سبعة « شبابيك أرضية » متشابهة تعلوها أقواس خفيفة الانحدار، استقبلت خمسة منها الواجهة المطلة على بحيرة غار الملح، بينما توزَعت بقية النوافذ على الواجهة الشرقية والغربية المشرفة على الحدائق والبساتين المحاذية.
ازدانت جدران هذه القاعة بوزرات من الخزف المزجَج ذات بريق معدني، القادم خصيصا من الورشات الأوروبية (19صم)، حمل ضروبا شتىَ من الزخارف الهندسية والنباتية المتنوعة طغت عليها الألوان الزاهية كالأصفر والأزرق والأخضر والبرتقالي، حيث وضعت في شكل متناسق وعلى وتيرة منتظمة زادت المكان جمالا ورونقا، وقد زخرفت بنوعين من الجليز، امتد النوع الأول إلى مستوى 80صم ويفصله عن الصنف الثاني شريط خزفي أسود.
وحمل السقف غشاء خشبيا أملس من اللوح الطرطوشي الرفيع المستورد يسمى « سقف مالطي » ولكن للأسف تم تقليعه وإزالته، ولكن بالاستئناس بالمصادر الارشيفية يمكن القول أنَ السقف قد حمل رسوما وزخارف ملونة من إنجاز أمهر الرَسامين في هذا المجال الذين تم جلبهم من أوروبا خصيصا لهذا القصر، وتتدلى منه فوانيس بلوريَة مجلوبة من البندقية لإضاءة المكان. أما أرضيتها فقد فرشت بمربعات كبيرة من المرمر الرفيع الناصع البياض تم إحضاره من مناجم الكرارة بإيطاليا أين عثرنا على بعض اللقى الاثرية بالمكان.

رسم 1. إعادة تصور للكسوة الخزفية بقاعة الاستقبال الكبرى بالطابق العلوي (رسم وجيدة الصكوحي).

أما قاعة الاستقبال الثانية فتقع بالناحية الغربية من الطابق العلوي وهي أقل مساحة من القاعة الرئيسية وتتصل بها عبر مدخل خاص، أبعادها 8م/ 5,5م، بها نافذة أرضية وحيدة شرقية المفتح عرضها 1,60م، وحشر بركنها الجنوبية الشرقية تجويف غائر بالحائط يعلوه قوس قليل الانحدار وعلى الأرجح أنها كانت خزانة ذات طاقات لوضع التحف.
امتازت هذه الغرفة بكسوة جدارية ملفتة للنظر واستأثرت بنمط زخرفي مغاير عن بقية القاعات الأخرى، فقد لبست جدرانها كسوة من المرمر المجزَع إلى مستوى ارتفاع 60صم عن الأرضية، ثم كسيت بقية المساحة بلوحات ملساء من الرخام المستورد(56) متباينة الألوان والمتراصفة بشكل عمودي، طول اللوحة 1,90م وعرضها 0,5م، بحيث شكلت شريطين متراتبين تفصل بينها عوارض رخامية متعامدة عرضها 7صم، وفرشت أرضيتها ببلاطات من الرخام الأبيض وغشيت بسقف خشبي أملس مزخرف، وقد شابهت هذه القاعة الأنيقة من الناحية الزخرفية « بيت البلاَر » بباردو التي وصفها بن ابي الضياف(57) في كتابه. وعموما عكس هذا الجناح الملكي الفخم مدى ثراء صاحبه الذي تقلد أعلى مراتب في الدولة.

مثال 6. مثال أرضي لبيت الديواني.

رسم 2. إعادة تصور للكسوة الرخامية بالطابق العلوي (رسم من إنجاز وجيدة الصكوحي).

أما القاعة الثالثة والتي تمثل الجناح الخصوصي لمالك القصر، فقد احتلت الناحية الشمالية المشرفة على الجبال المجاورة، وقد صمَمت على الطريقة التقليدية حيث تكونت من بيت « بالقبو والمقاصر »، امتد طول القبو حولي 10 أمتار وعرضه 6.20م، وغشيت بسقف خشبي أملس من النوع الطرطوشي، وفتحت بها شرفة تطل على الجبال، في حين بلغ طول المقاصر 4,60م/6,20م، وكل مقصورة تحتوي على نوافذ أرضية ذات شرفة تطل الشرقية منها على بئر السانية والحدائق المجاورة، أما الثانية فتفتح على الجبال الخلفية. كسيت جدرانها الداخلية بالكامل بمربعات من الزليج المستورد المماثل لزليج الصحن المستورد يفصلها شريطين من الخزف ذي زخارف مغايرة ويحفها شريط خزفي أسود « قضيب ».
وبالناحية الغربية للبهو المركزي الأنف الذكر، حشر الدرج المفضي في السابق للكشك العلوي وقد كسيت جنباته بالخزف المطلي المماثل للوسطية، بينما جميع درجاته الرخامية فقد اندرست بالكامل، وبالجهة المقابلة للمدخل الرئيسي نجد فضاءات ضيقة على الأرجح أنها كانت تمثل الكنيف لوجود آثار الأنابيب الفخارية أو ما يسمى بوثائق الأرشيف « حلاقم مالطي ». والجدير بالذكر أنَ الطابق العلوي قد احتكر أهم القاعات الرئيسية بالقصر كقاعات استقبال الضيوف العلوية أو بيت « الديواني »، إلى جانب غرفة نوم صاحب الدار، وحضي هذا القسم بأنماط زخرفية متنوعة وفي نفس الوقت أنيقة وفاخرة، على عكس الطابق الارضي فإذا استثنينا الدريبة والمدخل الرئيسي للبرج فبقية الفضاءات والأجزاء الأرضية قد تميزت بالبساطة والتقشف وهي أقل ثراء من الناحية الزخرفية حيث وردت جميع جدرانها ملساء وتفتقد من الداخل إلى جميع ضروب الزخرفة.

● الملحقات الخارجية للقصر

يحتوي المبنى كغيره من المباني الضخمة على وحدات نفعية تعدَ من ملحقاته الضرورية التي لم تدمج بالمبنى بل احتلت الناحية الخلفية، تكونت أساسا من مسكن للخدم ودويرية، ومجموعة من المخازن والاسطبلات إلى جانب الحمام وفرناقه، وقد تكوَنت من طابقين وشغلت مساحة جملية تقارب 600م2.

– الدويرية
تقع فوق المخازن والاسطبلات وتفتح على الواجهة الشرقية قبالة البئر الذي لا يبتعد عنها إلا بعض المترات بحيث يسهل عملية جلب الماء إليها، وتحتوي الدويرية على مطبخة، وغرف الخدم والعملة القائمين على شؤون القصر وأصحابه من تنظيف وطبخ وغيرها، لكن للأسف فإن الطابق المخصص للدويرية قد دحض بالكامل ولم نتمكن من تحديد ملامحه الاصلية.

– المخازن
احتلت الطابق الأرضي وقد التصقت بنيانها بالقصر، وتركبت من أربع مخازن مرتفعة ذات أقباء طولية عرضها حوالي 2,60م، وقد اتسمت بجدران سميكة بنيت من حجارة الحرش يعلوها قبو نصف برميلي من الاجر الملآن الموضوع بطريقة القائم والنائم، تستغل هذه الفضاءات لخزن الأعلاف والمؤونة السنوية والمحاصيل الزراعية التي يتم جمعها من الاراضي التابعة للقصر.

– الاسطبلات
تحتل بدورها الطابق الأرضي ويقع بابها من الجهة الشرقية، خصَصت لإيواء الحيوانات والدواب والماشية التي يمتلكها صاحب المالك وأخرى « مخزن المراكيب » لوضع العربات المجرورة المخصصة للتنقل. وقد تركبت من فناء مربع فسيح تكون من ثلاث بلاطات عرضية وثلاث طولية، جاءت على شكل صفين من الأقباء المتقاطعة قليلة الارتفاع، ارتكزت مساقط عقودها الوسطى على ثلاثة أعمدة حجرية سميكة، وفتحت بأعلى الجدار الجوفي ثلاثة نوافذ ذات مشبك حديدي لإضاءة المكان وتهوئته. كما نجد غرفة ملاصقة للإسطبل لعلها كانت غرفة الحارس أو الراعي.

– الحمام
تشير وثائق الارشيف إلى وجود حمام وفرناق ذو نحاسة، لكننا لم نتكمن من تحديد مكانه خاصة وأن المكان قد أعيد استغلاله ووقعت عليه عدة إضافات وتحويرات من شأنها أن طمست أغلب ملامحه.

– البئر ذو السواري

يحتل مبنى البئر الناحية الشرقية من القصر، وقد تفرد هذا العنصر بهندسته المعمارية النادرة واللافتة للأنظار في ذات الوقت، كما أنه من السهل منذ الوهلة الأولى أن نستخلص الملامح الأوروبية أو بالتحديد الايطالية منها المستلهمة من الفن الباروكي أساسا المتميز بميله الشديد نحو الخطوط الملتوية إضافة إلى كثرة الانحناءات الداخلية والخارجية وانعدام الانتظام والتدرج، فقد صمم البئر في شكل « سبيل » حيث تكون من بناية مثمنة الاضلاع ذات جدران ملساء وملتوية، مع استطالة بارزة في اتجاه الساريتين اللتان تحفان به من الجانبين، ويبلغ طول ضلع بناية البئر حوالي 5,30م، أما عرضها فحوالي 3.34م في حين بلغ ارتفاعها الجملي ما يناهز 6م، وحشرت بوسط الواجهة الرئيسية للبئر التي تستقبل مبنى القصر حنية غائرة في شكل محراب يعلوها قوس نصف دائري، حشرت بحنيتها نافورة يخرج من فوهتها الماء ليصب مباشرة بالحوض الرخامي الدائري الذي يتقدم هذه الواجهة. وتحف بجانبي المبنى ساقية ماء مكشوفة إلى السماء متعرجة الشكل عرضها 20 صم تصب بدورها في نفس الحوض الذي يتقدم البئر. أما الواجهة الخلفية للبئر، فعرضها حوالي2,85م، وتتقدمها بضع درجات تم تقليعها توصلنا إلى مسطبة مبلطة بمربعات من الرخام يبلغ طول ضلعها 70صم. وقد حشر بها قوس منخفض الانحدار علوه 2,40م، تعلوه شمسية غائرة أقل عمقا طولها حوالي 20صم، وأسفل هذا العقد نجد حفرة البئر. ويتوج أعالي الجدران إفريز بارز ومتدرج من الجصَ على شكل حاشية.
وانتصبت على جانبي مبنى البئر وعلى بعد حوالي ثلاثة أمتار ونصف، ساريتين اسطوانيتين ملساء ارتفاعها 6م وذات قاعدة مستديرة قطرها 80 صم، تعتليها تيجان هرمية متدرجة منحوتة من الجصَ، وهو صنف جديد من السواري الذي يعكس تسرَب بعض الأنماط الزخرفية الأوروبية التي لم تكن معهودة سابقا. تم تجهيز البئر بدواليب لاستخراج الماء من أعماق المائدة السطحية التي تسكب فيما بعد في حوض مائي على شكل جابية قليلة الارتفاع لإفراغ المياه، كما تربط بقنوات مكشوفة لتحويل ومدَ المياه للمباني الداخلية للقصر وأيضا لريَ الحدائق والبساتين المحيطة بالقصر. وقد أضفى البئر ذو السواري منظرا خلابا على المكان والحدائق المجاورة.
وعموما تعتبر الآبار قوام خدمة السواني واستخراج خيراتها، كما تعتمد في قضاء مصالح القصر، وهي من الوحدات المعمارية الضرورية ضمن عملية التهيئة المائية داخل الاقامات الريفية بالذات، وقد تمكن مصمَمي هذه المصانع المائية من التنسيق وايجاد الانسجام بين المتطلبات التقنية من جهة وبين الناحية الشكلية والجمالية المتناغمة مع المشهد الطبيعي العام من جهة ثانية، لتفي في نفس الوقت بالحاجة العملية وتحقق متعة الناظر للمبنى.

– نافورة الماء
لقد سجلنا خلال زيارتنا الميدانية للمكان وجود بقايا نافورة ماء رخامية أو ما يسمى في الوثائق الارشيفية « خصَة ماء »، وعلى الأرجح أنها كانت تقع بالواجهة الأمامية للقصر على غرار قصور تلك الفترة، أين عثرنا على حوضها الرخامي، وهو حوض مثمن الأضلع، طول ضلعه 60صم، وعمقه 20صم، وتعدَ الخصَة إحدى العناصر الأساسية في زخرفة الحديقة وتزيينها إلى جانب تصاميم ممشات العبور والبئر، وفي هذا السياق تشير المحفوظات الارشيفية إلى أنه تم صرف ما قيمته 8645 ريال للماركانتي « شولان » ثمن رخام إلى سانية غار الملح في جمادى الثانية سنة 1270 و قد كان من بين هذه المصاريف ثمن النافورة الرخامية.

رسم 3.  مقطع عمودي للبئر ذو السواري بسانية القصر شيبوب (رسم من إنجاز وجيدة الصكوحي).

مثال 7.  مثال أرضي للبئر ذو السواري بسانية القصر شيبوب (رسم من إنجاز وجيدة الصكوحي).

الخاتمة

يمكن أن نعتبر قصر شيبوب مرجعا معماريا وفنيَا هامَا للتعرف على خصائص قصور القرن التاسع عشر وكيفية زخرفتها إلى جانب طريقة بناءها، لاسيما وأنَ السراية تعدَ نمطا معماريا مستحدثا ودخيلا على المنظومة المحلية المألوفة والتي كان يتصدَر فيها « البرج التقليدي » المكانة الأبرز طيلة عقود. وقد استلهمت أهمَ ملامحها من التأثيرات الأجنبية الأوروبية بالأساس، وانعكست تجلياتها بادئ الأمر على مخططها المعماري، فالسراية وهي نمط هندسي ظهر خلال القرن التاسع عشر قد عرف رواجا كبيرا بضواحي الحاضرة تونس ثم ما انفك ينتشر بدواخل الإيالة(58) رغم أنَ عددها يظل محتشما نسبيا. لكن عموما هذا النموذج لاقى استحسانا من قبل الفئات الثرية كالوجهاء والأعوان والبايات، مقابل التخلي التدريجي عن النمط التقليدي.
وتجدر الاشارة إلى أنه لم يتم القطع كليا مع الانماط الهندسية الموروثة ضمن هذه المنظومة المستوردة، بل هناك مراوحة بين الأساليب المعمارية القديمة من ناحية والمستحدثة ذات الطابع الغربي من ناحية أخرى، فقد امتزجت فيه التأثيرات المحلية والمستوردة على حد السواء مما أفرز في نهاية المطاف تناغما وتناسقا منتهي النظير، وهو ما تم ملاحظته في تصاميم الغرف، فقد اشتمل المبنى على صنفين من القاعات المتجاورة، الصنف التقليدي أو ما يسمى بيت بالمقاصر إلى جانب « بيت الديواني » وفيه تقليد واضح لقاعات الاستقبال الاوروبية، وهذه الازدواجية تعكس أولا التخلي التدريجي عن النمط المتوارث في العمارة السكنية .
ونخلص انطلاقا من هذا النموذج، أنَ وظائف المسكن كانت محددة ومقسمة بوضوح داخل الفضاء، حيث اشتمل على مساكن ومنافع شرعية باتت لازمة للحياة اليومية الحضرية، كما تتراءى لنا بجلاء تلك التراتبية داخل المنزل الواحد حيث يتم الفصل تماما بين المجال المخصص لأصحاب البيت والمجالات الخاصة بالخدم وبقية الملحقات والمنافع. وهو ما يعكس حتما الجدلية الواضحة بين التخطيط العام للمبنى بمختلف أجزاءه الدقيقة وبين النظام الداخلي للعائلات الثرية خلال تلك الفترة.
كما يظهر بجلاء تأثر عمارة القصور بالفنون الزخرفية الأوروبية من خلال استعمال مواد بناء مستوردة من الخارج، كالرخام الإيطالي والخشب الطرطوشي لصنع السقوف والأبواب والنوافذ، إلى جانب مربعات الخزف الأوروبي والمستورد تحديدا من مدينة نابولي التي تمَ تلبيسها للجدران والأرضيات. ولم يستثني هذا المدَ الغربي تصاميم الحدائق والأجنة، فقد ساهمت اليد العاملة الأجنبية المختصة في مجال البناء والبستنة في اقتباس الكثير من الاساليب الغربية الأمر الذي يفسر كيفية تسربها ووصولها إلى العديد من المدن التونسية خلال تلك الفترة. وعموما، فإن قصر شيبوب رغم تفرَده بخاصيات هندسية وزخرفية كانت خاضعة لرَغباته الذاتية وللرؤى الشخصية لصاحبه، يظل شاهدا على الثراء المعماري بالإيالة التونسية طيلة القرن XIXم.

صورة 2. مدخل القصر الخارجي اندثر، المصدر: أرشيف مكتبة الصور بالمعهد الوطني للتراث بتونس 1986.

صورة 3. الواجهة الرئيسة لقصر شيبوب، المصدر: صورة الكاتبة.

صورة 4. المدخل الرئيسي للقصر، المصدر: صورة الكاتبة.

صورة 5. زخارف ذات طابع أوروبي، المصدر: صورة الكاتبة.


صورة 6. قاعة الاستقبال الكبرى ، المصدر: صورة الكاتبة.

صورة 7. البيت الشرقية ، المصدر: صورة الكاتبة.

صورة 8. جدران كانت مكسوة بالرخام ، المصدر: صورة الكاتبة.

صورة 9. نوافذ أرضية بالطابق العلوي، المصدر: صورة الكاتبة.

صورة 10. تنوع أنماط الخزف المطلي المستورد من مدينة نابولي الايطالية ، المصدر: صورة الكاتبة.

صورة 11. زخارف جصية ذات تأثيرات أوروبية، المصدر: صورة الكاتبة.

صورة 12. زخارف جصية نباتية، المصدر: صورة الكاتبة.

صورة 13. البئر ذو السواري، المصدر: صورة الكاتبة.

صورة 14. مبنى البئر، المصدر: أرشيف الصور بالمعهد الوطني للتراث بتونس 1986.

صورة 15. الحوض الرخامي للنافورة، المصدر: صورة الكاتبة.

المصادر و المراجع ↑ 

المصادر الأرشيفية
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الهوامش

(1) Paul Cézilly, 1912, p. 5.
(2) بن أبي الضياف، 1990، ج. 8، ص. 138-139.
(3) بنباشي: رتبة عسكرية في الجيش التركي.
(4)  الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 248 مكرر، ملف 27.
(5)  بن أبي الضياف، 1989، ج. 4، ص. 152.
(6) بن أبي الضياف، 1989، ج. 4، ص. 218-219.
(7) بن أبي الضياف، 1990، ج. 8، ص. 139.
(8) بني خيار: هي بلدة من بلدان جزيرة الوطن القبلي.
(9)  سليمان: هي بلدة من بلدان جزيرة الوطن القبلي.
(10) الهنشير: مصطلح محليَ يطلق على الأرض الفلاحية الشاسعة، وتتراوح مساحته بين 200 و330 هكتارا.
(11) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 451-458.
(12) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 451-458.
(13) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 442.
(14) بلاص: هي تعريب للكلمة الإيطالية Palatio والتي تعني القصر.
(15) الأرشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 413.
(16) طرف الغابة: منطقة تقع على الطريق الرابطة بين بلدة غار الملح والحاضرة تونس، وتبتعد عن بلدة غار الملح حوالي ثلاث كلم.
(17) V. Guérin, 1862, p. 13: »Nous continuons de marcher entre de riches et riants vergers, dont le plus remarquable appartenait, il y a quelques années, à un général tunisien appelé Salah-Chiboub, qui avait dû à la faveur son élévation et son opulence ».
(18) V. Gérin., 1862, p. 13: » En sortant d’El-Aoudja, nous longeons sur notre gauche une suite de montagnes qui s’étendent de l’ouest à l’est vers la mer; par leur prolongement, elles constituent le promontoire appelé Ras-Sidi-Aly-el-Mekki. Des jardins plantés d’olives, de figuiers, d’amandiers et de plusieurs autres arbres fruitiés, déploient à notre droite une végétation luxuriante ».
(19) E. Pellissier, 1980, p. 17: « Le petit territoire de Ghar el Melah est pittoresque et bien planté. Une végétation fraiche et riche s’étend de la montagne aux rives même du lac ».
(20) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 216، ملف 315، ص. 160
(21) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 216، ملف 315، ص. 160.
(22) Paul Cézilly, 1912, p. 5.
(23) Ahmed Saadaoui et Néji Djelloul, 1997, p. 185.
(24)  ابن أبي الضياف، 1989، ج. 2، ص. 52.
(25) E .Pellissier, 1980, p. 26.
(26)  الارشيف الوطني التونسي، دفتر عدد 5834، إحصاء كسوة وحروجات صراية الباي بغار الملح، يعود تاريخه إلى 14 شعبان 1271/1855، أي فترة الباي المشير محمد باي (1271/1855-1276/1859) الذي قام بعزل صالح شيبوب وأخذ سائر كسبه وسجنه قبل أن ينفيه إلى جزيرة جربة، ففي هذا الدفتر، سجلت نتائج عملية إحصاء كسوة وحروجات المبنى وجميع الأثاث الموجود به.
(27) Gérin.V, 1862, p. 14.
(28) B.N.F, Carte Itinéraire de Tunis à Bizerte et à la frontière d’Algérie, publication. par le Dépôt de la guerre ; gravé par Erhard 12 rue Duguay-Trouin, Paris, 1880.
(29)  ابن أبي الضياف، 1989، ج. 2، ص. 211.
(30) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ودفتر 1: اشتمل الملف على دفاتر لحظائر منازل صالح شيبوب منها دار باردو ودار بني خيار و »بلاص » غار الملح الذي يعنينا في هذا البحث
(31) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ودفتر 1، ص. 11.
(32) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، دفتر 1، ص. 1-2-3.
(33) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884.

(34) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص1.
(35) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 420.
(36) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 424.
(37) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 413.
(38) الجابية: حوض مائي.
(39) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 413.
(40) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 413.
(41) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884.
(42) الارشيف الوطني التونسي، دفتر 2237، بية العبيدي، 2013، ص. 172.
(43) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 413.
(44) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 423.
(45) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 424.
(46) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 423.
(47) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 413.
(48) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 420.
(49) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 130.
(50) بية العبيدي، 2013، ص. 132-133.
(51) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 106.
(52) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 106.
(53) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 1.
(54) Clara-Ilham Dopico, 2010, p. 881.
(55) بيت ديواني: هو صنف من الغرف تميز بغياب التقسيمات الداخلية ومتأثر بالعمارة الأوروبية.
(56) الارشيف الوطني التونسي، السلسلة التاريخية، صندوق 75، ملف 884، ص. 438.
(57) بن أبي الضياف، 1986، ج. 3، ص. 191،  » وله من المباني الأنيقة، البيت المعروف ببيت البلار في قصر باردو، وأبدع فيها ما شاء من كسو حيطانها بالمرمر، وتزيين سقفها بالصنعة المعروفة »بالعربي » مثل النقش ووراءه مرائي البلار، ولطخ أخشابها بخالص الذهب ».
(58) وجيدة الصكوحي، 2017، ص 607.

المرجع لذكر المقال

وجيدة الصكوحي، «سراية صالح شيبوب بضواحي غار الملح : دراسة تاريخية ومعمارية »، السبيل : مجلة التّاريخ والآثاروالعمارة المغاربية [نسخة الكترونية]، عدد 8، سنة 2019.
الرابط : http://www.al-sabil.tn/?p=6166

الكاتب :

* مخبر الآثار والعمارة المغاربية – جامعة منوبة.

شاهدان قبريّان جديدان حول الطاعون بالقيروان ( 981 ـ 982/ 1574ـ1575)


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08 | 2019

شاهدان قبريّان جديدان حول الطاعون بالقيروان  (981 ـ 982/ 1574ـ1575)
لطفي عبد الجواد (*)

الملخص | الكلمات المفاتيح | المقال | المصادر و المراجع | الهوامش | المرجع لذكر المقال | الكاتب

الملخص

شاهدان قبريان جديدتان عثر عليهما بمدينة القيروان يذكران الطاعون سببا في وفاة صاحبيهما خلال سنتي 981 / 1573 و 982 / 1574 ولكنهما يتجاوزان البعد التوثيقي الصرف لإثارة قضايا وتساؤلات تتعلق بحقيقة معنى كلمة الطاعون ومحاولة فهم ظاهرة الإفصاح عنه في النصوص الجنائزية ومرتبة الشهادة التي يستحقّها الميّت بسبب هذا الوباء. وليس أسلوب الكتابة التي تم التوثيق بها في الشاهدين بمعزل عن التحولات التي عرفتها القيروان بعد ميلان الكفة لصالح مدينة تونس العاصمة السياسية والاقتصادية للدولة الحفصية. فهي محرار حقيقي جديد ودليل قاطع على مرحلة الركود التي مرّ بها هذا الفنّ بعد أن كان يطبخ أو يمزج في القيروان قبل أن يشعّ إلى غيرها من المدن.

Résumé

Il s’agit de deux stèles funéraires Kairouanaises inédites datant des années  981 H./ 1573 J.C. et 982 H./ 1574 J.C. et mentionnant deux défunts décédés à cause de la peste. Ces deux documents viennent enrichir le corpus des inscriptions évoquant le même sujet et permettent de mieux appréhender les questions soulevées auparavant sur la réalité et l’étendue de ce type d’épidémies. Les irrégularités de leurs styles de graphies confirment les conclusions déjà tirées sur le recul des arts calligraphiques à Kairouan pendant le 16è siècle et la régression de ses ateliers lapidaires contrairement à se qui se produit dans la même période à Tunis.

 Abstract

These are two unpublished Kairouanese tombstones dating from 981 AH / 1573 J.C. and 982 AH / 1574 J.C. and mentioning two deceased who died because of the plague. These two documents enrich the corpus of inscriptions on the same subject and have enabled a better understanding of the questions previously raised about the reality and extent of this type of epidemic. The irregularities in their styles of writing confirm the conclusions already drawn on the decline of calligraphic arts in Kairouan and the regression of its lapidary workshops, contrary to what is happening in the same period in Tunis.

الكلمات المفاتيح

الطاعون – الاوبئة – النقائش الجنائزية – 981 / 1573 – 982 / 1574- الدهماني اليوسفي – الخط المغربي.

Mots clés : la peste – inscriptions funéraires – al-Dahmânî al-Yûsufî – le style maghribî – 981 H./ 1573 J.C. – 982 H./ 1574 J.C.
Keywords: plague – funerary inscriptions – al-Dahmanî al-Yûsufî – the Maghribî style – AH 981 / AD 1573. – AH 982 / AD 1574.

الفهرس

مقدمة
1- تقديم الوثيقتين
2- الجوانب التاريخية
3- الجوانب الفنية
الخاتمة

المقال

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مقدمة

نشرنا سنة 2013 عملا حول الطّاعون بإفريقية بالاعتماد على جملة من النقائش الجنائزية القيروانية الجديدة تعرّضنا خلاله بالتفصيل إلى عديد المسائل التّاريخية والفقهية المتعلّقة بهذا الوباء. وقد تمّ فيه رصد ثلاثة تواريخ متباعدة سجّل فيها الطاعون سببا للوفاة: أوّلها سنة 872-873 / 1468-1469 وثانيها سنة 981 / 1573-1574 وثالثها سنة 1199 / 1785(1). كما نشرنا سنة 2019 نصّا جديدا يرصد طاعونا آخر غير معروف بالمدينة ذاتها يعود إلى سنة 993 / 1583(2). ومع تقدّم عمليات المسح في أرشيفات الصور التابعة للمعهد الوطني للتراث وبالعودة إلى بعض النقائش التي تعذّر فكّ رموزها بعد أعمال الجرد السّابقة، تمّ رصد شاهدين قبريّين جديدين يخلّدان حالتي وفاة بسبب الطاعون. أما الأوّل فهو مؤرخ بسنة 981 هـ / 1573 م وأمّا الثاني فيعود الى السنة الموالية لها. وبهذا الرصيد الجديد تتدعّم مدونة النقائش المتعلّقة بهذا الوباء من حيث العدد ولكن أيضا من حيث المعلومات التي من شأنها الكشف عن حقائق تتجاوز مجرد التّأريخ لمحطّاته لتستبطن الأفكار والممارسات الاجتماعية.

1- تقديم الوثيقتين

1.الشاهد المؤرخ بسنة 981 / 1573
يوجد هذا الشاهد حاليا بمخزن النقائش العربية التابع لمتحف الفنون الإسلامية برقادة وقد تمّ العثور عليه خلال أعمال المسح والجرد التي أطلقها المعهد الوطني للتراث منذ سنة 2005 وأسند له رقم خاص به (INV 754) ولا يزال يظهر في أسفله رقم جرد قديم (الرقم 959) لا يُعلم تاريخ ضبطه ولا مصير السّجلات التي ترصد مصدر الشّاهد. وقد تمّ العثور على صورة لهذه النّص الجنائزي في أرشيف المعهد الوطني للتراث بتونس (دار الصفاقسية) ضمن الدّرج المخصّص لنقائش القيروان. وتحمل البطاقة المصاحبة لها رقم شريحة الفلم (Cl. 430-A) وعبارة « لوحات عدد 3 » والتي يبدو أنها رقم الجرد بما أنّ الرقم ذاته يظهر مكتوبا أسفل الاهد، كما تحتوي هذه البطاقة على اسم المدينة (Kairouan) وتاريخ التصوير (أكتوبر 1951) وعبارة Musée ولعلّ في ذلك إشارة إلى متحف إبراهيم بن الأغلب القديم قبالة الجامع الأعظم (أنظر اللوحة عدد 1-أ). وقد نقش النصّ على لوحة مستطيلة من الرّخام الأبيض يبلغ ارتفاعها 86 صم بينما يبلغ عرضها 32 صم. وقد حظي النّص بإطار زخرفي على شكل مسطرة ملساء تحيط به من الجهات الثّلاث بينما ترك عرضها مفتوحا من الجهة السّفلى بقصد الغرس والتّثبيت في أرضيّة القبر. ويتصدر أعلى مساحة النّص عقد متجاوز يحيط بالأسطر الأربعة الأولى منه. وترسم هذا العقد مسطرة عريضة ملساء على شكل ¾ الدّائرة تؤثّث حشواتها الأربع زخرفة نباتيّة وقد كتب النّص بارزا وفي أسلوب مغربي معجم. والشّاهد حاليّا منقسم إلى نصفين بداية من السّطر الثّامن وبإطاره كسر في مستوى الزّاوية الشّمالية الشّرقية. وتظهر صورة الأرشيف أنّ الشّاهد كان خلال سنة 1951 على درجة عالية من السّلامة من حيث المحمل ومن حيث اكتمال النّص (أنظر اللوحة عدد 1-ب).

النّص:

  1. بسم الله الرحمن
  2. الرحيم صل الله
  3. على سيدنا محمد واله
  4. كل نفس ذ
  5. ائقة (هكذا)(3)الموت وانما توفو
  6. ن (هكذا)(4)اجوركم يوم القيامة
  7. فمن زحزح عن النار وأدخل
  8. الجنة فقد فاز وما الحياة الدنيا
  9. الا متاع الغرور هاذا (هكذا)(5)قبر الـشيخ / الامام؟
  10. القارئ المكرم ابو محمد عبد الله(او ابو عبد الله محمد ؟) الـ……؟
  11. توفي شهيد الطاعون في اواخر ؟محرم
  12. من عام احد (هكذا (6)وثمانين وتسعمائة
  13. وهو يشهد ان لا اله الا الله وحده

صورة 1 : (أ) بطاقة فلم التصوير – (ب)اللوحة الرخامية بين 1951 و اليوم.

2.الشّاهد المؤرّخ بسنة 982 / 1574

يوجد هذا الشّاهد القبري المؤرّخ بسنة 982 / 1574 أيضا بمخزن النّقائش العربيّة التّابع لمتحف الفنون الإسلاميّة برقّادة وقد تمّ العثور عليه خلال أعمال المسح والجرد التي أطلقها المعهد الوطني للتراث منذ سنة 2005 وأسند له رقم خاص به (INV 263). ولكن قراءته ظلّت عسيرة بسبب حالة الكتابة المتردّية وتداخل الحروف والكلمات. ويتخذ هذا الشاهد شكل عمود اسطواني مبتور في أعلاه يبلغ ارتفاع ما تبقّى منه 56 صم بينما يبلغ قطره 66 صم (يبلغ عرض المساحة المكتوبة 20صم). وقد أنجز النّص بارزا وهو يفتقد إلى الأطر الزخرفة فيما عدا المساطر الملساء البارزة الرقيقة التي تفصل بين السطور. وقد كتب النص بخط مغربي معجم يفتقد إلى الاتقان والانتظام.

النص:
[…………………………..]
[………………………….. بن]
أبي عبد الله محمد بن الشيخ
المرابط ابي عبد الله محمد الد
هماني (هكذا)(7)اليوسفي ….
توفي شهيد الطاعون وهو يشهد
ان لا اله إلا الله وان محمد (هكذا)(8)رسول الله
في شهر محرم عام اثنين وثمانين و (هكذا)(9)
تسعماية

صورة 2 : النقيشة عدد جرد 263.

2-الجوانب التاريخية

تطالعنا للمرّة الثّامنة على التّوالي ضمن مدوّنة الشّواهد القيروانية التي تذكر الطاعون سببا للوفاة شخصيّات مرموقة سواء بانتمائها إلى طبقة الفقهاء والخطباء والقضاة والقرّاء والأدباء أو الوجهاء مع غياب شبه تام لفئة العوامّ من النّاس. ونحن لا نعرف، في الحقيقة، ما إذا كان ذلك من قبيل الصّدفة التي فرضتها معطيات المسح الأثري أو أنّ هناك ما يفسّر هذا الاتجاه الأحادي في مراتب المتوفّين. ويلاحظ المتأمّل في مدوّنة نقائش مدينة تونس تقريبا هذا التوجه نفسه. كما يلاحظ المتأمّل في المجموعة المؤلّفة للمدوّنة القيروانية نقصا من حيث الكمّ في سلسلة إنتاج ورشات صناعة النقائش في هذه الفترات العصيبة بالذّات، وهو ركود يسجّل عموما طوال المدّة الفاصلة بين القرنين التّاسع والحادي عشر للهجرة (31 شاهدا فقط). ولا يمكننا في هذا المضمار سوى تقديم فرضيّات على غرار ظاهرة الدّفن الجماعي في ظروف الهلع أو توسّع دائرة الأوبئة الفتّاكة المنضوية تحت مسمّى الطاعون أو فصل القدرة الشرائية بين من يخلّد الوفاة ومن يدفن دون تخليد.

مدينة القيروان
المراجع

الجرد

أفلام الصور

صفات المتوفين ومراتبهم العلمية ووظائفهم طاعون

 872-873 / 1468-1469

طاعون

 981 / 1573

طاعون

 982 / 1574

طاعون 993 / 1583 طاعون 1199 / 1784
الجرد 1010 القاضي العدل الفقيه الدّارية بالعلم، شاعر، مدرس، قارئ – مجوّد         *
الجرد 550 الفقيه الطالب الاجل الصالح ابن الشيخ الفقيه الصالح *        
الجرد 293 الفقيه *        
الجرد 815 القائد الاجل *        
الجرد 784 القاري الاكمل الاحفل الامام   *      
الجرد 263 بن الشيخ المرابط الدهماني اليوسفي     *    
Cl. 430-A الـشيخ؟ القارئ المكرم   *      
Cl. 8195-A القاضي العدل الفقيه المعقولي الاصولي المحدث الفرضي المشارك       *  
ROY 600 (10) الفقيه العلامة … بن ناجي التنوخي لا يذكر الطاعون      
الجرد 134 الفقيه الصالح ابن الفقيه عرف التبر لا يذكر الطاعون      

 

مدينة تونس
المراجع صفات المتوفين ومراتبهم العلمية ووظائفه طاعون 872-873 / 1468-1469 طاعون

 981 / 1573

VIRÉ 03(11) المولى .ابن المولى الاجل… ابن مولانا ابن مولانا ابن امير المؤمنين لا يذكر الطاعون
S-447(12) العبد الفقير أحمد ……… لا يذكر الطاعون
S-448 الطالب ابن الطالب ابن الشيخ الفقيه المقدس العالم العلم القاضي المفتي المقري الخطيب لا يذكر الطاعون
S-449 الفقيه الطالب المكرم لا يذكر الطاعون
S-450 الفقيه ……… لا يذكر الطاعون
S-451 عبد الملك ابن الشيخ ابو سعيد مخلوف الفاسي لا يذكر الطاعون
S-452 ابو عبد الله …….العدناني البرشكي (عائلة علم وفقه) (13) لا يذكر الطاعون
S-453 ابو عبد الله …….البرشكي (عائلة علم وفقه) لا يذكر الطاعون
S-454 ابن الامير الاجل….. العدناني الاندلسي لا يذكر الطاعون
S-455 الشيخ الحاج الناسك لا يذكر الطاعون
S-461(14) منصف بن محمد الطرابلسي لا يذكر الطاعون

لا تسعفنا المصادر المختلفة بأيّ خبر عن طاعون 981 هـ / 1573 م وربّما يفسّر هذا الصّمت بأسباب ثلاثة أوّلها انشغال هذه المصادر من ناحية بالأحداث الجسيمة آنذاك وما سيؤول إليه الصراالاسباني العثماني من تغيّر في المشهد السّياسي بالبلاد وثانيها الطّابع المحلّي أو المحدوديّة الزّمنية للوباء وثالثها التّغير في النّظرة إلى الطاعون وتوسّع دائرة الأوبئة القاتلة المنضوية تحته حتّى وان لم تكن واسعة الانتشار كما ذكر آنفا.
وإذا ما وضع تاريخ شاهدنا الجديد إلى جانب تاريخ الشاهد المنشور سنة 2013 فإن ذلك قد يشكل مؤشرا على امتداد زمن طاعون سنة 981 هـ / 1573 م فهو يمتد بين اوائل شهر المحرم منها وأواخره بل إنه بناء على تاريخ النص الاوّل الذي يشير إلى مطلع العام 981 هـ / 1573 م (أوائل محرّم)، فإنه يجدر بنا الرجوع بتاريخ هذا الوباء على الأقلّ إلى الشّهر الأخير من السّنة السّابقة له، أي إلى سنة 980 هـ / 1573.م وأمّا الشّاهد المؤرخ بشهر المحرم من سنة 982 فلا يمكن استغلاله مؤشّرا زمنيّا حول امتداد الطاعون لسنة كاملة بقدر ما يمكن استغلاله مؤشّرا على تكرار دورات الطاعون، وقد يكون في الآن ذاته حجّة على توسّع دائرة الأوبئة القاتلة المنضوية تحت مسمّى الطاعون. وتجدر الإشارة إلى أنّ الطاعون الأقرب إلى تاريخ النقيشتين ضرب بقوة مدينة البندقيّة في شهر جوان من سنة 1575 وتواصل بها إلى حدود سنة 1577 وكان مصدره القسطنطينيّة. كما يجدر ربط طاعون 981 هـ / 1573 م بذلك الطاعون الذي حدث بالقيروان سنة 993 / 1583 كما تشير إليه نقيشة الفقيه أبا إسحاق اللّخمي. وإن ثبت أنّ الطاعونين المسجّلين بين سنتي 981 -982 هـ / 1573-1574 م طاعونان حقيقيّان، فإنّ النّقيشتين تمثّلان وثيقتين فريدتين لإدراجهما ضمن الأوبئة المتكررة بإفريقية فيما بين القرنين الثامن والتاسع الهجريين (القرنين 14 و15 ميلاديين).
ومن جهة أخرى تعترضنا صعوبة بالغة في التّعرف على صاحب النص الأوّل المتوفى في أواخر المحرّم من سنة 981 هـ / 1573 م بسبب تداخل الكلمات المكونة لكنيته واسمه وانعدام الوضوح في نهاية السطر العاشر حيث الاشارة الى نسبته القبلية او الجغرافية. ولا تيسّر لنا المصادر الإخباريّة والوثائق المختلفة الأخرى هذه المهمّة لافتقادها أيّ أثر لشخصيّة قارئ يدعى أبا محمد عبد الله أو أبا عبد الله محمد توفّي في التاريخ المذكور. وأمّا صاحب الشاهد الثاني والمتوفى سنة 982 هـ / 1574 م فإن أوّل اسمه يعتريه النقص ولا يمكن التعرّف عليه إلاّ بعد العثور على النصف الأعلى من العمود. ويرجّح أن يقتصر هذا النّقص على صفة أخلاقيّة أو درجة علميّة أو فقهيّة وكنية واسم يليه عبارة « بن » التي تربطه بالنّسب الذي يبدو مكتملا في ما تبقّى من العمود ([بن] »أبي عبد الله محمد بن الشيخ المرابط ابي عبد الله محمد الدهماني اليوسفي »). ومهما يكن من أمر هذا النّقص فإنّ صاحب الشاهد ينتمي إلى سلالة معروفة بالقيروان تنتسب إلى الشيخ الولي الصالح أبي يوسف يعقوب الدّهماني (549 – 606 هـ / 1154 – 1224 م) أحد رموز صوفيّة القرنين السادس والسابع الهجريّين (12 – 13م). وتجدر الإشارة إلى أنّه وردت تراجم لبعض أحفاد هذا الأخير يفهم من خلالها أنّ نسبتي « الدهماني » و »اليوسفي المذكورتين في الشاهد لا تعنيان انتساب أحد المريدين لشيخه أو لطريقته بقدر ما تعنيان انتسابا إلى الجدّ الأعلى أبي يوسف يعقوب الدهماني. ومن بين هؤلاء المترجم لهم الشيخ الإمام الخطيب بالجامع الأعظم بالقيروان أبو إسحاق إبراهيم بن إسحاق الدهماني احد تلامذة الفقيه أبي عبد الله الرماح (القرن الثامن هجري / 14 ميلادي) والشيخين أبو الحسن علي بورويس الدهماني وعلي بركات الدهماني والشيخ أبو العباس احمد الدهماني اليوسفي شيخ الطريقة القادرية بالقيروان (توفي في أواسط العشرة الثانية من القرن 13 هجري / بداية القرن 19 م) والشيخ أبي عبد الله محمد المرابط الذي تولى وكالة الزاوية الدهمانية الكائنة قرب البرك الأغلبية على إثر الانشقاق الذي حصل في صلب الطريقة القادرية خلال القرن 13 هجري (القرن 19 م)، والشيخ الصالح المربّي أبو الحسن بن أبي العباس أحمد اليوسفي الدهماني المتوفي عام 1252هـ / 1836-1837 م(15). وفي انتظار استكمال العثور على بقية النّص فإنّ النّقيشة تبقى على قد كبير من الأهميّة لكونها تضيف أحد الفروع المفقودة إلى العائلة الدهمانيّة اليوسفيّة لم تذكره المصادر المختلفة وكان حيّا قبل سنة 982 هـ / 1574.
ولا يختلف نصّا النقيشتين عن بقية النصوص القيروانية الأخرى في الإشارة الى مرتبة الشهادة التي ينالها المتوفي بسبب الطاعون (« شهيد الطاعون ») وقد ذكرنا في معرض مقالنا الأول حول هذا الوباء (2013) أن التأكيد على هذه المرتبة كان قائما على مستندات من الأحاديث النبوية ذات الأسانيد على غرار ما ورد في صحيح البخاري من أنّ « الطَّاعُونُ شَهَادَةٌ لِكُلِّ مُسْلِمٍ » ومن أنّ « الْمَبْطُونُ شَهِيدٌ وَالْمَطْعُونُ شَهِيدٌ » وأنَّه لَيْسَ مِنْ عَبْدٍ يَقَعُ في الطَّاعُونُ فَيَمْكُثُ فِي بَلَدِهِ صَابِرًا يَعْلَمُ أَنَّهُ لَنْ يُصِيبَهُ إِلَّا مَا كَتَبَ اللَّهُ لَهُ إِلَّا كَانَ لَهُ مِثْلُ أَجْرِ الشَّهِيدِ »(16).

3-الجوانب الفنية

يشترك الشّاهدان موضوعا الدّرس في نوعية الخط المغربي المعجم وفي الأرضية الغير المحكوكة. وتبدو الكتابة في نص 981 هـ / 1573 م أشدّ نحافة وأكثر وضوحا مقارنة بنقيشة 982 / 1574 حيث الكثافة الشّديدة للكتابة وتلاصق الحروف وتعدّد مستويات قاعدة الكتابة. هذه الاختلافات لا تعكس بالضّرورة تعددا في الورشات ضمن فترة واحدة بل تدخل في إطار عرفت فيه صناعة النقائش بالقيروان تردّدا في الأساليب وتداخلا فيما بينها في النّص الواحد أحيانا. إنّ هذا التردّد وقلّة الانتظام في الكتابة لا يقتصران فقط على هذا التّاريخ الذي قد تؤثّر الأوبئة فيه على نوعية الإنتاج الفني بقدر ما ينضويان في فترة من الركود عرفتها القيروان إلى حدود إلى نهاية القرن العاشر الهجري (القرن 16 ميلادي). وأمام سلسلة الإنتاج الضّعيفة عدديّا تعترض الباحث صعوبة بالغة في التوصل إلى تصنيف يساعد على تحديد رؤية دقيقة ولو نسبّيا حول الورشة أو الورشات المنتصبة بالقيروان طوال هذه المدّة، وحتّى الشّاهد المؤرّخ بسنة 940 ه ـ/1534 م والذي يحتوي على توقيع في خاتمته، لا يساعد على التّقدّم بالبحث. فهو من انجاز شخص مجهول (« عبد الله بن إبراهيم »؟) وهو مكتوب بأسلوبين مختلفين: خطّ كوفي في الأسطر الخمسة الأولى وخط ليّن في البقيّة(17).

الخاتمة

تشكّل الوثيقتان دعما حقيقيّا لمدوّنة النّقائش التي تشير إلى طاعون حدث في القيروان على الأقلّ في الفترة الفاصلة بين نهاية سنة 980 وبداية سنة 982 هـ / 1573-1574 م. وتنفرد هذه الوثائق الأثريّة بهذه الإشارة إليه دون غيرها من المصادر الأدبيّة والتّاريخيّة. ولكن تبقى هذه الوثائق عاجزة عن تأكيد التّصنيف الحقيقي لهذا الوباء على غرار ما جرى في طاعون سنة 873 هـ / 1468-1469 م حيث أشارت المصادر إلى مدى عظمته وقسوته وخاصّة بمدينة تونس(18). وفي ظلّ النّقص الحادّ في عدد النقائش-وهو معطى متّصل بتقلّص نشاط الورشات وركودها بالقيروان منذ قرنين على الأقل–لا يمكننا المجازفة بالحديث عن طاعون واسع النّطاق ونكتفي بتقديم فرضيّة الطّابع المحلّي أو توسّع دائرة الأوبئة الفتّاكة المنضوية تحت مسمّى الطّاعون. والى جانب هذه القيمة التّوثيقيّة فإنّ النّقيشتان على درجة كبيرة من الأهميّة في جوانب تتعلّق بالحركة العلميّة وبالتّصوّف وبتاريخ الأفكار والمعتقدات سواء بالإشارة إلى أحد كبار القرّاء أو إلى أحد أحفاد الوليّ الصّالح الشهير أبي يوسف يعقوب الدهماني صاحب الزّاوية المشرفة على موقع البرك الأغلبية أو كذلك إلى الموقف المتّخذ تجاه الطاعون كونه منفذا الى مرتبة الشّهادة لمن ابتلي به. وأمّا على صعيد تاريخ الفنون فإنّ الشاهدان يوثّقان بجلاء كبير ما بلغته الكتابة والزخرفة بالقيروان من تردد واضطراب كبيرين في الأساليب والتّقنيات قد يعكسان درجة الهامشيّة الاقتصاديّة والسّياسيّة التي بلغتها هذه المدينة.

المصادر و المراجع

البخاري أبو عبد الله محمد بن إسماعيل 194-256 هـ / 809-869 م، صحيح البخاري، دار ابن كثير، دمشق-بيروت، ط. 1، 2001.
الكناني محمد بن صالح بن عيسى القيرواني، تكميل الصلحاء و الأعيان لمعالم الإيمان في أولياء القيروان، تحقيق وتعليق محمد العنابي، المكتبة العتيقة، تونس، 1970.
عبد الجواد لطفي، « الطاعون بإفريقية من خلال شواهد قبور قيروانية جديدة »، في القيروان وجهتها: دراسات جديدة في الآثار والتراث، أعمال الندوة العلمية الدولية الثالثة لقسم علم الآثار (القيروان 1- 4 أفريل 2009)، كلية الآداب والعلوم الإنسانية بالقيروان- مركز النشر الجامعي، تونس، 2013، ص. 89-105.
عبد الجواد لطفي، « قبرية أبي إسحاق إبراهيم اللّخمي (993 / 1585): طريقة مبتكرة في التأريخ وقاض وطاعون مجهولين« ، السبيل مجلة التاريخ والآثار والعمارة المغاربية (نسخة الكترونية)، عدد 7، سنة 2019.

El-Aoudi Raja, Stèles funéraires tunisoises de l’époque hafside 628-975 / 1230-1574, vol. 2, Tunis, 1997.
Roy Bernard et Poinssot Paule, Inscriptions arabes de Kairouan, 3ème partie, publiée avec le concours de S. M. ZBISS, Notes et Documents, 3ème série, vol. 5, Institut National d’Archéologie et d’Art, Imprimerie al-ASRIA, Tunis, 1983.
Viré Marie-Madeleine, « Inscriptions arabes du Musée Granet à Aix-en-Provence », Arabica, vol. 7, 1960, p. 307-308.

الهوامش

(1) عبد الجواد، 2013.
(2) عبد الجواد، 2019.
(3) كلمة مقطوعة موزعة بين سطرين : ذائقة.
(4) كلمة مقطوعة موزعة بين سطرين :توفون.
(5) رسم عتيق : هذا.
(6) خطأ لغوي : عام إحدى وثمانين.
(7) كلمة مقطوعة موزعة بين سطرين: الدهماني.
(8) خطأ لغوي: وأن محمدا.
(9) خطأ لغوي: واو آخر السطر.

(10) ROY et POINSSOT, 1983, n° 600, p. 136.
(11) VIRÉ, 1960, p. 307-308.
(12) EL-AOUDI-ADOUNI, 1997, p. 477- 483, n° 447 à 455.

(13) المرجع السّابق، ج. 1، ص. 269.
(14) المرجع السّابق، ج. 2، ص. 480، النقيشة رقم S-461.
(15) الكناني، 1970، ص. 22، 92، 171 و174.
(16) البخاري، 2002، ص. 1452 (الأحاديث رقم 5732 و 5733 و 5734).
(17) يحمل هذا الشاهد حاليا رقم الجرد عدد 975 بمخازن النقائش العربية التابعة لمتحف فنون الحضارة الإسلامية برقادة.
(18) انظر : عبد الجواد، 2013، ص. 90.

المرجع لذكر المقال

لطفي عبد الجواد، «شاهدان قبريّان جديدان حول الطاعون بالقيروان( 981 ـ 982/ 1574ـ1575)»، السبيل : مجلة التّاريخ والآثاروالعمارة المغاربية [نسخة الكترونية]، عدد 8، سنة 2019.
الرابط : http://www.al-sabil.tn/?p=6026

الكاتب :

*مكلف بالبحوث الأثرية والتاريخية بالمعهد الوطني للتراث.

La vacherie du Parc de la Tête d’or, 1904. La première construction de l’architecte Tony Garnier


08 | 2019 

La vacherie du Parc de la Tête d’or, 1904
La première construction de l’architecte Tony Garnier(1).

Sana Smadah(*), Clémentine Enrenaz (**)

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Résumé

La vacherie du parc de la Tête d’Or est la toute première construction de l’architecte lyonnais Tony Garnier, un des pionniers de l’architecture moderne. Cette construction affirme son rapport avec la nature, sa simplicité et son emploi rationnel des matériaux locaux. Son concepteur la décrivait comme une « …construction conçue avec le plus de simplicité possible », et qui « …répond aux prescriptions d’hygiène et aux besoins de solidité et de durée ». Le bâtiment est situé dans le parc de la Tête d’Or au bord du Rhône, un parc d’exception créé par Denis Bühler, qui avait construit une vacherie provisoire.

Il est indispensable de recueillir l’histoire sociale, celle des relations du monument avec la population car cette histoire est reliée à l’histoire du bâtiment et à son évolution au fil du temps. C’est pour cette raison, qu’on étudiera l’histoire de l’industrie laitière, son hygiène, les fraudes et les législations qui vont nous emmener vers la réflexion sociale autour du nourrisson au XIXe-XXe siècle. La vacherie municipale conçue par Tony Garnier répondait-elle aux exigences de l’époque de sa création ?

La majeure partie de l’étude est consacrée au projet ; l’avant-projet architectural, le programme, la conception accompagnée d’une analyse du plan et des façades pour finir avec le chantier, les aménagements et l’organisation. La vacherie a connu des métamorphoses dans le temps, alors que ses services sont transférés, le bâtiment connaît une évolution et de ses fonctions, et de ses aménagements.

Abstract

The cowhouse in the park of « la Tête d’Or » in Lyon is the very first construction of the architect Tony Garnier ; one of the pioneers of modern architect. This construction affirms its relationship with nature, its simplicity and its rational use of local materials. Its architect described it as a « …construction designed with the most possible simplicity », and which « …meets hygienic requirements and needs for solidity and duration ». The building is located in « la Tête d’Or » park on the banks of the Rhône river ; an exceptional park created by Denis Bulher, who had built a temporary cow yard.

It is essential to understand the social history, the relation between the monument and its population since this history is linked to the history of the building and its evolution in time. It is the reason why we will study the history of the dairy industry, its hygiene, fraud and legislation which will take us towards social reflection around the infant in the XIX th – XX th century. Did the municipal cow house designed by Tony Garnier meet the requirements of the time of its creation?

Most of this study is devoted to the project; the architectural preliminary draft, the program, the design accompanied by an analysis of the architectural plans and facades to finish with the site, the layouts and the organization. The cowhouse went through several metamorphoses over time, while its service services are transferred, the building is undergoing an evolution of its functions and its arrangements.

الملخص

مزرعة البقر الموجودة في منتزه  » الرأس الذهبي » بمدينة ليون هي أول بناء للمهندس المعماري الفرنسي توني غارنييه أحد رواد الهندسة المعمارية الحديثة. يؤكد هذا البناء علاقته بالطبيعة ويتميز ببساطته واستخدامه الرشيد لمواد البناء المحلية. وصفه مصممه بأنه « … بناء مصمم بأكبر قدر ممكن من البساطة »، و « … يلبي المتطلبات الصحية والاحتياجات للصلابة ولمقاومة الزمن. « ويقع المبنى في منتزه » الرأس الذهبي » على ضفاف نهر الرون، وهو متنزه استثنائي أنشأه دونيس بوهلير، الذي بنى مزرعة بقر مؤقتة فيه.

من الضروري فهم التاريخ الاجتماعي، وعلاقات المبنى مع السكان لأن هذا التاريخ الاجتماعي مرتبط بتاريخ المبنى وتطوره بمرور الوقت. ولهذا السبب سنقوم بدراسة تاريخ صناعة الألبان ونظافتها والاحتيال والتشريع الذي سيأخذنا نحو التفكير الاجتماعي حول الرضيع في القرنين التاسع عشر والعشرين. هل استوفت مزرعة البقر المحلية التي صممها توني غارنييه متطلبات وقت إنشائها؟

تم تخصيص معظم الدراسة للمشروع الهندسي، المسودة المعمارية الأولية والبرنامج المخصص للمبنى والتصميم. هذه الدراسة ستكون مصحوبة بتحليل للخطة المعمارية والواجهات لتنتهي بالموقع والتهيئة والتنظيم
مرت مزرعة البقر بتحولات بمرور الوقت، في حين نقل خدماتها، مما جعل المبنى يمر بتطور شمل وظائفه وترتيباته.

Entrée d’index

Mots-clés :Tony Garnier, hygiène, architecture industrielle-agricole, vacherie, France, XXe siècle.
Keywords: Tony Garnier, hygiene, industrial & agricultural architecture, cowhouse, France, XXth century.

الكلمات المفاتيح: توني غارنيي، النظافة، الهندسة المعمارية الصناعية، مزرعة بقر، القرن العشرون.

Plan

Introduction
1. Tony Garnier : l’architecte urbaniste

2. Contexte géographie : le parc de la tête d’or
3. Contexte socio-historique de la création de la Vacherie municipale
4. La vacherie municipale entre utopie et réalité
5. Le projet de la vacherie municipale de Tony Garnier
6. La vacherie dans le temps
Conclusion

Texte intégral

Introduction

Cette étude est fondée sur l’analyse de la vacherie municipale du parc de la Tête d’Or de Tony Garnier. La vacherie est un projet social qui a pour but de distribuer du lait stérilisé aux crèches municipales de la ville et qui s’inscrit dans l’histoire du développement du courant hygiéniste du début du XXe siècle.  Une première partie permet d’introduire aux lecteurs l’architecte-urbaniste Tony Garnier et ses projets qui sont en effet à l’origine d’avancées considérables dans la réflexion de l’architecture moderne. La deuxième partie retrace l’histoire de la Vacherie de sa construction jusqu’à aujourd’hui grâce à ces archives.

A ce stade, il est nécessaire de comprendre les raisons qui ont motivé la construction de cet édifice, qui s’inscrit dans un projet social soucieux d’hygiénisme, de par sa fonction mais également de par l’organisation interne du bâtiment et le choix des matériaux.

Il a donc fallu fonder notre propos sur une étude socio-historique sur le début du XXe siècle, centré sur l’histoire du lait à Lyon, la condition de l’enfant et la naissance des crèches, afin de comprendre au mieux la construction de la Vacherie et la municipalisation du service de distribution du lait.

 1. Tony Garnier : l’architecte urbaniste

Tony Garnier (1869-1948) a obtenu le Prix de Rome en 1899 et lors de son séjour en Italie a commencé à élaborer un projet de cité industrielle qui a été publié en 1917.  Ce projet de cité de travail et d’habitat ouvrier doit sa création au climat social lyonnais qui a influencé l’architecte dès son jeune âge. Membre de la société des amis d’Emile Zola, il emprunte à l’écrivain l’idéal de « travail et liberté », un mot d’ordre inscrit sur la vignette de chaque numéro de la revue La Construction lyonnaise, qui se distingue par le mouvement socialiste très fort dédié à la tradition révolutionnaire des « canuts » de cette ville.

« Chacun se rend compte que le travail est la loi humaine », preuve sensible que le culte de travail est le centre de toute réflexion de l’architecte. On peut même lire les inscriptions à l’entablement du bâtiment central de la cité industrielle dont des extraits de Travail d’Émile Zola paru en 1901.

Il faut faire une distinction entre le projet initial élaboré entre 1901-1904 avec des rectifications postérieures et le projet qui a été publié en 1917 illustrant mieux les conceptions nées auparavant tout en gardant les principes de base du projet initial.

Fig. 1.  Première étude du plan de site de la cité industrielle », Garnier en 1901, Source : theses.univ-lyon2.

Fig. 2. La cité industrielle, Garnier en 1917, Source : theses.univ-lyon2.

Dans le cas de la cité industrielle, la place principale de la ville imaginée est occupée par une grande usine métallurgique, un choix qui vient mettre en exergue que l’industrie est l’élément le plus important dans la création des villes.

Il est néanmoins intéressant de relever que Garnier a conçu une vacherie au sein de la cité industrielle, pour faire partie d’un ensemble plus complexe, celui d’une exploitation agricole. Cette exploitation comporte trois habitations près desquelles on retrouve un potager et une laiterie. Un bureau se trouvant à l’entrée centrale de l’exploitation est entourée d’une bouverie et d’une vacherie liées par une fosse à fumier ainsi que d’une porcherie et d’une bergerie. La zone de pâturage est limitée laissant voir les espaces bien distingués du complexe. Deux autres bâtiments prennent pareillement le bureau comme un élément de symétrie : la machine agricole et la salaison d’une part et la sellerie, la remise et l’écurie d’une autre part.

Fig. 3. Plan et croquis de l’exploitation agricole de la cité industrielle, Source : Tony Garnier, 1932.

  • Le retour à Lyon : entre réalisation et conception 

Garnier pensait à un stade de sa vie s’installer aux États-Unis mais son attachement à sa vie natale le garde en France. La vacherie du Parc de la Tête d’Or, projet commandé par la ville de Lyon et soutenu par le maire de cette époque Dr. Augagneur, est le premier projet de Tony Garnier après son retour de Rome. Plusieurs projets de l’architecte reposent pratiquement sur des visées hygiénistes. On peut se référer d’ailleurs aux abattoirs de la Mouche et à l’hôpital Grange-Blanche, aujourd’hui Edouard Herriot.

  • Les abattoirs de la Mouche 

Le nom de Tony Garnier et du président du conseil municipal Édouard Herriot étaient toujours associés dans différents projets lyonnais de l’époque pour une volonté commune orientée vers l’amélioration de l’hygiène. En 1905, est projetée la construction d’abattoirs modernes. Le site du quartier de la mouche, une fois choisi, engendre l’aménagement de cette partie de la ville en créant une grande artère qui desservait ce nouveau quartier.

Ce qui est évident dans le projet des abattoirs c’est sa division claire des services ; celle du marché et celle des abattoirs. L’ensemble du complexe est construit en béton de gravier à l’exception de la charpente de la halle. Quant aux façades polychromes, elles sont en pierre. On recourt aux redents, pilastres, et aux tours d’angles. Le grand hall est colossal avec son système constructif qui était supposé être construit en sa totalité en béton armé mais à cause des problèmes techniques lors de sa réalisation, on utilise l’acier en se référant à la grande halle des machines de l’exposition universelle de 1889.

Le projet se distingue par une circulation à sens unique qui commence par le transport des bêtes et se termine par les produits dérivés.

  • L’hôpital de Grange-Blanche

La municipalité lyonnaise organisait un voyage en Allemagne et au Danemark pour examiner les installations modernes de ces deux pays et dont Garnier et Herriot faisaient partie. Le projet est une manifestation de la séparation entre les différents départements. On remarque que l’extrémité nord est destinée aux installations de service alors que l’extrémité sud au département contagieux. Le reste est destiné aux pavillons de chirurgie et de médecine. La conception se caractérise par une liaison entre les pavillons et les services par un système de communication souterraine.

Fig. 4. Les abattoirs de la mouche, vue d’ensemble, Source : www.atelierslamouche.fr

Fig. 5. Hôpital Grange Blanche. Croquis Tony Garnier 1911. Source : Des innovations techniques Fondamentales Archives Municipales de Lyon AML : 959WP139.

Tony Garnier garde souvent la même logique dans ses conceptions et ses constructions. Il s’agit toujours d’une cohérence souvent liée à un certain circuit ; les produits et les bêtes pour les abattoirs, les malades pour l’hôpital. L’architecte respecte dans tous ses projets l’hygiène et le bien être des occupants de l’espace. Il donne une grande importance à l’ensoleillement et l’aération. L’organisation rationnelle de l’intérieure prime et dicte l’aspect extérieur, souvent simple et pauvre en décoration, en faisant recours à des nouveautés techniques. Dans le temps où les architectes utilisent le béton armé et le cachaient sous une façade éclectique, Garnier se libère de cette logique pour en créer un style différent et innovant ; un style moderne et peu commun par rapport à l’architecture courante de l’époque.

Si on veut comparer l’œuvre de Garnier depuis la laiterie du parc jusqu’au son dernier projet, on remarque que ses œuvres évoluent avec le progrès et la rénovation de l’emploi du béton armé ce qui donne que la structure des bâtiments devient de plus en plus légère et qui donne naissance au « plan libre ». La seule animation que Garnier utilisait se manifeste dans la verdure, les plantes grimpantes qui ornementent les façades, les pergolas, les loggias et les balcons. L’architecte insiste sur le jeu des volumes pour créer un dynamisme dans ses constructions ; il recourt aux cages d’escaliers hors-œuvres pour générer un rythme plastique de l’exécute.

Il s’est servi de l’angle droit et encore des formes géométriques variées : octogonal, trapèze et fuseau. L’architecte respecte à chaque fois la forme du terrain. Chaque projet est unique selon son orientation, son implantation, ce qui rend le concepteur sensible aux valeurs du paysage.

2. Contexte géographie : le parc de la tête d’or

2.1. L’espace de la tête d’or avant la vacherie municipale

Le domaine de la Tête d’Or qui se trouve à Lyon se compose, au XVIe siècle de 3 îles principales, séparées par les bras du Rhône : l’île Lambert (ou Vassieux), le bois de la Tête d’Or et l’île Chevaline (nom lié probablement à la présence de pâturage). Ces trois îles évoluent sur un terrain peu propice aux aménagements, recouverts de broussailles et de marécages.

Ces terrains appartenaient à une famille Lambert depuis 1530. En 1570, le domaine a été vendu aux jésuites de la maison de Bellecour et le grand Hôpital de Notre Dame de la Pitié. En 1637, une dame Lambert céda une importante partie de sa propriété à l’Hôtel-Dieu de Lyon et une autre partie était acquise par le même hôpital en 1735. L’Hôtel-Dieu agrandit encore sa possession par la suite et finalement en 1855 le domaine appartenant à l’hôtel-Dieu a été acheté par le préfet Vaisse, qui a mené des travaux de rénovation à la ville de Lyon sous le second empire entrainant ainsi un changement radical dans le paysage urbain pour son projet de parc.

Le préfet C.-M. Vaïsse suggère au Conseil Municipal l’acquisition de l’espace Tête d’Or. Un espace comprenant alors trois sortes de configurations différentes du terrain, une ferme entourée de champs et prairies ; un bois entrecoupé de lônes et de pâturage et un rivage renouvellement gagné sur le Rhône.

Fig. 6. Plan du domaine de la Tête d’Or, Laurent de DIGNOSCYO, 1856. Source : AML 2S0510.

En 1856, le préfet reçoit l’autorisation de créer un parc, demande à l’ingénieur municipale Gustave Bonnet de créer un programme de ce dernier ce qui l’a poussé à se référer à un paysagiste reconnu pour la mission « Denis Bühler ». L’exécution a commencé en 1856 jusqu’en 1862 et qui a inclus le creusement du lac, la création des mouvements de terrain. S’ajoutent à ces travaux, la construction de la clôture, des portails monumentaux, les serres, le jardin botanique et les installations du jardin zoologique. La création du parc a dynamisé la presqu’île, et la postérité de la ville ne dépendait plus de son centre traditionnel.

Fig. 7.Plan du domaine de la Tête d’Or, Laurent de DIGNOSCYO, 1856. Source : AML 2S0510

La mission du paysagiste consistait essentiellement à dresser un plan commenté du parc, le contrôle de la conduite du chantier et la création d’une liste des végétaux essentiels. Denis trace lui-même la plantation des arbres. Le parc demeure avant tout un lieu de promenade et de loisirs avec des constructions offrant des divertissements aux visiteurs : Chalet des Gardes (espace de détente), carrousel, théâtre de Guignol… Mais il prend pareillement l’aspect d’une fonction scientifique et pédagogique par la présence du Jardin Botanique qui apporte la connaissance des plantes médicinales, servant également aux soyeux pour créer de nouveaux modèles floraux.

Le Jardin Zoologique, à son tour, permet aux habitants de venir à la rencontre des animaux. Ce dernier situé à l’est du Parc accueille des animaux domestiques et rustiques qui s’adapteront facilement. Les animaux exotiques arriveront plus tard relevant d’un coût trop important. Les animaux sont donc présents très rapidement au sein du Parc et dès 1858 on peut noter la construction d’une première vacherie.

2.2. La vacherie provisoire de Denis Bühler

L’idée d’une vacherie provisoire au parc était évoquée par un éleveur parisien, E. Gérard, en septembre 1858, qui était en charge de l’entretien des animaux du parc. Cette vacherie est créée à l’origine pour l’entretien et la fertilisation des pelouses par le biais des vaches en gestation. Par la suite, ce bâtiment va épouser une nouvelle fonction dans le but de rentabiliser la production du lait. Et ainsi qu’on décide d’organiser, dès les années 1860, un service de livraison à domicile, un service peu rentable vu le nombre de consommateurs qui passent l’été à la campagne. La vente à domicile devient alors trop coûteuse pour la Vacherie du Parc (matériel et main d’œuvre). La vente est alors annulée du 1er avril au 1er octobre et n’est assurée que 6 mois dans l’année.

D’un point de vue constructif, cette vacherie n’est conçue que de façon provisoire. C’est pourquoi en 1859, E. Gérard décide de visiter des modèles de vacherie différents notamment en Suisse afin d’améliorer le service du Parc. Cette année-là, il dote d’ailleurs la vacherie d’un vacher, en charge de la gestion des animaux, de la traite et des bons soins. Mais c’est en 1860, accompagné de Denis Bühler qu’il va trouver le modèle idéal ; celle de la ferme impériale de Vincennes, qui possède une vacherie remarquable de par son organisation soucieuse de la commodité et de l’hygiène.

Fig. 8. La Ferme Impériale de Vincennes (Barral, 1860).  Source : Pierre-Olivier Fanica,2008, p. 423.

L’histoire de la ferme impériale va nous guider vers la petite histoire du lait et des vacheries à Paris. En effet avant la découverte de pasteurisation, le lait ne pouvait pas être conservé très longtemps ni transporté sur des grandes distances. Les parisiens qui n’étaient pas de gros consommateurs de lait devaient nourrir leurs enfants et c’est pour cette raison que le lait était commercialisé par les laitiers et les crémiers. Cependant le lait vendu était dénaturé soit en enlevant la crème, soit en ajoutant de l’eau et même de la farine.

Devant la consommation du lait qui devient de plus en plus importante avec l’apparition de la mode du café au lait surtout au XIXe siècle, de nombreuses vacheries vont s’installer à Paris. L’état des animaux attachés n’était pas satisfaisant ; des bêtes qui ne sortaient pas de leurs étables que pour se rendre aux abattoirs, les étables étaient mal construites, remplies d’ordures et mal aérées. Cet état funeste était souvent source de plusieurs nuisances et infections sans aucun contrôle vétérinaire. La présence de ces nouvelles vacheries n’améliore pas l’absence de l’hygiène lors de la traite ce qui engendre la transmission de maladies bactériennes (tuberculose, mammite, fièvre aphteuse). Il était commun que le lait soit ‘mouillé’ avec de l’eau ou mélangé avec des anticoagulants ou des antiseptiques.

 En 1855, l’impératrice Eugénie fait construire dans le bois de Vincennes une ferme nommée la Ferme de la Faisanderie. A la fin du Second Empire, la Ville devient propriétaire du domaine. La ferme impériale de Vincennes est alors fondée en 1858, sa vacherie comprend 104 vaches de races suisses et normandes. Les vaches sont divisées en deux rangées et le chemin de fer central de l’étable assure la circulation des chariots qui portent la nourriture des animaux. Les vaches sont attachées par une chaîne à quatre branches : deux qui entourent son cou et deux qui se terminent par des anneaux enfilés sur des piquets permettant de suivre le mouvement de tête de l’animal. Il existe pareillement dans l’étable une auge à rafraichir le lait et un étage desservi par des escaliers qui sert de logement pour les vachers.

Un bâtiment central est dédié à la préparation de la nourriture des animaux. Et aux deux extrémités se trouvent des meules hollandaises pour le traitement du foin. Les personnes en charge des vaches, alors appelées bouviers, sont au nombre de quatre et logés en partie supérieure du bâtiment central, chacun disposant d’une fenêtre leur permettant de contrôler les vaches. Ils se doivent de veiller à la bonne santé des animaux et également de réaliser la traite (deux fois par jour). A noter que le cheptel bovin n’est pas composé uniquement de femelles, les mâles étant placés aux extrémités des travées.

Le coût total pour la construction de la ferme impériale de Vincennes est de 80 000 francs. La ferme est ouverte aux visiteurs qui peuvent venir déguster du lait pur, produit dans la vacherie. La fonctionnalité dans ce bâtiment domine et l’aspect extérieur s’avère simple en se prêtant un langage rural. Une idée que l’on retrouvera quelques années plus tard chez Tony Garnier. En 1861, Bühler, influencé par ce modèle présente un nouveau plan pour la Vacherie du Parc, qui sera alors reconstruite en février 1861 et composée d’une intersection de deux rectangles. Le plan donne l’idée d’une construction en forme de croix, une composition symétrique qui comporte une cour centrale de forme octogonale qui dessert quatre volumes par une allée de 11 m environ.

1) Galerie de consommation ; on y trouve un bureau, une cuisine, une laiterie et une cage d’escalier.
2) Deux étables de part et d’autre qui portent chacune deux rangées de huit places de 1,20m.
3) Huit places de 1m 20 pour les vaches, une chambre (grain et trappe) et une autre pièce ou on y trouve de l’herbe de de l’eau.
4) Trois galeries.

Fig. 9. Plan de la Vacherie, Denis Bühler, 1860. Source : AML 1923 W 001. Modifié par auteur.

Fig. 10. Plan du Parc de la Tête d’or, Claude Joseph de Dignoscyo 1860. Source : AML 2S0510.

Sur le parcellaire datant de 1860 et 1870 on observe bien un bâtiment sur un plan en croix mais accolé à un bâtiment rectangulaire plus imposant. Malheureusement, on ignore si le bâtiment en croix vient s’accoler à un autre existant ou bien s’il s’agit de la réalisation du projet de Denis Bühler après des modifications.

Peu de d’informations subsistent sur cette vacherie, qui sera détruite une dizaine d’année après sa construction, le 6 février 1871. « La vacherie rustique du Parc de la Tête d’or, construite en planches et couverte en chaume a été complètement détruite par un incendie. Le feu s’est déclaré hier matin à quatre heure quarante-cinq minutes et à six heures il ne restait de ce bâtiment que les ferrures des portes. ». Le rapport sur l’incendie nous indique que cette nouvelle construction réalisée par Denis Bühler n’était toujours pas conçue avec des matériaux durables. Suite à cet incident la décision sera prise de ne pas reconstruire la vacherie mais la vente de lait ne s’arrête pas là.

2.3. Transfert du Service de distribution du lait

En effet, le service de distribution du lait ainsi que les vaches sont transférés à la Ferme Lamber(2). Située non loin de la vacherie brûlée, elle se trouve le long de l’allée de la Volière et était présente avant l’aménagement du Parc par Denis Bülher.

La ferme de Lambert était alors un sujet de transformation en bâtiment administratif qui n’aboutira pas et reste telle qu’elle. Au fil du temps, la superficie de la ferme fait de cette dernière un lieu aménageable pour tous types de fonctions. Elle servira dans un premier temps de conservatoire de botanique (accueille les collections durant l’hiver) ; puis de logement (accueille le conservateur en 1858, le Directeur Général du Parc G. Bonnet, les gardes du Parc aménagé dans l’ancienne ferme servant alors d’écurie et d’atelier).

Aujourd’hui, la ferme comprend un herbier de 200 000 parts, une collection (15 000 espèces), une graineterie (environ 1000 spécimens), un laboratoire de conservation des plantes les plus rares et une bibliothèque (6000 ouvrages et revues). Mais après 1871, sa structure ayant conservé les écuries, les vaches y sont transférées. La Ville décide alors de louer le service de laiterie à M. Estienne. Ce dernier doit alors se soumettre au cahier des charges ; payer un loyer pour l’usage de la ferme, ainsi que le droit de pâturage et il bénéficie d’un droit exclusif pour la vente du lait au sein du Parc de la Tête d’Or. Ce bail durera cinq ans et sept mois du 23 mai 1875 à novembre 1880.

Fig. 11. Photographie aérienne. Localisation des différents bâtiments liés au service de distribution du lait. Source : Photographie aérienne, Géoportail.

Outre le monopole du lait au sein du Parc M. Estienne va se voir accorder par la Ville, le droit exclusif de vendre du lait sur les places publiques désignées par l’administration. A la condition de payer un droit de stationnement de 200 francs par an afin d’établir les vaches laitières sur les neufs sites suivants :

Place de Perrache ; de Bellecour ; des Jacobins ; des Terreaux ; du Maréchal Lyautey (ancienne place Morand) ; Raspail (ancienne place des Squares) ; Quai Jean Moulin (ancien quai de Retz) ; place de l’Hôpital ; anciennement place de la Pêcherie (aujourd’hui fondue dans le quai du même nom).

D’un point de vue économique, il est intéressant de constater que c’est sur la place Bellecour que la tasse de lait coûtait le plus cher soit 0.25 francs la tasse de 0.33 litres, alors que sur les autres places la tasse revenait à 0.20 francs. En ce qui concerne la vente au sein du Parc, le coût devait être similaire à la place Bellecour, mais des plaintes successives ont amené à une baisse soit 0.15 francs la tasse de lait.

Il est peu probable que son bail fut reconduit au bout des cinq années, son prix de vente étant considéré trop élevé et son irrespect de l’hygiène sur les places publiques. Le droit exclusif de vente du lait sur les places publiques exigeait un nettoyage des places après le stationnement des vaches par M. Estienne, des critères qui n’ont jamais été respectés. Ce dernier estimant qu’au prix où il payait le stationnement il n’avait pas à faire le ménage.

Il est possible de supposer qu’une autre personne ait repris la vente de lait après son départ. La seule chose certaine c’est qu’en 1880, les bâtiments du rez-de-chaussée de la ferme sont aménagés pour accueillir les gardiens. La décision est alors prise de construire un nouveau bâtiment dans la cour qui servira d’écurie et de fenil. Donc la ferme continue à être le lieu d’accueil des vaches après le départ de M. Estienne.

Il faudra cependant attendre 1904 pour que la Ville de Lyon décide de reconstruire une Vacherie. Mais cette fois-ci dans un contexte socio-historico-politique particulier, car cette dernière serait mise en service afin de produire du lait de qualité pour les enfants nécessiteux des crèches municipales de la Ville.

3. Contexte socio-historique de la création de la Vacherie municipale

3.1. L’industrie laitière : production et distribution

La production et la distribution du lait ont été partagées entre nombreux corps de métiers outre le service de distribution présent au sein du Parc de la Tête d’or dès les années 1860.

Pour la production, deux aménagements se présentent :

  • Soit une étable installée au sein même de la ville gérée par des laitiers nourrisseurs, les citadins se rendent directement à l’étable pour boire leur tasse de lait instantanément sorti du pis de la vache et profiter des bienfaits du lait.
  • Soit les grandes propriétés agricoles situées à l’extérieur de la ville gérées par un propriétaire qui envoie son lait à la ville.

Dans les deux cas, des intermédiaires interviennent entre la production et la vente du lait.

Le collecteur est celui qui intervient au sein des grandes propriétés à l’extérieur de la ville pour récolter le lait qui sera ensuite envoyé par train aux citadins. A son arrivée en gare, le lait est mis entre les mains des patrons laitiers, ces derniers envoient leurs commis récupérer le lait à l’aide de chariots à bras ou à chien. Les commis partent ensuite vendre leur lait dans la cour des immeubles. Le processus est simple ; le premier commis arrivé dans la cour s’annonce par un signal sonore, les ménagères souhaitant du lait se mettent alors à leur fenêtre. Le garçon commis n’ayant plus qu’à gravir les marches de l’immeuble.

Après cette vente directe au consommateur, le lait invendu va à la crémerie, où il est transformé en produit dérivés (beurre, fromage…). La gérante de ce magasin est la crémière, généralement la femme du patron laitier. Sa concurrente première est la laitière, qui récupère le lait dans les vacheries de la ville pour aller le vendre dans les rues. La laitière disparaîtra à la fin du XIXe siècle, la concurrence de la crémière étant trop importante, cette dernière ayant l’avantage d’avoir pignon sur rue. Enfin, au milieu du XIXe siècle avec l’industrialisation de la production du lait, de grosses sociétés vont donc peu à peu prendre le monopole de la production en gérant elles-mêmes presque toutes les étapes : ramassage, conditionnement, transport, distribution. L’une des plus importantes sociétés de production de lait et de ses produits dérivés sera la Société Laitière Moderne. Cette dernière se spécialise, avant la Première Guerre Mondiale, dans l’approvisionnement du lait à Lyon et sur la Côte d’Azur. Le lait qu’elle récolte dans les grandes propriétés agricoles à l’extérieur de la ville est ensuite acheminé dans des stations de transformation-pasteurisation situées à Villars-en-Dombes, Thuellin et Côte-Saint-André.

Une fois arrivé à Lyon par wagon, le lait est concentré à l’usine de la Société Moderne, au 99 cours Gambetta, dans le troisième arrondissement de Lyon. A ce stade le lait y est goûté puis remis au service de livraison, ou re-pasteurisé ou écrémé. Les laits caillés, piqués, invendus deviennent du beurre ou de la pâte molle. Le lait est ensuite vendu grâce aux 90 succursales présentes dans la ville connues sous l’appellation « Le Bon Lait ».

Il ne faut cependant pas omettre qu’autour de la vente de ce produit, émerge la question de l’hygiène du lait. Car si au XXe siècle le lait et ses dérivés deviennent des produits de consommation de la vie courante, à l’origine ce dernier était avant tout utilisé à des fins médicales. Les vertus médicales du lait vont rapidement être remises en question par les hygiénistes et certains médecins dès le milieu du XIXe siècle.

3.2. L’hygiène du lait, fraudes et législation

En effet dès le XVIIe siècle, le lait cru était prioritairement réservé pour la consommation des malades et des enfants en bas âge. Il était préconisé contre diverses maladies, telles que le typhus et les crises d’angoisses… et était administré de manière variée : absorption naturelle, injection sous-cutanée, collyre…

En ce qui concerne la consommation dans la vie courante, le lait était rarement consommé sous sa forme première, mais plutôt en beurre ou fromage. Dès lors les habitudes alimentaires changent et le vin consommé dès le petit déjeuner est peu à peu remplacé par le café au lait. A côté de cet usage médical et progressivement de la vie courante, les hygiénistes et les médecins vont commencer à s’interroger quant à la possible dangerosité du lait pour l’organisme. Question d’autant plus essentielle qu’il est largement administré aux nourrissons et aux malades, ces derniers n’ayant pas vraiment la capacité de résister à un produit douteux.

A la fin du 19e siècle, les hygiénistes savent que la production d’un lait pur, sans bactérie relève de l’utopie. Le plus important devient alors de produire le lait le moins souillé possible. Cela passe par différentes prises de conscience :

Dans un premier temps, on met l’accent sur l’état hygiénique des lieux de traites et de vente de ce produit. Différents témoignages attestent de leur situation hygiénique pitoyable même encore au début du XXe siècle.

En 1907, Charles Porcher(3), alors professeur d’école vétérinaire, dit avoir vu à Lyon, « du linge plus ou moins propre en train d’abord de s’égoutter, puis de sécher au-dessus des pots de lait ». D’autres témoignages viennent remettre en cause jusqu’à l’hygiène même du vacher ou du responsable de l’étable qui vient traire les vaches sans avoir pris la peine de se laver les mains, encore moins de laver les pis des vaches alors recouverts de bactérie…

Les pensées vont commencer à évoluer avec certaines découvertes majeures notamment grâce à la relation qui va être reconnue autour des années 1910, entre la tuberculose bovine et humaine. Dès 1920, la pasteurisation du lait permet de réduire la mortalité infantile due à M. bovis, et l’année suivante, Léon CALMETTE (1863-1933) et Jean-Marie GUÉRIN (1872-1961) proposent leur vaccin vivant atténué, le BCG, obtenu par passages répétés sur pomme de terre biliée depuis 1908.

Il faut savoir qu’à la fin du XIXème siècle cette maladie est responsable d’environ 150000 morts par an en France et que faute de connaissance, le soin administré aux personnes atteintes de tuberculose est généralement le lait. Dès lors que la contamination de l’homme par l’espèce bovine sera établie, la solution première va résider dans la suppression progressive des cheptels contaminés.

Le vaccin efficace contre la tuberculose bovine et humaine est créé en 1908. Petit à petit les étables et autres lieux de vie des bovins sont soumis à la tuberculination, un test qui permet de vérifier si l’animal est atteint ou non de la tuberculose et de procéder à son élimination si le test s’avère positif. Dès 1905, lors du deuxième congrès international de la laiterie, différentes solutions sont proposées afin de lutter contre cette maladie mais également afin d’améliorer l’hygiène au sein des structures laitières.

Les propositions avancées sont les suivantes :

  • Élimination des vaches réagissant à la tuberculine ;
  • Sensibilisation des agriculteurs et des pouvoirs publics ;
  • Enseignement de l’hygiène de la production dans les écoles d’agriculture ;
  • Mise en place de structures locales conformes aux mesures d’hygiènes attendues dans les étables.

En ce qui concerne ce dernier point, l’hygiène attendue dans les étables nous est décrite par Charles Porcher en 1916(4), à savoir un cheptel bovin sain afin de limiter la tuberculose, un apport alimentaire de qualité et de quantité suffisante dans le but de produire un lait de meilleure qualité, un environnement propre pour les vaches : air, lumière, sols faciles à laver, abreuvement individuel pour limiter les contaminations, traite réalisée en dehors de l’étable, vacher propre, mamelle nettoyée avant la traite. Après la traite, le lait doit être refroidi sur un radiateur à eau fraîche, puis placé dans des bidons propres conservés au frais jusqu’à l’embarcation. La tuberculination est une mesure préventive, permettant la non-contamination de l’homme. Cependant d’autres découvertes vont permettre l’amélioration de la qualité du lait.

Au milieu du XIXe siècle, les progrès de la chimie sont considérables pour la technologie laitière, notamment avec les découvertes pasteuriennes. La pasteurisation dont le procédé est attribué à Louis Pasteur en 1865, était à l’origine utilisée pour la conservation du vin afin de détruire les germes et favoriser sa conservation.

La technique de pasteurisation appliquée au lait consiste en la destruction de sa flore banale, et de la flore lactique acidifiante, sans nuire à la structure physique du lait, lui laissant ainsi toutes ses vertus (éléments biochimiques, vitamines…) et ce par un emploi contrôlé de la chaleur. La pasteurisation permet donc d’éliminer une grande partie des bactéries présentes dans le lait.

Dans un premier temps, elle fut employée dans le domaine laitier non pas afin de répondre aux besoins hygiénistes, mais il s’agissait en réalité « d’un artifice industriel des entreprises laitières »(5). En effet avec l’évolution urbaine, l’industrie laitière, et l’hygiénisme, les troupeaux sont peu à peu transférés vers les banlieues. Le transport du lait prend alors une ampleur importante, et la conservation du lait durant le trajet devient essentielle. Ce dernier doit conserver son aspect liquide jusqu’à son arrivée chez le consommateur. La destruction des flores banales et lactiques acidifiantes obtenues par la pasteurisation permet au lait de garder un aspect esthétique engageant, en évitant son caillage.

Par ailleurs en parallèle de la pasteurisation, sur un mode quasiment similaire, Nicolas Appert(6) en 1795, invente le processus d’appertisation ou stérilisation, qui consiste en la conservation des aliments en chauffant au bain marie le contenu et le contenant. Cette découverte appliquée au lait permet sa conservation, et empêche une contamination ultérieure du produit. Bien sûr, ces techniques ne vont pas connaître un succès immédiat, de nombreux médecins à la fin du XIXème prônent encore les vertus inconditionnelles du lait cru, la chauffe étant perçue comme un facteur de perte des qualités du lait. Il faudra attendre 1928 pour que la pasteurisation du lait devienne obligatoire.

Afin de faire appliquer ces connaissances par les producteurs de lait, des moyens sont mis en place afin d’enseigner et de prévenir des bases de l’hygiène aux propriétaires de cheptel bovin (maladies transmissibles à l’homme, processus de stérilisation, propreté d’une étable…). Mais faute d’une législation adéquate en parallèle, les nouvelles découvertes et les règles hygiéniques ne sont que des conseils donnés aux producteurs, ces derniers n’ont aucune raison de les appliquer, d’autant plus que ces règles mises en application, prennent du temps et coûtent de l’argent.

C’est pourquoi faute de contrôle et d’obligation, le lait de mauvaise qualité reste très présent, même au début du XXe siècle, vendu aux classes pauvres et généralement mélangé à des produits douteux afin d’en vendre une plus grande quantité.

Au XIXe siècle on parle alors de fraude par mouillage, qui consiste à rajouter de l’eau au lait, ce qui a pour effet de réduire la qualité du lait mais permet la vente d’une plus grande quantité. Et afin de pouvoir ajouter le plus d’eau possible, on tente d’épaissir le lait avec de la farine, de l’amidon, de la craie, voir du plâtre.(7)

A noter également que faute de législation, jusque dans les années 1900, l’utilisation de substances chimiques (formol, acide borique, acide salicylique) pour éviter la tourne du lait et masquer les fraudes est courante.

Ces fraudes sont connues de tous, et la dangerosité du lait ne passe pas inaperçue. Scandale majeur qui amène les journaux satiriques du début du XXe siècle à écrire sur le sujet, tel que l’Assiette au beurre en 1912 qui publie un numéro spécial sur les Falsificateurs de lait. Ces caricatures témoignent du début d’une prise de conscience sur la dangerosité de ce produit, sur la malhonnêteté des producteurs et des vendeurs.

D’autant plus scandaleux qu’aucune mesure efficace ne semble être prise contre les producteurs et vendeurs de lait, pourtant responsables de mortalité infantile.

En ce qui concerne la législation sur les fraudes et donc sur l’hygiène, les lois sont difficiles à mettre en place.

Le 1er août 1905, loi sur la répression des fraudes qui classe comme délit et punit toutes les manœuvres qui rendent le lait insalubre. C’est la seule loi contrôlant la production laitière, qui est d’ordre répressif. Mais l’efficacité d’une loi sur l’hygiène du lait se révélerait dans des mesures préventives.

Le décret du 22 janvier 1919 organise le service d’inspection des fraudes. Malheureusement les pouvoirs publics ne semblent toujours pas sensibilisés aux soucis de salubrité du lait et de son contrôle hygiénique.

Le décret du 25 mars 1924, pris conformément à l’article 11 de la loi de 1905 explique que ne peut être considéré comme lait propre à la consommation : tout lait coloré, malpropre ou odorant ; tout lait contenant du colostrum ; tout lait provenant d’animaux mal nourris et surmenés, tout lait provenant d’animaux atteints de maladies dont la nomenclature sera donnée par le ministre de l’Agriculture après avis du Comité consultatif des épizooties.

La circulaire du 15 mars 1927 permet d’assurer un contrôle officiel sur les fraudes ainsi qu’une surveillance des étables par des vétérinaires. Une mesure qui reste malheureusement facultative et sans avantage pour le producteur qui n’a donc aucune raison de s’y soumettre.

Dans ces conditions, il s’avère presque impossible d’obtenir un lait sain, principalement de la part des petits producteurs. C’est pourquoi dès le début du XXe siècle l’avis général est plus favorable aux industries laitières, qui s’applique plus particulièrement à répondre aux préoccupations hygiénistes de l’époque et qui par des moyens plus importants peuvent se munir de la nouvelle technologie laitière permettant la stérilisation du lait et évitant ainsi sa contamination. Les hygiénistes prévoient alors la disparition progressive des nourrisseurs au profit de l’industrie laitière.

Fig. 12. L’Assiette au beurre, Benjamin Rabier, 1902. Source : BNF-Gallica

Fig. 13. L’Assiette au beurre, Camille Lefèvre, 1902. Source : BNF-Gallica

3.3. Début d’une réflexion sociale autour du nourrisson, XIXe-XXe siècle

Le lait au XXe siècle est perçu comme un produit à la fois nécessaire mais également dangereux. D’autant plus pour les familles pauvres qui ne sont pas en mesure de payer le prix suffisant pour un lait de bonne qualité.

Malheureusement, les premiers à pâtir des problèmes d’hygiène du lait (bactérie, maladie…) sont les enfants en bas âge. Malgré tous les dangers dont il est porteur il reste l’un des premiers éléments nutritionnels des nourrissons. Le contrôle de l’hygiène du lait va devenir d’autant plus important que dès le début du XXe siècle le souci de dénatalité commence à inquiéter : la population française vieillit. Il devient alors primordial de diminuer la mortalité infantile et donc de tout mettre en œuvre afin de prendre soin au mieux des enfants.

Cela passe bien entendu par un environnement et une alimentation saine.

Cette inquiétude pour l’enfant commence dès le XIXe siècle, après la révolution industrielle, les familles rurales vont émigrer vers les villes, les femmes se retrouvent alors dans les usines et la garde devient un point clé pour le bon développement de l’enfant. Ce dernier étant généralement soit abandonné, soit amené au travail où il sert de main d’œuvre dans des conditions exécrables, pour des travaux dont il ne possède pas la capacité. Dans les deux cas sa vie est considérablement mise en danger.

C’est principalement sur la question de l’abandon que va découler la réflexion de la prise en charge d’un enfant. La garde d’enfant n’est cependant pas une nouveauté, les premières règlementations pour les nourrices datant de 1545.

Les familles ouvrières possèdent alors plusieurs alternatives concernant la garde de leur enfant. Le plus prisé de tous étant la nourrice. Bien qu’elle ait une très mauvaise image malsaine et sale, elle est la moins onéreuse et les enfants alors emmenés loin de leur famille pendant les 4-5 premières années de leur vie deviennent un souci moindre pour leurs parents. Le taux de mortalité était élevé, cause de cupidité et de négligence.

Une autre alternative est possible ; celle des gardeuses ou serveuses, en charge de l’enfant durant la journée. Mais là encore la profession souffre d’une très mauvaise publicité, les espaces de garde étant généralement insalubres et les gardiennes peu soucieuses de l’enfant ; des conditions qui vont jusqu’à entrainer des décès.

Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que la mortalité infantile devienne un problème national de par les enjeux démographiques et sociaux, la cible du problème étant alors la garde de l’enfant et l’allaitement. Cette prise de conscience va permettre l’aboutissement d’une loi en 1847 qui permet de penser l’enfant autrement entraînant la dotation d’une structure de protection médicalisée en France.

Le contexte socio-politique du milieu du XIXe siècle amène une partie de la classe ouvrière à lutter contre l’ignorance afin de mieux se défendre contre le patronat. En parallèle les philanthropes bourgeois créent des associations pour venir en aide aux nécessiteux.

La révolution industrielle et le développement du prolétariat urbain favorise l’implantation de la doctrine socialiste fondée sur une volonté d’une juste organisation sociale en réponse à la pauvreté des classes populaires. De ce contexte va peu à peu émerger l’idée qu’une des solutions aux problèmes se trouve dans l’éducation du jeune enfant.

Théories, pensées de l’éducation, expériences d’éducation collectives vont alors se succéder pour aboutir en 1844 à l’ouverture de la première crèche que l’on doit à Firmin Marbeau l’homme politique, le jurisconsulte et le philanthrope.

La naissance des crèches repose sur plusieurs facteurs. Le premier d’entre eux étant l’ordonnance du 27 décembre 1837, qui stipule que les salles d’asiles (qui peuvent se rapprocher des écoles maternelles d’aujourd’hui) sont désormais sous le contrôle du maire d’arrondissement en tant que Président du comité local d’instruction primaire.

Marbeau va réaliser alors un rapport sur les salles d’asiles du premier arrondissement de Paris et se rendre compte de l’absence d’un système intermédiaire prenant en charge l’enfant, entre l’aide aux femmes en couches et les asiles. Emerge alors l’idée des crèches collectives pour les enfants âgés de 0 à 2 ans.

Encouragées dès ses débuts par la presse, par l’autorité administrative, par l’autorité religieuse et par l’Académie française, les idées de Marbeau se propagent vite. La première crèche est ouverte le 14 novembre 1844, et porte le nom de crèche de Chaillot. Cinq crèches furent ouvertes à Paris en 1845 et huit en 1846.

Cette même année, la Ville de Lyon crée la Crèche de Saint-Paul et la confie aux sœurs de Saint-Vincent de Paul. En 1850 une deuxième crèche est créée, sur la paroisse de Saint-Polycarpe.

Ces institutions mettent tout en œuvre afin de répondre aux besoins de l’enfant (soin, éveil, nutrition, hygiène).

Les enfants sont accueillis à la crèche uniquement durant la journée. La mère prenant en charge son enfant la nuit, le dimanche, et tous les jours où elle ne travaille pas.

D’un point de vue hygiénique les mesures prises sont satisfaisantes, l’air des salles est complètement renouvelé lorsqu’elles sont vides. Afin d’éviter au mieux les épidémies, les enfants malades ne sont pas reçus au sein de l’établissement. Le nombre des enfants est limité en raison du volume d’air des salles ; les soins et l’alimentation de l’enfant sont plus réguliers qu’au sein de leur famille ; une visite fréquente du médecin est assurée dans les crèches assurant ainsi les soins et l’hygiène. Dans toutes les crèches, les enfants qui sont amenés régulièrement sont généralement mieux portants que les autres.

La conclusion s’impose d’elle-même ; les enfants élevés à la crèche ont plus de chance de vivre que s’ils sont envoyés chez une nourrice ou même gardés par leurs mères.

D’un point de vue économique la crèche est par ailleurs la meilleure solution. Le prix est toujours inférieur au salaire de l’ouvrière et peut-être réduit si nécessaire.

  En parallèle des crèches municipales, des œuvres privées viennent en aide aux enfants nécessiteux. A Lyon elles sont d’ailleurs nombreuses : Les Consultations Budon-Fabre (créé en 1905, pourvoit aux apports en lait), la Société Protectrice de l’Enfance, l’Œuvre des Poupons des Brotteaux (crée en 1907, encourage l’allaitement maternel)(8).

C’est dans ce contexte de prise de conscience des besoins de l’enfant et du courant hygiéniste que la Ville de Lyon va prendre la décision d’une installation complète afin de produire du lait sain, au sein du Parc de la Tête d’Or.

4. La vacherie municipale entre utopie et réalité

C’est en 1903 que le projet d’une Vacherie au sein du Parc de la Tête d’Or va commencer à être réfléchi par Messieurs Gérard, Directeur du Service des Cultures ; Roux, Directeur du Bureau d’Hygiène et Deruelle vétérinaire, située sur la pelouse limitée par les allées du Parc aux moutons, de la Volière et de l’Orangerie. L’idée principale étant de proposer aux crèches municipales de la Ville un lait sain pour subvenir aux besoins des enfants en bas âges.

4.1. Sélection des bénéficiaires au projet social de la Ville

La question des choix des bénéficiaires du lait stérilisé se présente sous deux côtés :

  • Un côté « assistance » et un côté « hygiène »(9)
  • De point de vue « assistance » il faut que les parents de l’enfant soient indigents ou tout au moins dans une situation de fortune qui ne leur permet pas de se procurer une quantité suffisante de lait à leur propre frais.
  • De point de vue « hygiène », la mère ne doit pas être en capacité de nourrir elle-même son enfant. Le lait maternel étant de loin le lait le plus sain. Un enfant en bonne santé ne pourra bénéficier du lait de la Vacherie municipale.

Le mode opératoire mis en place afin de sélectionner les enfants est le suivant :

Les mairies d’arrondissements réalisent une enquête des demeures qui, de point de vue de l’assistance pourraient recueillir un avis favorable. Le dossier constitué est alors transmis à la mairie centrale. Le bureau d’hygiène s’occupe alors de faire passer une visite médicale à la mère et à son enfant. Cette consultation permet ensuite au bureau d‘hygiène de réaliser un classement des enfants en fonction de leur besoin et de leur âge. Lorsqu’un enfant ne nécessite plus les services de distribution du lait, le bureau d’hygiène envoie à la mairie centrale un bulletin de radiation. Afin de faciliter le contrôle de cette distribution, les directrices des crèches par l’intermédiaire du bureau d’hygiène doivent rendre compte des acceptations et de radiations d’enfants au sein de leur établissement à la mairie. Enfin, afin de ne pas accepter plus de bénéficiaires que la Vacherie puisse fournir du lait, la mairie centrale établit des fiches qui lui permettent de vérifier si la distribution du lait correspond à la production de l’étable. Si dans l’idée la Vacherie municipale relève d’un projet social de bonne intention, dans les faits il se révèle n’avoir pas assez été étudié ; une quantité de production inférieure à la demande, économiquement peu intéressant et finalement une qualité de lait qui ne répond pas aux attentes espérées.

4.2. La réalité de la Vacherie

La première critique que l’on peut apporter à la vacherie c’est sa production insuffisante de lait pour répondre à la demande.

Les crèches municipales approvisionnées par le lait de la Vacherie sont pourtant nombreuses. Mais la production revient à 350 enfants environ contre 3000 enfants qui naissent chaque année dans la même classe sociale.(10)

Dès 1908, une cinquantaine d’enfants attendent leur admission au bénéfice du lait stérilisé après visite médicale. Et en 1911, 491 enfants bénéficient du service gratuit de la Vacherie, laissant 80 demandes en souffrance.

Cette augmentation de la demande de production pose bien évidemment problème au niveau économique.

 En effet ce constat est mis en évidence par C. Porcher, G. Birbis et C. Morel en 1916 dans leur ouvrage sur l’approvisionnement de Lyon en lait. Dans lequel ils exposent les budgets de la vacherie municipale en 1913 et en 1914.

Le budget total de 1913, comprenant le coût du personnel ainsi que le matériel et les dépenses diverses s’élèvent à 60 250 francs et à 70 300 francs en 1914. Le budget reste donc à peu près égal entre ces deux années, pour un cheptel de 35 à 40 vaches, produisant 300 à 350 litres de lait. Cependant ces chiffres sont bien loin de ceux prévus par le maire dans son premier rapport qui pensait économiser 10 000 francs sur les 25 000 antérieurement dépensés pour obtenir le lait stérilisé nécessaire aux enfants pauvres des crèches.

Finalement le lait fourni par la Vacherie du Parc revient à 0.75 francs le litre, bien loin des 0.20 francs maximum prévu à l’origine. (Soit les chiffres suivants : Entretien d’une bête : 2francs/jour = 730 francs/an – Prix de vente d’un veau de 8 jours : 50 francs -Prix final de l’entretien d’une bête : 730-50 = 680 francs/an Production de lait : 2880 litres/an -Coût du litre : 680/2880= 0.235 francs le litre)

D’autant plus que la Vacherie ne produisant pas une quantité suffisante de lait, la Ville est obligée dès 1908 de compléter la production et donc d’acheter une trentaine de litre journalier à un certain Mr. Clerc, laitier, au 54 rue de Sezè à Lyon à 0.27 francs le litre(11). Un achat jugé toujours insuffisant, l’achat de lait complémentaire nécessaire est estimé plutôt à 60 litres par le bureau d’hygiène afin de répondre à la demande.

Se pose malgré tout, la question de la qualité du lait à la Vacherie, est ce que cette dernière répond aux attentes de ceux qui l’ont pensé ? Produit-elle un lait « hygiénique » ?

La Vacherie municipale va faire l’objet de contrôle renforcé sur la qualité du lait vers 1911. En cause, plusieurs échantillons de lait prélevé mettent en évidence un lait pauvre en matière grasse. Ce problème a un impact d’autant plus important, que les enfants qui en bénéficient ne prennent pas de poids. Dès lors l’inspecteur principal, chef du service des substances est sollicité afin de réaliser des prélèvements à l’improviste, dans le but de démasquer rapidement les responsables des fraudes s’il y en a(12).

1) 18 rue Imbert Colomès, 69001 Lyon. 2) 72 rue de la Charité, 69002 Lyon. 3) 17 rue du Béguin, 69007 Lyon. 4) 233 rue Vendôme, 69003 Lyon. 5) 8 rue d’Isly, 69004 Lyon. 6) 11 rue Roquette, 69009 Lyon. 7) 6 quai Fulchiron, 69005 Lyon. 8) 92 rue Vendôme, 690a06 Lyon.

Fig. 14. Localisation des crèches municipales bénéficiant du service de distribution de lait stérilisé de la Vacherie municipale, 1906. Source : Photographie aérienne, Géoportail.

Bien entendu ces démarches ne plaisent pas à tout le monde, notamment le vétérinaire en charge de la Vacherie, qui y voit là des accusations hâtives n’apportant que des suspicions et entachant quelque peu son nom. Le lait va malgré tout subir plusieurs contrôles à l’improviste, la constatation finale étant que le lait est probablement additionné à de l’eau au vu de sa pauvre qualité.

Cependant l’hypothèse n’est pas à exclure qu’une partie du lait faible en matière grasse retrouvée dans les crèches provienne du laitier, qui est livré directement aux crèches sans passer par la Vacherie, empêchant alors le contrôle du lait. On se rend compte alors que d’un point de vue de l’hygiène tout le lait adressé aux enfants nécessiteux ne fait pas l’objet d’un contrôle suivi.

La Vacherie est donc critiquée de part une mauvaise connaissance du coût de l’opération de la part de la Municipalité, ainsi qu’une absence d’étude antérieure réalisée qui pourrait permettre une estimation du nombre d’enfants nécessitant ce lait. Le bâtiment va d’ailleurs rapidement poser problème du point de vue de sa taille, jugé trop petit pour accueillir un nombre suffisant de vaches.

Le projet d’origine pensé par Messieurs Gérard, Directeur du Service des Cultures ; Roux, Directeur du Bureau d’Hygiène et Deruelle vétérinaire est une construction permettant un contrôle entier, de la production jusqu’à la distribution. Elle comprend différents locaux pour la stérilisation du lait, le lavage et la mise en bouteille, le stockage des flacons ; un logement pour vacher ; un local d’isolement pour 3 vaches ; des entrepôts de betteraves et autres produits alimentaires en sous-sol ; un fenil (bâtiment pour conserver le foin) et une partie étable.

4.2. Les projets pour la Vacherie du Parc

Deux architectes vont répondre à cet appel et proposer un projet suite aux instructions données.

Le premier projet est proposé par A. Duret, l’architecte divisionnaire de la 3ème circonscription, le 30 janvier 1904(13)

Il comprend :

  • Une étable pour 40 vaches, avec dépendances, cuisine pour la nourriture des animaux, deux chambres pour les vachers, un logement de 3 pièces pour le vacher chef, une cave pour grains et légumes, un hangar à matériel, une étable d’isolement et un fenil (espace pour entreposer le foin).
  • Des locaux pour le service de stérilisation du lait comprenant un bureau, une salle de réception et de lavage des bouteilles, une salle pour la mise en bouteilles, un vestiaire lavabo pour le personnel, une salle pour les appareils de stérilisation avec dépôts de charbon, une salle de distribution, et une cave pour la verrerie.
  • Une cour avec dépôt couvert pour le fumier et la fosse à purin.
  • Au premier étage : on trouve six chambres aménagées au niveau des espaces latéraux de la surface et une large zone centrale réservée à la conservation du foin.

Fig. 15. Plan du rez-de-chaussée et étage, A. Duret, 1904. Source : AML 1140WP/100.

Cette construction est pensée avec beaucoup de simplicité, mais avec des matériaux durables, ainsi que des aménagements répondant aux prescriptions de l’hygiène :

  • Les mangeoires de l’étable (maçonnerie et ciment) seraient pourvues de robinet d’eau chaude et d’eau froide, une canalisation spéciale conduirait à la fosse les eaux de lavage de ces mangeoires et le purin.
  • Le sol serait en ciment rayé à fougère et les murs enduits en ciments poli sur 1.75m de hauteur, le surplus enduit au mortier de chaux hydraulique.
  • Le plancher couvrant l’étable serait en béton de ciment armé, les murs et les ciments badigeonnés à la chaux.
  • Les dépendances de la vacherie et tous les locaux du rez-de-chaussée à l’exception du bureau du Service de la stérilisation du lait, auraient leur sol en ciment et leurs murs badigeonnés.
  • Les aménagements de la cuisine de la vacherie comportent un fourneau à thermosiphon pour la fourniture de l’eau chaude aux mangeoires.
  • Les W.C. à chasse d’eau seraient reliés à la fosse à purin
    (Des siphons interrupteurs sont prévus sur toute la canalisation conduisant à cette fosse)
  • La cour serait pavée de pavé de demi-échantillon et s’ouvrirait par deux larges portails sur la pelouse à affecter au pâturage des animaux.

Ce projet présenté par A. Duret, répond aux attentes des initiateurs du projet mais le devis à la somme s’élève à 105 913, 50 francs (comprenant imprévus, honoraires de l’architecte et frais agence, somme probablement réduite par les rabais d’adjudication), un total beaucoup plus important que celui envisagé par la ville.

Il est intéressant de noter que deux dessins différents étaient présents au sein des archives, visiblement reliés à des saisons différentes, l’un représentant la vacherie en hiver, et l’autre au printemps ou en été, la végétation étant beaucoup plus dense que sur le dessin précédent où les arbres sont dépourvus de feuilles.

Fig. 16. Façade de la Vacherie (Hiver ), A. Duret, 1904. Source : AML 1140WP/100.

Fig. 17. Façade de la Vacherie (printemps-été), Duret, 1904. Source : AML 1140WP/100

L’hypothèse que nous avançons ici, compte tenu des dates, et que A. Duret aurait proposé un premier dessin, représentant la Vacherie en hiver et l’aurait adressé au maire de Lyon fin janvier 1904. Tony Garnier en revanche propose son projet au mois d’août de la même année. Il est donc possible qu’entre temps A. Duret ait cherché à améliorer son projet de base ou à proposer une autre alternative plus tardive.

Cependant, si au niveau de la distribution interne les plans du rez-de-chaussée sont identiques, ceux de l’étage sont différents. Le plan correspondant à celui dressé en hiver se compose d’un vaste espace central pour la réserve de foin, et de plusieurs chambres aménagées sur les côtés. Le plan de la Vacherie réalisé en été conserve l’espace central pour le fenil, mais l’architecte n’assigne pas de fonctions aux espaces latéraux. Peut-être qu’après consultation de la proposition de Tony Garnier, A. Duret a tenté de proposer un projet plus économique en limitant les travaux et donc en laissant des espaces vides pour des aménagements futurs et en proposant une façade plus simple, avec moins d’ouvertures au niveau de la toiture, la suppression des avant-corps latéraux s’élevant sur deux étages et donc une simplification de la couverture. Mais toute cette réflexion reste de l’ordre de l’hypothèse.

5. Le projet de la vacherie municipale de Tony Garnier

5.1. L’avant-projet architectural, définition du programme et conception

Après ses quatre années d’études passées à la villa Médicis à Rome, Tony Garnier va se voir confier dès son retour à Lyon, son tout premier projet, celui de la Vacherie municipale de Lyon. C’est ainsi qu’il propose le 30 août 1904 un plan comprenant :

  • Une étable pour 40 vaches, une chambre à coucher et de surveillance, une cuisinière pour le vacher, une cuisine pour la préparation de la nourriture des animaux, une cave pour tourteaux, graines et légumes, fenil, remise et WC pour le personnel.
  • Des locaux pour le service de la stérilisation du lait ayant un bureau, une salle de réception et de lavage des bouteilles avec dépôt de verrerie, une salle pour la mise en bouteilles avec vestiaire et un lavabo pour le personnel, une salle pour les appareils de stérilisation avec dépôts de charbon, une salle pour le dépôt et la distribution des bouteilles prêtes. Des combles.
  • Une cour dont une partie pavée, dépôt de fumier (couvert), fosse à purin, une étable d’isolement.

« La construction conçue avec le plus de simplicité possible, répond aux prescriptions d’hygiène et aux besoins de solidité et de durée. Elle est en outre disposée pour être facilement extensible » (Projet Tony Garnier adressé à Monsieur le Maire de Lyon, 1904 AML 1140WP/100)  

  • Les mangeoires de l’étable en ciment seraient pourvues de robinet d’eau chaude et d’eau froide, des canalisations spéciales conduiraient à la fosse les eaux de lavages des mangeoires et le purin.
  • Le sol de 60cm au-dessus du sol extérieur serait dallé en plots vitrifiés et les murs enduits au ciment poli sur une hauteur de 1m75.
  • Le plancher couvrant l’étable en ciment armé, murs et plafonds badigeonnés à la chaux.
  • Les dépendances de la vacherie et tous les locaux du RDC à l’exception du bureau et du logement du vacher auraient leur sol en ciment.
  • Les aménagements de la cuisine de la vacherie comportent un fourneau à thermosiphon pour la fourniture de l’eau chaude aux mangeoires. La cour pavée en pavés de demi-échantillon est entourée de barrières de bois et de haies de plantes taillées.
  • Les haies, le lierre qui couvrirait les murs des bâtiments et les pots garnis de plantes situés sur les pignons des murs formeraient une décoration simple en harmonie avec la destination et le lieu où sont situés les bâtiments.

Ce dernier élément est important, Tony Garnier pense l’esthétique de la Vacherie selon son environnement et sa fonction. Le résultat est très simple, contrairement à celui de Duret, beaucoup plus chargé.

Le projet de Tony Garnier est évalué au devis à la somme de 69 344,90 francs.

Les deux projets, celui de Duret et celui de Garnier, vont être pensés dans la même idée mais avec un souci de l’économie du chantier bien plus important chez Tony Garnier. C’est d’ailleurs pour cela qu’il va se voir confier la réalisation de la Vacherie municipale de la Tête d’Or.

Cependant sa première proposition va être étudiée et quelques remarques vont être émises sur le projet notamment en ce qui concerne l’aération de l’étable, l’éclairage, ainsi que la superficie des espaces.

L’extrait du rapport du conseil des Bâtiments Civils (AML 1140WP/100) nous indiquent qu’il serait préférable d’aménager plus de fenêtres pour l’aération et l’éclairage de l’étable. En effet avec une longueur de 32 mètres, une largeur de 11m et une élévation de 3.30m l’étable est éclairée seulement par huit baies de 1.25m de largeur par 0.50m de hauteur.

Le logement du vacher paraît très réduit, un homme seul ne parviendrait pas à gérer la Vacherie (soin, traite, nourrir, nettoyer).

Il est noté également l’importance de prévoir un auvent sur la façade ouest pour abriter les voitures pendant le chargement des bouteilles ainsi que l’insuffisance de largeur de plusieurs portes de communication dans ces services.

D’une manière générale les locaux réservés à ces divers usages sont estimés trop réduits pour les manipulations et les opérations diverses de la stérilisation du lait produit par une quarantaine de vaches nécessitant un nombre d’employés important.

Et il s’avère nécessaire pour parvenir à une surveillance de jour comme de nuit, d’engager un vacher marié, ainsi que des aménagements prévus pour sa famille d’où la nécessité de prévoir au premier deux petites chambres.

C’est ainsi que le 7 janvier 1905, Tony Garnier présente le projet d’agrandissement des services de la Vacherie[1], comprenant :

  • Deux chambres au premier étage pour le logement du vacher, dont la cuisine serait au rez-de-chaussée, ce qui laisserait une salle réservée aux vachers durant la journée ainsi que la salle de garde d’étable pour la nuit, toutes deux au RDC.
  • Création d’un second WC.
  • Agrandissement des vestiaires, lavabo en dehors du service de manipulation du lait, du dépôt de charbon, de l’étable d’isolement ; ainsi que du dépôt de fumier et de la fosse à purin.

Le projet d’agrandissement est évalué à 7000 francs environ.

Et une fois lancé, le préfet du Rhône va autoriser « en raison de l’urgence (…) la mise en adjudication publique des travaux, à l’exception de ceux concernant la fumisterie, la plomberie, l’électricité et la clôture qui feront l’objet d’une adjudication restreinte, et réduis à 15 jours le délai de publication et d’affichage concernant cette opération ». (AML 1140WP/100). Le caractère urgent relève bien évidemment de la fonction du bâtiment, à savoir la distribution gratuite de lait stérilisé aux crèches municipales de la ville.

Et c’est ainsi que le chantier va être lancé à la fin de l’année 1904.

5.2. Analyse rapport plan/ façade

En effet Tony Garnier a pensé une architecture fonctionnelle et pas à une esthétique, pas même pour la façade.

Fig. 18. Mise en parallèle du plan et d’élévation est, Tony Garnier, 1904-1905. Source : AML 1140WP/100 Modifiée par auteur.

Si l’ensemble des fonctions est aménagé dans un bâtiment d’un seul tenant, l’organisation interne se lit sur la façade. Rythmé selon la règle 2/3 – 1/3, l’espace central placé entre le service de stérilisation et l’étable se matérialise en façade par un avant corps décentralisé, qui rompt l’amplitude de l’élévation par la hauteur de son fronton. Cet élément sépare visuellement les deux fonctions principales du bâtiment, l’étable et l’espace de stérilisation.

En ce qui concerne la partie du service de stérilisation les fenêtres sont aménagées au niveau du bureau et de la zone de mise en bouteille. En revanche la disposition des machines de stérilisation ne permet pas une ouverture sur ce côté-là de la façade.

Les ouvertures sont donc réparties selon les fonctions présentes dans le bâtiment et non pas selon une composition de façade.

Fig. 19. Façade rythmée selon la règle de 1/3 -2/3. Source : AML 1140WP/100, modifiée par auteur.

En ce qui concerne la partie réservée à l’étable, deux portes permettent l’accès. La répartition des fenêtres est réalisée d’une manière symétrique par rapport à celles-ci. A noter cependant que cet espace est également marqué par la reprise du pignon à redents, dans des dimensions beaucoup plus modestes et placées au niveau des combles, marquant une sorte d’axe central de l’étable.

C’est comme si la vacherie avait été pensée en deux bâtiments distincts qui auraient ensuite été accolés l’un à l’autre. Mais cela n’empêche pas à la façade d’avoir une réelle unité dans sa simplicité

Malheureusement, malgré une construction bien pensée en termes de matériaux, de fonctionnalité, de simplicité, la Vacherie ne possède pas un espace suffisamment conséquent pour pouvoir s’agrandir.

5.3. Organisation interne de la Vacherie : plan et fonction

Ce plan permet de se rendre compte de la division du bâtiment en 3 espaces bien distincts, l’étable permettant d’accueillir les quarante vaches, le service de stérilisation pour le traitement du lait et entre ces deux parties un espace personnel aménagé pour le vacher ainsi qu’une partie pour la cuisine des animaux.

Le plan nous montre pareillement une réflexion bien soucieuse des différents circuits au sein de la vacherie. Il s’agit d’un circuit bien déterminé du lait qui commence de l’étable en finissant par la partie de stérilisation. Pour les entrées, il existe celles réservées au vacher et d’autres dédiées aux animaux.

Fig. 20. Répartition du plan sur 3 parties, les différents circuits et les différentes entrées dans le bâtiment. Source : AML 1140WP/100 Modifiée par auteur.

L’étable se distingue par la facilité de circulation. Les vaches sont en effet installées sur les côtés du bâtiment afin de laisser un espace large central, des espaces de circulations sont placés derrière les vaches également.

La superficie centrale se divise en deux parties. L’aménagement privé réservé au vacher, avec une chambre, une cuisine et des sanitaires ainsi que l’escalier permettant l’accès aux combles, et l’espace réservé à la préparation des repas des vaches ainsi qu’une remise ouverte sur l’extérieur. Dans les archives figurent les plans de la cuisine pour la préparation de la nourriture des vaches avec un fourneau destiné à la cuisine des animaux où on trouve le fourneau, le plan différentiel, le réservoir d’alimentation, et le tuyau de prise d’eau chaude.

La dernière salle correspond au service de stérilisation, elle comprend un vestiaire avec un lavabo ouvert sur l’espace de lavage des bouteilles attenant au lieu de stockage des bouteilles, lui-même placé à côté d’une pièce destinée au stockage de charbon.

En face de ces premiers aménagements on trouve l’espace de stérilisation et de mise en bouteille, et un bureau. Il est cependant intéressant de noter, que le couloir (en violet sur le plan se prolonge entre l’espace central et le service de stérilisation mais s’achève au niveau du bureau et du vestiaire.

Il n’y a alors plus d’espaces de circulation centrale entre le stockage et le lavage des bouteilles, la stérilisation du lait et la mise en bouteille. Le traitement du lait est ainsi beaucoup plus rapide, la circulation au sein d’espaces groupés étant beaucoup plus fluide.

5.4. La vacherie Municipale : Le chantier : aménagements, organisation et matériaux de construction

En effet, dès le mois de novembre les travaux débutent, dans un souci de temps, le gros œuvre ainsi qu’une partie du second œuvre sont soumis à l’adjudication au rabais comprenant huit lots(14) : terrassement, maçonnerie, pierre de taille / travaux de ciment/ charpente/ menuiserie/ serrurerie / ferblanterie, zinguerie/ platerie, peinture, vitrerie/ pavage.

Les travaux réservés en comprennent seulement trois : fumisterie/ plomberie, électricité/ clôture. En raison de la nature et fourniture des travaux à exécuter pour les articles énumérés ci-dessus, les entreprises sont données sur un simple programme par voie de concours qui porte à la fois sur des études, sur des propositions techniques et sur des prix consentis et présentés par les concurrents à l’architecte.

Pour les travaux réservés, l’administration tient en effet compte du prix mais également des différents avantages des projets proposés et donc le choix ne se porte pas forcément sur le programme le plus économique.

Une fois les entreprises chargées de la réalisation des travaux, la construction de la Vacherie débute par le terrassement avec le déblai des terres en pleine masse pour la cave et les fosses ainsi que le dressement des parois et des fonds.

Le béton de fondation est réalisé à partir d’un mélange naturel en gravier du Rhône et de sable. Au niveau du dosage on parle de 11 cm d’épaisseur à raison de 150 kg de chaux hydraulique par mètre cube de gravier.

Les murs sont montés en pisé et chaux hydraulique sur 40 cm d’épaisseur. La maçonnerie se compose de moellons et de mortier de chaux hydraulique. Les liaisons sont réalisées par la pose sous l’about des sommiers de pierre de Couzon.

En ce qui concerne les planchers, deux types différents sont mis en œuvre au sein de la Vacherie. Un plancher hourdi en mâchefer et chaux hydraulique dont l’espace entre les lambourdes est chargé de terre séchée et triée.

Le sol de toutes les dépendances de la Vacherie ainsi que tous les locaux du rez-de-chaussée sont en béton armé avec une Chape en ciment de Portland par-dessus, composé de poteaux à angles arrondis et de poutres à gorges et angles arrondis également (à l’exception du bureau et du logement du vacher). La dalle relève du système Hennebique.

Les travaux de ciment, compris dans le deuxième lot, comportent de nombreux éléments de la construction, notamment au niveau du dallage. Les crèches de l’étable sont donc en béton et ciment armé, puis enduit au ciment poli. Les soubassements sont réalisés en ciment sans saillis avec des chanfreins sur rives et ciselures parfaitement dressées sur la recoupe du mur. Les tableaux des ouvertures sont également réalisés en ciment avec des arrêtes arrondies qui forment un bandeau d’arrête sur la façade à fleur d’enduit.

Les redents des pignons sont recouverts de ciment.

La couverture pensée par Tony Garnier relève plutôt de l’architecture traditionnelle avec des tuiles plates de Bourgogne de couleur rouge. Le faîtage est quant à lui constitué de tuiles faîtières assemblées au mortier de chaux hydraulique. Les bandeaux de rives sont en terre cuite. Elle comprend également des lucarnes d’aération avec une couverture de bois de sapin.

Les enduits des murs de façade sont constitués de deux couches de mortier éparvéré, de chaux hydraulique badigeonnée à l’extérieur ainsi que sur la surface intérieure des murs, des cloisons et des embrasures.

Les murs des fosses sont eux enduits avec du ciment poli qui donne un rendu plus brillant et résistant.

La peinture se résume à un badigeon à la chaux de plusieurs couches au niveau des murs et sur la surface inférieure du plancher en béton armé.

Cependant, dès 1906, Tony Garnier réalise des travaux supplémentaires de peinture.

Il fait alors poser un badigeon à la chaux et à l’alun sur le maillage du plancher en ciment armé qui couvre l’étable. L’association de la chaux et de l’alun permet de donner plus de dureté à l’enduit tout en constituant un couchant imperméable, très utile pour l’étable.

Ce même badigeon est appliqué en trois couches du haut des murs de l’étable sur une hauteur de 2m.

Les murs de l’étable sont eux peints à l’huile sur trois couches sur une hauteur de 1.50m, ainsi que le bas des murs des services de stérilisation.

Le haut des murs du service de stérilisation est quant à lui peint à la colle au blanc de Troyes, une peinture de qualité qui a une très bonne tenue dans le temps.

Les ciments et mortiers sont brûlés à l’acide avant d’être peints, ce qui entraîne la création de pores dans le ciment et permet une meilleure fixation de la peinture.

L’espace intérieur possède une circulation verticale desservi par un escalier droit sans contremarches sur un limon sapin de 7 cm d’épaisseur, une crémaillère de 5cm d’épaisseur et des marches de peuplier de 4 cm d’épaisseur.

Différents styles de porte se retrouvent au sein de la vacherie.

Des portes en chêne en assemblage arasé et panneaux de 41 cm d’épaisseur. Le même style de porte est également présent mais en bois de sapin, avec panneau de 34 cm d’épaisseur.

Et puis des portes persiennes, bâtis et lames en chêne, soubassement à recouvrement bâtis chêne, les panneaux en sapin.

Le pavage de la cour est réalisé en demi-pavés d’échantillons en granit. Les bordures de rives sont en pavés de grands échantillons joints en ciment.

En ce qui concerne les éléments décoratifs de la construction, ils sont peu nombreux ; l’arrondi des encadrements des fenêtres, moulé dans le coffrage, la présence de pots en terre cuite placés sur les redents des pignons, ainsi que les éléments végétaux pensés par Tony Garnier, comme le lierre rampant sur les murs et une haie qui clôt l’espace situé derrière la vacherie.

5.5. Inspiration architecturale

Pour ce qui est des pignons à redents l’hypothèse la plus répandue est que Tony Garnier s’inspire de l’architecture rurale modeste et de ses pignons à pas de moineaux, qui permettent de limiter les infiltrations d’eau sur les murs porteurs par des petites pierres plates inclinées. En effet, l’architecture vernaculaire lyonnaise est marquée par l’usage des « pignons à lauzes » comme on l’appelle dans le Bugey, ou « mantelure » dans l’Ile Crémieu.

On trouve de tels pignons sur la rive droite du Rhône comme élément de décor des fours communaux de construction monumentale, bourgeoise et industrielle.

Pour ce qui de l’utilité initiale, la saillie du pignon empêche le toit de chaume traditionnel d’être « déplumé » lors de vents violents et permet l’accès à la toiture et sert surtout de coupe-feu. En architecture traditionnelle, les redents sont habituellement vêtus de pierres plates qui les protègent de la pluie et empêchent les infiltrations d’eau dans le mur porteur.

Ces pierres sont fréquemment penchées vers le bas, dans le but de laisser s’écouler l’eau de pluie.

 Les redents augmentent de taille et jouent un rôle esthétique dans l’évolution de l’architecture vers le monumental et le colossal.

Quant à l’architecture moderne, les redents ont été pareillement un élément de l’architecture en béton au début du XXe siècle. La possibilité de disposer un entablement en couronnement esthétique facilitant le banchage (généralement du béton de mâchefer) des dosserets.

Une seconde hypothèse verrait plutôt ici une adéquation de la mise en œuvre des matériaux et des formes. La forme des redents résulterait alors des branches de pisé de mâchefer.

Il deviendra de toute façon un élément récurent dans l’architecture de Tony Garnier déjà présent dans ses dessins avant même la Vacherie du Parc. En effet à son retour d’Italie, Tony Garnier ne se consacre pas immédiatement à la réalisation de la Vacherie municipale du Parc. Il travaille dans un premier temps sur un projet d’habitations situées entre le boulevard du Nord et le parc de la Tête d’Or(15). Les villas alors dessinées se distinguent par un style architectural éclectique, cependant on retrouve les pignons à redents qui marquent les façades des habitations.    

«…. Moins contradictoire qu’il n’y paraît avec ce que sera la cité industrielle, le lotissement en bordure du parc de la tête d’or nous invite à considérer dans cette même perspective l’esthétique de la vacherie, construite un an plus tard(16)

Les villas du parc conçues par Tony Garnier révèlent un style éclectique. Ces villas se caractérisent par des toitures en pentes habillées en tuile rouge, une axialité classique dominante, des tourelles coiffées d’une couverture plus ou moins saillante, et les pignons à redents pour gravir d’un plan à un autre, en façade.

Fig. 21. Pignons à redents d’une maison de Brégnier-Cordon, dans le Bugey. Source: Wikipédia

Fig. 22. Projet d’habitation en bordure du parc de la tête d’or, Les villas du parc : mise en valeur des redents, par auteur. Source : Collectif, Tony Garnier : l’œuvre complète, 1989, p.52-53.

5.6. L’étable d’isolement

Un espace situé derrière la Vacherie, est aménagé en cour en terre qui sert de zone de circulation pour les différents véhicules qui viennent s’approvisionner en lait, et les diverses livraisons (charbon, bouteille en verre…). Mais en 1906, une étable d’isolement va y être construite(17), à l’origine prévue dans le projet comme un aménagement futur. L’intérêt d’un tel aménagement repose sans aucun doute sur le souci d’hygiénisme, lié aux maladies bovines.

En effet chaque nouvelle vache est choisie par le vétérinaire en charge de la Vacherie, à son arrivée, l’animal est mis en quarantaine afin de prévenir toute contamination possible du cheptel si la vache est malade. Ainsi que pour effectuer la tuberculination, empêchant ainsi toute transmission à l’homme.

L’étable d’isolement se présente sous la forme d’un petit bâtiment, reprenant l’architecture de la Vacherie, avec le décor des redents sur lesquels reposent des vases, de même couleur (blanc laiteux).

L’organisation interne est plutôt simple et comporte deux parties : une fosse à fumier et un espace d’isolement.

La coupe est-ouest montre les mangeoires et la charpente en bois en double pente asymétrique.

Le devis de cet aménagement s’élève à 4973.89 francs.

C’est par l’étable d’isolement que s’achève la construction de la Vacherie. Et c’est donc le 13 Juillet 1907, que Tony Garnier invite le maire pour procéder à la réception définitive des bâtiments de la vacherie du parc de la Tête d’Or.

Fig. 23. Localisation du bâtiment d’isolement, délimitation de 5 mètre autour dudit bâtiment. Source : AML 1140WP/100.

Fig. 24. Coupe est-ouest, Tony Garnier, 15 janvier 1906. Mise en évidence des redents et de la charpente eu double pente asymétrique. Source : AML 1140WP/100 Modifiée par auteur.

5.7. L’aménagement des combles

La Vacherie municipale a été pensée par Tony Garnier de façon à pouvoir répondre à des besoins futurs et c’est ainsi qu’en 1912, un projet d’installation de trois logements de vachers, deux dans le comble nord de la vacherie et un au-dessus de l’étable d’isolement, voit le jour (AML 957WP/23.).

Les logements pensés par Tony Garnier sont aménagés dans le comble de la Vacherie et se composent respectivement d’une cuisine et de 2 chambres.

L’éclairage des pièces aménagées contre le pignon nord se fait naturellement par les ouvertures déjà existantes dans ce pignon. L’ouverture centrale éclaire quant à elle l’espace régnant entre les deux logements. Les quatre autres pièces sont alors éclairées par des lucarnes aménagées dans la toiture. En ce qui concerne le sol, celui alors présent avant aménagement est en ciment bouchardé, il aurait pu être conservé.

Fig. 25. Deux logements dans le comble nord, Création des lucarnes, Tony Garnier, 29 février 1912. Source : AML 957 WP/23. Modifié par auteur.

Quant au logement au-dessus de l’isolement, il se compose de 2 pièces : une cuisine et une chambre. L’accès sera rendu possible par la création d’un escalier en bois hors œuvre adossé au mur pignon nord et par l’ouverture déjà existante, dont le linteau sera toutefois surélevé.

Fig. 26. Logement au-dessus de l’isolement, Tony Garnier, 1912. Source : AML 2S090.

Le projet est approuvé le 6 mai 1912, et les travaux exécutés par les entrepreneurs adjudicataires de l’entretien du bâtiment communal.

Le coût total des travaux s’élève finalement à 7 780.80 francs.

L’utilisation de matériaux économiques, la forte présence du béton ainsi que les successifs badigeons à la chaux appliquée sur la presque totalité des surfaces en font un bâtiment durable, solide avec des surfaces facilement nettoyables. Ainsi le bâtiment s’inscrit totalement dans le courant hygiéniste du XXe siècle.

Pareillement, l’organisation interne du bâtiment rend compte de ce souci de l’hygiène et de la recherche de fonctionnalité par la simplicité.

6. La vacherie dans le temps

Afin de pourvoir répondre à la forte demande en lait stérilisé, la Ville va commencer à réfléchir à un transfert du service de production-distribution du Parc de la Tête d’Or.

6.1. Transfert des services de la Vacherie Municipale

En effet en 1914, la nécessité du transfert et de l’agrandissement de la vacherie municipale amène la Ville à réfléchir à transférer ses services.

En 1918, le maire de la Ville, Édouard Herriot, prend la décision de fonder une école d’Agriculture à Cibeins.

Cette école avait pour but, dans un premier temps, de freiner l’exode rural de l’après-guerre en essayant de redonner à la jeunesse d’origine rurale, le goût pour le travail de la terre (viticulture, élevage, agricultures…)

Dans un aspect beaucoup plus social, il était également prévu d’accueillir des orphelins (pupilles de la Nation), des enfants issus de familles nombreuses.

Les services présents au sein de la Vacherie y seront transférés. Il est intéressant cependant de noter que la vacherie sera alors différenciée de la laiterie puisque deux espaces bien distincts seront aménagés. La Vacherie faisant alors référence au lieu de vie des vaches, la laiterie d’espace de traitement du lait.

Fig. 27. Château de Cibeins ; lycée agricole d’Etat Edouard Herriot, – Vue d’ensemble, Refflé Jean-Marie. Source : BML P0546 S 3167.

Fig. 28. Etable de l’école d’agriculture de Cibeins : traitement du lait, 1924. Source : BML P0546 S 1613.

La Vacherie de l’école municipale d’agriculture de Cibeins est construite entre 1924 et 1926. Le bâtiment est réalisé en béton de chaux lourde, enduit de ciment, d’un plancher métallique pour étable comprenant 10 colonnes en fonte unie.

Malgré ce transfert, la Vacherie Municipale de la Tête d’Or ne va pas être détruite mais rapidement revêtira d’autres fonctions.

6.2. Évolution du bâtiment : fonctions et aménagements

Dès le transfert des services, la Vacherie du parc va se voir réaménager pour répondre à d’autres besoins.

En effet, si à l’origine, le jardin zoologique pensé par Denis Bülher devait être constitué principalement d’une ferme à vocation pédagogique, petit à petit un changement d’orientation va s’opérer et des animaux exotiques vont faire leur apparition.

C’est ainsi qu’en 1861 le parc accueille les antilopes, puis les ours et les loups en 1865. En conséquence de quoi, les aménagements se multiplient.

C’est ainsi que la Vacherie de Tony Garnier va être réutilisée pour accueillir des panthères, des lions et même un éléphant. Deux cages sont alors créées sur la façade Est du bâtiment ainsi qu’un autre espace accolé à la façade sud. La Vacherie perd alors son nom, on parle alors de la fauverie du Parc de la Tête d’Or.

Le dernier aménagement affectant la Vacherie est celui de l’ourserie en 1991-1993. Un bâtiment d’une surface de 160m² comprenant : deux tanières et deux boxes d’isolement, un box de quarantaine et trois pièces de services

Le choix est pris de placer l’ourserie à côté de l’ancienne vacherie sur l’emplacement de l’ancien enclos de l’éléphant, un choix justifié par une surface suffisante et par une implantation qui n’exige pas d’abattage d’arbres.

Le projet prévoit d’adosser l’aire extérieure des ours contre le pignon de l’ancienne vacherie-fauverie pour recréer une unité architecturale et rester en cohérence avec l’évolution fonctionnelle du bâtiment de Tony Garnier. Cet adossement a le mérite de restaurer le mur pignon sud.

Fig. 29. Parcellaire, 1.500ème, série 4s, 1926, aménagements pour panthères et éléphant). Source : Reproduit et modifié par auteur.

Fig. 30. Parcellaire,1.500ème, série 4s, 1960, lionne, panthère, éléphant ; aménagement du jeu de boules. Source : Reproduit et modifié par auteur.

Fig. 31. Parcellaire, 1.500ème, série 4s, 1960, lionne, panthère, gazelles, jeux de boules.Source : Reproduit et modifié par auteur.

Fig. 32. Plan de l’ourserie, M. Charlet, 1992. Source : AML 2385WP/14

L’aménagement interne a également bien changé, le parc ne nécessitant plus aucun service de production laitière, le bâtiment sert petit à petit de débarras, de réserve pour la nourriture des animaux, et d’abris pour les fauves dont les cages ont été aménagées sur la façade.

6.3. La vacherie aujourd’hui

La première visite de la vacherie et de son intérieur nous a permis d’évaluer l’état actuel du bâtiment et de sa fonction. On peut diviser ces fonctions sur trois parties.

Fig. 33. Organisation actuelle de la vacherie. Source : Auteur.

Première partie dédiée à l’administration et qui contient un espace de stockage, un bureau, un vestiaire pour femme et un vestiaire pour homme, une cuisine et des sanitaires. On accède à cette partie grâce à une porte sur la façade Sud. Quant à la salle de réunion de cette partie administrative, elle est accessible par une porte sur la façade ouest.

La deuxième partie est pratiquement une partie abandonnée qui n’est destinée à aucune fonction, anciennement dédiée à la chambre du vacher et sa cuisine, la cuisine pour les animaux et un dépôt de charrettes. Cette partie contient une circulation verticale (les anciens escaliers en sapin) qui accèdent à l’étage et des escaliers en béton coulé qui desservent le sous-sol (totalement abandonné présentant des risques.)

La troisième partie du bâtiment est dédiée actuellement au stockage des matériaux et du matériel.

En effet, les anciennes cages des fauveries servent de stockage de caisses de transport, des filets et des grillages. On remarque dans cette partie un système de chauffage. Des produits chimiques prenaient place dans l’ancien abri de l’éléphant qui occupe la partie sud du bâtiment. Quant à la façade Sud, actuellement la façade où on a installé l’ours, on remarque la trace de la porte, l’espace était réservé à l’éléphant offert par l’empereur de l’Indochine au maire Herriot.

L’étage est totalement abandonné, il servait à stocker le foin mais une décision a été prise de ne plus le faire à cause des incendies et qu’il fallait préserver le bâtiment ayant une valeur patrimoniale.

Conclusion

La Vacherie municipale construite au sein du parc de la Tête d’Or est sans conteste un projet social qui se veut modèle. L’installation d’un tel service au sein du parc, situé à proximité de la ville, permet un net avantage quant à la qualité du lait distribué, qui n’est alors transporté que sur de courtes distances, ce qui permet une moins grande réflexion sur une meilleure conservation à une époque où la majorité des étables a été transférée à l’extérieur de la ville pour des raisons d’hygiène.  Mais l’étude des services de distribution du lait antérieure à la Vacherie rend surtout compte de l’intérêt économique de cette réalisation, là où le projet de la Ville de 1904 s’inscrit dans une volonté de distribution d’un lait sain et gratuit aux enfants nécessiteux.

C’est dans cette réflexion que la Ville de Lyon va décider de ne plus fournir du lait acheté à des producteurs, aux crèches municipales, mais de construire une Vacherie au sein du parc de la Tête d’Or qui permettrait le contrôle complet de la production, de la stérilisation et de la distribution du lait, afin de fournir un lait le plus sain possible aux enfants nécessiteux.

La construction se veut donc idéale, économique, hygiénique et fonctionnelle.

Tony Garnier dresse alors le projet de la vacherie, une construction devant accueillir une quarantaine de vache, un espace privé pour le personnel ainsi qu’un espace pour le service de stérilisation. Il s’emploi dès lors à réaliser un bâtiment dont la simplification architecturale répond à la fonction et s’intègre parfaitement dans le cadre naturel du parc.

Une construction dont une majeure partie est réalisée à partir du béton dont les propriétés en font un matériau économique, solide et durable. L’organisation interne du bâtiment permet une réelle division des espaces qui se perçoit jusque dans l’organisation de la façade avec l’avant corps décentralisé et son haut pignon à redents, qui marque la séparation de l’étable et du service de stérilisation. Malheureusement il s’agit d’un projet dont la réflexion n’a pas été assez poussée et la Ville est rapidement dépassée par la demande croissante de lait stérilisé pour les enfants nécessiteux.

Le bâtiment de la Vacherie se voit donc affecté de nouvelles fonctions après le transfert de ses services. Rapidement, deux cages sont aménagées sur la façade est du bâtiment afin d’accueillir des fauves, et un espace est également aménagé, accolé à la façade sud afin d’accueillir divers animaux au fil du temps, éléphant, gazelles, ours…  

Aujourd’hui la vacherie appartient à la direction du parc de la Tête d’Or. L’état extérieur n’est pas bon, les traces du temps apparaissent sur la façade, avec la dégradation des matériaux, certaines ouvertures sont murées.

Cependant la Vacherie municipale reste un projet important. De point de vue de l’architecture, elle marque le début de la carrière de Tony Garnier et il serait intéressant d’approfondir le choix des matériaux ainsi que les techniques de construction afin de les mettre en perspective avec toutes ses réalisations postérieures et de tracer l’évolution au sein de son œuvre architecturale.

Bibliographie

Archives municipales de Lyon
Ecole municipale d’agriculture Cibeins, 1920-1929. (482 WP 4).
Parc de la Tête d’Or, construction d’une vacherie et incendie, 1861-1905. (485 WP 013 7).
Installation de la vacherie municipale : acquisition de la propriété départementale de Tourvielle, 1913-1916. (923 WP 346 2).
Vacherie municipale : installation, acquisition de la propriété Tourvielle, 1913-1918. (945 WP 038 2).
Service des cultures et de l’observatoire météorologique : transfert dans les bâtiments de la vacherie municipale, 1913. (945 WP 063 10).
Voirie urbaine, parc de la Tête d’Or, 1902-1928. (957 WP 023).
Parc de la Tête d’Or. Registre n° 56, volume n° 2, dossiers n° 7 à 14 9. Vacherie. Projets de construction de Bühler et Ruchet, incendie : devis estimatif, plan, rapport, correspondance, 1858-1871. (1923 W 1).
Vacherie du Parc : réception des travaux, 1907. (1124 WP 011 2).
Vacherie du parc, construction du bâtiment, 1902-1907. (1140 WP 100).
Photographies de la Ville de Lyon et de ses services, 1990-2005. (1946WP/3).
Parc de la Tête d’or. Construction d’une ourserie, 1991-1993. (2385WP/14).
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Plan du parc de la Tête d’Or, Claude Joseph de Dignoscyo, 1860. (2 S 0121).
Plan du parc de la Tête d’Or, Claude Joseph de Dignoscyo, 1870. (2 S 0227).
Plan du parc de la Tête d’Or. Exposition internationale, Claude Joseph de Dignoscyo. Tirage de 1877, 1863. (3S0012).
Vacherie et services de stérilisation du lait. Parc de la Tête d’Or, Planche gravée extraite de la revue : Ciment armé, date inconnue : 20ème siècle. (2 S 01204 2).
Vacherie et services de stérilisation du lait. Parc de la Tête d’Or, Tony Garnier, 1905. 82 (3S1204).
Vacherie, logement au-dessus de l’isolement, 1912. (2 S 00900).
Vacherie municipale à Lyon, par Tony Garnier, extrait de : La Construction moderne, sous la dir. de F. Planat, Paris, XXIe année, n° 23, 1906. (3 SAT 00076).

Bibliothèque Nationale de France (BNF)
Léo de Bernard, La Ferme impériale de Vincennes, Le Monde illustré, 4 juillet 1866, BNF Gallica, p. 219.

Etudes
Arnaud.J, 1928, L’approvisionnement de Lyon en lait. Les fraudes par mouillage et écrémage. Thèse de Doctorat Vétérinaire.
Bajard Aude, 1993, Monographie du Parc de la Tête d’Or, 1856-1945, Lyon.
Bauder, 1934, La pasteurisation des laits de consommation, thèse de doctorat vétérinaire.
BouchexBlandine, 2015, Le Jardin botanique de Lyon, apports et pertinence des sources imprimées lyonnaises, Lyon.
Brodiez-Dolino Axelle, 2013, Combattre la pauvreté, Vulnérabilités sociales et sanitaires de 1880 à nos jours, CNRS édition, Paris.
Chomart Michel, 1990, Tony Garnier à Lyon, Amis de Tony Garnier, Imprimerie 42120, le Coteau.
Collectif, 1992, Un parc d’exception créé par Denis Bühler : études, nouvelle & documents, C.A.U.E, Lyon.
Collectif, 1989,Tony Garnier : l’œuvre complète, Centre Georges Pompidou, Paris.
Delfante Charles et Pelletier Jean, 2009, Plans de Lyon 1350-2015. Portraits d’une ville, éd. Stéphane Bachès.
Fanica Pierre-Olivier, 2008, Le lait, la vache et le citadin. Du XVIIe au XXe siècle, Éditions Quæ, Paris.
Garnier Tony, 1921, Les grands travaux de la Ville de Lyon. (Études, projets et travaux exécutés (hôpitaux, écoles, postes, abattoirs, habitations en commun, stade, etc.), Préface de M. Herriot, éd. Massin, Paris.
Jullian René, 1989, Tony Garnier : constructeur et utopiste, éd. Philippe Sers,
Piessat Louis, 1988, Tony Garnier : 1869-1948, Presses Universitaires de Lyon,Lyon.
Volerin Alain, 2012, Tony Garnier et Lyon. Aux Origines de la Modernité, éd. Mémoire des Arts.

Notes

(1) Cet article est l’aboutissement d’un mémoire en binôme dans le cadre du Master 2 en histoire de l’art, parcours « Urbanisme, architecture et techniques de constructions en cités historiques ». L’étude s’inscrit dans un cadre beaucoup plus large, un projet collectif mené sur deux ans par les étudiants en master 2, sur l’œuvre de Tony Garnier. La finalité devrait permettre d’apporter à la recherche de nouvelles connaissances sur cet architecte, de le faire connaître à un plus large public, de recontextualiser son œuvre dans la naissance de la modernité en France avant 1914, puis au sein de l’architecture européenne de l’entre-deux guerres, de mettre en avant les liens entre ses conceptions urbanistiques, architecturales et sociales et enfin d’inscrire ses matériaux et techniques de construction au sein de l’histoire du béton armé.
(2) Aude Bajard,1993, p. 123-133.
(3) Charles Casimir Toussaint Porcher (1872-1933), professeur de physique, chimie et pharmacie, puis directeur de l’école vétérinaire de Lyon. Il sera par la suite promu inspecteur général des écoles vétérinaires.
(4) Charles Casimir Toussaint Porcher, BIRBIS G., MOREL, 1916.
(5) R. Baudet, 1934, p. 17.
(6) Nicolas Appert (Châlons-sur-Marne 1749 ; Massy 1841), inventeur français, il est le premier à mettre au point une méthode de conservation des aliments en les stérilisant par la chaleur dans des contenants hermétiques et stériles (bouteilles en verre puis boîtes métalliques en fer blanc).
(7) Pierre-Olivier Fanica, 2008, p. 277.
(8) Axelle Brodiez-Dolino, 2013.
(9) Note anonyme sur le mode de distribution du lait stérilisé   (AML 1140WP/100).
(10) Charles Casimir Toussaint Porcher, 1916, p. 67. 
(11) Mairie de Lyon, communiqué à Monsieur le Directeur de la Vacherie pour renseignement, Lyon 1908, Pour le maire de Lyon : l’adjoint délégué (AML 1140WP/100). 
(12) Ville de Lyon, Bureau Municipal d’hygiène, Le Directeur à Monsieur le Maire de Lyon, février 1911 (AML 1140WP/100).
(13) Parc de la Tête D’or. Construction d’un bâtiment pour étable et service de la stérilisation du lait. L’architecte divisionnaire de la 3ème circonscription (A. Duret) à Monsieur le Maire de Lyon, 1904(AML 1140WP/100).  
(14) Cahier des charges particulières, Tony Garnier, 2 novembre 1904   (AML 1140WP/100).
(15) Collectif, 1989, p. 52-53.
(16) Collectif, 1989, p. 52-53.
(17) Ville de Lyon, construction d’une vacherie et des services de la stérilisation du lait, parc de la Tête d’Or. Bâtiment d’isolement, Tony Garnier, 15 janvier 1906   (AML 1140WP/100).

Pour citer cet article

Sana Smadah et Clémentine Enrenaz,« La vacherie du Parc de la Tête d’or, 1904. La première construction de l’architecte Tony », Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’architecture maghrébines [En ligne], n°8, année 2019.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=6280

Auteur

* Architecte, doctorante à l’Université de Tunis. Laboratoire d’Archéologie et d’architecture Maghrébines – Université de la Manouba.
** Historienne de l’art, médiatrice sur le site des Grottes de Saulges (Mayenne).

Hammam Lif, naissance, essor et transformations d’une station thermale et balnéaire au sud de Tunis, 1880-1960


08 | 2019

Hammam Lif, naissance, essor et transformations d’une station thermale et balnéaire au sud de Tunis, 1880-1960

Leila Ammar(*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

Connu depuis l’antiquité punique et romaine, sous le nom de Naro, le site d’Hammam Lif et ses sources sulfureuses et chloruro-sodiques, Ain el Bey et Ain el Ariane,  ont attiré d’abord la résidence hivernale beylicale dès le XVIII ème siècle et donné lieu à un groupement de palais, de dépendances et de grandes demeures autour du Dar El Bey au sein d’une grande propriété le Henchir Hammam Lif de plus de 100 hectares. L’arrivée du chemin de fer en 1882 reliant Tunis à Hammam Lif signe la naissance d’une transformation décisive du site et des lieux qui adviendra en une décennie de 1885 à 1895. Le démembrement du Henchir Hammam Lif, la réduction de la propriété beylicale à un hectare  et la préemption des grandes terres voisines cultivées ou marécageuses  par la Direction de l’Agriculture du Commerce et de la Colonisation avec leur incorporation au Domaine de l’Etat achève le processus foncier. Les terres « Melk » sont immatriculées et mises en vente par la Direction des Domaines et la Direction des Finances tandis qu’une société privée issue de la Banque de Tunisie, la Société d’Hammam Lif-Tunis se voit accorder la concession d’une partie des terrains en vue de leur transformation en  un centre thermal et balnéaire  d’envergure. Cet article explore l’histoire de la localité d’Hammam Lif et sa transformation en une « station » thermale et balnéaire à la mode au début du XXème siècle. Il examine la structure urbaine, les procédures de lotissement et la morphologie du tissu réalisé par la Direction des travaux Publics et la Société d’Hammam Lif –Tunis et celle de son évolution urbaine. Il inscrit le développement de la station thermale et balnéaire dans les temporalités de l’entre deux guerres et des dernières années du protectorat. Il amorce enfin l’interrogation sur les transformations sociales et mutations contemporaines de la banlieue d’Hammam Lif.

Abstract

Known since the punical  and roman antiquity as the name of Naro , the place of Hammam-Lif  and its sulphurous and chlorurous springs , Ain El Bey and Ain El Ariane , have attracted in the beginning, the winter beylical residence since the XVIII° th century , and realized a group of palaces , out-buildings and big places of residence around the Dar el Bey inside of a big property the Henchir of Hammam-Lif .  Henchir of more than 100 hectares. The arrival of the railway in 1882 joining Tunis to Hammam-Lif signs the birth of a conclusive transformation of the site and of the plots that happened  in ten years from 1885 to 1895.
This paper explores the history of the place of Hammam-Lif and its transformation in a thermal and seaside resort up to date in the beginning of the XX° th century . It examines the urban structure, the housing estates proceedings and the urban fabric morphology realized by the Public Works Direction and the Society Hammam-Lif-Tunis, and its urban evolution. It inscribes the development of the thermal and seaside resort into the period of the two wars and the last years of French protectorate. It primes finally the question of social transformations and contemporary changes of Hammam-Lif suburbs.

الملخص

عرف موقع حمام الأنف منذ العصور القديمة البونية والرومانية، تحت اسم نارو، في إشارة الى منابع مياهه المعدنية ذات الخصائص الكبريتية العالية. ويتخذ الموقع شكل هنشير شاسع تنيف مساحته عن 100 هكتار. وقد جذبت عيونه، عين الباي وعين العريان، اهتمام البايات الحسنيين منذ منتصف القرن الثامن عشر ليتحول بذلك المكان تدريجيا إلى إقامة شتوية تشتمل على مجموعة من القصور والمباني الملحقة بها تنتظم كلها حول دار الباي.
ويمثل وصول خط السكة الحديدية عام 1882، الذي يربط تونس بحمام الأنف،بداية تحول حاسم للموقع الذي سيعرف حركة عمرانية مطردة بين سنتي 1885 و1895. أدت هذه التحولات العمرانية الى تحديد حرم دار الباي والحمامات المعدنية التابعة لها ومختلف ملاحقها بهكتار واحد، وتقسيم باقي أراضي هنشيرحمام الأنف وعرضها للبيع تحت اشراف الإدارة العامة للفلاحة والتجارة والاستعمار.وتمّ في هذا الصدد منح شركة حمام الانف امتياز استغلال جزء كبير من هذه التقسمات العمرانية المحدثة بهدف إحداث حمام استشفائي متطوّر ومدينة سياحية.
يتتبع هذا المقال تاريخ منطقة حمام الانف ومراحل تحولها إلى منتجع استشفائي ساحلي في بداية القرن العشرين. كما يدرس التركيبة العمرانية وآليات التقسيم الفرعي ومورفولوجيا النسيج وتطورها الحضري. كما يتعرض إلى التطورات الحاصلة في فترة ما بين الحربين والسنوات الأخيرة من عهد الحماية.  ونختم المقال بالإشارة الى التحولات الاجتماعية والطفرات العمرانية المعاصرة في ضواحي حمام الأنف.

Entrée d’index

Mots-clés : Hammam Lif, histoire urbaine, tracés, tissus, villégiature, station thermale et balnéaire, vie urbaine, transformations.
Keywords: Hammam-Lif , urban history, outlines, urban fabric, summer resort, thermal and seaside resort, urban life, transformations.

الكلمات المفاتيح:حمام الانف، المياه المعدنية، النسيج  العمراني، دار الباي، السياحة الاستشفائية.

Plan

Introduction
1-Hammam Lif, le site et les premières implantations entre mer et montagne

2-Les premières implantations , XVIIIème t XIX ème siècles
3-Hammam Lif, genèse d’une station thermale et balnéaire, 1885-1905
4-Hammam Lif, tracés et développement urbain, 1905-1935
5-Vie Urbaine, Loisirs et activités, 1905-1935
6-Hammam Lif, du principe du lotissement au plan d’aménagement, 1935-1955
7-Les prémices de la modernité, le Plan d’Extension d’Hammam Lif, 1947-1955
8-Les années 1960, vers une mutation de l’espace et de la société à Hammam Lif
Conclusion

Texte intégral

Introduction 

A l’aube du XIXème siècle la localité d’Hammam Lif est un groupement de pavillons de demeures et de résidences hivernales autour du Dar El Bey et des sources thermales.
Y voisinent des installations et dépendances, norias, puits, écuries, terres cultivées . A proximité du palais se tient le marabout de Sidi Bou Riga. Adossé au pic boisé du Jebel Bou Kornine ce petit groupement habité durant la villégiature hivernale beylicale attire la population musulmane venue se soigner aux eaux thermales et profiter des bienfaits du climat et de la présence du Bey.
Ce site et ces implantations vont connaître au fil des siècles des transformations profondes conduisant à l’émergence de la station thermale et balnéaire d’Hammam Lif à 16 kilomètres de Tunis, devenue le centre le plus important de la banlieue sud de Tunis durant l’entre deux guerres.  Ces faits invitent à s’interroger sur les changements spatiaux et sociaux qui ont résulté de la dynamique interne et externe de cette ancienne localité thermale.
Qu’est ce qui a caractérisé l’histoire urbaine et sociale de cette station et quelles sont les transformations et mutations de l’espace et de la société d’Hammam Lif de 1880 à 1960 ?
Le présent article s’attache à un tableau général de la ville d’Hammam Lif de la fin du XIXème siècle aux années 1960. Il s’interroge en conclusion sur les changements qui l’ont affecté après l’indépendance et sur la nature des mutations spatiales et sociales en gestation.

Fig. 1 : Hammam Lif, le site, vue aérienne, 2019.

1.Hammam Lif, le site et les premières implantations  entre mer et montagne 

Sur la rive sud du Golfe de Tunis, à quelques kilomètres de l’embouchure de l’Oued Miliane se dressent les collines du Djebel Bou Kornine qui culminent à 576 mètres et celles du Djebel Rafrouf et du Djebel Gattoum. Les contreforts calcaires du Bou Kornine s’associent aux affleurements de marnes, d’argile et de grès. Ces sols sont couverts d’oléastres, de caroubiers et de jujubiers. Sur la dorsale pousse le thuya de barbarie (remplacé aujourd’hui par le pin d’Alep), le romarin, les bruyères et l’alfa. La plage de sable accumulé en bordure du rivage par les vents dominants nord-ouest a formé des dunes littorales. Entre les chaînons de la dorsale et la mer s’étendent des sols salés couverts d’halophiles et par endroits marécageux. Les eaux des sources chloro-sulfatées et sodio-calciques sourdent à 46° au pied du Djebel Bou Kornine dont la base est constituée par des bancs argileux rougeâtres. Les eaux apparaissent par deux sources, peu distantes l’une de l’autre dans la direction de l’est à l’ouest. Ces sources font partie d’un site romain dont les constructions et les vestiges affleurent. Vers le milieu du XIXème siècle les eaux sont conduites par un canal en brique sous une voûte qui alimente deux établissements particuliers. Baignoires et bassins en marbre blanc recouverts d’un dôme complètent le dispositif. L’eau à 46 ° sourde des deux sources Aïn el Bey et Aïn el Ariane. Après avoir alimenté les établissements publics et particuliers les eaux des deux sources se rendent à la mer en formant faute d’un canal d’écoulement facile à tracer, un terrain marécageux dont les effluves en été donnent lieu à des fièvres intermittentes. Quelques 600 mètres séparent les contreforts du Djebel Bou Kornine et le rivage. Cette étroite bande de marécages, de friches  et de sable va être mise en culture et en valeur dès le XVIIIème siècle par l’implantation de la résidence hivernale beylicale à proximité de la montagne du Bou Kornine, de puits et de norias(1).

Fig. 2 : Extrait de la carte « Golfe de Carthage et ses environs », carte du Commandant Perrier, 1878.
Le site d’Hammam Lif  entre l’Oued Meliane et Bir el Bey. www.Gallica.bnf.fr.

2.Les premières implantations, XVIIIème et XIXème siècles

Le premier lieu dit d’Hammam Lif (Hammam-al -anf ) à 16 kilomètres de Tunis, situé sur les sources thermales au pied du pic boisé du Bou Kornine a été créé et habité dès le milieu du XVIIIe siècle par la cour beylicale, les dignitaires et les notables de Tunis qui s’y font bâtir des maisons et des pavillons de plaisance avec dépendances depuis1747. Avec la confirmation de la villégiature beylicale et l’édification du palais du Dar El Bey et de son établissement thermal monumental en 1828(2), la localité d’Hammam Lif attire les notables et les curistes venus de Tunis et de la région. L’installation thermale comprend alors une aile dédiée à la cour beylicale et un fondouq pour le public et la population des petites gens. Les premiers pavillons entourés de jardins maraîchers, d’olivettes, de vergers et de palmiers s’implantent au pied du Bou Kornine sur la piste dite «Tariq Al Sahil », (route du Sahel ), devenue en 1874 route de Tunis à Hammam Lif . La région est agricole et ponctuée de petits centres habités entre les coteaux de Mégrine et de Radès à l’est et la ravine de Borj Cedria à l’ouest. Le territoire compris entre la route et le rivage n’est pas loin s’en faut un no- man’s land vierge et nu. Battu par les vents et quasi désert six mois de l’année, il comprend des pistes d’accès au rivage, un débarcadère, des sebkhas et friches et quelques terres cultivées en « Ghars ». Le domaine dit « Henchir Hammam Lif » propriété beylicale, regroupe les installations thermales, le Dar El Bey, ( palais beylical), les deux sources Aïn el Bey et Aïn el Ariane, les grandes demeures des dignitaires, les fondouqs et caravansérails, les dépendances de la domesticité, des puits, norias et écuries  et quelques gourbis de fortune accrochés au pied du pic et attenant au domaine. Un aqueduc accroché au Bou Kornine alimente le palais et ses dépendances en eau potable. En 1876 cette propriété devient celle du Bey des camps Ali Bey (1882-1904). Elle se tient entre la montagne et la mer sur une profondeur de quelques 600 mètres au milieu d’autres Henchir-s/ propriétés agricoles(3)( Henchir Naasane, Farch el Khébir, Statir al Garouba, Henchir Essabab, Domaine d’Hammam Lif, les Hauts d’Hammam Lif, les Treize Jardins ) cultivés et propriété beylicale. Devenue résidence beylicale et groupement d’habitations autour du palais , Hammam Lif verra se succéder de 1824 à 1957 tous les souverains régnants de la Régence de Tunis. Mais c’est avec Mohammed Al Sadok Bey (1859-1882) qu’elle prendra son essor et entamera sa transformation. Avec l’avènement du protectorat des modifications substantielles ont lieu à Hammam Lif.

Fig. 3 : Extrait de la « Cartes de environs de Tunis », au 1/20.000°, Service Topographique.
IGN, Saint-Mandé. Le site d’ Hammam Lif entre la montagne et la mer est un territoire de marécages et de friches.

En 1882 la construction de la voie ferrée Tunis-Hammam Lif est achevée permettant la liaison avec la capitale, l’afflux de la population et la réalisation de fondouqs et de logements près des sources. En 1881 l’ensemble des sources et des établissements thermaux devient propriété de l’Etat . En 1883, un nouvel établissement thermal moderne,  El Hammam Es- Souri ou Hôtel des Thermes voit le jour  à proximité de la résidence beylicale et au nord  de la route de Tunis à Hammam Lif . Il est l’œuvre de la Société Hammam-Lif –Tunis qui se voit accorder une concession pour sa gestion et réalisation. Il sera édifié en dix ans de 1883 à 1893 et signera l’impulsion du thermalisme moderne à Hammam Lif. Autre fait décisif des premiers moments du protectorat, la Direction des Domaines de l’Etat a acheté à Ali Bey l’ensemble des propriétés situées entre le mont Bou Kornine et le rivage .Les autres terres Melk   voisines ont été préemptées par la Direction de l’Agriculture du Commerce et de la Colonisation et constituées en domaine de l’Etat. Ainsi entre 1880 et 1885, la vocation thermale d’hammam Lif s’affirme, tandis que sont mis en place par l’Administration du protectorat les mécanismes fonciers et financiers qui vont permettre à des hommes d’affaires capitalistes (Banque de Tunisie) de réaliser une opération fructueuse. Hammam Lif, ville d’eaux, « station » thermale et balnéaire est appelée à naître et à se développer. Entre 1885 et 1896, la restriction de la propriété beylicale Henchir Hammam Lif à 1 hectare, la dépossession des terres et terrains Habous ou Melk autour du palais et entre le Bou Kornine et le rivage, la mise en place des premières infrastructures viaires et tracés au sol vont radicalement modifier le paysage de  la localité d’Hammam Lif et sa structure.

Fig. 4. Extrait du plan de la propriété Henchir Hammam Lif ,  le palais beylical et ses dépendances. Beya Abidi, 2016.

En 1885, il n’existe pas encore de centre habité à l’ouest entre Radès et Hammam Lif . Les terrains autour du Dar el Bey et de part et d’autre de la ligne de chemin de fer sont plantés de palmiers, de vergers et de jardins maraîchers. Une gare a vu le jour en face du Dar El Bey et au droit de la piste qui mène perpendiculairement au rivage. Un débarcadère et des bains de mer ont été installés sur la plage. Quelques rares villas sont apparues entre la gare et le bord de mer(4).


Fig. 5.
Hammam Lif, premier noyau urbain entre mer et montagne, 1905.

3. Hammam Lif, genèse d’une station thermale et balnéaire, 1885-1905

Les principes et mécanismes qui ont permis la concrétisation, les tracés et la naissance du nouveau centre d’Hammam Lif  sont ceux de l’expropriation pour cause d’utilité publique (1858-1905) et celui de la concession à des sociétés privées.

3.1 La Banque de Tunisie et la Société d’Hammam Lif-Tunis (1885-1895)

Entre 1880 et 1895 la Direction de l’Agriculture, du Commerce et de la Colonisation  a acquis ou préempté les terres Melk et Henchir de la localité autour de Hammam Lif , entre la gare et la mer et d’est en ouest . Ces propriétés sont devenues domaine de l’Etat. Elles ont été gérées par le Service des Domaines et la Direction des Finances jusqu’en 1892 où une première convention concède à la Banque de Tunisie une partie des terrains appartenant à l’Etat. En 1893, la Banque de Tunisie a cédé ses droits et charges sur ces terrains pour une durée de 10 ans à la Société d’Hammam Lif-Tunis. Une autre convention entre la banque de Tunisie et la Direction Générale des Travaux Publics, 19 août 1893, permet le début des grands travaux de voirie et la cession des terrains nécessaires aux voies publiques. Enfin la Société d’Hammam Lif –Tunis est instituée par concession et convention du 24 mai 1895 en lieu et place de la Banque de Tunisie(5), comme propriétaire et gestionnaire des terrains Melk  à Hammam Lif, issus du Domaine de l’Etat , à charge pour elle de les lotir en lots et de les mettre en vente. L’Administration des Domaines de l’Etat , la Direction Générale de l’agriculture , du Commerce et d e la Colonisation et la Direction Générale des Travaux Publics supervisent les travaux , la location et la vente des immeubles domaniaux à Hammam Lif .

3.2  Premières infrastructures, tracés et équipements, 1890-1905

La Société d’Hammam Lif-Tunis a donc acquis diverses propriétés  Melk  parmi les terrains immatriculés à vendre par lots, issus du Domaine de l’Etat et concédés à la Banque de Tunisie. A ce stade , la Direction des Travaux Publics et ses ingénieurs de la Voirie ont déjà pensé et commencé à mettre en place les premiers tracés de rues et de boulevards perpendiculaires et parallèles au rivage qui constitueront le noyau initial du nouveau centre d’Hammam Lif .Celui-ci est conçu comme un carré de 550 mètres de côté entre la voie ferrée et le rivage. En 1890 commencent les travaux du Casino accordé par concession à la Société d’Hammam Lif- Tunis.

Fig. 6. Vue du territoire d’Hammam Lif en 1900 depuis le palais beylical vers le Casino et le rivage.

Cette année est une année charnière dans le développement des nouveaux tracés et lotissement des terrains. L’avenue principale qui va de la gare au Casino s’articule autour d’un rond point d’où partent deux diagonales (sud est et sud ouest) en direction de la voie ferrée. La figure géométrique du carré initial de 550 mètres de côté irrigué par ses deux diagonales est divisée en une trame de 7 rues d’est en ouest et une autre trame de 6 rues du nord au sud . Le quadrillage de l’ensemble découpe des îlots carrés ou rectangulaires de  tailles et d’emprises  variées ( 60 X 60 m,70 x70 m, 80 x 60 m , 60 x 160 m) qui mettront plus de deux décennies à se remplir et à être édifiés. L’année 1890, est ainsi celle de l’édification du Casino et du Théâtre adjacent, de la plantation des axes principaux ( eucalyptus et palmiers) , de l’aménagement des abords de la gare ( esplanade et plantations), de la création d’un marché couvert, des premiers travaux de la Promenade de la corniche aménagée sur la plage , du lancement d’un projet de Tramway électrique Tunis-Radès-Hammam-Lif qui connaîtra de nombreuses versions et difficultés à naître et finalement ne verra jamais le jour ( 1900-1930).

Fig. 7. Géométrie et tracés du premier noyau urbain. Cartographie L.Ammar, échelle du document original 1/20.000°.

Entre 1885 et 1895 les premiers tracés de pistes et de rues vont se superposer aux anciennes pistes et fossés d’écoulement des eaux de ruissellement du Bou Kornine. Les anciens terrains salés inondés en hiver, les marécages et les friches vont faire  place peu à peu à des rues de 10, 14, 15 et 16 mètres de large sommairement carrossées et cailloutées , à des lots de terrains assainis et à des constructions  éparses qui ponctuent le nouveau centre urbain .  A partir de 1895 et avec l’inauguration du  tout nouveau Casino Hammam Lif attire de nombreux curistes à la fin de l’hiver, des estivants  venus de Tunis à la belle saison  et toute une population qui ne trouvant pas à se loger à Tunis vient s’y établir, tunisiens, italiens et européens toutes catégories sociales confondus.

Fig. 8. Vue de la plage et du Casino d’Hammam Lif en 1900.

Fig. 9. Le Grand Hôtel, le Casino et le Boulevard maritime, 1905.