L’architecture des mosquées Ibadites au Mzab et à Djerba


06 | 2018 
L’architecture des mosquées Ibadites au Mzab et à Djerba
Propriétés syntaxiques et modes de strcuturation

Houda Ben Younes(*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

Loin d’être « archaïque », comme certains la définissent, l’architecture vernaculaire traduit un savoir-faire qui, outre les connaissances techniques locales, révèle d’autres paramètres fondamentaux dictés par la tradition, qui lui confèrent sa spécificité par rapport à l’architecture contemporaine. Cette recherche s’intéresse au patrimoine religieux construit par les berbères ibadites dans deux régions géographiques différentes à savoir : les cinq villes du Mzab en Algérie et l’île de Djerba en Tunisie.  Notre étude est basée sur la méthode de la syntaxe spatiale qui met en évidence la relation fondamentale qui existe entre la configuration d’un espace et son usage. L’objectif de ce travail de recherche est d’identifier la logique spatiale des configurations architecturales d’un échantillon de trente mosquées ibadites de Djerba et du Mzab.  A travers ce travail nous essayons d’une part, d’expliquer l’organisation spatiale de la mosquée ibadite dans les deux régions d’étude. D’autre part, nous nous proposons de montrer l’existence de trois modes d’intégration qui structurent la mosquée ibadite dans l’île de Djerba et dans la vallée du Mzab : le çaḥn, le tẓalliṭ et le tẓalliṭ-tzaqqa n tẓalliṭ.

Entrée d’index

Mots-clés :Syntaxe Spatiale, Mosquée Ibadite, Configuration spatiale, Mode de structuration, Facteur de différence de base.

Plan

Introduction
1- Les espaces constitutifs de l’échantillon des mosquées ibadites de Djerba et du Mzab
2- Configurations spatiales de l’échantillon de mosquées ibadites de Djerba et du Mzab

3- Logique spatiale de l’échantillon de mosquées ibadites de Djerba et du Mzab
Conclusion

Texte intégral

Introduction 

Notre étude s’intéresse au patrimoine religieux produit par les berbères ibadites(1) dans la pentapole du Mzab(2) en Algérie et dans l’île de Djerba(3) en Tunisie. L’isolement géographique de ces deux régions leur a permis de conserver pendant plusieurs siècles une relative indépendance et de s’affirmer comme d’importants centres culturels ibadites, où venaient se former de nombreux étudiants. Notre corpus de spécimens choisis pour cette étude se compose de trente mosquées ibadites dont quinze mosquées construites dans l’île de Djerba et quinze autres mosquées construites dans la pentapole du Mzab. L’interrogation principale de cette étude est d’identifier la genèse de la logique spatiale des configurations architecturales des mosquées ibadites (Ben Younes, 2018). Autrement dit, comment un ordre d’espaces dans une configuration spatiale fonctionne-t-il en tant que système de relations spatiales ? Pour ce faire, nous avons fait appel à la Syntaxe Spatiale qui est une approche analytique de type quantitatif(4). En explorant la structure morphologique de l’arrangement spatial des différentes mosquées, la Syntaxe Spatiale nous permet de visiter en profondeur leurs structures spatiales. La syntaxe spatiale utilise des outils informatiques qui lui sont propres. Elle nécessite des précisions terminologiques qu’il est indispensable de connaître au chercheur qui s’engage dans cette voie méthodologique. C’est d’ailleurs à travers ces concepts spécifiques que seront présentés les résultats de la présente recherche qui paraissent de prime abord, incompréhensibles, voire, difficilement saisissables. Cet article est composé de trois grandes parties : une première partie qui s’intéresse à la description générale des espaces constitutifs de l’échantillon de mosquées ibadites choisies dans les deux régions d’étude. Une deuxième partie concerne les configurations spatiales de ces mosquées. Quant à la dernière partie, elle s’intéresse à la recherche de leurs logiques spatiales et leurs modes de structuration.

1- Les espaces constitutifs de l’échantillon de mosquées ibadites de Djerba et du Mzab 

  • Les espaces constitutifs de la mosquée ibadite de Djerba 

Les différentes composantes de la mosquée de Djerba (Fig.1), appelée localement « tamizgîda », sont réparties dans une esplanade surélevée, entourée d’un muret. On accède généralement à ces espaces par deux entrées principales qui s’ouvrent directement sur le « çahn » ou la cour. Le sol de cette dernière est régulièrement passé à la chaux.  Des puits et des citernes y sont dispersés autour de la salle de prières « tzaqqa n tzallit». Celle-ci occupe une place centrale dans l’enceinte de la mosquée. Les mosquées Ibadites possèdent généralement plusieurs lieux de prière bien distincts. Leur fréquentation varie selon les saisons et les heures du jour : outre la salle de prière fermée, des mihrab/s d’été sont installés à l’extérieur. Tenant compte des conditions climatiques de l’ile, les djerbiens ont construit un petit portique, le « bortâl », qui accueille la prière des fidèles en été.  Les mosquées Ibadites comportent également un local réservé aux ablutions ou « da », des pièces d’habitation ou « khulwât », qui peuvent abriter les leçons des enseignants ou héberger les pèlerins et les voyageurs. Les pièces d’habitation et les autres espaces annexes (le « makhzen» ou le local de dépôt, la « madrsa » ou école coranique, cuisine…etc.), entourent la salle de prière et sa cour en occupant les différents côtés de l’enceinte.

  • Les espaces constitutifs des mosquées ibadites du Mzab

La mosquée mozabite (appelée localement « tamijjîda ») occupe le centre du chaque Ksar dans toutes les villes du Mzab. Toujours édifiée en premier, sur le point culminant du périmètre à bâtir, elle est entourée, par la suite, des autres constructions. Cet emplacement met en relief le rôle générateur qu’a la mosquée par rapport à la ville, ainsi que l’importance qu’a la religion, et la prière surtout, dans la vie de la cité et des hommes. La grande mosquée du Ksar (Fig.2), comprend globalement deux niveaux :  Le premier est constitué d’une salle pour les ablutions « taqerbûst » , d’une salle de prières couverte « tzaqqa n tzallit» , de deux pièces de rencontre (l’une pour les fidèles ; salle de cours coranique « mahdra » et l’autre pour les  I`azzâben(5); le « tamnâyt », d’une cour à galeries « çahn » , avec un ou plusieurs mihrab/s, d’une bibliothèque, éventuellement, de même que des niches « ibûja » pour les dates et les livres. Supérieur au précédent, le second se compose d’une salle de prières pour les femmes et d’une grande terrasse à ciel ouvert « annej » avec un mihrab.
Quant à la mosquée funéraire, appelée localement Muçalla (Fig.3), elle est située généralement en contrebas du Ksar. C’est une construction très simple, dont le volume parallélépipédique de la salle de prière présente généralement une base presque carrée. Le toit de la salle de prière « annej » est accessible grâce à une sorte d’échelle « tîsunân » formée de pierres plantées le long du coin de l’une des façades. Cette salle de prière « tzaqqa n tzallit» est bordée par une cour utilisée comme aire de prière « tzallit», délimitée par un muret assez bas. Sa surface plane, blanchie à la chaux, sert également pour collecter les eaux de pluies, dont le ruissellement est dirigé par de petits canaux vers un puits « majel» construit dans son coin.

2. Configurations spatiales de l’échantillon de mosquées ibadites de Djerba et du Mzab

L’exploration des arrangements spatiaux des mosquées ibadites en vue de découvrir leurs configurations spatiales sous-jacentes, ne pourrait se remplir, sans rendre intelligible les plans architecturaux de l’ensemble des spécimens retenus pour cette étude. Pour ce faire, ces derniers ont été abstraitement convertis en graphes justifiés (Figures 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 et 11.), après décortication de leurs espaces en nœuds ou cellules.  Ces différents espaces constitutifs des spécimens du corpus d’étude, ont été codifiés selon les anciennes appellations attribuées par les djerbiens et les mozabites (Tab.1). Le but de cette abstraction des plans architecturaux est, en plus du dessin des graphes considéré comme étape préliminaire indispensable à l’analyse de la syntaxe spatiale, de faire délimiter les nœuds susceptibles de nous orienter dans la phase du calcul, ainsi que d’explorer les éventuelles récurrences représentatives. Cette partie d’étude a démontré que le corps des différents spécimens du l’échantillon de mosquées ibadites est formé d’un nombre assez différent d’espaces convexes(6), ce qui indique la nécessité de prendre en considération dans les calculs, la valeur d’intégration absolue RRA (Real Relative Asymmetry)

3. Logique spatiale de l’échantillon de mosquées ibadites de Djerba et du Mzab 

  • La valeur d’intégration RAA de l’échantillon de mosquées ibadites à Djerba et au Mzab 

La valeur d’intégration(7)globale de l’ensemble des spécimens formant le corpus des mosquées de Djerba est de 0,89 si l’extérieur est inclus (Tab.2), elle est de 1,84 s’il est exclu. Cependant, elle est de 1,68 si l’extérieur est inclus et de 2,89 s’il est exclus pour l’ensemble des spécimens formant le corpus des mosquées de Mzab. Ces valeurs, indiquent d’une façon générale, une intégration moyenne de l’ensemble du corpus de Djerba et du Mzab, comme elle indique la faible connectivité des espaces constitutifs des différents spécimens le constituant. Cependant quelques variations existent. A titre d’exemple, constituées d’un nombre d’espaces convexe respectivement de 9 et 12, la treizième mosquée retenue pour l’étude dans la compagne de Hûmet Guellala MD13, présentant des connexions multiples entre cellules, affiche l’une des plus basses valeurs d’intégration (ou plus forte capacité d’intégration). Cependant le huitième spécimen soit, la mosquée située dans la compagne de Hûmet Ghîzen MD08, avec une séquence linéaire qui ne se ramifie à partir du premier niveau de profondeur et redevient linéaire à partir du deuxième niveau de profondeur, expose la plus forte valeur d’intégration du corpus c’est-à-dire qu’elle ne dévoile qu’une faible capacité moyenne d’intégration.

  • La profondeur moyenne MeanDEPTH de l’échantillon de mosquées ibadites à Djerba et au Mzab 

La valeur de profondeur moyenne(8) de l’ensemble des spécimens formant le corpus des mosquées de Djerba est de 2,26 (Tab.2). Avec le nombre d’espaces convexes égal à 14, la mosquée MD01 est le spécimen le plus profond, dont la profondeur moyenne plafonne avec 2,60. Suivie de la mosquée MD06 qui expose une profondeur de 2,55 et avec le plus grand nombre d’espaces convexes, de l’ordre de 28. Le cas le moins profond est le deuxième spécimen MD02 qui affiche la plus basse valeur de 1,86 et se trouve au même temps, le moins élaboré en matière de nœuds constitutifs, avec seulement 5 cellules.  Cependant, la valeur de profondeur moyenne de l’ensemble des spécimens formant le corpus des mosquées de Mzab est inférieur à celle du corpus des spécimens de Djerba, de l’ordre de 2,13. La mosquée MM23 est le spécimen le plus profond avec une profondeur moyenne de l’ordre de 3,41 et un nombre d’espaces convexes égal à 10. Le spécimen le moins profond est celui de MM22 qui affiche une profondeur moyenne de 1,33 avec un nombre d’espace convexes de 2. Néanmoins nous constatons que le nombre d’espaces convexes n’est pas toujours proportionnel avec la profondeur moyenne. Ainsi nous remarquons qu’avec un nombre de nœuds distincts, respectivement de 12 et 25, les mosquées djerbiennes MD07, MDr11, présentent toutes les deux la même profondeur de 2,33. De même pour les mosquées mozabites MM17 et MM27, qui présente chacune la même valeur de profondeur de 2,00.  D’autre part, nous discernons aussi qu’en général, la profondeur moyenne des spécimens ne manifeste pas de corrélations avec l’intégration de leurs systèmes global depuis l’extérieur, toutefois il est étonnant de constater que quelques spécimens dotés des plus fortes profondeurs- supérieures à 2- sont d’une certaine perméabilité (le cas de MD01, MD06, MM23, MM19, MM16) et ce sont eux qui possèdent les plus grands nombres de cellules, alors que d’autres munis d’une profondeur basse, à titre d’exemple, MD02, MD10, MDr13, MD14, MM22, MM24, MM25 sont d’une ségrégation manifeste et sont dotés d’un nombre de cellules moindre.

  • Modes de structuration de l’échantillon de mosquées ibadites à Djerba et au Mzab 

La théorie de la syntaxe spatiale, nous permet de connaître la structuration de l’intérieur des mosquées. Ceci a été fait en comparant chaque espace de la mosquée aux autres lieux de cette même mosquée, selon son degré d’intégration et prendre ainsi, un rang sur une échelle. De pareilles ordinations d’après les graphes nous ont conduites à une meilleure compréhension de la morphologie et par conséquent de la logique spatiale. (Tab.3) Le questionnement que l’on est tenté de se poser à ce stade est : Si ces séquences ordonnées de lieux, donc de fonctions, sont récurrentes dans certaines mosquées ? Bill Hillier et ses collègues considèrent la récurrence de certains traits de structure comme l’indice de génotypie et traitent par conséquent la variété des compositions architecturales observées comme des phénotypes.

  • Le facteur de différence de base BDF(9) comme élément classificateur de l’espace le plus intégrateur 

L’observation minutieuse du (Tab.3) nous révèle une certaine récurrence du mode de structuration spatiale des spécimens. Ainsi :
–  MD01, MD02, MD03, MD04, MD05, MD06, MD07, MD08, MD09, MD10, MD11, MD12, MD13, MD14, MD15, MM16, MM17, MM18 et MM19 sont exclusivement structurés autour de la cour (S) « çahn » (avec et sans galeries), l’espace le mieux intégré.
– Alors que, MM21, MM22, MM24, MM26, MM27, MM28 et MM30 sont exclusivement structurés autour de l’aire de prière (TZA), l’aire de prière « tzallit », l’espace dont la capacité d’intégration est la plus forte.
– Quant aux spécimens restant, MM04, MM11, MM12 et MM13 :

  • Les spécimens MM25 et MM29 sont conjointement structurés sur l’aire de prière (TZA) et la salle de prières (TZL).
  • Le spécimen MM23 est absolument structuré autour de la galerie (R) « riwâq».
  • Le spécimen MM20 est absolument structuré sur la terrasse de la mosquée (Anj) « annej ».

Les deux derniers spécimens MM20 et MM23 ne semblent appartenir à aucun sous-ensemble. Il est à noter que le rapport SLR(10) est égal à 1 pour chacune des deux collections relatives aux mosquées ibadites de chaque région d’étude. Cela indique que ces systèmes sont majoritairement linéaires.

Conclusion

La finalité de la syntaxe spatiale ou l’analyse de la configuration d’un certain nombre de systèmes permet de mettre en relief des propriétés qui constituent, en réalité, la règle générique sous tendant l’espace en question : son génotype. La réalisation physique particulière de ces règles constitue son phénotype (Letesson.Q, 2009). Ces résultats suggèrent, en se basant sur les indices apportés par les valeurs d’intégration relative et absolue soient la RA (Relative Asymmetry) et la RRA (Real Relative Asymmetry) ainsi que le facteur de différence de base BDF (Base Difference Factor), l’existence de deux grandes façons de structuration de l’espace cultuel ibadite dans les deux contextes géographiques différents : L’un centré sur le « shan » : la cour, considérée comme l’espace le plus intégré et le plus intégrateur, pour les 19 spécimens (MD01, MD02, MD03, MD04, MD05, MD06, MD07, MD08, MD09, MD10, MD11, MD12, MD13, MD14, MD15, MM16, MM17, MM18 et MM19 ) soit un pourcentage de 63.33%. L’autre, centré sur le « tzallit » (ou l’aire de prière) qui se trouve également, dans ce cas, le moins ségrégué et le plus intégrateur, matérialisant ainsi la manifestation de 7 autres spécimens (MM21, MM22, MM24, MM26, MM27, MM28 et MM30), soit un pourcentage de 23.33%, alors que le seuls les deux spécimens MM25 et MM29 sont conjointement structurés sur l’aire de prière « tzallit » et la salle de prière « tzaqqa n tzallit »Par contre les spécimens MM11 et MM04 sont uniquement structurés chacun respectivement autour de la galerie « riwâq » et la terrasse de mosquée « annej ».

Illustrations

Fig. 1 : Plan de la mosquée el-Kebîr (Bûmesswar), Djerba – Dessin de l’auteure (2008)

Fig.2 : Plan de la grande mosquée de Ât Bunûr Ûjenna, Bounoura, le Mzab – Dessin de l’auteure (2008)

Fig.3 : Plan de la mosquée funéraire Bâba Waldjimma, Ghardaia, le Mzab – Dessin de l’auteure (2008)








ESPACE CODE ESPACE CODE ESPACE CODE
Cour/«çahn » S Salle de prières/ « tzaqqa n tzallit » TZL Salle de prières pour femmes/ « tzaqqa n tzallit n tisidnân’ TZLt
Aire de prière/ « tzallit »  TZA
Portique / « bortâl » B Escalier d’appel à la prière/ « madraj al-Adân » Mdrj Local des ablutions/ « mîda »/« taqerbûst» E
Minaret/ / « a`essâs »/ «mnâra » AS/ MN Ecole coranique/ « mahdra »/  «madrsa» Ma Salle de réunion des I`azzâben / « tamnâyt » Tm
Chambre/ « tzaqqa»/ « khulwa» Tz/ KH Grotte/ « damûs » G Terrasse de la mosquée/ « annej »/ « çtah » Anj/ sT
Local de dépôt/ « bajû »/ «makhzen » baJ/ Mak Cuisine/ « matbakh» Mt Extérieur X
Escaliers /« drûj »/ « tîsunân » Tsn/Drj Espace de transition T Galerie / « riwâq» R

Tableau.1. Tableau de codage des espaces constituant l’échantillon de mosquées Ibadites de la pentapole de Djerba et du Mzab

Tableau.2. Facteurs de différence de base H* avec et sans extérieur et valeurs des profondeurs et d’intégrations moyennes (relatives et absolues) des 30 spécimens

Tableau. 3. Ordre d’intégration des fonctions des 30 spécimens, extérieur inclus

Bibliographie

BELHADJ Maarouf, 2002, al-`Imâra A’ddiniya al-Ibadiyya bi mintaqati Wâdî Mîzâb min khilâli ba`d al-Namâdhij (L’architecture religieuse ibadite dans la région de la vallée du M’Zab à travers quelques exemples), thèse de Doctorat en histoire d’architecture Islamique, Université Abou Bakr Belkaid, Tlemcen. 
BEN YOUNES Houda, 2018, La spatialité des mosquées ibadites dans l’ile de Djerba et dans la pentapole du M’Zab au temps des I`azzâben, étude spatio-syntaxique, Thèse de Doctorat en architecture, E.N.A.U, Université de Carthage, Tunis.
HILLIER Bill, 1996, Space is the machine. A Configurational Theory of Architecture, Cambridge: Cambridge University Press, p. 317.
HILLIER Bill, HANSON Julienne et GRAHAM Hillaire, 1987, « Ideas are in things: an application of the space syntax method to discovering house genotypes », in Environment and Planing B: Planning and Design, volume 14, pp.363-385.
JAÂBIRI Farhat, 1975, Nidâm Al-`Azzâba `Inda al-Ibâdiya fî Djerba (L’organisation des Azzaba chez les ibadites de Djerba), Ed. Al-Matba`a Al-`Asriyya, Tunis.
LETESSON Quentin, 2009, Du phénotype au génotype, analyse de la syntaxe spatiale en architecture minoenne (MMIIIB-MRIB), Thèse de Doctorat publiée, Presses universitaires de Louvain, Belgique.
PREVOST Virginie, 2009, « Les mosquées ibadites du Maghreb », dans Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 125 (Les mosquées. Espaces, institutions et pratiques).

Notes

(1) L’ibadisme (arabe : Al-ibâdiya, الاباضية) est un courant minoritaire en Islam qui n’est ni chiite ni sunnite. Il subsiste essentiellement à Oman, en Afrique de l’Est, dans la vallée du M’Zab en Algérie, dans les montagnes de Nafûsa en Libye, et sur l’île de Djerba en Tunisie.
(2) La pentapole du Mzab se trouve à 600 km au sud de la capitale algérienne Alger. Elle est occupée principalement par une population berbérophone de rite ibadite. Cinq villes composent la pentapole du Mzab : El-Ateuf (Tâjnint), Bounoura (Ât Bunûr), Melika (Ât Mlîcht), Beni Isguen (Ât Isjen) et Ghardaia (Taghardâyt).
(3) Djerba est une ile située au sud-est du littoral tunisien, dans le golf de Gabès.
(4)La syntaxe spatiale est un ensemble d’outils et de théories mis au point pour analyser et composer des espaces architecturaux. Le système se fonde sur le constat que la morphologie spatiale influence naturellement la distribution de la fréquentation des espaces, et que ces dynamiques naturelles conditionnent à leur tour, les interactions sociales, les utilisations et les occupations qui se développent, ainsi que la qualité et la durabilité de ces développements.
(5) « I`azzâben» ou «`Azzâba », est un terme qui désigne un groupe de musulmans élus parmi les hommes pieux qui dirigent la société Ibadite. Voir plus explicitement la définition du mot dans l’ouvrage de Farhat Jaâbiri : Jaâbiri Farhat, 1975, Nidâm Al-`Azzâba `Inda al-Ibâdiya fî Djerba : (L’organisation des Azzaba chez les ibadites de Djerba), Ed. Al-Matba`a Al-`Asriyya, Tunis.
(6) Par analogie, Hillier attribue cette propriété à un espace dont les occupants peuvent se voir les uns les autres « A group will collectively define a space in which all the people the first person can see each other, and this is mathematical definition of the convexity in space, except that a mathematician would say points rather than people … In particular any activity that involves the interaction and co-presence of several people is by definition likely to be convex, since it is only in a convex space that each person can be aware of all the others » (Hillier. B, 1996).
(7) La valeur d’intégration moyenne d’un complexe est la moyenne des valeurs d’intégration de tous les nœuds ou cellules constituant son graphe justifié. Elle renseigne sur le degré d’intégration général du bâtiment ainsi que sur le degré de connexion de ces espaces constitutifs. Plus cette valeur est faible, proche de zéro « 0 » plus le bâtiment est intégré et plus ses espaces sont connectés les uns aux autres. Inversement, si ceux-ci n’entretiennent que des relations partielles entre eux, l’intégration moyenne est faible.
(8) La valeur de profondeur moyenne totale permet d’appréhender la profondeur moyenne de tous les spécimens, elle nous renseigne sur le degré de rapprochement, en moyenne, des cellules constitutives des graphes justifiés par rapport à l’extérieur. Le simple examen visuel de ceux-ci, peut nous octroyer une idée sur leurs profondeurs respectives. En effet, un système muni de longues séquences linéaires aura une forte profondeur moyenne, alors qu’un aspect buissonneux, triangulaire, d’une large base et d’un sommet pointu affichera une profondeur basse.
(9) Le facteur de différence de base permet de mesurer sur les graphes des différences qui distinguent les nœuds quant aux valeurs d’intégration qu’ils situent. Il permet donc de quantifier le degré de différence, sur la base de la RA ou de la RRA, entre les valeurs minimales, maximales et moyennes, ou de n’importe quels trois autres espaces situés sur le graphe. (Hillier et al, 1987, pp.363-385 ; Hanson .J, 1998, p.30). Plus cette valeur est proches de 0, plus les espaces constitutifs de l’édifice en question sont différenciés et structurés. Inversement, plus cette valeur est proche de 1, plus, ils sont homogénéisés au point qu’il ne resterait aucune différence de configuration les identifiants.
(10) Le rapport Espace/Liaison ou « Space Link Ratio » est un ratio qualitatif qui permet de renseigner sur le choix de l’itinéraire que l’on puisse prendre pour passer d’un espace à un autre. Il se matérialise par une formule mathématique mettant en rapport le nombre de liaisons augmenté d’un chiffre, au nombre total de nœuds dans un complexe : SLR= L+1/ K

Pour citer cet article

Houda Ben Younes, « L’architecture des mosquées Ibadites au Mzab et à Djerba : propriétés syntaxiques et modes de structuration », Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’architecture maghrébines [En ligne], n°6, Année 2018.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=5298

Auteur

* Docteure en Sciences de l’Architecture – ENAU – Université de Carthage
Laboratoire d’Archéologie et d’architecture maghrébines – Université de la Manouba.

دار القايد عبد الرحمان زروق بالقيروان أواخر القرن 19 من خلال وثائق العدول


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06 | 2018

دار القايد عبد الرحمان زروق بالقيروان أواخر القرن 19 من خلال وثائق العدول

منى كمّون (*)

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الملخص

يعتمد هذا المقال على وثائق ملكية مستخرجة من أرشيف عائلي تعود إلى سنة 1304هـ/1886م تتعلق بشراء الڤايدعبد الرحمان زروق لدار على مقربة من مسجد يحي بن عمر. تطرح هذه الوثائق مراحل انتقال ملكية الدار من آل زروق إلى آل العلاني.وقد بيّنت أهمية توارث المعلم وانتقاله للعقب في الحفاظ عليه وضمان استمرارية تأمينه لوظائفه ومكانته في النسيج الحضري لمدينة القيروان المسورة. وفي ظل شحّ المعلومات حول الخصائص المعمارية لدار زرّوق في وثائقنا، استنجدنا بالبحث الميدانيلاستكمال ماجاء في الوثائق عبر تحديد الموقع ودراسة الشكل الهندسي والمعماري للدار.

الكلمات المفاتيح

القيروان، دار عبد الرحمان زروق، وثيقة ملكية، العائلات المخزنية.  

الفهرس

مقدمة
1- تقديم الوثائق المتعلقة بدار زرّوق
2- المعطيات التاريخية الواردة في الوثائق حول العائلات القيروانية
3- دار زروق: المعمار من خلال الوثائق والمعاينة الميدانية
الخاتمة

المقال

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مقدمة

ساهمت العائلات المخزنية في إدارة البلاد حيث عمد البايات الحسينيون إلى تشريك المحليين في استغلال دواخل الإيالة. كما توجهوا الى الإبقاء على نفس العناصر المخزنية مما ساهم في ترسيخ وتدعيم قاعدة توارث الخطط المخزنية داخل العائلة الواحدة عبر أجيال.ولا تهم ظاهرة صعود نخب المخزن في السلم الاجتماعي وتبلور العائلات الكبرى المخزنية المدن فقط بل تشمل كذلك الأرياف والقبائل. فظهرت عدة عائلات مخزنية خلال القرنين 18 و19 كعائلة السبوعي(1) بقبيلة جلاص(2)وعائلة بوعلي العيساوي الرمضاني.وقد اعتبرت خطة الڤيادة من أعلى الخطط المخزنية المحلية، فالڤايدهو رئيس المخزن المحلي والمشرف الأول على المدينة وممثل الباي بها.(3) ويتطلب هذا المنصب توفّر رصيد مالي وعقاري يضفي على صاحبه قدرا من الوجاهة. وتمثل عائلة بوعلي العيساوي الرمضاني كعائلة قيروانية نموذجا لأعيان المخزن المنتمين للأرياف. وقد كان الڤايد بوعلي العيساوي ينسب لفرعجلاصالقبالة (من فريق أولاد إدير)(4) وهو من أشهر عروش السنجق.(5)
سنقدم في هذا البحث وثائق عائلية تعود إلى أواخر القرن19وتكمن أهميّة الوثيقة في تقديمها لأحد العائلات المخزنية بمدينة القيروان وللعائلات المصاهرة لها ولبعض أملاكها وعقاراتها داخل المدينة.

تقديم الوثائق المتعلقة بدار زرّوق

تتمثل الوثائق في رسوم لأملاك السيد عبد الرحمان زرّوق حيث تتضمن الوثيقة الأولى أربع رسوم:

الرسم الأول يقرّ بشراء عميرة بن عبد السلام بحسب نيابته عن السيد عبد الرحمان زرّوق لجميع الدار ذات الدريبة والعلوي المعتلا عليها والحانوت الذي بين المخزن والدار سنة 1304هـ/1886م بشهادة العدلين محمد بالسرور الغرياني القيرواني والشيخ محمود بن خوذ القيرواني الأول. أمّا الرسم الثاني والمؤرخ في عام1304ه/1886م يتضمن شراء محمد النجار بحسب نيابته عن السيد عبد الرحمان زروق لجميع الزريبة القبلية المفتح المشتملة على ثلاث بيوت كبار وبيت صغرى وداموس كائنة بحومة الجامع داخل مدينة القيروان بشهادة الفقيهين النبيهين العدلين الشيخين محمد بالسرور ومحمود بن خوذ. والرسم الثالث يتمثل في شراء السيد عبد الرحمان زرّوق لجميع ستة وعشرين سهما من أربعين سهما من كامل الدار غربية المفتح كائنة بالشارع المتصل قبليه بتربة الولي الصالح الشيخ سيدي الرقيق بوعبانة عام 1307 بشهادة العدلين بالقيروان الشيخ احمد النجار والشيخ محمد بن حميدة الصيد. ويعلن هذا الرسم عن وفاة السيد عبد الرحمان زرّوق وانحصار ارثه في زوجته السيدة نفيسة بنت السيد الطاهر زروق التونسي وابنه منها الهادي ومن غيرها الشقيقات الستة صلوحة وهنونة وشلبية ومحبوبة وفاطمة والمنوبية ووالده السيد أحمد زروق. أما الرسم الرابع فيتضمن أن السيد أحمد زروق اشترى له ولورثة ابنه المرحوم المنعم السيد عبد الرحمان جميع الأربعة عشر سهما الباقية من الدار عام 1908 بشهادة العدلين الشيخ محمد الصيد والشيخ محمد عظوم. كما أقرّ هذا الرسم بوفاة الهادي فورثه جده أحمد زروق ووالدته واخواته الستة وتوفي السيد أحمد زروق فورثه زوجته فطومة بوالأجفان وأولاده من غيرها صالح وجنات والزهرة والمنفرد فرحات وتحوّل ما على ملكهم لبنات عبد الرحمان زروق حسبما ذلك مؤرخ بسنة 1908 بشهادة العدلين محمد النخلي ومحمود العلاني.

أما الوثيقة الثانية فتتمثل في ضبط لمخلف السيد عبد الرحمان زروقكما تتضمن كيفية تحوّل ملكية الدار من آل زروق إلى آل العلاني. في سنة 1909م توفيت السيدة صلوحة بنت عبد الرحمان زروق فانحصر إرثها في زوجها التاجر محمود ابن العدل الشيخ الحاج محمد ابن الحاج حمودة العلاني وأولاده منها محمد وفاطمة وخديجة ومحبوبة وزبيدة.(6) ثمّ تولى التاجر السيد عبد الحفيظ ابن السيد الحاج ابن الشيخ سيدي حسين العلاني شراء جميع النصف على الشياع من كامل الدار والعلوي والزريبة القبلية المفتح من السيدات هنونة وشلبية ومحبوبة والمنوبية وفاطمة والسيد محمود العلاني وأولاده خلال عام 1911.

المعطيات التاريخية الواردة في الوثائق حول العائلات القيروانية

العائلات القيروانية

أشارت الوثائق في إطار تحديدها لموقع دارعبد الرحمان زروق وانتقال ملكيتها إلى عدّة عائلات قيروانية اتصلت بعائلة زروق وتعاملت معها كالأجوار والأصهار وأيضا العدول وبعض رجالات الدولة.فتعدّ الحومةالتي تقع بها الدار مجال استقراربيوتات قيروانية متجذرة أغلبها من العائلات الدينية والوجاهات السياسية والعسكرية، فصاريعتبر حيّا « راقيا ». وقد استقرّت به عائلة الصيد المناري التي كانت تمتلك دارا تقع غرب الدار التي اشتراها السيد عبد الرحمان زروق(7). وقد اشتهرت بخدمتها للزاوية الصحابية، نذكر من وجاهاتها أبو عبد الله محمد بن أبي حفص عمر الصيد المناري.(8)وامتهن أبناؤها أيضا خطة الإشهاد ووكلاء أوقاف مثل العدل الشيخ محمد الصيد سنة 1321هـ/1903م(9) ووكيل الزاوية الصحابية قاسم بن عمر الصيد. كما قطن به ڤايد أولاد عيّار سعد المجهد الذي تحدّ داره من جهة الغرب دار عبد الرحمان. وأيضا عائلة محمد المنيعي وكيل الخصام بالمحكمة الشرعية جوفا.
ومن العائلات التي ربطتها علاقة مصاهرة بعائلة زروق نذكر عائلة بوالأجفان التميمي. وهي من العائلات القيروانية التي تولّت خطتي العدالة والإشهاد إلى حدود سنة 1300هـ/1882م. ومن أعلامها حمودة ابن الفقيه الفاضل والعدل الحاج قاسم أبو الأجفان التميمي(10)والعدل محمد بو الأجفان من سكان حومة الأشراف.(11)وقد تزوّج السيد أحمد زروق إحدى بنات هذه العائلة وهي السيدة فطومة ابنة الأجل المرعي الفقيه النبيه الموّثق الأعدل الشيخ حمودة بوالأجفان القيرواني.(12)
كما أفادتنا هذه الوثائق إلى عدد من عدول الأشهاد الذين تعاملت معهم عائلة زروق. وهم ينتمون إلى عائلات قيروانية اشتهرت بمكانتها العلمية والدينية. نذكر من بينها آل عظّوم من أبرز العائلات القيروانية الذين اختصّوا في الفقه والإفتاء والإمامة والقضاء والعدالة وهم  » أهل بيت في العلوم متفنّينون « .(13)وقد وصفهم صاحب شجرة النور الزكية « ببيت علم وفضل ». وقد ذكرت كتب التراجم بعض أعلام هذا البيت. يشير الجودي إلى الشيخ الفقيه القاضي المفتي والمدرّس محمد بن عبد الجليل عظّوم وعبد الجليل بن مرزوق قاضي القيروان في عام 984ه/1574م.(14)
كما يشير مصدرنا إلى عائلة ابن خوذوهي من العائلات القيروانية التي تنسب إلى الشيخ أبو عبد الله بن أحمد بن خوذ ولد بالمغرب الأقصى قدم إلى مدينة حامّة قابس في القرن 11هـ واستقرّ بها وشيّد زاوية بالحامّة بها خلوة لتحفيظ القرآن حملت اسمه أيضا. ثمّ انتقل إلى القيروان أين أسّس مدرسته. نذكر بعض فقهاء العائلة الخوذية الذين تولّوا مشيخة المدرسة الخوذيّة بالقيروان وبالحامّة، محمود بن البغدادي بن خوذ وعلي بن الصادق بن خوذ والبغدادي بن إبراهيم بن خوذ ورشيد بن بلقاسم بن خوذ ومعروف بن خوذ ومحمد بن إبراهيم بن خوذ القيرواني والطاهر بن محمود بن خوذ القيرواني وعبد الله بن البغدادي بن خوذ القيرواني وبلقاسم بن خوذ وعلي بن خوذ شيخ وقف الزاوية بالقيروان والحامّة.(15)في المقابل برزت عائلة الشوك في وثائقنا. وقد امتهنت خطتي القيادة والعدالة. وهممن أعيان الوسالتية الذين استقرّوا بالقيروان وتولّى بعض أبنائها القيادة من بينهم القايد أحمد بن علي الشوك الوسلاتي (1739-1751م) زمن علي باشا واستقر بحومة الأشراف وصاهر أبناءه حمودة وقاسم أبناء عليالوحيشي فاندمجوا بالمدينة حتى سمّي إحدى الأزقة بحومة الأشراف « بزقاق الشوك ».(16) كما تولّى بعض أبنائه العدالة كالعدل محمد وقاسم وأحمد الشوك من سكان حومة الجامع سنة 1300هـ/1882م.(17)وشغل أبناؤها خطة الإمامة بمسجد المدرسة الحسينية أبرزهم الفقيه محمد ابن العدل قاسم الشوك سنة 1312هـ/1895م.(18)
وكما ذكرت عائلة الغريانيولا سيما العدل محمد بالسرور الغرياني.وتنسب هذه العائلة الى قبيلة عربية مستقرّة بجبل غريان(19) في طرابلس وإلى مقدم الزاوية الجديدية أبو سمير عبيد بن يعيش الغرياني. وتوارث أبناؤه النظارة على الزاوية مما ساهم في اندماجهم بمدينة القيروان إلى جانب اكتسابهم مكانة اجتماعية وسياسية وثقافية متميّزة. وقد ذكر صاحب التكميل منهم الفقيه المدرس الصالح الشيخ أبو سمير عبيد الأصغر بن بالسرور الغرياني الدوادي الطائي الذي كان له كل يوم دولة في قراءة الحديث الشريف بزاوية جده سيدي عبيد الأكبر.(20)كما تولّى بعض أبنائها الإشهاد نذكّر منهم محمد بالسرور الغرياني بالشيخ علي الحطاب الغرياني الذي تولّى الإشهاد بالقيروان في 12 محرم 1289 هـ/1872م.

وقد تعرضت وثائقنا إلىآل النجار الهذلي وهم من العائلاتالقيروانية ذات الأصول العربية التي استقرت بالمدينة مع الفتح الإسلامي. ونذكر من أعلامها أبو عبد الله محمد بن محمد ابن الحاج أحمد النجار الهذلي وأبو الحسن علي النجار الذي على ضريحه قبة جوفية بداخل داره الغربية بربض زواغة.(21)والفقيه العدل النبيه محمد السنوسي النجار ممن سلف من أعيان عدول مدينة القيروان بتاريخ سنة 1272هـ/1855م.(22)كما ورد ذكر العدل محمد النخلي وهو من عائلة تنسب إلى قرية النخلة قرب مكة(23)، ومنهم الشيخ الفاضل والخير أبو عبد الله محمد ابن الحاج قاسم النخلي القصراوي(24)وزاويته بربض قصراوة بالقبلية. ومنهم أيضا أبو الحسن علي ابن الأمين بلقاسم النخلي وكيل بيت المال بالقيروان سنة 1164هـ/1751م.(25)

عائلة زروق القيروانية

تبرز أهميّة الوثائق في تأريخها لإحدى العائلات المخزنية المنتمية لفرع إيدير من جلاص والتي اندمجت في المجتمع القيرواني عبر امتلاكها رصيد عقاري هام حتى صارت من أبرز وجاهاته وربطت شبكة من المصاهرات امتدت لأعيان مدينة القيروان.فقد امتلك الڤايد بوعلي ابن الشيخ العيساوي بن فرج الرمضاني (ت قبل 1285هـ/1868م)3 منازل بسويقة باب القدة(26)بحومة الجامع بالقيروان بين 1837 و1850(27)وجعلها دارا كبرى ومخازن وبنى فوقها علوياحتى أصبحت البطحاء القريبة من الدور تعرف باسم بطحاء « زروق ». وقد استقر ابنه أحمد زروق بالمدينة وتزوّج فطومة ابنة العدل حمودة بوالأجفان التميمي وكذلك زينب بن خوذ ومن صالحة بن خوذ. وتزوّج عبد الرحمان بن أحمد زروق من حلومة ابنة الكاهية حمودة المرابط التميمي ثمّ من نفيسة بنت الطاهر زروق الشريف التونسي.(28)وأشارت الوثيقة إلى أزمة العائلة بموت وجهائها (عبد الرحمان ووالده أحمد زروق) وتأثير انقطاع العقب من الذكور (وفاة الهادي ابن السيد عبد الرحمان زروق) على الملكية العقارية.وهو ما جعلها تتحوّل إلى ملكية للإناث ولأبناء العقب من الإناث وأساسا أبناء صلوحة من زوجها محمود العلاني.
وتعتبر عائلة العلاني من العائلات ذات الوجاهة والنسب الرفيع والتي امتهنت القضاء والتدريس والإمامة والإشهاد بمدينة القيروان وتشهد بذلك عديد العبارات التبجيلية الواردة في دفاتر العدول وفي وثائقنا  » الفقيه النبيه المدرس الشيخ السيد الحاج محمد الأصغر ابن الشيخ سي عمر العلاني الشريف الأنصاري ممن سلف من أعيان عدول القيروان » وأيضا  » الأجل المرعي المبجل الشيخ السيد الحاج محمد ابن المنعم المرحوم الأصلح الشيخ سي الحاج حسين العلاني الأنصاري الشريف القيرواني ». كما احتفظت كتب التراجم بأسماء العديد من أعلام هذه العائلة نذكر من بينهم محمد بن محمد ابن الحاج محمد بن قاسم العلاني الأنصاري الذي تولى الإشهاد عام 1284/1867م والإفتاء عام 1304 هـ/1887م.(29)وتعدّ عائلة العلاني من بيوتات القيروان التي حافظت الى حد كبير على موقعها الاجتماعي تبعا لتنوّع مصادر ثروتها وأنشطتها (تجارية وفلاحية)،إذ لم تستمد وجاهتها من السلطة والسلطان على غرار عقب بوعلي الرمضاني.
كما تؤرّخ هذه الوثائق لمراحل تحوّل المكان من الدلالة على مكانة آل زروق ضمن منصة الفاعلين السياسيين بالقيروان حتى حفظت المدينة ذكرهم والذاكرة أعيانهم فقد سميت بطحاء الجرابةالتي على مقربة من دورهم »ببطحاء زروق ». فشكل البناء العمودي للدار وفخامته وما انعكست منه إلى خارج الزقاق صورة جلية لمدى تنفذ آل زروق في مدينة تفتقر إلى حد كبير في بناءها إلى مظاهر الترف والفخامة ولا يتعدى بناءاتها السكنية عموما الطابق الأرضي.(30)
إن المتتبع للوثائق يمكن أن يؤرخ إلى بداية تدحرج عائلة مخزنيةمنذ الفترة الحسينية انتهت بانتهاء وجاهتها التي حافظت على علاقتها بالسلطة الاستعمارية وسهلت تغلّغل هذه القوى بالبلاد التونسية ومدينة القيروان خاصّة،فإزاحتها من منصّة الفاعلين السياسيين تبعا لبداية التحوّل ولبداية التخلي عن جزء من العائلات المخزنية التي لم تحيّن قاعدة تنفّذها الاجتماعي ومرتكزات وجاهتها السياسية مما بدّد رأس مالها الرمزي وجعلها غير قادرة على الحفاظ على ثروتها ورصيدها العقاري فكانت عاجزة عن حفظ مكانتها صلب منصة الفاعلين الاجتماعيين. فقد استغنت السلطة الاستعمارية عن عديد الڤياد والخلفاء. فعرفت هذه الفئة عديد الصعوبات. نذكر من بينهم الخليفة صالح ابن الڤايد أحمد زروق الذي شهد ذات التدحرج في السلم الاجتماعي بعد أن أزيح عن خلافة جبل وسلات أواخر القرن 19 وصار الخليفة الذي كان يملك والده وجده عديد العقارات عاجزا تماما على إعالة عائلته. مما دفعه إلى استجداء عطف حكومة الحماية محاولا تذكيرها بأمجاد عائلته فأسلافه من خدم الدولة العلية بصفة عمال وكواهي « والدولة الفرنساويةالفخيمة تعرف ما قام به والدنا وأخونا من الخدمات الجليلة لدولة فرنسا عند الاحتلال وبعده وكنت أنا قد خدمته وعضنا الدهر بنابه وضعف حالنا وقلّ ما بأيدينا ولي عائلة كبيرة مع أني الآن لا نجد ما نسدّ به رمقي ولم تكن لي صناعة غير خدمة الدولة العليّة التي هي حرفة آبائي وأجدادي من قبل ».(31)وهو ما جعل آل العلاني يسعون إلى تحويل هذا المكان الذي كان رمزا للسلطة والنفوذ الاجتماعي لعائلة جمعتهم روابط المصاهرة بها فحولوا فخامة المكان التي اقترنتبآل زروق إلى آل العلاني الذين ما انفكوا يتعهدون صورتهم الرمزية الاعتبارية من خلال تنمية رصيدهم العقاري ومكانتهم الاجتماعية رغم منافسة الرأس مال الاستعماري والأوروبي.كما كشفت لنا الوثيقة عن بعض عدول القيروان في بداية الفترة الاستعمارية.

 دار زروق: المعمار من خلال الوثائق والمعاينة الميدانية

تكمن أهميّة الوثائق في تحديدها لموقع دار عبد الرحمان زروق(32)بحومة الجامع وتحديدا بنهج بوهاها قبالة مسجد يحي بن عمر(33)وعلى مقربة من القصبتين القديمة والحديثة وجوفا جانب من السور والقصبة القديمة بالشارع الذي يشتمل على بعض دور رجالات الدولة كدار الباي(34)ودار الڤايد سعد المجهدالتي آلت ملكيتها إلى الڤايد عبد الرحمان زروق. كما بها دور آل الصيد المناري.وقد ورد بالوثيقة في سياق تحديدها لموقع دار عبد الرحمان ذكر مسجدين « النخلة » و »يحي بن عمر ». واستنادا إلى دراسة الوثائق والمعاينة الميدانيةنتبيّن أنهما إسمان ينطبقان موقعا وحدا على نفس المسجد. وهو يعرف اليوم بمسجد يحي بن عمر. كما تطرقت إلى بعض المكونات المعمارية للدار لـأهميّتها «ويمتاز السيد حفيظ العلاني المذكور بجميع الدار ذات الدريبة القبلية المفتح والمخزن الملاصق لها من شرقيها القبلي المفتح الذي بداخله بيت غربي المدخل، أخذ بسببها السيد محمد جميع العلوي والمخزن والزريبة المذكورة وأخذ بسببها السيد حفيظ جميع الدار ذات الدريبة وجميع المخزن الملاصق لها من شرقيها الذي بداخله بيت المعبر عنه بالمحكمة… واما حوانت الحجامة التي بالدار المذكورة من حقوق السيد حفيظ العلاني المذكور وحده والبئران اللذان بالدار المذكورة فإصلاحهما على صاحب الدار »(35). إضافة إلى ذكر العناصر المعمارية للزريبة القبلية المفتح التي تشتمل على ثلاث بيوت كبار وبيت صغير وداموس.

.صورة .1. موقع دار عبد الرحمان زروق بمدينة القيروان

انطلاقا من الوثائق التي ذكرت بعض العناصر المعمارية لدار عبد الرحمان زروق سنحاول دراسة المعلم ميدانياومعماريا بهدف إبراز الخصائص المعمارية والهندسية لدور الڤياد بمدينة القيروان.

دار عبد الرحمان زروق: الخصائص المعمارية (36)

تضمّ بناية زروق داراوطابق علوي(37). يتوسط الدار صحن مركزي تحيط به الغرف من الجهات الأربع ودويرية وحمام.نلج إلى السقيفة الأولى(38)عبر مدخل مستطيل(39) ،بابه خشبي ذو مصراعين محلّى بأطر نحت وسطها زخارف نباتية. يتوج المدخل عقد نصف دائري، قدّ من الحجارة المهندمة ويتوسّطه خوشك من الحديد المطرّق(40).

صورة.2. واجهة دار زروق.(صورة منى كمّون).

يؤدي الباب إلى سقيفة مستطيلة (8.08م × 4.89م)، سقفها يتبع نظام القبوات المتتابعة تتخلله عوارض من الحديد المطرّق. كسيت جدرانها بمربعات خزفية متعددة الألوان على ارتفاع (3م). يتوسط جدارها الشرقي مدخلان، الأول يفضي عبرممرّ (41)،سقفه قدّ من أعواد العرعار الى فناء مربع(42).واجهته القبلية بمحورها مدخل مستطيل يؤدي إلى مرحاض. بمحور الواجهة الشرقية للفناء باب خشبي ذو دفتين يوصل إلى بيت السقيفة (5.27م × 4.23م) تؤدي عبر باب جوفي إلى الصحن. ويبدو أن هذا العنصر(43)قد بقي على حاله منذ 1890م، وهو ما يؤكّدهالمصدر الوحيد الذي وصف دار عبد الرحمان زروق(44).
أما المدخل الثاني فيفضي الى سقيفة ثانية مستطيلة(45)، سقفها قبوان متقاطعان يفصل بينهما عقد نصف دائري. جميع الواجهات صمّاء باستثناء الجوفية التي كان يتوسّطها مدخل يفتح على الصحن(46). توصل السقيفة ذات المدخل المنكسر إلى صحن مربع الشكل تقريبا ومكشوف، تتوسّطه فوهة ماجل ومطمورة. بلطت أرضيته بالرخام وكسيت جدرانه بمربعات الخزف(47). يحيط به عدد من المجالس ودويرية.

صورة.3. مخطط دار زروق الطابق الأرضي (إنجاز منى كمون).

المجالس(48)

المجلس الجوفي

يطلّ على الصحن من جهة الجوف، بابه خشبي ذو دفتين تحفّ به نافذتين مستطيلتين، مغطاتان بالحديد المطرّق. يوصل الباب إلي بيت تشتمل على رتبة ومقاصر وقسم أمامي. الرتبة (2.84 م × 2.50م) مسقوفة بقبة خشبية ذات رقبة مثمنة حليّت على مستوى المفتاح بورق الأكانتس، تستند مساقطها الأطراف على مثلثات رسم عليها سلة تتألف من أوراق وأزهار وثمار محاطة بأوراق متموجة على شكل حيّة ذات ألوان متعددة. كما أحيطت القبة بثلاث أفاريز. الأول، تنتشر به أوراق لوزية يليه شريط مسنن. الثاني حليت أرضيته بزخارف هندسية ونباتية. الثالث يزخرفه عناصر نباتية من فروع وأوراق وثمار.
أما القسم الأمامي، فسقفه خشبي مسطح في الوسط زين بشعار الدولة الحسينية(49)ومقبي في الأطراف أدمج أسفله كلّة واجهتها معقودة. كسيّت جدرانها بمربعات من الخزف وتزينها المرافع الخشبية. يحفّ بها مقصورتان، الأولى مستطيلة، سقفها قبو طولي. أما الثانية سقفت بأعواد العرعار.ولعل استعمال شعار الدولة الحسينية يؤكد على اعتزاز صاحب الدار بولائه للبيت الحسيني وانتمائه باعتباره ڤايدا للمخزن. ولا يمكن أن ننسى أن دار الڤايد هي فضاء لممارسة السلطة السياسية والإدارية وبالتالي فإن المجلس هو مجلس لتسيير شؤون القيادة. والدار هي دار لقايد أي المقر الرسمي لمباشرة تسيير شؤون الحكم المحلي.

صورة. 4. مخطط دار زروق الطابق الثاني (إنجاز منى كمون).

صورة. 5. سقف المجلس الجوفي (تصوير منى كمون).

المجلس الشرقي(50)

مستطيل يشتمل على مقاصر وقسم أمامي. أما القسم الأمامي، فسقفه خشبي مسطح في الوسط ومقبي في الأطراف. السقف الخشبي جمع بين الزخارف النباتية والعناصر الهندسية ذات ألوان مختلفة والرسوم الحيوانية التي تتمثل في طيور تقف على فروع نباتية.يحف به مقصورتان أسقفها خشبية ذات عوارض بارزة.

صورة.6. المجلس الجوفي (تصوير منى كمون).

الدويرية(51)

نلج إليها من جهة الجوف عبر مدخل مستطيل وتحتوي على دهليزين. الأول، بالواجهة الغربية. يفتح على برطال سقفه خشبي ذو عوارض بارزة. نصل اليه عبر ثماني دركات. ينقسم إلى قسمين: قسم أمامي سقفه قبو طولي، وبلطت أرضيته بالآجر. أما القسم الثاني فيتكون من بائكة مكونة من عقدين متجاوزين. أما الثاني، فقبلي المفتح، مستطيل (9.13م × 2.20م)، سقفه قبو طولي. يتقدمها طاقة معقودة بأسفلها فوهة بئر. ويتوسط الدويرية فناء مكشوف يطلّ علية المطبخ والمرحاض والمخازن المخصصة لخزن القمح والتموروالصوف والزيت.(52)بطرف ضلعه القبلي مدخل يؤدي عبر أربع وعشرون درجة إلى الهري يتكوّن غرفة مستطيلة، سقفها قدّ بأعواد العرعار وفرشت أرضيتها بالآجر.

الطابق الثاني(53)

قبلي المفتح، يتوسطه مدخل معقود، بابه خشبي يعلوه خوشك من الحديد المطروق. وأبواب الأعلية المعقودة هي من الإضافات المعمارية والفنية الإيطالية.(54)يوصل الباب عبر 18 درجة إلى علوي يتكوّن من رقبة وثلاث غرف ومطبخ. تتخذ الرقبة شكلا مربعا تقريبا (3.80م × 3.46م)، سقفها خشبي متدرج يتوسّطه أوراق نخيلية متشابكة. يتوزع على أعلى جدرانها نوافذ مصندقة. يفتح على الرقبة ثلاث بيوت. البيت الغربية، مستطيلة وسقفها مسطح. كسيت جدرانها بمربعات من الخزف متنوعة (نوارة وقشرة الحوت) ويبلغ ارتفاعها (2.75م). بالطرف الجوفي للواجهة الجوفية فرش حجام اعتمد في إنجازه أسلوب التذهيب.
بمحور الواجهة القبلية باب خشبي محلى بأطر من البلور يوصل إلى قنارية مستطيلة، سقفها خشبي. يحلي واجهتها القبلية مشربية من الخشب اعتمد في إنجازها أسلوب الخرط والتخشيش. وقد أشارت إليه الرحالة Yasmina التي زارت المدينة سنة1890م والتي تعبر إلى جانب وثائقنا المصدر الأول في وصفها لدار عبد الرحمان زروق.(55)
أما البيت الشرقية والتي تسمّى أيضا بالبيت البيضة(56)فتشتمل على رتبة وقسم أمامي ومقصورتان.

صورة. 7.  الرقبة

تنسب الدار إلى أحد أعيان جلاص المالكين لدور بمدينة القيروان والمتولين لمناصب مخزنية وهو عبد الرحمان زروق كاهية وجق القيروان وعامل أولاد خليفة وابن أحمد زروق بوعلي العيساوي الرمضاني (1861-1864). والدار الآن على ملك ورثة حفيظ العلاني. الطابق الأرضي على ملك السيدة نجاة العلاني. أما العلوي فهو على ملك الحاج زبير العلانيوريث الحاج الطاهر العلاني. وكانت مقرّا لعبدالرحمان زروق عند إقامتهفي المدينة. وقد وصفت في بعض الدراسات « بالقصر الصغير (57)الذي نسب لعائلة عبان ثمّ تحوّلت ملكيته إلى عائلة البليّش ثمّ عائلة العلاني(58). ويستبعد وفق وثائقنا أن تكون الدار التي أشار إليها محمد كرّو بدار عبان. ويبدو أن الأمر قد اختلط على الأستاذ محمد كرّو عندما نسب دار عبان التي تحوّلت ملكيتها إلى عائلة البليّش ثمّ العلاني ثمّ إلى عائلة زروق. ولعل تواجد دار عبان التي كانت تنعت خلال الفترة الاستعمارية بدار الباي في نفس النهج الذي تفتح عليه دار زروق،هو مادفع الأستاذ محمد كرّو إلى جعلهما دارا واحدة، والحال أنهما دارين منفصلتين متباعدتين لعائلتين مخزنيتين (عبان وزروق).(59)

صورة. 8. الواجهة الجوفية للبيت الغربية.

 زخرفيا تتميّز دار زروق في جمعها بين الأساليب التقنية والأساليب الزخرفية التي تنتمي إلى سجلات نباتية وهندسية نلمس من خلالها وجود تأثيرات متعددة أندلسية وعثمانية وإيطالية(60).وقد اعتبرتياسمينة(61)في كتابهاأن هذه التأثيرات الحضارية الأوروبية »قد دخلت في هذا الركن من القيروان بفضل هذا الڤايد الرائع »(62).وهو ما يؤكد انفتاح النخبة المخزنية المحلية على مجمل مميزات العمارة الأوروبية من خلال احتكاكهم بالوافد الأوروبي عموما فضلا عن تعدد زيارتهم لمدينة تونس التي سجلت دخول هذه التأثيرات في نسيجها المعماري(63). ولعل مصاهرته لعائلة زروق التونسي كان له تأثيره المباشر في انفتاح الڤايد عبد الرحمان زروق على النمط الأوروبي.
ويبدو ذلك جليّا في استعمال الرخام وبعض مربعات الخزف وأيضا في زخرفة الأبواب بما يسمّى بالببوشةالطليانية وفي فروش الحجامة المذهبة. كما تبرز اقتداء دار زروق بغيرها من دور مدينة تونس كدار زرّوق ودار بن عياد ودور القياد بمدينة القيروان كدار الڤايدامحمدالمرابط(64). ولعل ذلك راجع لمحاولة عائلة زرّوق التشبه بوجهاء القيروان وبالقيادات البلدية فترجم ذلك معماريا حتى وصفت الدار بالقصر العربي(65).

خاتمة

وتمثل هذه الوثيقة نموذجا لما يمكن أن يضيفه الكشف عن المخزون الأرشيفي العائلي القيرواني من إثراء لتاريخ القيروان وخاصّة تاريخ العائلات المخزنية والوحدات المعمارية السكنية.
وهي تعد مصدرا تاريخيا هامّا، نقل لنا بعض الملامح المادية لوجاهة عائلة زروق بعد انصهارها بالوسط الحضري القيرواني،فلم تعد تلك العائلة الريفية في طور البحث عن الاندماج بل صارت عبر إعادة بناء ملكيتها وفق نمط متميز وفخم تبحث عن تصدر النسيج الحضري بما يعكس مكانتها الاعتبارية وسلطتها السياسية كعائلة مخزنية سيما في ظل منافسة أل المرابط لها ببناء دار فخمة بباب الجلادين أواخر الفترة الحديثة. لكن وثيقتنا تؤكد أن وجاهة آل زروق انتهت بوفاة أعيانه ولاسيما عبد الرحمان وأحمد زروق وانتقال الدار لأصهارهم الذين أرادوا استثمار رمزية المكان وفخامته ومجده المقترن بتاريخ وجاهاته.
كما أشارت لبعض المعالم المكونة للنسيج الحضري القيرواني في التاريخ المعاصرمن دور ومساجد والسور والقصبة. كما تبيّنا من خلال تقاطعات المعطيات المصدرية الأرشيفية العائلية والمعطيات الميدانية الأثرية أهميّة دار زروق في الكشف عن إحدى العائلات المخزنية بمدينة القيروان وسبل انصهارها واندماجها في المجتمع القيرواني واكتساب وجاهتها عبر المصاهرة. كما كشفت عن المكونات المعمارية للدار وتشابهها مع دور الڤياد بمدينة القيروان كدار الڤايدامحمد المرابط(66) وخاصّة فيما يتعلق بالزخارف العثمانية والإيطالية. وتتجلى هذه التأثيرات في النقش على الرخام الذي استخدم في تبليط الأرضيات وتأطير النوافذ والأبواب.

الملاحق

الملحق 1: وثائق مخلف عبد الرحمان زروق

الوثيقة الأولى (أرشيف عائلي)

النص الأول: رسوم ضبط مخلف عبد الرحمان زروق

الحمد الله، عن اذن مولانا من يجب أعزه الله تعالى، قاضيا بمدينة القيروان وعملها في التاريخ، حرسه الله تعالى، بواسطة عونه الأمير عثمان بن محمد عميرة القيرواني، أخرج شهيديه مضمون ما به الحاجة من السبعة الرسوم الآتية تضمينها لتستقل به السيدة الحسيبة المنوبية بنت المرحوم المنعم الأجل المرعي المحترم الموقر الوجيه الأسعد العمدة الأكمل السيد عبد الرحمان بن المنعم المرحوم الموقر المحترم السيد أحمد زروق القيرواني(67)في منابها المنجر لها بالإرث من والدها السيد عبد الرحمان زروق المذكور من العقارات الاتية ذكرها ونسبة تملكها السدس من ذلك مضمون الرسم الأول أن السيد عميرة بن عبد السلام، اشترى بحسب نيابته عن السيد عبد الرحمان زروق المذكور، جميع الدار ذات الدريبة القبلية المفتح والمخزن الملاصق لها من شرقيها والعلوي المعتلا عليها والحانوت الذي بين المخزن والدار الكاين ذلك بمقربة من مسجد النخلة(68) من حومة الممر داخل مدينة القيروان، ويحد جميعها قبلة حيث المفتح، وشرقا زريبة على ملك السيد عبد الرحمان المذكور، وجوفا دار الأجل المرعي عمرعيسى(69)وغربا دارعمر بن الحاج قاسم الصيد بالشراء الصحيح والثمن المندفع المعلوم القدر المبرئ منه حسبما ذلك مبين بالرسم المخرج منه هذا، المؤرخ بيوم الخميس موفى عشرين من ربيع الأنور عام 1304 أربعة وثلاثمائة وألف، ومنعقد بشهادة الفقيهين النبيهين الموثقين العدلين الشيخ محمد بالسرور الغرياني القيرواني والشيخ محمود بن خوذ القيرواني الأول من عدول القيروان في التاريخ والثاني ممن سلف من عدولها برحمة الله تعالى، ومضمون الرسم الثاني، أن الأجل المرعي المبجل السيد إبراهيم بن المرحوم الأجل المرعي المبجل الثقة السيد محمد النجار القيرواني، اشترى بحسب نيابته عن المحترم الموقر الوجيه السيد عبد الرحمان زروق المذكور، جميع الزريبة القبلية المفتح المشتملة على ثلاث بيوت كبار وبيت صغرى وداموس كاينة بحومة الجامع داخل مدينة القيروان، يحدها قبلة حيث المفتح وشرقا دار عبد الكريم بن عيشة القلعي، وجوفا دار المنيعي وغربا دار كانت لسعد المجهد(70)والآن للمالك المذكور بالشراء الصحيح والثمن المندفع المعلوم والقدر حسبما ذلك مبين بالرسم المخرج منه هذا المؤرخ، بيوم الاثنين الخامس عشر من ربيع الأنور عام 1304 ثلاثة وثلاثمائة وألف، بشهادة الفقيهين النبيهين العدلين الشيخين محمد بالسرور ومحمود بن خوذ المذكورين، ومضمون الرسم الثالث، يتضمن شراء المحترم الوجيه السيد عبد الرحمان زروق المذكور لجميع ستة وعشرين سهما من أربعين سهما المجزى بها، كامل الدار غربية المفتحكاينة بالشارع المتصل قبليه بتربة الولي الصالح الشيخ سيدي الرقيق بوعبانة،(71)وجوفيه طائفة من سور القيروان وأن يحدها قبلة سكة غير نافذة، وجوفا مسجد الشيخ يحي بن عمر، وشرقا دار محمد الصدفي، وغربا حيث المفتح،  من الحرة جنات بنت محمد عامروابنها محمد بن قاسم الصيد واخته للأب عايشة بالشراء الصحيح والثمن المندفع جله وبعضه، بوصل بطرة الرسم المخرج منه هذا المؤرخ، بيوم الاثنين، غرة شوال عام 1307سبعة وثلثمائة والف، ومنعقد بشهادة الاجلين المرعيين الفقيهين النبيهين العدلين بالقيروان بالتاريخ الشيخ احمد النجاروالشيخ محمد بن حميدة الصيد. وتوفي السيد عبد الرحمان زروق المذكور، وانحصرارثه في زوجه الحرة الحسيبة السيدة نفيسة بنت الاجل المرعي الوجيه السيد الطاهر زروق التونسي وابنه منها الهادي ومن غيرها الشقيقات الستة صلوحة وهنونة وشلبية ومحبوبة وفاطمة والمنوبية، ووالده الاجل المرعي المحترم الوجيه السيد أحمد زروق المذكورلا غير، ومضمون الرسم الرابع، يتضمن أن السيد أحمد زروق اشترى له ولورثة ابنه المرحوم المنعم السيد عبد الرحمان المذكور، جميع الأربعة عشر سهما الباقية من الدار الغربية المحدودة المذكورة، على حسب فريضتهم فيه بالشراء الصحيح والثمن المندفع المعلوم القدر المبرئ فيه حسبما ذلك مبين الرسم المخرج منه، هذا المؤرخ منه بيوم الاربعاء من عشر صفر عام 1908 ثمانية وثلثمائة وألف ومنعقد بشهادة الاجلين المرعيين الفقيهين النبيهين العدلين بالقيروان في التاريخ الشيخ محمد الصيد المذكور والأحسب الشيخ محمد عظوم، ثم توفي الابن الصبي الهادي المذكور ابن السيد عبد الرحمان المذكور، فورثه جده فلان السيد احمد زروق المذكور ووالدته السيدة نفيسة بنت السيد الطاهر زروق المذكورة، واخواته صلوحة وهنونة وشلبية ومحبوبة وفاطمة والمنوبية المذكورات لا غير، وصار مناب الزوجة نفيسة المذكورة في الاملاك المذكورة على ملك السيد احمد زروق المذكور، بالخروج والتسليم الصحيح الشرعي، ثم توفي السيد المذكور عما ذكر فورثه زوجه الحرة الحسيبة السيدة فطومة بنت الاجل المرعي الفقيه النبيه الموثق الأعدل الشيخ حمودة بوالاجفان القيرواني،واولاده من غيرها الاشقا الثلاث المرعي المبجل السيد صالح وجنات والزهرة والمنفرد الاجل المرعي السيد فرحات لا غير في علم الفقيهين النبيهين العدلين الآتي ذكرهما وصار ما على ملك الاشقا صالح وجنات والزهرة والمنفرد فرحات وزوج والدهم فطومة بوالأجفانة المذكورة في الاملاك المذكورة،ملكا خالصا من املاك الاشقاء الستةصلوحة وهنونة وفاطمة ومحبوبة وشلبية والمنوبية بنات المنعم المرحوم السيد عبد الرحمان المذكور، كما ذلك بثلاثة رسوم اثنان منها مؤرخان بيوم الاربعاء خامس من شهر شوال عام 1317 سبعة عشر وثلثمائة والف والسابع من فيفري عام 1900 تسعمائة والف،  والرسم الثالث من غير تاريخ، جميعها بخط الفقيه النبيه الاعدل الشيخ  المؤدب القارئ الموثق محمد النخلي توفي قبل وضع عقده، وبمحول الرسوم الثلاثة ثلاثة رسومتتضمن وقوف الفقيهين النبيهين العدلين الاتي ذكرهما على دفتر الفقيه النبيه العدل المؤدب محمد النخلي المذكور، فاذا الرسم الثالث مضمن به وفصح عليها بخط يده وجميعها بتاريخ واحد، وهو يوم الجمعة الرابع من محرم عام 326 ستة وعشرين وثلثمائة والف والسابع من فيفري عام 1908 ثمانية وتسعمائة والف، ومنعقد بشهادة الفقيهين النبيهين العدلين بالقيروان في التاريخ الموثق الشيخ محمود العلاني والشيخ محمد النخلي وامام حمدلة كل من الرسوم الثلاثة طابع مولانا الشيخ القاضي بالقيروان حفظه الله، ممن وقف على الرسوم المذكورة، واخرج منها المضمون المذكور للغرض المذكور عن الاذن المذكور، وجده كما ذكر من ثبوت الاصل لدى الشيخ القاضي بالقيروان رعاه الله، حسبما يتضمنه ختمه المبارك امام حمدلته، دام علاه وزيد في عافيته، بتاريخ يوم الخميس الثاني والعشرين، من ذي القعدة، عام ثمانية وعشرين وثلثمائة والف والحادي والثلاثين من نوفمبر بل والحادي من ديسامبر الافرنجي عام 1910 عشرة وتسعمائة والف، اجره تسعة فرنكات وتسجيله فرنكان وخمسة وعشرون صانتيموتنابر الدفترين خمسون صانتيماوتنابر الرسم فرنك وثمانون صانتيما دفعها مناب على السيدة المنوبية واخذت منها توصيلا من مقتطع الأول، مؤرخا بيوم التاريخ، عدد 25 مشطب ومذكور ومصلح الرسوم ختم ثالث تاريخه. يليه احمد الشوك ومحمد بن محمد العلاني.

الوثيقة الثانية (أرشيف عائلي)

النص الثاني: ممتلكات عبد الرحمان زروق وورثته

الحمد الله، بعد ان استقر على ملك المرعي الوجيه السيد عبد الرحمان بن المرحوم السيد احمد زروق بن بوعلي القيرواني، جميع الزريبة القبلية المفتح، المشتملة على ثلاثة بيوت كبار وبيت صغير وداموس،كاينة بحومة الجامع الاعظم داخل القيروان، يحدها قبلة حيث المفتح وشرقا دار عبد الكريم بن عيشة القلعي، وجوفا المنيعي وغربا دار كانت لسعد المجهد، والآن المالك المذكور الاستقرار التام بالشراء الصحيح والثمن المندفع المعلوم القدر، بنيابة من ناب عنه في الشراء ودفع الثمن حسبما ذلك مبين بغير هذا، تاريخه يوم الاثنين الخامس عشر من ربيع الانور بمولده صلى الله عليه وسلم، عام ثلاثة وثلاثمائة والف، بشهادة الشيخين محمد بالسرور الغريان ومحمود بن البغدادي ابن خوذ، كلاهما ممن سلف من عدول القيروان  رحمه الله تعالى، بمحول الرسم المذكور ثلاث علل الأولى، تتضمن وفاة السيد عبد الرحمان زروق المذكور، وانحصار ارثه في زوجه نفيسة بنت السيد الطاهر زروق التونسي وابنه منها محمد الهادي ومن غيرها صلوحة وهنونة وشلبية وفاطمة ومحبوبة والمنوبية ووالده السيد احمد زروق المذكور لا غير، ووفاة محمد الهادي وانحصار ارثه بوالدته وجده وإخوته للأب المذكورات لا غير، صار مناب نفيسة في الدريبة المذكورة على ملك أحمد زروق المذكور، بتاريخ 27 ربيع الثاني سنة 1304،  يلي خط العدلين الشيخ محمد صالح النجار ومحمد عطا الله، والثانية تتضمن إخراج مضمون تمسكت بيه فاطمة بنت عبد الرحمان المذكورة في منابها من الدريبة المذكورة، بتاريخه يوم الثلاثاء في 17 شعبان وفي 8 ديسامبر 1321/1908، عقد بخط العدلين بالقيروان في التاريخ الشيخ محمود العلاني والشيخ أحمد زروق،  والثالثة تتضمن إخراج مضمون تمسكت بيه المنوبية في منابها من الدريبة وهو المذكور أعلاه، مما استقر على ملك السيد عبد الرحمان زروق المذكور جميع الدار ذات الدريبة القبلية المفتح والمخزن الملاصق لها من شرقيها والعلوي المعتلا عليهما والحانوت الذي بين المخزن والدار الكاين ذلك بمقربة من مسجد النخلة من حومة الممر داخل القيروان، ويحد جميعها قبلة حيث المفتح وشرقا زريبة على ملك السيد عبد الرحمان زروق المذكور، وجوفا دار عمر عيسى وغربا دار الشيخ عمر بن الحاج قاسم الصيد،بنيابة من ناب عنه في الشراء ودفع الثمن، حسبما ذلك مبين بغير هذا، بتاريخه يوم الخميس في عشرين من ربيع الأنور النبوي مولده صلى الله عليه وسلم، عام أربعة وثلاثمائة وألف، بشهادة محمود بن خوذ ومحمد بالسرور المذكورين، ثلاث علل الأولى في صيرورة مناب نبيهة المذكورة من الدار المذكورة وما يتبعها على ملك جميعها أحمد زروق(72)المذكور، مؤرخة في ربيع الثاني سنة 1309 مصححة بخط  محمد صالح النجار ومحمد عطا الله المذكورين، والثانية في اخراج مضمون تمسكت به المنوبية وهو المذكور أعلاه والثالثة في اخراج مضمون تمسكت به فاطمة المذكورة في منابها من الدار وما يتبعها، تاريخه في 11 شعبان وفي 28 سبتمبر 1330/1912، ممضي بخط محمود العلاني وأحمد زروق المذكورين، وتوفي السيد عبد الرحمان زروق المذكور، وانحصر ارثه في زوجه نفيسة بنت السيد الطاهر زروق التونسي وأولاده منها الهادي ومن غيرها صلوحة وهنونة وشلبية وفاطمة ومحبوبة والمنوبية ووالده احمد زروق، ثم توفي الابن الهادي المذكور، وانحصار ارثه في والدته وجده واخوته للاب المذكورون لا غير، صار ما على ملك نفيسة المذكورة، الدار والزريبة المذكورين على ملك أحمد زروق المذكور بالخروج الصحيح  حسبما ذلك مبين بغير هذا، بتاريخه يوم الواحد والعشرين من صفر الحكم عام اثني عشر وثلاثمائة والف، السادس والعشرين من  أوت عام أربعة وتسعين وثلاثمائة والف، بشهادة محمد صالح النجار ومحمد عطا الله المذكورين، وتوفي أحمد زروق المذكور، وانحصر ارثه في زوجه فطومة بنت حمودة بوالاجفان وأولاده من غيرها الاشقا صالح وجنات والزهرا والمنفرد فرحات لا غير، في علم العدلين الاتي ذكرهما، وصار ما على ملك الاشقا صالح وجنات والزهرا والمنفرد فرحات وفطومة بوالاجفان المذكورة في الدار(….)(73) والزريبة المذكوران على ملك الشقيقان صلوحة وهنونة وشلبية وفاطمة ومحبوبة والمنوبية بنات السيد عبد الرحمان زروق المذكور، على (….)(74)بشهادة من ناب عنها في الشراء ودفع الثمن حسبما ذلك مبين بغير هذا.

الطرّة اليمنى: استقرار ملكية الدار على السيدين محمد وعبد الحفيظ العلاني

الحمد الله، بعد أن استقر على ملك الأجلين المرعيين الشقيقين السيدين محمد وعبد الحفيظ ابني الأجل المرعي المبجل الشيخ السيد الحاج محمد بن المنعم المرحوم الأصلح الشيخ سي الحاج حسين العلاني الأنصاري الشريف القيرواني،أنصاف فيها وعلى حد السواء، جميع الزريبة القبلية المفتح، المشتملة على ثلاث بيوت كبار وبيت صغير وداموس ثانية بحومة الجامع الأعظم داخل مدينة القيروان، يحدها قبلية حيث المفتح وشرقا دار عبد الكريم بن عنيد القلعي، وجوفا المنيعي وغربا دار لسعد المهدواني المالكان المذكوران، كما استقر على ملكهما أيضا سوية بينهما جميع الدار ذات الدريبة القبلية المفتح والمخزن الملاصق لها من شرقيها والعلوي المعتلى عليها والحانوت الذي بين المخزن والدار الكاين جميع ذلك بمقربة من مسجد النخلة بحومة الممر في داخل القيروان، يحد جميعها قبلة حيث المفتح وشرقا الزريبة المذكورة، وجوفا دار عمر عيسى وغربا دار الشيخ عمر بن الحاج قاسم، الاستقرار التامّ بالشراء الصحيح والثمن المندفع بعضه وباقيه بتواصيل، اسفل الرسم بالشهادة العادلة المعلوم القدر المبرإ، حسبما ذلك مبين برسمين اثنين، مؤرخ كل منهما بيوم الأحد الثاني من حجة، عام ستة وثلاثين وثلاثمائة والف، ثمن من سبتمبر سنة ثمانية عشر وتسعمائة وألف، بشهادة ثاني شهيديه، ووالده الفقيه النبيه المدرس الشيخ السيد الحاج محمد الأصغر بن الشيخ سي عمر العلاني الشريف الانصاري، سلف من اعيان عدول القيروان رحمه الله تعالى، الخالص نقله بقباضة القيروان ستة يناير 1918، بتوصيل عدد وقف عليه شهيداه في أربعة نوفمبر المذكور بعدد 140 بفرنكات، وبعد كون ما ذكر كذلك، حضر لدى شهيديه الشقيقان السيد محمد عمره أعوام والسيد عبد الحفيظ العلاني يدعى حفيظ وعمره أعوام أبناء الحاج محمد بن الشيخ سيدي حسين العلاني المالكان المذكوران، وأشهدا انهما أرادا قسمة جميع الدار ذات الدريبة القبلية المفتح والمخزن الملاصق لها من شرقيها والعلوي القبلي المفتح المعتلا عليها والحانوت الذي بين المخزن والدار والزريبة القبلية المفتح المشتملة على ثلاث بيوت كبار وبيت صغير وداموس  فيما بينهما قسمة ابدية وانهما (…)(75)جميع الأملاك المحدودة المذكورة، بمائة الف الف ومائة الف فرنك. عن ان يمتاز السيد محمد بجميع العلوي القبلي المفتح المعتلى على بعض الدار وبعض الزريبة والمخزن الشرقي الوضع عن الدار المذكورة، ولجميع الزريبة القبلية المفتح المشتملة على ثلاث بيوت كبار وبيت صغير وداموس، ولجميع المخزن القبلي الشرقي عن الزريبة المذكورة، ويمتاز السيد حفيظ العلاني المذكور لجميع الدار ذات الدريبة القبلية المفتح والمخزن الملاصق لها من شرقيها القبلي المفتح الذي بداخله بيت غربي المدخل، وبمقتضى ما ذكر أشهد انهما اقتسما الأملاك المحدودة المذكورة، بما بينهما قسمة أبدية، بتا بتلا، بالمراضات والتعديل. أخذ بسببها السيد محمد، جميع العلوي والمخزن والزريبة المذكورة، وأخذ بسببها السيد حفيظ، جميع الدار ذات الدريبة وجميع المخزن الملاصق لها من شرقيها الذي بداخله بيت المعبر عنه بالمحكمة. ومن أخذ منهما شيئا اخذه لجميع حقوقه وحدوده وعامة منافعه القديمة والحادثة، ومن خرج منهما عن شيء خرج عنه كذلك، معترفا كل منهما بالروية والتقليب، والاحاطة وعدم دعوى الجهالة والغلط والنسيان، وهما في ذلك على السنة والسلامة والمرجع بالدرك، حيث يصح ويلزم شرعا وحل كل من المتقاسمين بما صار له بهاته المقاسمة حلول المالك من ملكه وفي اشهاد المتقاسمين المذكورين، أن ما ينشأ من الإصلاحات، فبالنسبة لسقوفات العلوي مما يلي السطح على السيد محمد، وبالنسبة لسقوفات العلوي المذكور مما يلي الدار وهي السقوفات السفلى التي من جهة الدار فعلى السيد حفيظ وحده، وفي صورة ما اذا كانت مادة من(…)(76)الدار التي مشتركة بينهما ولزم إصلاحها، فان الإصلاح يكون بينهما بالسواء، واما حوانت الحجامة التي بالدار المذكورة من حقوق السيد حفيظ العلاني المذكور وحده،والبيران اللتان بالدار المذكورة فإصلاحهما على صاحب الدار وكذلك ما ينشأ عنها، وشهد بذلك بحال الجواز والمعرفة، بتاريخ الساعة الثامنة مساءا من يوم السبت تاسع شعبان، عام ستة وستين وثلثمائة والف، الثامن والعشرين من جوان، سنة سبعة وأربعين وتسعمائة والف، اجر ترسيمه رسمه، واقتطع شهيداه تذكرتي نقل عدد 17 وصدر هذا الرسم المكتتب بنظيرين، وهذا للسيد حفيظ، فسلمت له هذه المقاسمة بعد خلاص معلوم النقل مع قابضه بالقيروان في 17 أكتوبر 1974، شهد بذلك العدلين، محمد بن محمد العلاني القيرواني ومصطفى بن محمد العلاني القيرواني.

الملحق 2:عائلة بوعلي الرمضاني من خلال الوثائق

الملحق 3: رسم توضيحي لكيفية انتقال ملكية الدار من آل زروق إلى آل العلاني

 

المصادر و المراجع

وثائق الأرشيف العائلي

أ.و.ت، دفتر الخروبة عدد 6101، بتاريخ 1300هـ/1882م.
ابن أبي الضياف أحمد،2001، إتحاف أهل الزمان بأخبار وملوك تونس وعهد الأمان، ج. 8، تونس.
ابن ناجي، 1971، معالم الإيمان في معرفة أهل القيروان، ج. 4، لبنان، دار الكتب العلمية.
الدراجي الأسعد، 2012، العائلات التقليدية والنخب المحلية بمدينة القيروان بين 1874-1957، شهادة دكتوراه في التاريخ المعاصر، كلية الآداب والعلوم الإنسانية بسوسة.
الدراجي الأسعد،2016، « العائلات المخزنيةالقيروانية »، المجلة التاريخية المغاربية، العدد 164، ص.111-171.
الدراجي الأسعد،2013، « في بعض وجوه حظوة أشراف القيروان ومكانتهم خلال الفترة الحديثة »، المجلة التاريخية المغاربية، العدد 151، ص.9-50.
جراد مهدي،2011،عائلات المخزن بالإيالة التونسية خلال العهد الحسيني (1705-1881)، تونس.
الجودي أبو عبد الله محمد بن محمد صالح القيرواني، مورد الضمآن في ذكر المتأخرين من فضلاء القيروان، مخطوط.
العشي عمار، 1985، الهياكل الإدارية والعسكرية والحياة الاجتماعية بمدينة القيروان في عهد محمد الصادق باي (1859-1882)، شهادة الكفاءة في البحث، كلية الآداب، تونس.
قلال سهام، 2003، الأبواب في العمارة السكنية التقليدية بمدينة صفاقس العتيقة: دراسة أتنوغرافية، شهادة في الدراسات المعمقة في الآثار والتراث، جامعة تونس الأولى.
كمّون منى، 2015، المسكن التقليدي بمدينة القيروان في العصر الحديث: دراسة أثرية وتاريخية، شهادة دكتوراه في علوم التراث، كلية العلوم الإنسانية والاجتماعية، تونس.
كمّون منى، 2017، « دار الخشين من خلال وثيقة ملكيتها التي تعود إلى أواسط القرن التاسع عشر »، دراسات في التاريخ المكتوب، المركز الوطني لفنون الخط، ص.183-204.
الكناني أبو عبد الله محمد، 2005، تكميل الصلحاء والأعيان لمعالم الإيمان في أولياء القيروان، تونس.
المالكي أبو عبد الله بن أبي عبد الله، 1951، رياض النفوس، النهضة المصرية.

Ben Mami Mohamed, 2004, Les Tourbas de Tunis, Tunis.
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Monlezun M. le Commandant, 1889, « kairouan à Travers les temps »,in Bulletin de géographie historique et descriptive, Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, p.57-69.
Revault Jacques, 1983, Palais et Demeures de Tunis (XVIII et XIX), Paris.
Saadaoui Ahmed, 2001, Tunis Ville Ottomane : Trois Siècles d’Urbanisme et d’Architecture, Tunis.
Yasmina, 1897, Croquis Tunisiens, Imprimerie Charles Zamith, Alger.

الهوامش

(1) – من بينهم أبو عبد الله الحاج محمد بن السبوعي الجلاصي وهو من أعيان بيوت جلاص، معدود من النجباء الذين كان يتخذهم الباي أبو محمد حمودة باشا وله بالوزير يوسف صاحب الطابع مزيد قرب وحظوة. توفي سنة 1259هـ/1843م. انظر ابن أبي الضياف،2001، ص.53. وقد استقر الڤايد الحاج محمد السبوعي سنة 1255هـ/1839م بمدينة القيروان وتحديدا بحومة الأشراف ولاتزال الدار تحمل اسمه إلى اليوم.
(2) – المهدي جراد، 2011، ص.5.
(3) – الأسعد الدراجي،2016، ص.112.
(4) – قبيلة جلاص تعد من القبائل الأكثر استقرارا بمدينة القيروان وخاصّة بربض القبلية حيث ملك أعيانها دور وزرايب من ذلك شراء القايد حسين بن مسعي لزريبة من محمد بن محمد بوعنبة بربض الظهرة سنة 1290هـ/1873م. واشترى أيضا دار بحومة الأشراف بشركة مع ورثة ابن جريوالجوادي الرمضاني. انظر الدراجي (الأسعد)، 2012، ص.45.
(5) -العشي عمار، 1985، ص.49.
(6) – أخذ هذا النص من جزء متآكل من الوثائق.
(7) – انظر الملاحق نص الوثيقة.
(8) -الكناني، 2005، ص.177.
(9)  -منى كمّون، 2017، ص.192.
(10) – الكناني،2005، ص.52.
(11) – أ.و.ت، دفتر الخروبة، عدد 6101، بتاريخ 1300هـ/1882م، ص. 15.
(12) – انظر الملاحق نص الوثيقة.
(13) – الكناني، 2005،ص. 72 و188.
(14) – الجودي، 2004، ص. 144 و145.
(15) – أ.و.ت، سلسلة د، كرطون 82، وثيقة 1 و2 و3 و4 و5.
(16) – الأسعدالدراجي، 2016، ص. 123.
(17) – أ.و.ت، دفتر الخروبة، عدد 6101، بتاريخ 1300هـ/1882م، ص.11 وص.26.
(18) – أ.و.ت، الحافظة 63، الملف 736، بتاريخ 1870م، وثيقة عدد 72.

(19) – ابن ناجي، 1971، ج. 4، ص. 201.
(20) – الكناني، 2005، ص.92.
(21) – الكناني، 2005، ص.98 وص.213.

(22) – منى كمّون ،2017، ص.185.
(23) – الأسعد الدراجي، 2013، ص.27.
(24) – الكناني، 2005، ص.174.
(25) – الأسعد الدراجي، 2013، ص.27.
(26) -أ.و.ت، دفتر الخروبة، عدد 6101، بتاريخ 1300هـ/1882م، ص. 12.
(27) – اشترى الدار الأولى سنة 1253هـ/1837م والثانية سنة 1257هـ/1841م والثالثة سنة 1267هـ/1850م). انظر الدراجي (الأسعد)، 2012، ص. 45.
(28) – الأسعد الدراجي،2016، ص.155.
(29) – الجودي، 2004، ص.190.
(30) – انظر منى كمون، 2014.
(31) – الأسعد الدراجي، 2012، ص. 418.
(32) – انظر صورة 1. موقع دار عبد الرحمان زروق.
(33) – هو أبو زكريا عمر بن يوسف بن عيسى بن عامر الكناني، أصيل اشبيلية وكان مولى من موالي الأمويين. نشأ بقرطبة ثم انتقلت عائلته إلى القيروان واستوطن سوسة وبها قبره. ولكن كان له بمدينة القيروان مسجد سمّي باسمه. انظر المالكي،1951، ص.396-406. والكناني، 2005، ص.127.
(34) – .Monlezun, 1889, p.65.

« Une nouvelle enceinte se trouve très nettement délimitée par une agglomération à l’ouest de la première, bordée par la maison du Caid Abderahman, où devait la rue sidi Regaib, le Dar El Bey, où devait être également une porte, se trouver une porte donnant accès au sud, les rues kadraouin, skakebliss, sidi Bou Amara, Matmar où se rejoignait à l’ancienne enceinte. 

(35) – انظر نص الوثيقة.
(36) – كمّون منى، 2015، ص. 285-308.
(37) – انظر مخطط الطابق الأرضي ومخطط الطابق الثاني.
(38) – أبعادها (8.08م ×4.89م). انظر رقم 1 مخطط الطابق الأرضي.
(39) – أبعاده (2.70م × 1.78م).
(40) – انظر صورة 2.
(41) – أبعاده (3.79م × 0.97م).
(42) – أبعاده (3.70م × 3.14م).
(43) – انظر رقم 5 في مخطط الطابق الأرضي.
(44) -.Yasmina, 1890, p. 275
« On pénètre dans la cour intérieur par une maksoura, sorte de grande antichambre où veillent sur des bancs deux grands négres semblables à des eunuques ».

(45) – رقم 2، مخطط الطابق الأرضي.
(46) – يسمّى محليا « صُدَّار ».
(47) – ارتفاعها (2.40م).
(48) – رقم 6، مخطط الطابق الأرضي.
(49) – انظر صورة 5.
(50) – انظر صورة 7.
(51) – رقم 11، مخطط الطابق الأرضي.
(52) -.Yasmina, 1890, p. 275

« Dans d’immenses pièces sèchent des figues des dattes, des piments s’alignent des sacs de blé destinées au couscous, s’empilent des toisons de laine blanche : un vrai magasin ».

(53) – انظر مخطط الطابق الثاني.
(54) – سهام قلال،2003، ص.66.
(55) -.Yasmina,1890, p. 277

«Nous prenons le café et buvons du sirop dans des vérandâls grillées, grands moucharabys qui s’avancent curieusement dans la rue et où il est permis à la femme du riche indigène de glisser ses regards et de prendre part au monde qui s’agite derrière les barreaux de sa cage ».  

(56) – اعتمدنا المصطلح الذي يطلقه أهل الدار على هذه الغرفة. وقد أفادنا الحاج زبير العلاني المالك الحالي للعلوي أن المصطلح أطلق على البيت لأنه كان يعتمد في بياضها على البيض.
(57) – .M. Kerrou, 2009, p.58
(58) – .M. Kerrou, 2009, p.58

« Au-delà de la place Djerbien se trouve l’ancien Dar EL Bey qui est un petit palais situé dans la rue Bouhaha appartenant au GaidZarouk, elle se comportait d’un rez de chaussée surmonté d’un premier étage renferment 42 chambres ».

(59) -عبان، عائلة مخزنية تنسب إلى حمودة عبان قايد القيروان في أواسط محرم 1212 هـ/1797م وإلى القايد محمد بن علي بن حمودة عبان التميمي (1798-1800). انظر الدراجي (الأسعد)،2016، ص.122 و125. أما عائلة عبان الداروقي التميمي، فتولّى منها عاملان بالقيروان أواخر القرن 18 وبداية القرن 19 لمدة تناهز خمسة عشر عاما. وعائلة عبان من الأسر التي اشتغلت بالتدريس، مثلما نجد صداها في مخطوط « مورد الضمآن ».أبو عبد الله محمدالجودي ،مخطوط.
(60) – .Ben Mami, 2004, p.55.,  Ahmed Saadaoui , 2001, p.225
(61) – اسم مستعار لفرنسية عاشت بتونس أواخر القرن 19.
(62) – .Yasmina, 1890, p. 278
(63) -.Jacques Revault, 1983, p. 65-66
(64) – امحمد المرابط تولى ڤيادة القيروان سنة 1886م.
(65) – .Yasmina, 1890, p.275

« De là, nous nous rendons chez le CaidAbderahmen qui nous a invité à déjeuner…Il vient nous chercher lui-même dans sa victoria…pour nous conduire au vaste palais arabe qu’il habite dans le voisinage de la grande mosquée ».

(66) – انظر منى كمون، 2015، ص. 114.
(67) – أحمد زروق بوعلي العيساوي الرمضاني كان كاهية للقيروان في سنة 1272هـ/1854م وتوفي سنة 1310هـ/1894م. انظر نص الوثيقة.
(68) – ينطبق حدا وموقعا على مسجد يحي بن عمر.
(69) – ينتمي لعائلة سيدي عيسى الكناني صاحب تكميل الصلحاء.
(70) – سعد بن علي المجهد العياري،ڤايد أولاد عيار منتصف القرن 19. استقر بمدينة القيروان وتولّى خطة أمين سوق المركاض والجمالة بالقيروان سنة 1290ه/1873م. انظر الأسعد الدراجي، 2012، ص.97.

(71) – الشيخ الرقيق بوعبان هو من الأقطاب وقبره بسقيفة داره الغربية المفتح بالمرير الموصل قبليه لسويقة باب القدة وجوفيه بمسجد الإمام الحجة سيدي يحي ابن عمر الدفين بسوسة. انظر الكناني، 2005، ص. 72 و73.
(72) – ذكر سابقا.
(73) – مقدار كلمة غير مقروءة.
(74) – كلمة غير واضحة.
(75) – كلمة غير مقروءة.
(76) – غير مقروءة.

المرجع لذكر المقال

منى كمّون ، « دار القايد عبد الرحمان زروق بالقيروان أواخر القرن 19 من خلال وثائق العدول »، السبيل : مجلة التّاريخ والآثاروالعمارة المغاربية [نسخة الكترونية]، عدد 6، سنة 2018
 الرابط : http://www.al-sabil.tn/?p=5231

الكاتب :

*مخبر الآثار والعمارة المغاربية – جامعة منوبة.

La Céramique pariétale du palais de la Rose (1798) Engouement pour la céramique européenne


06 | 2018

La Céramique pariétale du palais de la Rose (1798)
Engouement pour la céramique européenne

Wided Melliti Chêmi (*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

La ville de Manouba comporte un nombre important de palais et de résidences d’été. Ils présentent tous un décor polychrome en carreaux de revêtement de Qallaline et d’importation espagnole et italienne. Le palais de la Rose et son kiosque présentent une collection de céramique soigneusement conservée. Le monument est traité dans son contexte historique en prenant la datation de son revêtement céramique comme référence et non celle de sa construction. Cette étude permettra la datation d’autres monuments et d’autres modèles d’origines confondues (valenciennes, italiennes ou tunisiennes). Cet essai de datation et d’attribution nous permet d’introduire une perspective diachronique dans l’étude des collections polychromes et d’abandonner les approches atemporelles.  

Entrée d’index

Mots-clés : Palais de la Rose, « Koubbet el-Hawa », résidence d’été, Manouba, Qallaline, céramique de revêtement, carreaux de faïence, Ottomans, Borj el-Kebir, Musée militaire national.

Plan

Introduction
1-Les carreaux de revêtement du palais de la Rose
2-Les carreaux de revêtement du pavillon de «Bordj el-Kebir» ou « Koubbet el-Hawa» du belvédère
3-Identification et attribution des carreaux de revêtement
Conclusion

Texte intégral

Introduction
C’est un palais qui fut édifié en 1798 par Hamouda Pacha (1782 -1814). Il fut considéré comme le plus majestueux des palais de la Manouba(1).  Le Pacha choisissait cet endroit pour sa fertilité et la proximité de la capitale et du palais du Bardo. Il y trouva la tranquillité et se plaisait au milieu des jardins. Après la mort de son bâtisseur, le palais accueillait les Beys Mahmoud et Hussein, puis Ahmed Bey affectait le monument en une caserne de cavalerie(2). Ce palais doit son excellent état aux soins exigés par le ministre Kheireddine. Sous le protectorat, il abrita plusieurs unités de l’armée d’occupation. Après l’indépendance, l’armée nationale nouvellement créée s’y installa. Une campagne de restauration effectuée par les services de l’armée(3)a permis au palais de retrouver son éclat et sa grandeur. Depuis 1984, ce joyau de l’architecture tunisienne abrite le Musée militaire national(4).
Ce monument est orné d’une collection particulière de carreaux de revêtement. La salle d’audience et ses chambres en T révèlent un arrangement spécifique et un essai d’association avec la marqueterie de marbre italienne et espagnole. La collection fut commandée notamment pour rehausser les lambris les plus fournis de l’édifice. La pertinence des spécimens, ainsi que leur agencement judicieux nous incitent à les étudier et à dégager leur particularité stylistique.

Fig. 1. Plan du palais de la Rose(5)et photo de la porte principale qui fut détruite lors des travaux de restauration et remplacée par une porte colossale en fer forgé.

I- Les carreaux de revêtement du palais de la Rose

1- Le vestibule d’entrée « sabat » : cet espace constitue un filtre entre l’intérieur et l’extérieur. Il est surmonté de voûtes en berceau et divisé en six alcôves disposées de part et d’autre. Chaque percement est doté sur ses trois côtés de banquettes maçonnées portées par des niches arquées. Le revêtement polychrome s’énonce dès l’entrée grâce à des carreaux de Qallaline de type CQ20 qui s’étendent jusqu’à 92 cm de hauteur(6). Les carreaux sont à dominante verte, bleue et brun violacé sur un fond blanc laiteux. Ces spécimens dits « turki » présentent des motifs floraux à marguerites, pivoines, œillets et palmettes stylisées. Ce récent lambrissage est accompli lors des travaux de restauration des années 70.

Fig. 2. Le vestibule d’entrée lors des travaux de restauration (photo gauche).
Les banquettes maçonnées à dossiers lambrissés de céramique (photo droite).

2- L’entrée : La façade de ce monument a gardé son authenticité. Façade majestueuse à onze arcades imitant l’entrée du palais du Bardo. Une galerie surmontant les communs (?), à laquelle on accède par un large escalier droit en marbre blanc d’Italie. Un style composite qui marque l’ensemble des constructions beylicales de la deuxième moitié du XVIIIe siècleet la première moitié du XIXe siècle. Le portique est à dallage et colonnades en calcaire. « Les fûts galbés sont couronnés de chapiteaux allongés à doubles rangées de volutes que rehaussent des coquilles inversées. Face à l’escalier, une porte d’entrée colossale est encadrée de marbre et  d’un arc brisé outrepassé et à claveaux bicolores sur piédroits curieusement sculptés d’un vase stylisé »(7). Les huit baies de la galerie sont encadrées de marbre blanc. Les fenêtres sont barreaudées et égayées d’un second encadrement de carreaux de céramique de Qallaline de type CQ20.

Fig. 3. La façade principale du palais au début du XXe siècle (à gauche)
La même façade du Musée de l’armée nationale en 2018 (à droite)(8).
 

3- Le hall d’entrée « driba » : il relie la galerie extérieure avec la cour par ses deux portes axiales. Un hall colossal à parure polychrome. Des panneaux sont formés par la juxtaposition de carreaux valenciens de type CE305 disposés sur pointe. Un second type de panneaux mitoyens aux carreaux espagnols CE306 présentant des éléments cruciformes et des bouquets à fleurons. Le même spécimen fut imité par les ateliers de Qallaline CQ22. Seul l’œil veillant peut détecter la dissimilitude. L’ensemble est encadré de « khdhib » de 3 cm d’épaisseur. Ils sont bordés de carreaux de Qallaline de type CQ45 à dominante verte et bleue. L’ensemble est encadré d’une fine frise de « jelliz » de type MFQ9 aux couleurs contrastées bleu et jaune(9). Des banquettes latérales dites « dkâken » sont exécutées en « keddâl » et sont creusées en niches. Elles sont surmontées de petits arcs à trois claveaux noirs et rehaussées de carreaux de Qallaline CQ45. Ces banquettes sont tapissées de carreaux italiens de type CE41, de carreaux valenciens et catalans de type CE306, CE307, CE311 et de deux carreaux d’un bandeau d’encadrement italien unique dans son genre BE1. Vue leurs dispositions aléatoires et leur état délabré, nous estimons qu’il s’agit d’excédents réemployés et déposés lors des travaux de restauration(10). Deux carreaux napolitains de type CE 335 – malgré leur état délabré – présentent une rosace foliacée unique en son genre. Aux extrémités de la « driba », des colonnes d’angle jumelées supportent une voûte d’arêtes à rinceaux et volutes dites « tawrik » sculptés dans le plâtre(11). Des carreaux de Qallaline de type CQ45 sont disposés en double rangées dans des bandes. Ils complètent de leurs motifs bicolores verts et bleus la décoration des portes monumentales de la « driba »(12). Ce revêtement polychrome atteint 350 cm de hauteur puis s’annonce le revêtement ciselé de plâtre.

Fig. 4. La « driba » à décor polychrome local et d’importation européenne.

4-La salle de justice « Mahkma » : c’est la salle d’audience estivale qui s’ouvre sur le côté droit de la « driba ». Elle se distingue par ses proportions particulières, son plan basilical et son décor luxuriant(13). C’est une salle rectangulaire divisée en trois nefs par deux rangées de colonnes. Elle est surmontée d’une voûte à pans allongés soutenue par des colonnes de marbre à chapiteaux corinthiens. Le fond est réservé au trône et les murs sont parcourus de banquettes en marbre blanc dites « dkâken ». Les alcôves sont ornées de carreaux de Qallaline de type CQ45 présentant des éléments foliacés dans un réseau de carrés disposés sur pointe. La salle s’ouvre sur la galerie extérieure grâce à une succession de fenêtres barreaudées. La voûte et les tympans sont ornés de motifs géométriques d’inspiration hispano-maghrébine. Les éléments étoilés à huit branches alternent avec des cyprès stylisés exécutés en « nakshhadîda ». Des carreaux de Qallaline et des spécimens espagnols tapissent les parois de la salle de justice. Ces variantes sont disposées dans de grands cadres et alternent avec le revêtement en marbre italien et espagnol. Les murs latéraux sont divisés en panneaux avec deux types d’alternance. Les premiers panneaux rectangulaires sont formés par la juxtaposition de carreaux espagnols CE306 disposés sur pointe. Ces panneaux sont surmontés de plate-bande à claveaux bicolores noir et blanc d’influence hafside. Ces carreaux sont imités par les ateliers de Qallaline CQ22 avec une qualité moindre. Le deuxième type de panneau est formé par deux rangés de carreaux Qallaline CQ88 à mandorle turquisant. Un sertissage uniforme de frise en mosaïque de faïence MFQ9.
« Cependant le style rococo triomphe à cet endroit avec un mélange inattendu de marbre de couleur réparti entre colonnes jumelées, arcs, linteaux, coquilles et panneaux incrustés, dénotant l’intervention d’artisans chrétiens »(14). Les carreaux de type CQ88, CE306 et CE307 sont encadrés de fine bande de « jelliz ». Une frise de Qallaline FQ28 à pivoines et fleurs de lys stylisées surmonte le lambrissage polychrome et annonce l’avènement du stuc. Des spécimens spécifiques CE308 aux larges bandeaux entrelacés et éléments géométriques flanquent les coins et sont disposés derrière les fûts de la « mahkma ». Sur le mur du « mihrab » des carreaux atteignent le niveau de voûte. Certains de type CE312 présentent des personnages dans un style néo-classique. Des bandeaux d’encadrement valenciens BE1 et BE2 sont exceptionnels. Ils sont formés par la juxtaposition de plusieurs carreaux et forment une unité cohérente. Ces bandeaux présentent des éléments foliacés et des bandes entrelacées imitant la texture du marbre et cernent les revêtements polychromes. Un spécimen rare de carreaux valenciens est de type CE313. Il est formé par la juxtaposition de quatre unités identiques. L’ensemble présente un carré central disposé sur pointe et encadré d’une tresse. Il est préservé dans une large bande à motifs géométriques dit « grecs ». Ces carreaux polychromes se concentrent au fond de la salle destinée au trône et alternent avec les panneaux de marbre blanc italien et rose d’Espagne formant une unité cohérente. « Ainsi conçue et décoré, la « mahkma » devait répondre aux mêmes fonctions que celles du Bardo, à la fois salle d’audience et salle de justice »(15).

Fig. 5. Un panachage de parement polychrome entre céramique et marqueterie de marbre.

Le mur qui accueille la porte principale est richement orné d’un bandeau d’encadrement valenciens BE2. Il est surmonté d’un panneau rectangulaire à carreaux valenciens CE316 aux bandes entrelacées et garniture foliacée. Ce panneau est mis en valeur par un encadrement en marbre blanc. Le fond est tapissé de carreaux uniques valenciens CE309 à rosace et fleurons festonnées. Les alcôves des fenêtres sont tapissées de carreaux tunisiens CQ22 formant des médaillons quadrilobés à motifs foliacés. Une harmonie et une unité du style architectural et décoratif est en accord avec les espaces précédents. Les éléments architecturaux et architectoniques se répètent dès la galerie extérieure et la « driba ». Ils retrouvent toute leur splendeur dans la salle d’audience(16).

5- La cour « le shan » : Le grand patio du palais de la Rose à péristyle s’agrémente de nos jours d’un bassin qui occupe le milieu de la cour(17). Il présente une harmonie qui ressort de l’unité de son style architectural et décoratif. Cette continuité est décelée dès la galerie extérieure, le vestibule d’entrée et la « mahkma ». La galerie surmonte des arcs brisés disposés sur des colonnes en marbre galbé à chapiteaux néo-doriques. La céramique de parement flanque la totalité des parois et atteint une hauteur de 350 cm. Le fond est traité uniformément avec des carreaux de Qallaline de type CQ44 à pivoines et palmettes stylisées.

Fig. 6. La cour principale au début du XXe siècle  (à gauche) et en 2018 (droite). Un grand bassin à fontaine en marbre a remplacé le grand jardin. Le décor polychrome en panneaux et carreaux de Qallaline est soigneusement conservé dans son état initial. 

Des panneaux identiques à champ unitaire de type PQ2 sont cernés d’une frise de « Jelliz » MFQ9. Ils sont formés par la juxtaposition de 50 carreaux et présentent une composition symétrique. Ces panneaux à « mihrab » en ogive abritent un grand vase d’où jaillit un bouquet à motifs floraux turquisants à pivoines et feuilles de « saz » stylisées. Ils sont similaires à ceux flanquant le patio de Dâr Ben Abd Allâh. Vingt de ces panneaux se présentent dans la cour du palais et deux lambrissent le kiosque de « Koubbet el-Hawa » du Belvédère. Ils ne portent ni la signature du réalisateur, ni le nom de l’atelier ni la date de fabrication. Ils alternent avec des carreaux espagnols de type CE306 disposés sur pointe. Un troisième type de cadres est flanqué de carreaux identiques de Qallaline de type CQ88 à mandorles et palmettes stylisées. Cette composition à grands cadres alternés trouve son apogée au niveau de la cour. Les fenêtres barreaudées sont délimitées par une frise FQ9 à motifs anatoliens. Cette dernière est disposée dans un double encadrement de frise en mosaïque de faïence MFQ9 à motifs géométriques d’inspiration hispano-maghrébine. Une frise valencienne FE5 à décor rudimentaire et texture marbrée surmonte les fenêtres ouest de la cour. Ce parement polychrome est surmonté d’une succession de voûtes d’arêtes et de coupoles marquant les portes axiales de style baroque. Ces deux portes sont surmontées d’une coupole plus importante et accueillant un panneau de céramique rectangulaire. Il est formé par la juxtaposition de carreaux valenciens posés sur pointe de type CE16.

6 – Les appartements : De part et d’autre de la cour principale, trois appartements se distinguent par leur revêtement très fourni. Des pièces secondaires dites « mkaser » ou dortoirs s’ajoutent aux extrémités. Les « kbou » sont éclairés par de grandes fenêtres qui donnent sur les jardins environnants.
L’appartement Est : Il comporte deux « mkaser » également voûtées, situées de part et d’autre du « kbou ».Il se caractérise par ces carreaux de Qallaline CQ88 et ceux occidentaux de type CE306 disposés dans de grands cadres. Le revêtement de stuc surmonte le revêtement polychrome. Des motifs husseinites tels que les éléments étoilés et les cyprès garnissent les voûtes et les arcs.
L’appartement Ouest : Il est au voisinage de la « mahkma » et présente deux « mkaser » externes. Il dispose de trois alcôves distinctes ; une alcôve centrale et deux latérales. Il présente une ornementation fournie avec un lambrissage local et valencien très recherché(18). Ces fenêtres sont converties en vitrines pour conserver et exposer des collections d’ar#appel18mes du Musée militaire national. La partie inférieure des murs est tapissée – comme ceux du patio et de la « driba » – des mêmes types de carreaux valenciens CE310. Ces spécimens sont à motifs floraux et de coloris jaune et vert dans un encadrement quadrilobé. Ils enrichissent encore chaque côté du « kbou ». La composition envisagée est à grands cadres. Ces derniers sont flanqués de carreaux valenciensde type CE306 et son propre sosie tunisois le carreau CQ22. La composition est délimitée d’une frise de carreaux locaux de Qallaline FQ28 à fleurs de lys stylisées et pivoines(19).

 Fig. 7. Les carreaux polychromes locaux et d’importation occidentale sont disposés dans de grands cadres.

La frise en mosaïque de faïence MFQ9 vient clôturer la parure polychrome et annonce l’avènement du stuc. Des carreaux de Qallaline CQ71 à motifs anatoliens sont disposés minutieusement derrière les colonnes en marbre blanc. Les murs larges de 1,50 m à 1,80 m sont lambrissés de carreaux de Qallaline CQ20 et CQ88 jusqu’à une hauteur de 3 m. Gravement endommagés, ils sont souvent remplacés par des carreaux d’imitation.
La salle adjacente qui s’ouvre sur la cour est parée de carreaux de céramique disposés dans une composition en registres(20). Ce parement atteint le niveau des voûtes qui sont garnies de panneaux en plâtre sculpté. Vue l’histoire mouvementée du palais, le revêtement en céramique est totalement remanié. Des carreaux de substitution remplacent partiellement les carreaux originaux. La composition générale rappelle celle de la cour centrale. Des carreaux de Qallaline à motifs turquisants CQ20 sont interrompus par de grands cadres. Ils sont flanqués de carreaux valenciens CE306 disposés sur pointe. Espérons que la composition initiale a été respectée lors des travaux de restauration. Le manque de documents photographiques nous laisse devant des informations lacunaires.

Fig. 8. Le décor polychrome de l’appartement organisé dans de grands cadres.

L’appartement Sud ou salle d’apparat :c’est la salle d’honneur à plan cruciforme similaire aux autres pièces. Elle est surmontée d’une coupole à tambour reposant sur quatre pendentifs percés de huit fenêtres à vitraux ajourés. Le défoncement médian est dépourvu de « mkaser » et s’éclaire librement sur ses trois faces par quatorze ouvertures basses. Des gracieuses fenêtres sont cernées de marbre blanc. Les murs, jusqu’au niveau de 300 cm sont habillés à l’italienne par un lambris de marqueterie de marbre polychrome. Le parement est en panneaux rectangulaires de marbre rose du Portugal. Ils alternent avec de grands cadres flanqués de carreaux espagnols de type CE310. Ces mêmes carreaux sont disposés en large frise et délimitent la partie supérieure du revêtement polychrome(21). Un second type de carreaux de Qallaline CQ88 est utilisé comme frise d’encadrement. Il forme une plinthe et délimite la partie inférieure. Des carreaux CQ77 flanquent le vide qui apparaît derrière les colonnes roses. La salle d’apparat est surmontée d’une coupole arrondie à l’instar de certains monuments ottomans du XVIIe et XVIIIe siècle. Le mur qui abrite la porte d’entrée présente un grand arc. Il est garni d’un revêtement de céramique polychrome typique de la production de Qallaline. Le même type de carreaux qui garnissent la salle sont disposés dans de grands cadres et sont délimités par une frise en mosaïque de faïence MFQ9. Les tympans des arcs aménagés dans les murs, la zone des pendentifs, les arcs et les calottes hémisphériques sont revêtus d’un décor très abondant en plâtre sculpté. Sa blancheur étonnante – et le jeu d’ombre et de lumière – tranche avec la polychromie de revêtement de marbre et de céramique qui rehausse la partie inférieure de l’édifice.
La chambre voisine a reçu un revêtement polychrome totalement restauré lors de la campagne de restauration des années 70. Ces carreaux CQ20 et CE306 sont disposés en registres et séparés par le même type de frise. Une porte colossale s’inscrit dans un encadrement rectangulaire en marbre polychrome sculpté. Le décor est à tympans fleuris et grande coquille italianisante. Elle est surmontée d’un beau cadre en céramique à carreaux rares CE316. Le même spécimen flanque la porte opposée qui relie la « driba » à la cour principale.


Fig. 9. La salle d’apparat au début du XXe siècle (à gauche) et en 2018 (à droite). La salle a conservé son décor polychrome en alternance avec la marqueterie de marbre.

7- La chambre des invités « dâr el-dhief » : Le palais de la Rose comporte un pavillon autonome à deux étages donnant sur la cour extérieure. Ces pièces sont accessibles grâce aux escaliers qui communiquent avec la cour à travers une baie. Il est réservé aux invités et renferme deux longues salles. La première pièce aurait servi de salle d’attente avant d’accéder à la salle suivante. Son plafond est en solives de bois peint. La seconde pièce présente une variation sur un thème classique de l’ornementation sur bois, celui de l’entrelac étoilé d’inspiration hispano-maghrébine. Les parois sont tapissées de carreaux polychromes de Qallaline et de spécimens d’importation. Les carreaux de type CUQ1et CUQ1b typiquement locaux sont à motif unique dit patte de lion ou « afsetessid ». Des carreaux CQ45 sont disposés uniformément dans de grands cadres et cernés d’une frise de carreaux catalans à motif étoilé CUE17. Les spécimens espagnols sont de type CE314 et CE315. Ils sont disposés dans une composition à grands cadres ou dans des cadres concentriques. Ces carreaux d’importation présentent des motifs foliacés et des éléments géométriques festonnés. Le revêtement polychrome atteint 320 cm de hauteur puis expose une frise mince de plâtre ciselé. 

Fig. 10. Dâr « el-dhief » à décor polychrome disposé dans de grands cadres.

II- Les carreaux de revêtement du pavillon de «Bordj el-Kebir»ou « Koubbet el-Hawa» du belvédère
Le souverain avait disposé un élégant pavillon à « Borj el-Kebir » au milieu des vergers. Il fut restauré et transposé pierre par pierre en 1922 au parc du Belvédère(22). Arcs et voûtes sont en plâtre entièrement sculpté ou repercé. «Toute cette architecture a la grâce aérienne qui convient à un décor de fête »(23). Marçais offre une description détaillée de cette annexe « Ce kiosque d’un plan ingénieux, se compose d’une coupole côtelée en demi voûte portant sur quatre colonnes et entourée de galeries complètement ouvertes sur trois côtés, sur le dehors. Sur le quatrième côté s’étend une salle large avec alcôves médianes, souvenir des pièces d’apparat. Les colonnes à chapiteaux doriques, posées sur le sol ou sur les banquettes maçonnées qui font le tour des pièces soutiennent de grands arcs en plein-cintre et des arcs plus petits recti-curvilignes à trois lobes »(24). Ces banquettes maçonnées sont revêtues de marbre italien. Elles sont flanquées de carreaux de Qallaline CQ4 à médaillon quadrilobé et à garnitures foliacées(25). Sur certaines portions des carreaux de type CQ20, CQ79, CQ42a, CQ59 et des mosaïques de faïence MFQ14 couvrent les facettes adjacentes. Les murs sont entièrement tapissés de carreaux polychromes ou de mosaïque de faïence exclusivement de Qallaline. Les parties supérieures sont lambrissées de plâtre sculpté dit « nakchhdîda ». Sur les parois, les fenêtres s’inscrivent dans un encadrement en marbre blanc qui contraste avec le revêtement de carreaux de faïence polychromes qui couvrent les murs jusqu’à une hauteur de 260 cm. Les encadrements sont surmontés d’une frise FQ9 à motifs ottomans et FQ21 aux bandes entrelacées. Le revêtement de céramique présente une multitude de spécimens à décor géométrico-floral. Deux types de panneaux à champ unitaire PQ2 et PQ37a présentent une légère dissimilitude. L’alcôve médiane se distingue par un revêtement en mosaïque de faïence. Des panneaux MFQ12, MFQ13 et MFQ13a présentent des bandes entrelacées et des motifs géométriques d’influence hispano-maghrébine.        

Fig. 11. Le parement de « Koubbet el-Hawa » du Belvédère.

Les lambris sont tapissés de mosaïque de faïence disposées dans de grands cadres et cernées de « khdhib » noir. Ils présentent des éléments étoilés et des motifs géométriques qui résultent de l’enchevêtrement de bandes blanches. Deux panneaux de type PQ2 sont formés par la juxtaposition de 50 carreaux. Ils sont analogues aux panneaux de la cour du palais de la Rose. Ils se chargent de motifs floraux anatoliens représentant des feuilles de « saz ». Les branches sont agrémentées de pivoines et de marguerites stylisées. Le bouquet qui jaillit d’un grand vase italianisant est inscrit dans un arc en ogive fleuri. Chacun de ces deux panneaux est délimité par un cadre de carreaux de type CQ71. Le second panneau est de type  PQ 37a. Il représente le thème classique du bouquet jaillissant d’un vase et surmontant une vasque de style italien. L’ensemble s’inscrit dans un encadrement à « mihrâb ». Le revêtement en mosaïque de faïence est très fourni dans ce kiosque. Des variantes de « jelliz » de type MFQ10, MFQ11… et MFQ15 sont à motifs géométriques et atteignent une hauteur de 260 cm. Toutes les parties hautes, au-dessus du revêtement polychrome, sont complètement tapissées de stuc délicatement sculpté en «nakshhdîda»(26). Toutefois il est à signaler que ces mosaïques de faïence furent retapées selon des modèles originaux lors de la campagne de restauration et de transfert de koubbet el- hawa au début du siècle dernier. 

III- Identification et attribution des carreaux de revêtement
Nous réunissons dans le tableau ci-dessous les 42 différents types de carreaux et de panneaux de revêtement, locaux et ceux d’importation occidentale. Les spécimens de Qallaline sont majoritaires en genre et en nombre. Ils se concentrent sur les parois du palais, dès le porche d’entrée pour rehausser la galerie, la cour principale, les chambres et le kiosque. Les panneaux et les frises en mosaïque de faïence de Qallaline trouvent leur apogée sur les lambris du « Koubbet el-Hawa ». Cette marqueterie a commencé à partir du XIIIe siècle à Tunis ainsi qu’en attestent des exemples divers aux jardins Abù Fihr. Le « Jelliz » constitue avec les panneaux, les frises et les carreaux à motifs répétitifs une parure polychrome unique dans son genre. Néanmoins, les spécimens occidentaux rehaussaient les lambris les plus fournis du palais ; la « driba », la « mahkma », les appartements, la chambre des invités et les « mkaser ». Des bandeaux d’encadrement occidentaux de type BE1 et BE2 et les carreaux à motifs répétitifs CE311, CE312 et CE 313 sont exceptionnels. Ils proviennent d’une commande du fondateur auprès des ateliers espagnols. Ces spécimens catalans et valenciens constituent la richesse de cette collection. Néanmoins, les modèles napolitains sont rares et seul l’exemple CE41 figure sur les banquettes de la « driba ». Cependant, nous ne possédons pas de témoignage direct de ce type de transaction, le nom du « mucallim » chargé de la construction et de la décoration du monument, les intermédiaires, le prix unitaire de chaque variante, etc. Par ailleurs, les carreaux d’imitation qui se sont substitués à ceux des appartements et des « kbou » sont déposés pour remplacer les spécimens gravement endommagés et ce lors de la campagne de restauration des années 70. Ils sont reconnaissables par la fraîcheur de leur palette, l’éclat des émaux et la technique d’exécution. Il s’agit d’une sérigraphie à plusieurs étapes où à chaque émail correspond une application. 

Carreaux de Qallaline Carreaux à motif unique CUQ1, CUQ1b.
Carreaux à motifs répétitifs CQ4, CQ20, CQ22, CQ42a, CQ44, CQ45, CQ59, CQ71 et CQ88.
Frises d’encadrement FQ9, FQ21a et FQ28.
Panneaux à champs unitaire PQ2 et PQ37a.
Mosaïque de faïence MFQ9, MFQ10, MFQ11, MFQ12, MFQ13, MFQ13a, MFQ14 et MFQ15.
Céramique d’importation
espagnole
Carreaux à motif unique CUE17
Carreaux à motifs répétitifs CE305, CE306, CE307, CE308, CE309, CE310, CE311, CE312, CE313, CE314, CE315 et CE316.
Frise d’encadrement FE5
Bandeaux d’encadrement BE1 et BE2.
Céramique d’importation italienne Carreaux à motifs répétitifs CE41, CE335

Tableau.1 : Attribution et classification des carreaux du palais de la Rose.

Conclusion
Le Palais de la Rose est l’une des plus grandes réalisations de Hamouda Pacha où se manifeste l’influence ornementale ottomane, sans pour autant la priver des apports espagnols et italiens. Ce monument est la dernière grande fondation beylicale du XVIIIe siècle. Sa collection en carreaux valenciens orne particulièrement la « Mahkma » et les portes principales. Le traitement de chaque appartement ainsi que la décoration fournie du kiosque sont inhabituels dans l’architecture locale. Par ailleurs, l’engouement pour la céramique occidentale se manifeste dans l’importation de nouveaux modèles, de dimension considérable, de finition remarquable, de brillance et de qualité d’exécution infinie. Sans parler des prix moindres et de la facilité de pose qui sont les atouts de cette production qui a fini par s’affirmer pendant le XIXe siècle.
En revanche, l’inspiration ottomane est très évidente dans ce palais. Le kiosque évoque les jardins d’Asie Mineure et particulièrement ceux d’Istanbul. Ce monument est conçu à l’instar des palais du XVIIIe siècle d’après un prototype local. Il reflète une double influence étrangère turque et espagnole. Le décor polychrome de ce monument présente d’innombrables innovations ; ainsi le revêtement de céramique de Qallaline en carreaux répétitifs, frises, panneaux à champ unitaire et mosaïque de faïence donne à ce monument un cachet très particulier et le rattache aux traditions locales. D’autre part, la polychromie orientale et les techniques italiennes spécifiques de la marqueterie de marbre renoue avec des pratiques déjà observées dans le palais de « Kubbat -En -Nhas » (1756).
Cependant, la composition générale du décor polychrome et la marqueterie de marbre n’a pas évolué. Les mêmes compositions sont adoptées par les fondateurs Husseinites de la fin du XVIIIe siècle. Les panneaux sont disposés en registres ou dans de grands cadres et sont répartis rythmiquement ou symétriquement. Ces compositions ancestrales s’adaptent parfaitement à l’immensité de la cour centrale du palais.  Les canons de la symétrie et de l’axialité trouvent leur apogée et maintiennent l’unicité de la composition générale. D’autre part, la plate-bande en marbre à claveaux bicolores noir et blanc surmonte les panneaux à carreaux espagnols CE306. Ces spécimens sont disposés dans de grands cadres. Ces plate- bandes interpellent les fameux panneaux de Qallaline à « mihrab ». Néanmoins, cette nouvelle pratique ne trouve pas son essor ultérieurement.
L’emploi intensif des carreaux d’importation occidentale ne tranche pas avec les pratiques décoratives précédentes. Nous pouvons conclure que l’intervention des « mcallmia » ou des architectes italiens et d’une main d’œuvre étrangère accentue ces adoptions. Néanmoins ces mutations touchent les matériaux de construction tout en gardant les schémas de la composition générale du décor somptueusement ancré dans l’imaginaire tunisien.       

Catalogue des carreaux de revêtement du palais de la Rose

A- Les carreaux locaux de Qallaline

I- Les carreaux à motif unique

Numéro du catalogue : CUQ 1.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et palais Kheireddine.
  • Catégorie : carreaux à motif unique.
  • Dimension: côté : 14 cm.
  • Pâte : argileuse jaunâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : ocre jaune, vert émeraude et brun.
  • Etat de conservation : moyen, cassure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : XVIIe XVIIIe et XIXe siè
  • Iconogr : Jacques Revault,1967, fig.5.
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.30, fig.47 et fig.59.
  • Iconogr : Jacques Revault,1967, fig.5.
  • Iconogr : C.N.C.A, 1995, fig.34, p.25.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°16, p.494.

Description
Arrangement de seize carreaux dits patte de lion ou « Afset essid ». Chacun présentant un élément central festonné et un motif étoilé à huit branches bicolores. Des variations minimes sont décelées pour chaque variante. Recomposition à partir de modèles catalans.

 Numéro du catalogue : CUQ 1b.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et la zâwiya de sidi cAlîc
  • Catégorie : carreaux à motif unique.
  • Dimension: côté : 20 cm.
  • Pâte : argileuse jaunâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : ocre jaune, vert émeraude et brun.
  • Etat de conservation : moyen, cassure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Iconogr : Jacques Revault,1971, fig.31, fig.44, fig.109, fig.128 et fig.144.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°19. p.498.

Description
Carreau similaire aux spécimens précédents. Le centre est flanqué d’un motif étoilé à huit branches bicolores dit « wardeterrih » ou rose du vent. En encoignure des fleurons stylisés attachés à des feuillages trifides. Modèle catalan mais produit dans d’autres centres comme Valence et les ateliers de Qallaline.

II- Les carreaux à motifs répétitifs 

Numéro du catalogue : CQ 4.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose, Dâr Ben Abd- Allah et Musée national du Bardo.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 14 cm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt clair, ocre jaune, vert émeraude et sertissage brun sur fond blanc laiteux. On distingue des pores à la surface laissant apparaître la couleur de la pâte.
  • Etat de conservation : moyen, cassure des bornes et ébréchure des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Iconogr : Jasques Revault,1971, fig.23.
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.112, fig.113 et128.
  • Bib: Adnan Louhichi, 1995, p.224.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°59, p.548.

Description
Assemblage de quatre carreaux à composition concentrique. Ils forment une rosace quadrilobée et festonnée. Garniture foliacée où se détachent des marguerites et des palmettes dentelées. Alternant avec un médaillon festonné orné de trèfles et de carrés disposés sur pointes.

 Numéro du catalogue : CQ 20.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et palais Kubbat En-Nhas.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 15 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude et brun violacé sur fond blanc laiteux.
  • Etat de conservation : mauvais, cassure des bornes et craquelures
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1756).
  • Bib: Alain et Dalila Loviconi, 1995, p.131.
  • Iconogr : Jacques Revault,1971, fig.101,108 et139.
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.77,120 et 127.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°123, p.611.

Description
Association de quatre carreaux à composition symétrique. Ornementation florale imitant un spécimen anatolien. Garniture foliacée où se détachent les palmettes, les œillets, les tulipes et les marguerites à huit pétales dans un jeu de fond. Spécimen communément appelé « Turki ».

Numéro du catalogue : CQ22.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 22 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé Apparition de cavité à la surface.
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt cendré, vert émeraude, ocre jaune, violet et brun violacé sur fond verdâtre. (A noter le débordement des émaux).
  • Etat de conservation : moyen, léger ébréchure des émaux et des bornes.
  • Lieu de fabrication : Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle.
  • Iconogr : Jacques Revault,1971, fig.31 et 147.
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.112 et 113.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°60, p.550.

Description
Imitation d’un spécimen valencien CE306. Nous repérons de légères dissimilitudes dans les éléments floraux de remplissage et des volutes festonnées. Un aspect grossier dans l’exécution, perforation de la surface et débordement des émaux verts. 

 Numéro du catalogue : CQ 44.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et patio Dar cUthmân.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 15 cm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude, ocre jaune et sertissage brun sur fond blanc verdâtre.
  • Etat de conservation : moyen, cassure des bornes et craquelures.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : XVIIe et XVIIIe siècle (1610).
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.102.
  • Bib: Alain et Dalila Loviconi, 1995, p.127.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°91, p.580.

Description
Association de quatre carreaux à composition symétrique. Décor floral ottoman où se détachent les palmettes, feuilles de « saz », pivoines et marguerites dans un jeu de fond. Imitation d’un spécimen turc CT14 des ateliers d’Iznik et retracé par les ateliers Tekfur (début XVIIIe siècle).  

Numéro du catalogue : CQ 42a.

  • Nom de l’institution : Koubbet el-Hwa du Belvédère et Musée de SîdîKâsim al-Jalîzî.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 14 cm et 15cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude, ocre jaune et sertissage brun sur fond blanc laiteux.
  • Etat de conservation : mauvais, cassure des bornes et ébréchure des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib: Adnan Louhichi, 1995, p.224.
  • Bib: Adnan Louhichi, 2000, fig.48, p.81.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°26, p.506.

Description
Juxtaposition de quatre carreaux à composition rayonnante. Ils forment une étoile à huit branches couronnée d’une bande à motifs géométrico-floraux d’inspiration catalane. Les encoignures sont garnies d’éléments foliacés où se détachent des œillets et des palmettes en spirale.

Numéro du catalogue: CQ 45.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et « driba» de Dar cUthmân.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 14 cm.
  • Pâte : argileuse jaunâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude, jaune d’antimoine et brun violacé sur fond blanc laiteux.
  • Etat de conservation : bon, légères ébréchures des bornes et des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : XVIIe et XVIIIe siècle (1610).
  • Iconogr : Jacques Revault,1967, fig.8.
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.83, 102,105,106,107 et 127.
  • Bib: C.N.C.A, 1995, fig.50, p.36.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°43, p.526.

Description
Association de quatre carreaux à composition symétrique. Ornementation florale ottomane où se détachent les palmettes, œillets, tulipes et marguerites à huit pétales dans un jeu de fond. Il s’agit d’un modèle inventé par les ateliers catalans puis manufacturé à Valence. Remarquons que les petites boules ornant les palmettes sont des rajouts typiquement tunisois. Ce spécimen est repris par les ateliers Chemla vers la fin du XIXe siècle.

Numéro du catalogue : CQ59

  • Nom de l’institution : Koubbet el-Hwa du Belvédère et Musée de SîdîKâsim al-Jalîzî.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 15,5 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude, jaune primaire, ocre jaune et brun violacé sur fond blanc laiteux.
  • Etat de conservation : moyen, ébréchures des bornes et des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : XVIIIe et XIXe siècle (1798).
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.127.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°68, p.558.

Description
Groupe de quatre carreaux formant un médaillon central d’inspiration catalane. Large bande à motifs géométrico-floraux (losanges et tulipes). Le disque est meublé de motifs turquisant (mandorles et palmettes) disposés dans une composition rayonnante. Les encoignures sont garnies de pivoines ou « crête de coq ». Inspiration composite (roue à motifs espagnolset garniture florale ottomane).

Numéro du catalogue : CQ 71.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et Musée de Sîdî Kâsim al- Jelîzî.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 15 cm.
  • Pâte : argileuse jaunâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude, ocre jaune et sertissage brun sur fond blanc laiteux.
  • Etat de conservation : moyen, ébréchure des bornes et craquelure des émaux
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : XVIIIe siècle (1798) et XIXe siècle.
  • Carreau inédit.

Description
Assemblage de quatre carreaux à composition symétrique. Le centre est orné d’un médaillon turco-persan festonné et polylobé. Garniture foliacée à marguerites, oeillets et tulipes. Alternance avec un second médaillon fleuri à grandes marguerites et feuillettes effilées.

 Numéro du catalogue : CQ 88.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et Musée de Sîdî Kâsim al- Jelîzî.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 15 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, bleu clair, vert émeraude,ocre jaune et sertissage brun sur fond blanc verdâtre.
  • Etat de conservation : moyen, ébréchure des bornes et craquelure des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Iconogr : Jacques Revault,1967, fig.105.
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.122.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°99, p.588.

Description
Assemblage de quatre carreaux identiques à composition concentrique. Garniture turco-persane  àgrand médaillon festonné. Alternant avec un second médaillon à marguerites et palmettes effilées. 

III- Les frises d’encadrement de Qallaline

Numéro du catalogue : FQ 9.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et M.N.B.
  • Catégorie:frise d’encadrement.
  • Dimension: L : 23 cm, l : 11cm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude, ocre jaune et sertissage brun sur fond blanc verdâ
  • Etat de conservation : bon, légère ébréchures des bornes et craquelure des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.128.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°112, p.601.

Description
Carreau rectangulaire à composition rythmique. Alternance de deux motifs floraux dentelés et garniture foliacée (marguerite, fleurons, fleurs de lys et palmettes stylisées). Imitation d’un modèle turquisant de Tekfur à dominante de vert et de bleu. 

Numéro du catalogue : FQ 21a.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et M.N.B.
  • Catégorie:frise d’encadrement.
  • Dimension: L : 10,5cm, l : 10 cm. Ou 8/8cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude, jaune d’antimoine et sertissage brun sur fond crème d’étain.
  • Etat de conservation : mauvais, cassure des bornes ébréchures des émaux. Essai de conservation avec du plâtre
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Date : XVIIIe siècle (1798) repéré dans des monuments du XVIIe.
  • Bib : Alain et Dalila Loviconi, 1995, p.127.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°76, p.566.

Description
Deux carreaux rectangulaires à composition rythmique. Trois bandes entrelacées formant une tresse. Des cercles concentriques constituent les éléments de remplissage. Il s’agit d’une composition universelle dont l’origine est difficile à deviner. Motifs empruntés des mosaïques romaines.

Numéro du catalogue : FQ 28.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et M.N.B.
  • Catégorie :frise d’encadrement.
  • Dimension: L : 24 cm, l : 11cm.
  • Pâte : Argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : émaux mats en bleu de cobalt, vert émeraude, vert pistache, ocre jaune et sertissage brun sur fond blanc verdâ
  • Etat de conservation : Moyen, légère ébréchures des bornes. A noter l’aspect granuleux de la surface.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°108, p.597.

Description
Carreau rectangulaire à composition rythmique. Alternance de deux motifs floraux dentelés et à garniture foliacée. Fleur de lys stylisée alternant avec une grande feuille déchiquetée d’inspiration ottomane. 

IV- Les panneaux de Qallaline

Numéro du catalogue : PQ 2.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose, Koubbet el-Hwa du Belvédère et Dâr Ben Abd- Allah.
  • Catégorie : Panneau à champ unitaire.
  • Dimension: l : 75cm, L : 143 cm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude, ocre jaune et sertissage brun sur fond blanc laiteux.
  • Etat de conservation : moyen, légère ébréchures des bornes. Cassure de certain carreaux et essai de restauration avec du plâtre.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib : Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°11, p. 711

Description
Grand panneau formé par la juxtaposition de 50 carreaux. Grand arc en ogive à fleurons meublé d’un vase italianisant. Il présente une panse ovoïde, deux anses aplaties et large col évasé vers l’extérieur d’où jaillissent des rinceaux fleuris entrelacés. Garniture foliacée à marguerites, feuilles de « saz », mandorles et pivoines. Les rinceaux abritent deux oiseaux affrontés et envahis par une flore surabondante. 

Numéro du catalogue : PQ 37a.

  • Nom de l’institution : Koubbet el-Hawa du Belvédère et M.N.B.
  • Catégorie : Panneau à champ unitaire.
  • Dimension: l : 71cm, L : 146 cm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude, ocre jaune et sertissage brun sur fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : mauvais, ébréchures des bornes. Cassure de certain carreaux et essai de restauration avec du plâtre.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib : Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°5, p. 704.

Description
Grand panneau à champ unitaire formé par la juxtaposition de 50 carreaux. Un arc en ogive festonné est meublé d’un grand vase d’inspiration italienne à piédouche surmontant une vasque. Le vase est à panse ovoïde et à col étroit caliciforme. Des rinceaux à volutes sont disposés symétriquement. Une garniture foliacée d’inspiration ottomane est à feuilles de « saz », pivoines, palmettes et fleurs stylisées.

V- Les mosaïques de faïence de Qallaline

Numéro du catalogue : MFQ 9.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et Turba du Bey.
  • Catégorie : mosaïque de faïence formant une frise.
  • Dimension: L : 15 cm et l : 7 cm.
  • Pâte : argileuse jaunâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt et ocre jaune dans un double encadrement en « khdhib » noir.
  • Etat de conservation : moyen, légère ébréchures des bornes.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).

Description
Mosaïque de faïence formant une frise d’encadrement. Motifs géométriques enchaînés en hexagones allongés alternant avec des triangles isocèles tête-bêche enchaînés.

Numéro du catalogue : MFQ 10.

  • Nom de l’institution : Koubbet el-Hawa du Belvédère
  • Catégorie : mosaïque de faïence.
  • Dimension: côté du carreau : 3 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : ocre jaune, blanc d’étain et noir.
  • Etat de conservation : moyen, ébréchures des bornes et écaillage des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle.
  • Mosaïque de faïence inédite.

Description
Mosaïque de faïence formant une frise d’encadrement. Réseau de carrés bicolores juxtaposés et disposés sur pointe. Nous estimons qu’il s’agit d’une reproduction à partir du modèle original destinée à remplacer les mosaïques détériorés.

 Numéro du catalogue : MFQ 11.

  • Nom de l’institution : Koubbet el-Hawa du Belvédère
  • Catégorie: mosaïque de faïence.
  • Dimension: l : 14cm, L : 170cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : vert émeraude, vert clair, ocre jaune, blanc d’étain et noir.
  • Etat de conservation : moyen, légères ébréchures des bornes et écaillage des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle.
  • Mosaïque de faïence inédite.

Description
Juxtaposition d’un module répétitif à éléments géométriques enchaînés. Eléments étoilés, hexagones, carrés magiques et triangles formant une frise d’encadrement. Ce modèle fut restauré lors des travaux de restauration entamés au début du XXe siècle.

 Numéro du catalogue : MFQ 12.

  • Nom de l’institution : Koubbet el-Hawa du Belvédère catégorie : mosaïque de faïence.
  • Dimension: l : 62 cm / L : 168 cm.
  • Pâte : Argileuse jaunâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu clair, vert olive, ocre jaune, blanc d’étain et noir.
  • Etat de conservation : Mauvais, ébréchures des bornes.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle.
  • Mosaïque de faïence inédite.

Description
Grand panneau en mosaïque de faïence à décor géométrique. Des bandes entrelacées formant des motifs étoilés, hexagones, octogones à croissant et polygones réguliers. Ce type de panneau en mosaïque de faïence est reproduit intégralement pour orner la Koubba lors de son transfert du palais de la Rose à la colline du Belvédère.

Numéro du catalogue : MFQ 13.

  • Nom de l’institution : Koubbet el-Hawa du Belvédère
  • Catégorie : mosaïque de faïence.
  • Dimension: l : 62 cm, L : 168 cm.
  • Pâte : argileuse jaunâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu clair, vert olive, vert clair, ocre jaune, blanc d’étain et noir.
  • Etat de conservation : mauvais, ébréchures des bornes et brûlures.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle.
  • Mosaïque de faïence inédite.

Description
Panneau en mosaïque de faïence à motifs géométrique enchaînés. Des bandes entrelacées créant un réseau d’éléments étoilés, hexagones allongés, losanges et octogones d’inspiration hispano-maghrébine. Le modèle fut reproduit identiquement à l’original.

 Numéro du catalogue : MFQ 13 a.

  • Nom de l’institution : Koubbet el-Hawa du Belvédère
  • Catégorie: mosaïque de faïence.
  • Dimension: l : 62 cm, L : 168 cm.
  • Pâte : argileuse jaunâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu clair, vert olive, vert clair, ocre jaune, blanc d’étain et noir.
  • Etat de conservation : moyen, ébréchures des bornes et écaillage des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle.
  • Mosaïque de faïence inédite.

Description
Panneau en mosaïque de faïence très similaire au précédent (MFQ 13). Des variations sont décelées au niveau de la palette des couleurs. Ce modèle est reproduit lors de son transfert vers la colline du Belvédère au début du XXe siècle.

Numéro du catalogue : MFQ 14.

  • Nom de l’institution : Koubbet el-Hawa du Belvédère
  • Catégorie: mosaïque de faïence.
  • Dimension: 44/44
  • Pâte : argileuse jaunâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu clair, ocre jaune, blanc d’étain et noir.
  • Etat de conservation : mauvais, ébréchures des bornes et écaillage des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Mosaïque de faïence inédite.

Description
Panneau en mosaïque de faïence de forme carrée. Bandes entrelacées formant des motifs géométriques enchaînés. On distingue des éléments étoilés, hexagones allongés, losanges et octogones d’inspiration hispano-maghrébine

Numéro du catalogue : MFQ 15.

  • Nom de l’institution : Koubbet el-Hawa du Belvédère
  • Catégorie : mosaïque de faïence.
  • Dimension: l : 56 cm, L : 210 cm.
  • Pâte : argileuse jaunâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : blanc d’étain et noir.
  • Etat de conservation : mauvais, ébréchures des bornes et écaillage des émaux.
  • Lieu de fabrication : Tunis, Qallaline.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Mosaïque de faïence inédite.

Description
Panneau en mosaïque de faïence à motifs géométriques. Trame régulière à éléments étoilés alternant avec des carrés blancs dans un contraste clair/obscur.

B- Les carreaux européens

I- Les carreaux à motif unique

 Numéro du catalogue : CUE 17.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et Musée national du Bardo.
  • Catégorie : carreaux à motif unique.
  • Dimension: côté : 12,5 / 12,5cm, e .2cm
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : émaux concentrés en jaune primaire et ocre jaune. Sertissage brun sur fond blanc laiteux.
  • Etat de conservation : moyen, ébréchure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Catal
  • Période : XVIIIe et XIXe siècle
  • Iconogr : Jacques Revault,1971, fig.39 et 41.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico , 2010, Cat. n°3, p.807.

Description
Spécimen à motif unique et à décor géométrique. Chaque carreau est meublé d’une étoile à huit branches traitée en deux tons rapprochés. Modèle catalan produit dans des centres italiens et repris par les ateliers locaux de Qallaline.

II- Les carreaux à motifs répétitifs

 Numéro du catalogue : CE 41.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et la turba du Bey.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 18/18 cm et 19/19 cm.
  • Pâte : Argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs: bleu outremer, vert émeraude et ocre jaune sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : Moyen, légères ébréchure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Naples.
  • Période : fin XIXe siècle.
  • Bib : Clara -Ilham Alvarez Dopico, 2010, N°87, p. 864.

Description
Composition symétrique à élément cruciforme encadré d’accolades opposées et hachurées. Le centre est meublé d’un octogone aux bornes contournées. Ils alternent avec un second élément cruciforme à garniture foliacée. Technique d’estompage pour le traçage des accolades. Seules les hachures sont tracées à main levée. 

 Numéro du catalogue : CE305.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 15 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, bleu clair, vert émeraude, ocre jaune et sertissage brun sur fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : moyen, léger écaillage des émaux et ébréchure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.113.

Description
Composition concentrique dans un encadrement foliacé. Un élément étoilé dit « rose de sable » est délimité dans un grand cadre. Couronne à fleurons, bourgeons et fleurs stylisées. Alternance avec des carrées marbrés disposés sur pointe.

Numéro du catalogue : CE306.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 20/20cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, bleu clair, vert émeraude clair, ocre jaune, jaune primaire et violet sur fond blanc laiteux de faible concentration.
  • Etat de conservation : moyen, écaillage des émaux et ébréchure des bornes.
  • Lieu de fabrication : ateliers valenciens.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Iconogr : Jacques Revault,1971, fig.31 et 147.
  • Iconogr : Jacques Revault,1974, fig.112 et 113.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico , 2010, Cat. n°5, p.809.

Description
Groupe de quatre carreaux à composition concentrique formant un élément cruciforme aux bornes festonnées. Les encoignures sont garnies de bouquets de fleurons et de marguerites stylisées. Ce modèle fut imité intégralement par les ateliers de Qallaline CQ22. Les spécimens de contrefaçon sont reconnaissables par leur aspect grossier et de palette foncée.

 Numéro du catalogue : CE 307.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 21/21cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu clair, vert pistache, ocre jaune et orangé, sur un fond blanc laiteux de bonne concentration. A noter l’aspect mat des émaux.
  • Etat de conservation : moyen, légères ébréchure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib: Clara -Ilham Alvarez Dopico , 2010, Cat. n°35, p.833.

Description
Bandes entrelacées à garniture géométrique dite « grecque ». Ils forment un réseau de médaillons à garniture foliacée (petites marguerites stylisées). Le centre est meublé d’une rosace dentelée dans un encadrement cruciforme. 

 Numéro du catalogue : CE 308.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 18,5/18,5 ou 20/20 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu clair, ocre jaune, orangé, violet et sertissage brun sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : moyen, légères écaillage des émaux et ébréchure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°5, p.809.

Description
Arrangement de quatre carreaux présentant des bandes entrelacées. Eléments géométriques à grands carreaux disposés sur pointe et rosace centrale. Texture du marbre esquissée avec soin grâce à des lignes fines.

 Numéro du catalogue : CE 309.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et Musée national du Bardo.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 21,5 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu cendré, bleu clair, ocre jaune et violet sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : mauvais, ébréchure des émaux et cassure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib : Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°22, p.823.

Description
Arrangement de quatre carreaux à composition rayonnante dans un style rococo. Médaillon central couronné de fleurons de quatre rocailles et de feuilles d’acanthe. Fleurs personnalisées et stylisées. Des coquilles italianisantes et guirlandes de remplissage.                

Numéro du catalogue : CE 310.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 14 cm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert émeraude, orangé, et ocre jaune sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : moyen, légères ébréchure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib : carreau inédit.

Description
Groupe de quatre carreaux à composition concentrique. Rosace quadrilobée à garniture foliacée où on distingue des fleurons et des palmettes stylisées dans un style valencien. A noter la similitude avec le spécimen CE306 au niveau de la palette et des motifs décoratifs.

Numéro du catalogue : CE 311.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 22/22cmcm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu clair, ocre jaune, jaune primaire, violet et brun sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : mouvais, ébréchures et cassure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib : Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°33, p.831.

Description
Fragment d’un carreau dont la juxtaposition de quatre similaires forme une rosace à garniture foliacée (feuilles d’acanthes stylisées). Une large bande tressée et délimitée par deux bandes concentriques. Le carreau complet figure dans la thèse d’Alvarez Dopico (C.). Il présente ” un réticule de médaillons quadrilobés qui contiennent une circonférence centrale avec un décor radial de feuilles et petites fleurs jaunes reliés entre eux par des carrés sur pointe” (27).  

Numéro du catalogue : CE 312.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 15 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu cendré, jaune primaire, ocre jaune et brun sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : bon, légères ébréchure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°36, p.833.

Description
Arrangement de quatre carreaux à composition rayonnante. Un grand médaillon central marbré d’où jaillissent des mandorles aux portraits finement exécutés. Feuilles d’acanthes et fleurs de lys formant les éléments de remplissage. Il s’agit d’un spécimen unique dans son genre de la collection du palais de la Rose.   

Numéro du catalogue : CE 313.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 18 cm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu cendré, vert émeraude, ocre jaune et sertissage brun sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : moyen, ébréchure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°29, p.828.

Description
Arrangement de quatre carreaux à grands cadres concentriques. Le centre est meublé d’un carré disposé sur pointe. Le premier cadre est à garniture géométrique labyrinthique dite « grecque ». Le second cadre est orné de bandes tressées.

Numéro du catalogue : CE 314.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et la turba du Bey.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 11,5 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt cendré, vert pistache dilué, jaune primaire, orangé et contour brun sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : moyen, ébréchure des émaux.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib: Jamila Binous,2001.p.114.

Description
Arrangement de quatre carreaux à composition rayonnante. Le centre est meublé de carrés concentriques à couronne foliacée. Un encadrement cruciforme sinueux à double bandes festonnées.

Numéro du catalogue : CE 315.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose et Dâr Lasram.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 13/13 cm et 21/21cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu cendré clair, vert émeraude, ocre jaune, orangé et violet clair sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : moyen, légères ébréchure des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence puis Barcelone.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Revault (J.), 1974, fig.92.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°1, p.804.

Description
Composition concentrique et rayonnante à médaillon polylobé festonné. Encadrement foliacé à volutes et bouquets de fleurs. Garnitures foliacées (rubans entrelacés, marguerites, palmettes et fleurons stylisés). Ce même modèle fut imité par les ateliers de Qallaline puis repris par les ateliers Chemla au XIXe siècle pour assurer la restauration de la Zâwiya de Sîdî Essahbi à Kairouan(28)

Numéro du catalogue : CE 316.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 19 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, vert pistache dilué, jaune primaire, violet et contour brun sur un fond blanc laiteux de concentrations irrégulières.
  • Etat de conservation : moyen, légères ébréchure des émaux.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : XIXe siècle.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°30. p.829.

Description
Carreaux à composition rayonnante disposés sur pointe. Des bandes entrelacées sont à garnitures foliacées (des palmettes enchaînées). Ils forment des éléments quadrilobés alternant avec des rosaces à palmettes effilées. La rosace centrale est meublée d’une grande fleur à pétales déchiquetés. Elle est caractérisée par une maniabilité d’exécution. 

 Numéro du catalogue : CE 335.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : carreaux à motifs répétitifs.
  • Dimension: côté : 20 cm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu clair, jaune primaire, violet et noir sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : mauvais, carreau cassé et recollé.
  • Lieu de fabrication : Naples.
  • Période : XIXe siècle.
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°109, p.875.

Description
Modèle napolitain existant en deux exemplaires dans la « driba » du palais de la Rose. L’assemblage de quatre carreaux forme un médaillon à composition concentrique. Le centre est meublé d’un élément foliacé aux pétales déchiquetés. Large couronne marbrée entourée d’une seconde bande rudimentaire. Les écoinçons présentent une texture marbrée.

III- Les frises dencadrement

Numéro du catalogue : FE 5.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie :frise d’encadrement.
  • Dimension: L : 20,5 cm, l : 10 cm.
  • Pâte : argileuse rougeâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu de cobalt, jaune primaire, ocre jaune, violet et sertissage brun sur fond crème laiteux.
  • Etat de conservation : moyen, légères cassure des bornes et ébréchures des émaux. Essai de conservation avec du plâtre
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : XVIIIe siècle (1798).
  • Bib : carreau inédit

Description
Cheminement de plusieurs carreaux formant une frise d’encadrement. Alternance de carrés à petites marguerites avec des rectangles à garniture foliacée (palmettes effilées). Fond marbré et traitement soigné.

IV- Les bandeaux d’encadrement

Numéro du catalogue : BE 1.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : bandeau d’encadrement.
  • Dimension: côté: 15 cm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé
  • Palette de couleurs : bleu cendré, ocre jaune, violet et sertissage brun sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : bon, légères ébréchures des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico, 2010, Cat. n°31, p.830.

Description
Arrangement de dix-huit carreaux disposés symétriquement et formant un bandeau d’encadrement. Motifs floraux à palmettes effilées et fleurs stylisées. Encadrement soigné polylobé aux larges bandes. Remplissage distinctif imitant la texture du marbre.   

Numéro du catalogue : BE 2.

  • Nom de l’institution : palais de la Rose.
  • Catégorie : bandeau d’encadrement.
  • Dimension: côté : 20 cm.
  • Pâte : argileuse rosâtre, texture fine et forte cohé.
  • Palette de couleurs : bleu clair, vert émeraude, ocre jaune, violet et sertissage brun sur un fond blanc laiteux de bonne concentration.
  • Etat de conservation : moyen, légères ébréchures des bornes.
  • Lieu de fabrication : Valence.
  • Période : fin XVIIIe siècle (1798).
  • Bib: Clara-Ilham Alvarez Dopico , 2010, Cat. n°28, p.827.

Description
Arrangement de carreaux formant un bandeau d’encadrement. Larges bandes entrelacées aux textures de marbre. Ils décrivent des formes géométriques festonnées et des rosaces concentriques. Garniture foliacée à fleurons et feuillettes effilées.

Bibliographie

Sources et références

Álvarez Dopico C., 2010, Qallaline. Les revêtements céramiques des fondations beylicales tunisoises du XVIIIe siècle, Thèse de doctorat, Université Paris IV-Sorbonne, sous la direction de Jean-Pierre Van Staëvel et Javier González Santos.
Binous J, 2001, Maisons de la Médina de Tunis, Simpact, Tunis.
Daldoul Bedoui Samah,2008, Palais, demeures et jardins de la Manouba à l’époque husseinite, Mémoire de Master, Sous la direction d’Ahmed Saadaoui, Tunis.
Lallemand Ch, Tunis et ses environs, Paris, 1890.
Louhichi A,2010,Céramique Islamique de Tunisie, Ecole de Kairouan Ecole de Tunis, Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle, Tunis.
Loviconi A. et D,1995, Faïence de Tunisie, Qallaline et Nabeul, Edisud, Paris.
Marçais G, 1886, Architecture musulmane d’Occident, Paris.
Ministère de la Défense nationale,2003, Musée militaire national, palais de la Rose, Alif, Les Editions de la Méditerranée, Tunis.
Revault J,1974,Palais et résidences d’été de la région de Tunis, XVIe- XIXe siècles, C. N. R.S, Paris.
Saladin H,1908, Tunis et Kairouan, Paris.

Notes

(1) Le palais fut longtemps désigné sous le nom Borj el-Kebir et palais de la Manouba. Jacques (Revault.), Palais et résidences d’été de la région de Tunis, XVIe- XIXe siècles, C. N. R.S, Paris, 1974, p.347.
(2) « L’ancien palais d’été de Hamouda Pacha, à la Manouba, a été converti par Ahmed Bey en une caserne de cavalerie qu’occupe aujourd’hui notre quatrième régiment de Chasseurs d’Afrique ». Charles (Lallemand.), Tunis et ses environs, Paris, 1890, p.226.
(3) Les travaux de restauration sont entamés vers la fin des années 70.
(4) Une description pertinente de l’édifice fut présentée par Samah (DaldioulBedoui.) 2008, Palais, demeures et jardins de la Manouba à l’époque husseinite, Mémoire de master, Faculté de Sciences Humaines et Sociales, Tunis, Sous la direction d’Ahmed Saadaoui.
(5) Le plan du palais de la Rose (Fig.1) fut publié par Jacques (Revault.), 1974, p.354.
(6) Voir catalogue pour plus d’information sur les carreaux de revêtement du palais de la Rose.
(7) Jacques (Revault.), 1974, p.353.
(8) A noter la persistance de l’encadrement des fenêtres par le même spécimen de carreaux de Qallaline CQ2. Par contre l’encadrement « harsh » des locaux de service semble être éliminé lors des travaux de restauration.
(9) Le même modèle de frise en « jelliz » MFQ9 existe en carreaux rectangulaires CQ17 de 23,5 cm /11 cm. Ces spécimens sont fabriqués dans les ateliers de Qallaline. Ils remontent au XVIe siècle et sont conservés dans les réserves du Musée national du Bardo.
(10) Des spécimens de carreaux de Qallaline de type CQ20 et CQ44 figurent sur les assises des banquettes de la « driba ».
(11) Un décor floral dit « naksh-hdîda » dans un style composite italiano-turc à grands vases et rinceaux stylisés.
(12) A gauche de l’entrée, un espace étroit dit « bît el-driba ». C’est une petite salle réservée au service de maintenance du Musée. Elle présente un double accès sur la galerie externe et la cour intérieure.
(13) La « mahkma » a pris modèle sur le palais du Bardo où la salle de justice est attenante à la galerie d’entrée.  Cette salle présente un luxe architectural inédit.
(14) Jacques Revault, 1974, p.355.
(15) Jacques Revault, 1974, p. 355.
(16) Une manifestation de découpage de carreaux à motifs répétés CE306 est décelée au niveau des parois de la « mahkma ». Leur assemblage engendre un nouveau spécimen dont seul l’œil attentif peut distinguer la parenté avec le modèle initial.
(17) En 1908, Henri Saladin décrit la cour principale du palais comme suit : « Les façades sont bien délabrées, car la décoration en plâtre ajouré et les voussoirs de marbre des arcades ont disparu presque partout, mais la bordure en tuiles vertes des terrasses, la corniche de marbre, avec ses frises en faïence existent encore, en parties moins ; les voûtes en plâtre ajouré sont à peu près intactes (…) sur les murs il y a encore une partie des panneaux décoratifs en faïence qui les tapissaient autrefois en entier ». Henri Saladin, 1908, p. 84-89.
(18) « L’appartement présente trois alcôves distinctes, centrales et latérales. Le défoncement médian – dépourvu de « mkaser » – s’éclaire librement sur trois faces par six ouvertures basses que garnissent de gracieuses fenêtres géminées en marbre blanc ». Jacques Revault, 1974, p. 356.
(19) Des carreaux de Qallaline CQ44 ont remplacé la frise FQ28 lors des travaux de restauration.
(20) La salle secondaire porte le numéro 11. Jacques Revault, 1974, planche LXX.
(21) De même pour les spécimens italiens de type CE306 qui sont utilisés comme frise d’encadrement.
(22) Le Ministère de la Défense Nationale, 2003, p. 50.
(23) Jacques Revault, 1974, p.360.
(24) Georges Marçais, 1886, p.486.
(25) Ces carreaux flanquent la « driba » de Dâr Ben Abd- Allah qui remonte au XVIIIe siècle.
(26) Aujourd’hui (2018) le kiosque du Belvédère est de nouveau en état de restauration. La menuiserie des fenêtres est restaurée. Toutefois, les panneaux en mosaïque de faïence demeurent encore gravement endommagés.
(27) Clara-Ilham (Alvarez Dopico.), 2010, p.831.
(28) Clara-Ilham (Alvarez Dopico.), 2010, p.804. 

Pour citer cet article

Wided Melliti Chêmi, »La Céramique pariétale du palais de la Rose (1798). Engouement pour la céramique européenne« , Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines [En ligne], n°6, Année 2018.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=4975

Auteur

Assistante à l’ENAU- Université de Carthage- Laboratoire LAAM- Université de la Manouba.

Le bidonville de Djebel Lahmar, séquelle de l’ère coloniale


06 | 2018 
Le bidonville de Djebel Lahmar, séquelle de l’ère coloniale
Evolution morphologique et avenir architectural et urbanistique

Sami Kammoun (*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

Depuis la nuit des temps, la médina de Tunis est un modèle urbanistique particulier et présente une typologie architecturale riche en histoires et en styles. L’avènement du protectorat français l’a entraînée dans la déshérence. Abandonnée par ses propres habitants, elle se dégrade. Cette dégradation s’amplifie avec l’arrivée d’une population rurale qui fuit la famine et la misère. Les nouveaux arrivants occupent les habitations abandonnées et l’encerclent de gourbis. Les flux deviennent importants avec la crise de l’entre-deux-guerres et donnent naissance à une ceinture de « gourbivilles » tel que le bidonville de Djebel Lahmar. Ce dernier, situé à quelques kilomètres de la médina, résiste aux efforts de « dégourbification » menés par l’Etat et développe sa propre morphologie. Avec les événements de 1978, il est réhabilité et ses habitations sont régularisées. Aujourd’hui, une nouvelle vague de chantiers de constructions illégales réapparaît et se répand sur tout le bidonville. Nous nous interrogeons sur l’avenir de sa morphologie et ses conséquences sur l’urbanisation de la ville de Tunis.

Entrée d’index

Mots-clés: bidonville, gourbis, médina, morphologie, morphogenèse.

Plan

Introduction
1- Les années d’avant le protectorat français
2- L’avénement du protectorat français
3- Période de l’entre-deux guerres
4- L’indépendance
Conclusion

Texte intégral

Introduction

Nous nous engageons dans le cadre de cette intervention à examiner la morphologie d’un exemple particulier dans l’histoire de l’extension de la ville de Tunis : celui du bidonville de Djebel Lahmar. Nous nous interrogerons, par la suite, sur l’avenir d’une telle agglomération. Notre hypothèse suppose que l’avènement du protectorat français est le moteur principal qui a transformé un champ d’oliviers périphérique à la médina en faubourg clandestin, voire en une troisième ville dans la ville. Notre corpus d’étude se base sur des images satellites actuelles, des vues aériennes, des archives classées par dates, des plans d’aménagement et des photographies prises récemment au cœur de ce quartier. A partir de ce corpus, notre méthode consiste à analyser le développement morphologique en dégageant les masses bâties et les différents équipements.

Le bidonville de Djebel Lahmar est l’une des premières agglomérations clandestines de la ville de Tunis. Un plan cadastral de la région mentionne le mot « gourbis » pour désigner cette zone extramuros à la médina. Ce plan date de 1878. Un tel constat conduit à se demander si le bidonville de Djebel Lahmar avait commencé à se constituer bien avant le protectorat français. Cependant, pour entamer cette étude, il nous semble important de distinguer le terme « bidonville » de celui de « gourbiville ». Le bidonville suppose des constructions précaires faites de matériaux industriels, des ferrailles, des bidons, des tôles, des rebuts métallurgiques, entre autres. Le « gourbiville » est, en revanche, une agglomération de constructions rudimentaires faites de « toubs »(1), de morceaux de bois, de pierres, de détritus naturels divers. Cependant, le bidonville de Djebel Lahmar d’aujourd’hui est construit, dans sa majorité, en béton armé. Il est fait de matériaux de construction relativement durables. L’usage du terme « bidonville », que nous employons tout au long de notre texte, est un choix pragmatique.

Fig.1. Partie extraite du relevé topographique des environs de Tunis et de Carthage.
Relevé exécuté par les capitaines Derrien Isidore, Koszutski et le commandant Perrier en 1878.

1- Les années d’avant le protectorat français(2)

Avant le protectorat français, l’urbanisation de la ville de Tunis était dominée par celle de la médina. La morphologie urbaine est caractérisée par un réseau labyrinthique fait de ruelles tortueuses et d’impasses. L’architecture s’étend sur la largeur et s’exprime par une imbrication dense de volumes parallélépipédiques ayant été soumis à des déformations spatiales, à des effets d’accidents de volumes bâtis, de compressions et de torsions, entre autres. Ces parallélépipèdes dotés d’une cour intérieure offrent ainsi le modèle à patio. Ils sont disposés les uns auprès des autres. Ils sont entourés d’une muraille qui les protège et au-delà de laquelle s’arrête toute forme d’extension. La médina de Tunis est composée d’un centre traditionnel entouré par une première enceinte défensive et de deux faubourgs entourés par une deuxième enceinte. A l’intérieur de ce tissu, nous reconnaissons une hiérarchie de fonctions que nous n’aurons pas l’occasion de développer.  A l’extérieur, s’étend le quartier franc dont la morphologie et l’urbanisme sont tout à fait contraires à ceux de la médina. Ce quartier prend de l’ampleur et s’immisce dans le tissu arabo-musulman dès la fin de la période husseynite(3). Quant à la région dans laquelle se trouve actuellement le bidonville de Djebel Lahmar, une agglomération de gourbis s’y établissait(4). Le chroniqueur arabe Ibn Abi Dhief mentionne qu’en 1867, une épidémie mortelle a frappé le milieu rural(5) entraînant des vagues d’émigration vers la capitale. Nous pensons que ces flux migratoires sont à l’origine de la formation des premiers gourbis.

2- L’avènement du protectorat français(6)

L’avènement du protectorat français engendre un bouleversement général de l’urbanisation de la ville de Tunis(7). Un deuxième modèle urbanistique, complètement contrastant, est « parachuté » en très peu de temps. Il jouxte la vieille cité arabo-musulmane et provoque des rivalités urbanistiques dans l’ensemble de la ville. L’administration française dresse son propre plan d’aménagement, ses propres équipements administratifs, ses propres styles architecturaux. Parallèlement à cela, la muraille de la médina, qui assurait, jadis, la protection de la ville, se dégrade considérablement. La pénétration de son espace intérieur en est facilitée. D’emblée, les palais beylicaux et les demeures bourgeoises se vident de leurs habitants et se dégradent. Dans le même temps, les deux faubourgs sont désertés, puis se remplissent de « barraniyas »(8), des nouveaux habitants, pauvres, essentiellement d’origine rurale. Les logements de la médina se louaient alors par famille et par chambre. La ville arabo-musulmane se trouve, progressivement, transformée en « quartiers surdensifiés et taudifiés »(9). Son décor est dépouillé. Son architecture est dégradée. Une grande partie de son espace bâti devient une ruine.
Dans le milieu rural, le bouleversement de la morphologie de la ville de Tunis semble plutôt émaner de décisions juridiques et technologiques. L’accès aux terrains agricoles est facilité aux Français. Il demeure, en revanche, difficile aux agriculteurs tunisiens. Le phénomène d’industrialisation, auquel nous ajoutons le capitalisme « sauvage », consomme énormément de terrains agricoles. Il rétrécit la campagne et entraîne le chômage. Il en résulte des vagues successives d’exode vers la ville de Tunis. Avec le temps, ces vagues deviennent de plus en plus massives. Marginalisée par le développement « fiévreux » – pour emprunter le terme de Paul Sebag – de la ville coloniale(10), la médina de Tunis demeure un espace d’accueil qui a pu contenir ce bouleversement démographique. « (…) c’est en médina, dans les fondouks et les oukala-s, mais également dans les cimetières que se localisent [ces] populations migrantes » précise, en ce sens, Jellal Abdelkafi(11).

3- Période de l’entre-deux guerres (12)

Avec le début du XXe siècle, plusieurs propositions de planification urbaine de la capitale ainsi que sa médina, sont élaborées à la demande de la municipalité(13). Cependant, aucune de ces préconceptions ne sera réalisée à l’exception de quelques expérimentations effectuées sur le quartier de la Hara(14). Pendant cette période, la médina de Tunis continue à se dégrader d’avantage. Frappés par la crise économique des années 1930, les habitants des « oukalas » n’arrivent pas assurer leurs loyers. Ils deviennent, par conséquence, des « sans-logis ». Ils quittent la vieille cité et construisent des logements clandestins extramuros. Ils contribuent, de cette façon, à la densification des gourbis existants(15) et à l’apparition des « gourbivilles ». Le phénomène de « taudification »(16) de la médina devient, par conséquence, « gourbification » (17) autour de la médina. Cette nouvelle forme d’habiter dans la ville entraîne la cité arabo-musulmane dans un nouveau stade de dégradation.

A la campagne, la crise économique se manifeste par un exode massif vers Tunis de la population rurale qui fuit la misère et espère trouver une meilleure vie dans la ville. Parmi les plus importants moteurs de ce déplacement, citons : l’émeute due aux famines(18), les années de sécheresse(19), la psychose causée par la guerre mondiale, les dommages engendrés par les colonisateurs, tels que ceux décrits précédemment… Les flux migratoires s’intensifient exponentiellement. Les gourbis qui commençaient jadis à se former autour de la médina accueillent les nouveaux arrivants, se multipliant jusqu’à constituer de véritables « gourbivilles ». Pour y remédier, l’Etat organise des manœuvres de refoulement. Les plus significatives datent des années 1931, 1934, 1935, 1936, 1937, 1938 et 1941(20). « Ce sont les prisons qui hébergent les individus raflés » écrit, en ce sens, Claude Leziau(21). Lors du recensement effectué en 1946(22), la médina était déjà encerclée d’une ceinture de « bidonvilles »(23) parmi lesquels figure celui de Djebel Lahmar(24). Ce dernier est considéré comme l’une des premières installations clandestines dans la capitale et remonte à l’année 1941(25). Situé au nord-ouest de la médina, il se dresse sur une colline argileuse aux reliefs accidentés. « La qualité et l’abondance de l’argile qu’on y trouve y ont entraîné l’implantation d’importantes briqueteries. Les ouvriers qui y travaillaient ont sans doute été les premiers à s’établir dans les parages » explique Paul Sebag. « Mais aux premières habitations s’en sont ajoutées d’autres et le gourbiville qui s’est formé n’a cessé de s’étendre jusqu’à constituer l’un des plus importants de Tunis », ajoute-t-il(26).

Fig. 2. Répartition des bidonvilles autour de la médina de Tunis pendant la première moitié du vingtième siècle.

Pour faire face à ce phénomène de « gourbivilles » autour de la médina, l’Etat, mobilise ses bulldozers et organise, en même temps, des opérations de refoulement pour renvoyer ces habitants à la campagne. Il met au point un certain nombre de décrets(27) officialisant sa démarche qu’il qualifie de « dégourbification ». Le bidonville de Djebel Lahmar n’échappe pas à ce phénomène et ses habitants font l’objet d’expulsion, le 19 février 1942. Cependant, ils ne tardent pas à retourner dans le site. Malgré les tentatives de « dégourbification », de nouveaux bidonvilles naissent autour de la médina entre les années 1943 et 1953(28).

Au cours de l’année 1944, l’Etat décide, par mesure d’hygiène, de démolir les bidonvilles(29). Celui de Djebel Lahmar échappe à la « dégourbification » puisqu’il doit accueillir les refoulés du bidonville de Bab el Khadra(30) ainsi que celui de Toukrana(31). Jean-Baptiste Dardel et Slaheddine Chedli Klibi, témoignent dans leur article que près de 300 gourbis de Tourkana ont été refoulés dans la colline de Djebel Lahmar pour cause d’épidémie de variole(32). « J’ai pu savoir qu’il se construit plus de 200 gourbis par semaine, groupés en tribus ethniques » explique, le Khalifat de Bab Souika, dans un rapport au Cheikh el Médina(33). Ce même discours se retrouve dans une lettre au vice-président délégué de la municipalité de Tunis au résident général(34). Dans l’année 1953 s’établit le « plan topographique Danger » dans lequel on indique les différents bidonvilles qui deviennent, selon la thèse de Jallel Abdelkafi, « une partie intégrante de l’écologie urbaine tunisoise »(35). Une ceinture d’habitats clandestins groupés contourne la médina incluant, à la veille de l’indépendance, plus de quatre cent mille habitants(36). Elle constitue un danger pour la sécurité de la ville. C’est dans ces conditions de foisonnement rapide et difficile à maîtriser que naissent les « opérations gourbis » menées par le Commissariat à la Reconstruction au logement(37). Selon le bulletin économique et social de la Tunisie(38), ces opérations ont commencé dans les bidonvilles de Garjouma, de Djebel Lahmar, de Mellassine et de Kabarya(39).

Fig. 3. A gauche : photographie aérienne du « bidonville » de Djebel Lahmar, datée de l’année 1938.
En haut, les réservoirs. En bas, l’hôpital militaire.
A droite : photographie aérienne du « bidonville » de Djebel Lahmar, datée de l’année 1949.
En haut, les réservoirs. En bas, l’hôpital militaire.

Fig. 4. Restitution de la morphologie du « bidonville » de Djebel Lahmar, d’après la photographie aérienne de 1938.

Fig.5. Restitution de la morphologie du « bidonville » de Djebel Lahmar, d’après la photographie aérienne de 1949.

4- L’indépendance(40)

Avec l’indépendance du pays, des brigades sont constituées spécialement pour faire face au foisonnement des bidonvilles. Elles effectuent, alternativement, des contrôles dans des endroits suspects. L’arrêté de mai 1957 pris par le conseil municipal de la ville doit permettre d’identifier les lieux clandestins et de procéder à la « buldorization ». En même temps, les autorités préparent des études pour construire des logements appropriés aux habitants refoulés. Ceux-ci, installés temporairement dans des tentes, attendent leur éventuel recasement. L’arrêté fut rigoureusement appliqué à partir de l’année 1968.

Vers la fin des années 1970, l’Etat change de politique urbaine envers l’expansion des bidonvilles. Selon la thèse de Morched Chebbi(41), les événements du 26 janvier 1978(42) sont à l’origine de cette nouvelle orientation qui converge de la démolition vers la tolérance et, d’emblée, vers la réhabilitation. Ainsi, un travail sur le terrain et des recensements ont été effectués, en 1978, par le bureau d’études français Groupe Huit(43), afin de réhabiliter les bidonvilles de Djebel Lahmar et de Mellasine. L’étude indique, pour Djebel Lahmar, que plus de 40 000 habitants vivaient dans 4 650 logements(44). Près de la moitié des logements observés ne comportaient qu’une seule pièce. Ces bâtiments constamment inachevés, correspondent à une « dynamique évolutive de la construction »(45). Ils sont construits à base de briques et de parpaings. L’étude du Groupe Huit sur le bidonville de Djebel Lahmar indique aussi une densité de 86 logements/hectare(46) et de 790 habitants/hectare(47). Alors que 67 % de ces logements bénéficient de l’électricité, 53 % sont dotés d’un réseau d’eau potable et 41 % d’un réseau d’égouts(48).

Malgré les efforts de réhabilitation menés par l’Etat, les équipements sanitaires et hygiéniques du bidonville de Djebel Lahmar demeurent insuffisants : « Les toilettes sont sommaires et se déversent dans la rue. (…) Il n’y a pas de salle d’eau »(49). Près de 20 % des logements de ce bidonville offrent de mauvaises conditions de vie. Dans certaines zones, le chiffre atteint 50 %. Ces logements s’insèrent dans des parcelles qui ne dépassent pas 70 m2 de superficie, voire 30 m2. Quant à la surface bâtie, elle mesure 50 m2 et ne dépasse pas 10 m2 pour les petites parcelles. Les rues du bidonville de Djebel Lahmar sont, à la fin des années 1970, partiellement goudronnées. La municipalité concernée a assuré la réfection de plus de quatre kilomètres de ces rues. En revanche, trois kilomètres et demi des espaces de circulation restent des pistes.

Fig. 6. Restitution de la morphologie du « bidonville » de Djebel Lahmar, d’après les recensements effectués par le ministère de l’Intérieur en 1978.

D’après le dénombrement de 1978(50), nous constatons la présence de 317 lieux de commerce dont près de 2/3 sont réservés à l’alimentation. Nous constatons également l’existence de huit écoles primaires, de quinze écoles coraniques et de six mosquées. Nous retrouvons aussi un hammam, une polyclinique, un poste de police, un dispensaire, une maison du parti et un centre d’union des femmes. Nous trouvons encore un certain nombre d’équipements sportifs(51). Par ailleurs, nous ne pouvons pas ignorer l’existence de la briqueterie qui date du début du XXe siècle. Implantée au sommet de la colline, elle témoigne de l’installation des premiers habitats sur ce site.

Fig. 7. Liste des équipements dans le « bidonville » de Djebel Lahmar, d’après les recensements effectués par le ministère de l’Intérieur en 1978.

Fig.8. Emplacement des photographies prises dans le « bidonville » de Djebel Lahmar.

5- Aujourd’hui

A la révolution du 14 janvier 2011 a succédé une montée remarquable de chantiers de constructions illégales, quasiment, dans toutes les villes de la Tunisie. Le bidonville de Djebel Lahmar n’échappe pas à ce phénomène. En revanche, nous ne disposons que de très peu de travaux scientifiques problématisant l’état actuel de sa morphologie. Nous nous sommes basés, par ailleurs, sur notre immersion sur le terrain, sur des prises photographiques et des séquences vidéo que nous avons effectuées in situ. Nous nous sommes appuyé, également, sur un plan d’aménagement de la ville de Tunis daté des années 2000(52) et sur une vue satellite datée de l’année 2018(53). Nous remarquons d’ailleurs que le bidonville de Djebel Lahmar conserve l’essentiel de sa morphologie héritée des années 1940. Nous remarquons également que les équipements, jadis dénombrés par l’étude du Groupe Huit, n’augmentent que très peu en nombre(54).

En dépit des difficultés d’accessibilité de terrain que nous avons rencontrées, nous avons établi un parcours séquentiel basé sur des images photographiques(55). Ces images montrent un paysage bâti dominé par la présence du béton armé et de la brique rouge. Cela confère à l’architecture – plus précisément à la morphologie architecturale – un aspect d’inachèvement perpétuel. Cela indique aussi une volonté de survivance des espaces construits, voire d’extensions éventuelles qui demeurent orientées vers la hauteur. En ce sens, l’immeuble illustré par la figure 19(56) exprime bien ce souci d’extension verticale. Par ailleurs, la plupart des photographies que nous avons prises montrent des habitats à un(57) ou deux étages(58). L’immeuble de la figure 19 nous semble un cas limite, une infraction exagérée, entre autres. Nous nous interrogeons, d’ailleurs, quant à savoir s’il y a des cas similaires. Les constructions de la partie haute de la colline(59) montrent, dans la majorité des cas, un premier niveau quasiment accompli et comportant, souvent, des travaux de réparations ponctuelles. Le deuxième et le troisième niveau sont, inversement, en état de chantier total et de longue haleine. Les travaux de chantier en sont, dans la plupart des cas, au second œuvre et à un stade très peu avancé. Ces constructions, malgré leur inachèvement, sont habitées.

Le bidonville de Djebel Lahmar, bien que les travaux de chantier soient encore en cours, est un quartier quasiment réhabilité. Ses rues et ses ruelles sont goudronnées(60), équipées d’un réseau d’égout, d’eau potable(61), d’électricité(62) et d’éclairage public. En revanche, son extension actuelle, en dépit de la vitesse à laquelle elle s’effectue, n’en est qu’à ses débuts. Il est cependant prématuré d’imaginer sa morphologie dans les années à venir puisque la position politique envers un tel phénomène demeure « tolérante » et « ambiguë ». Sur le plan pratique, nous n’avons pas assisté à des opérations de démolition ou à des mesures préventives sérieuses prises par l’Etat.

Fig. 9. Façade extérieure du bidonville montrant un état d’inachèvement général des bâtiments qui le constituent.

Fig. 10. Zoom pris depuis la station de métro « Romana ».
La majorité des bâtiments qui figurent dans l’image comportent des étages.
Nous remarquons que le deuxième niveau est, quasiment, en état de chantier, contrairement au premier niveau.

Fig. 11. Zoom pris depuis la station de métro « Romana ».

Fig. 12. Vue intérieure du bidonville montrant la densité du bâti.
Nous remarquons que les rues sont goudronnées, équipées d’un éclairage public et d’un réseau d’électricité.

Fig. 13. Vue intérieure du bidonville montrant la densité du bâti.

Fig. 14. Habitations inachevées attestant d’un souci d’extension verticale.

Fig. 15. Image montrant des habitations en état de chantier.

Fig. 16. Le traitement des limites spatiales du bidonville : l’évolution du bâti s’arrête brusquement et ne montre pas d’éventuelles extensions.

Fig. 17. Gourbi fait de déchets constructifs et de détritus urbanistiques.

Fig. 18. Vue panoramique d’un « gourbi » fait de déchets constructifs et de détritus urbanistiques.

Fig. 19. Vue panoramique d’un terrain de football, implanté au sommet de la colline.

Fig. 20. Habitation en état de chantier. Les parois extérieures sont dépourvues d’enduit. La maçonnerie est en brique rouge.

Fig. 21. Habitation en état de chantier. Nous remarquons, en arrière-plan de l’image, l’existence d’équipement de chauffage solaire ce qui nous donne une idée du confort de ce bidonville.

Fig. 22. Ruelle qui révèle un assemblage anarchique d’habitations. Le premier niveau est quasiment accompli. Le deuxième niveau est en cours de chantier.

Fig. 23. Ensemble d’habitations en état de chantier avec des stades d’avancement variés.

Fig. 24. Mosquée de Bilel, située dans partie haute du bidonville.

Fig. 25. Ensemble d’habitations en état de chantier. Nous constatons un souci d’extension verticale.

Fig. 26. Vue panoramique montrant un fragment de façade d’habitations inachevées, situées dans la partie haute du bidonville.

Fig. 27. Vue d’un « immeuble », à trois étages, exprimant un souci d’extension verticale.

Fig. 28. Vue panoramique montrant un fragment de façade d’habitations inachevées, situées dans les limites du bidonville.

Fig. 29. Fragment de façade extérieure du bidonville. La majorité des habitats sont en état de chantier. Ils sont, en l’occurrence, habités.

Fig. 30. Ensemble d’habitations inachevées. Nous remarquons, en dépit de cet inachèvement, que les habitants vivent dans ses espaces.
Nous pouvons parler, en ce sens, d’un inachèvement « vivant ».

Fig. 31. Nous voyons, sur le toit des bâtiments, des armatures de poteaux. Cela suggère une volonté d’extension verticale.

Fig. 32. Ensemble d’habitations en état de chantier avec des stades d’avancement variés.

Fig. 33. Ensemble d’habitations en état de chantier avec des stades d’avancement variés.

Fig. 34. L’image est prise dans la partie basse de la colline. Elle montre un assemblage dense d’habitations à deux et à trois étages.
Contrairement à la partie haute du bidonville, les constructions de la partie basse sont relativement accomplies.

Fig. 35. Agrandissement de la photographie 26.

Fig. 36. Habitation inachevée à deux étages, située dans la partie basse du bidonville.

Fig. 37. Ecole primaire, située dans la partie basse de la colline.

Fig. 38. Mosquée et bureau de poste, situés dans la partie basse du bidonville.

Conclusion

La morphologie du bidonville de Djebel Lahmar s’organise de façon labyrinthique à l’image de celle de la médina. Ainsi, les constructions s’étendent sur la largeur, à l’exception de quelques pseudo-immeubles qui ne dépassent pas les trois étages(63). L’ensemble des bâtiments imitent le modèle à patio qui caractérise l’habitat de la médina(64). D’ailleurs, ces bâtiments s’imbriquent de façon dense et anarchique, entraînant des déformations spatiales et des labyrinthes proches de l’urbanisme de la médina. Par contre, les matériaux de construction utilisés ne sont pas les mêmes. Dans le cas du bidonville, ils sont pauvres, relativement précaires et issus de la récupération, contrairement à la vieille ville qui a été faite à base de pierre de taille et avec un savoir-faire véhiculé de génération en génération. Bref, le désordre, le hasard, l’inachèvement, la spontanéité, la précarité, la misère… sont les maîtres mots qui illustrent la morphologie du bidonville de Djebel Lahmar. Sur le plan historique, cette morphologie s’est constituée dans un laps de temps relativement court. Les premiers habitats attestés dans la colline datent du XIXe siècle, alors que les constructions de la médina remontent bien avant l’avènement de l’islam en Afrique. Dans cette logique, l’avènement du protectorat français nous semble le principal facteur à avoir, non seulement accéléré la dégradation de la médina, mais aussi donné naissance à une nouvelle forme de médina, clandestine, informelle, misérable, sans savoir-faire ancestral et pauvre en histoire.

Aujourd’hui, le bidonville de Djebel Lahmar est considéré comme l’un des endroits les plus difficiles de la ville de Tunis. Il loge une population pauvre et, en l’occurrence, d’origine rurale. Il est, de surcroît, entouré de quartiers riches. Le bidonville de Djebel Lahmar n’a pas été rasé lors des « opérations gourbis » menées par l’Etat. Il est devenu le lieu de refuge, d’accueil, pour les habitants refoulés des bidonvilles démolis. C’est peut-être à cause de sa situation particulière qu’il a pu survivre et s’adapter. Il ne faut pas oublier le rôle de la briqueterie qui, malgré le faible nombre de ses employés, a joué un rôle considérable dans sa survivance Quant à l’évolution morphologique, elle atteint son état mature dans un temps très court(65). S’exposant aux risques de « dégourbification », le bidonville de Djebel Lahmar voit son emprise se réduire : il perd un quart de son volume en moins de vingt ans(66). Passant d’une politique de démolition brutale à une politique de tolérance et de réhabilitation, ses matériaux de construction changent radicalement, du précaire au durable. La tôle et la ferraille récupérées cèdent la place au béton armé et aux briques rouges. De la même façon, les rues et les ruelles de ce bidonville sont goudronnées, éclairées, sécurisées et les conditions de vie, améliorées.

Avec la révolution de 2011, nous nous interrogeons sur le devenir du bidonville de Djebel Lahmar. Continuera-il à se réhabiliter ? Profitera-t-il des richesses de son voisinage ? Retournera-t-il à la clandestinité issue de son passé ? Les nombreuses constructions inachevées que nous voyons dans les photographies que nous avons prises(67) attestent qu’il demeure dans un état de chantier général et interminable. Nous retenons, en l’occurrence, qu’il y a une volonté éminente de réparation, d’amélioration et, d’emblée, d’extension vers la hauteur. En effet, contrairement aux précédentes extensions qui avaient marqué l’histoire du bidonville de Djebel Lahmar, sa morphologie atteste d’un souci de verticalité, avec la multiplication des étages et des porte-à-faux. Lors de notre immersion sur le terrain, un habitant du quartier nous a dit qu’il existait un nombre inimaginable de chantiers illégaux et qu’il suffisait de jeter un clin d’œil dans les ruelles et les impasses pour découvrir l’ampleur des infractions. Un autre habitant jouant le rôle du policier, nous demanda de justifier d’une autorisation et tenta de nous confisquer notre appareil photo. Il a fallu supprimer les images que nous avions prises de son habitat – probablement un chantier illégal – pour pouvoir s’en sortir. Un autre habitant affirma que la multiplication inattendue de chantiers de constructions sans permis de bâtir était due à la crise économique et politique que connaît le pays aujourd’hui. On trouve de ces chantiers illégaux partout en Tunisie. Le bidonville de Djebel Lahmar est, selon lui, un cas parmi d’autres.

Le gourbi, dans la colline de Djebel Lahmar est une forme d’habitat précaire qui date de bien avant l’avènement du protectorat français. Son existence demeure insignifiante dans l’histoire de la ville de Tunis. Cela explique bien sa marginalisation par les historiens et les chroniqueurs du passé. En revanche, le bidonville de Djebel Lahmar témoigne d’un urbanisme clandestin particulier ; il occupe un chapitre important dans l’histoire de la ville de Tunis. Il demeure, en outre, la séquelle directe d’une ère coloniale. Dès l’année 1881, sa morphologie commence officiellement à se constituer en se nourrissant de flux migratoires dus aux bouleversements technologiques et juridiques qui ont frappé le milieu rural. Cette même morphologie se nourrissait des conséquences néfastes dues au capitalisme et à l’industrialisation français et à d’autres phénomènes naturels ou conjoncturels. La famine, la misère, la sécheresse, les épidémies mortelles, les émeutes, les dégâts des guerres mondiales, la crise économique mondiale…, autant de facteurs ayant entraîné des vagues successives d’exode vers la ville de Tunis et, par conséquent, la formation d’une série de bidonvilles autour de la médina. En moins d’un siècle, celui de Djebel Lahmar se formait. En moins de dix ans, sa morphologie atteignait son état mature. Ayant résisté aux différentes vagues de démolition, il a survécu, jouant un rôle de refuge et de transition, avant d’être réhabilité. Avec la révolution de 2011, une nouvelle vague de clandestinité est née. Elle se dévoile brusquement et vise la hauteur. Nous assistons à une nouvelle forme de « gourbification » qui paraît vouloir conquérir le ciel et non pas la terre. L’Etat, préoccupé par le bouleversement politique et économique actuel, semble « laisser faire ». Il n’intervient quasiment pas. Quelle sera sa réponse lorsque cette « gourbification » post-révolutionnaire atteindra son état mature ? Quelles solutions envisagera-t-il ? Procédera-t-il de nouveau à la démolition ? S’engagera-t-il dans une manœuvre de réhabilitation « autre » ?

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Notes

(1) Matériaux de construction fait de mélange de terre et d’argile.
(2) Avant l’année 1881.
(3) De l’an 1705 à l’an 1881.
(4) Fig. 1, p. 3.
(5) A. Guellouz, A. Masmoudi et M. Smida, 2003, p. 408.
(6) En l’an 1881.
(7) En ce sens, le District de Tunis de 1976 schématise en trois périodes (1890, 1910 et 1930) le    déplacement du centre de gravité de la ville de Tunis, de la médina vers la ville européenne. Source : District de Tunis, 1976, cité par M. Chabbi, 2012, p. 76.
(8) Des habitants non autochtones de la médina.
(9) M. Chabbi, 2012, p. 78.
(10) « Si la ville moderne est née à la fin du XIXème siècle, dans la fièvre de la colonisation triomphante, c’est dans l’entre-deux-guerres qu’elle a pris toute son extension. » P. Sebag, 1998, p. 442.
(11) J. Abdelkafi, 1989, p. 97.
(12) Dans les années 1927/1937.
(13) Valensi 1920, Chevaux 1933 et Prost 1927-1930.
(14) Dit, également, le quartier juif. Ces expérimentations ont été effectuées au cours des années 1936 et 1938.
(15) En dépit des bidonvilles existants dans la ville de Tunis, une autre forme de gourbis se trouve, jadis, dans le tissu de la médina. Jallel Abdelkafi écrit, en ce sens : « Les fondouks et les oukala-s, logement traditionnel des gens de passage, deviennent également l’habitat permanent des familles pauvres de Tunis. Ce phénomène décrit par les écrivains n’a jamais fait à l’époque l’objet d’une étude précise comparable à celles conduites sur les gourbivilles. Seules les statistiques de mortalité par tuberculose permettent d’établir la carte des quartiers insalubres. » J. Abdelkafi, 1989, p. 95.
(16) Phénomène de construction de taudis, logement misérable qui ne satisfait pas aux conditions de confort et d’hygiène minimales, entre autres.
(17) Phénomène de construction de gourbis, habitation misérable et sale, entre autres.
(18) En l’an 1937.
(19) Dans les années 1943/1948.
(20) C. Liauzu, 3e et 4e trimestres 1976, p. 618.
(21) Idem.
(22) P. Sebag, 1998, p. 542.
(23) Fig. 2, p. 6.
(24) Idem.
(25) Idem.
(26) P. Sebag, 1998, p. 543.
(27) Le premier décret beylical date du 6 mai 1937. Il sera complété et modifié par les décrets du 25 août 1949 et du 11 décembre 1952 au nom de l’hygiène et de la santé publique. Source : J. Abdelkafi, 1989, p. 84.
(28) « Entre 1943 et 1953, d’autres gourbivilles apparaissent : Saïda Manoubia, Somrane, Mellassine, Garjouma, El Afrane, Zitoun Jerbi, Borj Ali Rais, Jebel Kharrouba, Sidi Fathallah, Borjel. » Idem, p. 97.
(29) « Dans le rapport du Ministre de la Santé Publique au Grand Conseil pour l’année 1944-1945, il est question de la destruction des bidonvilles par mesures préventives contre une épidémie de peste possible. » Dardel J.-B. et Klibi S.-C., 2ème trimestre 1955, p. 214.
(30) En septembre 1947. Idem.
(31) En novembre 1947. Idem.
(32) Idem.
(33) Résultat du rapport au Cheikh el Medina, le 14 Janvier 1948.
(34) « 4000 nomades ceinturent alors Tunis, constituant là un danger pour la sécurité ; des mesures radicales étaient proposées : renvoi dans les pays d’origine, convois surveillés, rafles, destructions des gourbis, etc… » Dardel J.-B. et Klibi S.-C., 2ème trimestre 1955, p. 215.
(35) J. Abdelkafi, 1989, p.p. 96/97.
(36) Idem, p. 97.
(37) Blachere G., 1953, p. 69, http://best.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/1953-080-1719.pdf
(38) Paru en septembre 1953.
(39) F. Ben Chaâbane, 15/02/2013, https://www.turess.com/fr/letemps/73867
(40) En l’an 1956.
(41) M. Chabbi, 2012, p. 141.
(42) Crise politique entre Etat et UGTT (Union générale tunisienne du travail) qui se manifeste par une grève générale suivie d’émeutes.
(43) « Groupe Huit » est un bureau d’études français, spécialisé dans le développement municipal et urbain dans les pays du Sud. Il a été installé en Tunis entre 1968 et 1978.
(44) Groupe Huit 1978 : Projet de réhabilitation du quartier de Jebel Lahmar par le ministère de l’intérieur, n.p, cité par M’barek M., Janvier 1981, p. 70.
(45) M. Chabbi, 2012, p. 92.
(46) Variation entre 60 et 120 logements/hectare.
(47) Variation entre 300 et 1200 habitations/hectare.
(48) Fig. 7, p. 12.
(49) M. M’barek, Janvier 1981, p. 71.
(50) Fig. 6, p. 11.
(51) Terrain de football, terrain de handball, piste de course, etc.
(52) Il s’agit d’une saisie sur un logiciel de dessin du plan de la ville de Tunis, prise de la municipalité de Tunis.
(53) Il s’agit d’une vue aérienne de la ville de Tunis, prise sur Google maps, https://www.google.com/maps/?hl=fr
(54) Etablissement d’un deuxième poste de police, d’un bureau de poste, de deux centres de formation et d’une municipalité.
(55) Voir Fig. 8, p. 13 ainsi que les Fig. 9 et 10, p. 15 ; Fig. 11 et 12, p. 16 ; Fig. 13 et 14, p. 17 ; Fig. 15 et 16, p. 18 ; Fig. 17, 18 et 19, p. 19 ; Fig. 20 et 21, p. 20 ; Fig. 22 et 23, p. 21 ; Fig. 24 et 25, p. 22 ; Fig. 26, 27 et 28, p. 23 ; Fig. 29 et 30, p. 24 ; Fig. 31 et 32, p. 25 ; Fig. 33 et 34, p. 26 ; Fig. 35 et 36, p. 27 ; Fig. 38 et 39, p. 28.
(56) Voir Fig. 26, p. 23.
(57) Fig. 14, p. 17 ; Fig. 15 et 16, p. 18 ; Fig. 17, 18 et 19, p. 19 ; Fig. 20 et 21, p. 20 ; Fig. 24, p. 22, Fig. 28, p. 23 ; Fig. 31, p. 25 ; Fig. 33 et 34, p. 26 ; Fig. 35 et 36, p. 27.
(58) Fig. 22 et 23, p. 21 ; Fig. 25, p. 22 ; Fig. 26, p. 23 ; Fig. 29, p. 24 ; Fig. 37, p. 28.
(59) Il s’agit des figures : Fig. 10, p. 15 ; Fig. 11 et 12, p. 16 ; Fig. 13 et 14, p. 17 ; Fig. 15 et 16, p. 18 ; Fig. 17, 18 et 19, p. 19 ; Fig. 20 et 21, p. 20 ; Fig. 22 et 23, p. 21 ; Fig. 24 et 25, p. 22 ; Fig. 26, 27 et 28, p. 23 ; Fig. 29, p. 24.
(60) Fig. 12, p. 16 et Fig. 13 et 14, p. 17, par exemple.
(61) Fig. 24, p. 22, par exemple.
(62) Fig. 25, p. 22 et Fig. 26, p. 23 ; par exemple.
(63) Fig. 27, p. 23 et Fig. 36, p. 27.
(64) Nous pouvons évoques, pour enrichir ce rapprochement, la thèse de Wassim Ben Mahmoud dans laquelle figure un tableau comparatif réunissant un habitat de la médina de Tunis avec un habitat du « bidonville » de Djebel Lahmar construit dans les années 1970. Source : W. Ben Mahmoud, 1972, p.p. 150/156.
(65) Voir Fig. 3 et Fig. 4, p. 8.
(66) « Djebel Lahmar passe de 60 ha en 1962 à 55 ha en 1970 et à 44 ha en 1980 », J. Abdelkafi., 1989, p. 111.
(67) De la Fig. 9 à la Fig. 39, p.p. 15/28.

Pour citer cet article

Sami Kammoun,  » Le bidonville de Djebel Lahmar, séquelle de l’ère coloniale : évolution morphologique et avenir architectural et urbanistique », Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’architecture maghrébines [En ligne], n°6, Année 2018.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=5150

Auteur

* Laboratoire d’Archéologie et d’architecture maghrébines.

Massicault : un village de colonisation dans les environs immédiat de Tunis


06 | 2018 
Massicault
Un village de colonisation dans les environs immédiat de Tunis

Samia Ammar (*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

Après avoir signé le traité du Bardo en 1881, le pouvoir colonial français en Tunisie ne peut échapper à une réalité : pour tenir le pays, il faut le contrôler directement et entièrement. Une panoplie d’équipement de superstructure et d’infrastructure, couvrant l’ensemble du pays, est donc programmée après la colonisation officielle. Les premières décisions concernent la création d’un réseau de communication routier, qui sera accompagné d’un réseau de villages de colonisation pour assurer le peuplement pendant la Régence. C’est dans ce contexte que dans les environs immédiats de Tunis, et plus précisément dans la zone nord-ouest, plusieurs centres vont se développer tels que Massicault, El Battane, Tebourba, Djedaida, Chaouat. Notre intérêt se dirige vers une étude monographique du village de Massicault qui porte aujourd’hui le nom de Borj El Amri. Le contexte historique, les modèles d’aménagement urbain adoptés ainsi que la typologie du bâti du village seront nos principales préoccupations tout en nous intéressant aux formes urbaines et architecturales rurales produites dans les colonies.

Entrée d’index

Mots-clés : Borj El Amri, Massicaut, village de colonisation, aménagement urbain, architecture coloniale.

Plan

Introduction
1- La genèse du centre de colonisation Massicault à Borj El Amri
2- Un urbanisme et une architecture d’urgence à Massicault
3- La période de l’Indépendance : Massicault une cité de recasement
Conclusion

Texte intégral

Introduction

Durant les premières années du Protectorat, les centres de colonisation ont connu un développement notoire. Ceci est lié essentiellement à la volonté des Français de maîtriser les territoires nouvellement conquis. Ainsi à partir de 1881, le secteur agricole a subi une transformation radicale avec l’apparition de procédés modernes de culture, ces changements étant accompagnés d’une politique de peuplement qui est à l’origine de l’aménagement de plusieurs centres de colonisation. Nous examinerons dans cet article les caractéristiques urbaines et architecturales de la cité de colonisation Massicault qui porte aujourd’hui le nom de Borj El Amri. Il faut dire que la région en question a connu un développement agricole très important pendant la période coloniale se traduisant par l’aménagement de plusieurs petites villes à caractère rural. Nous citons les villes de Mornaghia, Borj El Amri, El Battane, Tebourba, Djedaida, Chaouat, Oued Ellil, Manouba et Douar Henchir qui font partie du gouvernorat de La Manouba.
Pour ce faire, nous allons d’abord examiner l’origine de la création du centre de Massicault, ensuite, nous étudierons les caractéristiques urbaines et architecturales du village objet de notre étude. Et finalement, notre intérêt portera sur la typologie et l’architecture des bâtiments de cette cité en essayant de répondre à la problématique des modèles européens transférés dans les colonies.

1- La genèse du centre de colonisation Massicault à Borj El Amri

  • La création des centres ruraux comme outil de colonisation

Durant les premières années de la colonisation, l’administration se contente d’offrir aux colons des renseignements et des moyens de s’instruire. Les immigrants procèdent à l’acquisition des terrains par leurs propres moyens, par l’intermédiaire des propriétaires autochtones, et y installent leurs exploitations, vu que les circonstances économiques et sociales de l’époque le permettent. L’achat des terrains est négocié à des prix bas et les possibilités de développement illimitées dans un pays neuf rendent cette pratique facile. De riches acquéreurs s’approprient des terres, mais la majorité de ces exploitants ne résident pas en Tunisie. Ainsi le nombre d’habitants dans les nouveaux territoires se trouve réduit au minimum, puisque la Tunisie reste une terre d’exploitation et non de peuplement.
Devant les chiffres relatifs au peuplement français, qui ne sont guère encourageants (3 500 Français en 1886 ; 54 000 en 1903 dont 25 000 protégés, contre 80 609 Italiens, 12 043 Anglo-maltais et 3627 migrants de différentes nationalités(1), l’administration coloniale intervient en 1903 pour encourager l’installation d’une population française stable, nombreuse et apte à constituer une base solide et un cadre à son œuvre d’expansion et d’influence(2). Pour cela, l’une des premières mesures prises par la nouvelle administration est la création de cités de colonisation dans les zones « urbaines et rurales », à travers lesquelles elle espère persuader les Français de s’installer sur le sol tunisien. Si dans les zones rurales, l’agriculteur français est l’agent de la colonisation, dans les villes ou les centres urbains, c’est le fonctionnaire, l’ouvrier, le commerçant, voire le soldat, qui remplit ce rôle et mentionne les procès-verbaux de la résidence(3).
La première action de l’Etat a été de mettre en place une caisse de colonisation pour financer la réalisation des projets préconisés. Diverses terres à coloniser ont été trouvées. Il convient de préciser ici que la majorité des terrains fournis à la colonisation sont des terrains « habous ». En effet, chaque année « Jamiya el Habous » met à la disposition de la Direction générale de l’agriculture et de la colonisation et ce, par voie d’échange ou en argent, un certain nombre de propriétés « habous » rurales, dont la superficie ne peut être inférieure à 2 000 ha. Depuis cette décision et jusqu’en 1914 (décrets sur les lots de colonisation), le gouvernement tunisien procure aux agriculteurs français près de 125 000 hectares de terres nouvelles, sur lesquelles 842 familles s’installent. En 1919, un programme réalisé grâce aux ressources de l’emprunt est mis en place. Il permet, chaque année, l’installation de 100 familles d’agriculteurs sur le sol tunisien.
À partir de 1924, l’administration envisage un temps d’arrêt dans la colonisation officielle, en raison de son coût financier très élevé : « cependant, de 1926 à 1934, 541 colons ont été établis sur des lots formés à partir de grandes propriétés rachetées par les domaines. Après 1934, de nombreux lotissements parsèmeront la Régence permettant ainsi la maîtrise du territoire tunisien. À la suite de la Deuxième Guerre mondiale, cette maîtrise sera totale grâce à la liquidation des biens fonciers italiens en Tunisie et leur attribution au profit de Français et de Tunisiens combattants »(4). Nous pouvons dire que l’acquisition et la mise en valeur des terres ont donné des résultats encourageants. Mais le peuplement qui était le principal objectif recherché, restait décevant, bien que la Direction générale de l’agriculture et de la colonisation (DGAC) ait procédé à la création des cités de colonisation sur des terres domaniales sur l’ensemble du territoire. La politique de peuplement a donné lieu à deux types de centre de colonisation à savoir le rural et l’urbain. C’est dans ce contexte général que la région nord-ouest de la ville de Tunis a connu un développement agricole très important pendant l’époque coloniale. Il sera traduit par l’aménagement de plusieurs centres ruraux dont celui de Massicault. Sachant qu’avant l’occupation française, sur la rive gauche de la Medjarda et à 25 km de Tunis, nous trouvons le village de Djédeida et à 9 km, le village de Tebourba près duquel les Romains avaient construit un barrage dont les ruines sont encore présentes.

  • Massicault : un centre de colonisation français contre la présence italienne

Nous pensons que la création du centre de Massicault n’est pas fortuite, elle a été programmée par l’administration coloniale pour contrecarrer la présence italienne, dans la mesure où le site offre plusieurs atouts pour l’installation des Français et par conséquent le développement agricole des environs immédiats de Tunis. Le centre en question est situé à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale, sur la route reliant Tunis au Kef. Il est l’un des premiers lotissements de colonisation officielle qui a vu le jour en Tunisie. Le décret beylical du 17 décembre 1904 signé par le résident général S. Pichon est l’acte de naissance de ce centre de colonisation appelée Massicault(5) en hommage à Justin Massicault, résident général de France en Tunisie (1886 -1892). Au départ des Français en 1961, il prendra le nom de Borj El Amri en souvenir d’une ancienne forteresse (borj)(6). Il naît sous la forme d’un village où s’installent des colons français pratiquant la culture des céréales et la viticulture. Du point de vue du choix du site, nous constatons que la cité a été implantée dans une zone très fertile : la vallée de Medjerda, l’objectif principal étant de créer un centre suburbain qui contient les habitations et les équipements de première nécessité pour attirer et fixer des colons français. Ce choix a aussi un rapport très étroit avec les pistes existantes, devenues au début du protectorat des voies de communication. En effet, la cité en question a été implantée le long de la route nationale n° 5 qui est aujourd’hui la voie reliant Tunis à Medjaz El Bab (Fig n°1). Par ailleurs, Massicault, a été créée pour contrebalancer la colonisation italienne. En effet, une grande vague italienne a envahi les périmètres de colonisation française, constituant un vrai danger pour la réussite de celle-ci.
Dans son ouvrage, Rodd Balek mentionne qu’autour de Massicault, vers 1903, 420 hectares ont été transférés à 3 Italiens et 580 à 4 indigènes, diminuant ainsi de sept lots et de 1000 hectares l’effectif français existant à la veille des hostilités(7). C’est pour contrecarrer ce mouvement que la cité de colonisation Saint-Cyprien est née en 1904, à 18 km de Tunis, au croisement de la RN5 et de la route qui mène à Djdaida. Elle comprend un domaine de 980 ha dont 98 vignes, une poste-école, la chapelle, 14 fermes, et un grand cellier pouvant contenir 5 500 hectolitres de vin.

 Fig. 1. La situation des cités de colonisation le long de la P5 (RN5)
ANT/Carte d’État-major 1953

Fig. 2. Vue de deux fermes en construction à Saint-Cyprien 1904.
Source : Ouvrage « La société des fermes françaises de Tunisie »,1906.

Le centre a été créé sur des terrains domaniaux appelés Aalouin situé à proximité de Bordj El Amri au kilomètre 30 de la route de Tunis au Kef. Il naît sous la forme d’un village où s’installent des colons français pratiquant la culture des céréales et la viticulture. Pour assurer le développement agricole de la zone, plusieurs acquisitions de terrains ont été effectuées auprès des propriétaires autochtones. Les documents d’archives nous donnent des indications sur les caractéristiques physiques et géographiques des acquisitions foncières de la direction générale de l’agriculture et de la colonisation (DGAC). Deux domaines seront proposés à l’achat au début de la création du centre de Borj El Amri, le domaine d’El Mengoub et celui de Drijet (voir figure n°3). Il faut dire que le domaine dénommé « henchir El-Mengoub » présente plusieurs atouts d’abord, il couvre une surface de 1096 hectares, ensuite il contient un puits produisant une bonne qualité d’eau qui se caractérise par son abondance et il permet par conséquent de desservir toute la région. Contrairement, au domaine de « henchir El-Drijet », qui présente une surface de 1000 ha et se situe à 3 à 5 km du domaine d’El-Mengoub et il n’est pas approvisionné en eau, d’où la nécessité de créer les aménagements nécessaires pour assurer sa transformation en terrain favorable à la production agricole.
Par ailleurs, les colons rencontrent des difficultés dans l’acquisition des terrains comme l’opposition des autochtones qui se sont établis de père en fils prenant la terre en location d’un gérant(8). Sur le domaine de Drijet par exemple se trouvent environ 90 gourbis abritant 120 indigènes adultes qui possèdent un important troupeau. D’où la nécessité de cohabitation entre eux et les français, ceci est la source de plusieurs désagréments comme l’empiétement des animaux sur les terres cultivables. Du point de vue aménagement du territoire, de la région nord-ouest de Tunis, l’achat de ces deux domaines a permis de relier entre eux des centres de colonisation européenne à savoir les groupements de Massicault, de Goubellat, de Bir Mcherga, d’Ain El Asker, de Saint-Cyprien et de la Mornaguia, formant un cercle continu de fermes françaises autour des domaines en question. Le journal l’Afrique du Nord illustrée(9)nous donne une description de Massicault après une trentaine d’année de sa création, le chroniqueur écrit : « à la place des steppes en friche qui existaient dans cette région, il y a un demi-siècle, on voit aujourd’hui à perte de vue les belles terres labourées, les moissons dorées et à travers la campagne fertile, les toits rouges des habitations des colons. S’ils furent longtemps à la peine, les colons de Massicault peuvent être fiers du moins des résultats féconds que leur labeur incessant leur a procurés ».

Fig. 3. Le plan parcellaire du domaine Mengoub et celui de Drijat situé à proximité du village de Massicault
ANT, E, Cart 252, D6/19,1903

 Fig. 4. Le plan parcellaire du domaine Alouine(10)
ANT, Serie E, Cart 252, D 6/50.

2- Un urbanisme et une architecture d’urgence à Massicault

  • La trame urbaine du village

Le village de Massicault est situé dans un emplacement stratégique. Il est délimité au nord-ouest par la route nationale n°5 (RN5). Il est traversé au nord – est par oued Bougattas. Au sud – est par le chemin qui mène de Bou Arada à Tébourba. Et finalement au sud-ouest, il est parcouru par une voie qui relie la RN5 au chemin de Bou Arada à Tébourba. Le plan de lotissement de la cité en question, nous procure des données sur le plan parcellaire, la forme des îlots et la typologie du bâti. La configuration du terrain réservé à la cité est rectangulaire, sa lecture nous permet d’émettre l’hypothèse suivante : le lotissement en question a été aménagé en deux phases temporelles, le premier a été réalisé en 1903 et la seconde en 1930. Nous allons d’abord décrire la première phase et par la suite la zone d’extension. Il faut dire aussi que la première phase du lotissement s’étale sur une surface de 17 hectares qui a abrité au début du siècle dernier près de 1 500 habitants. L’accès à la première tranche du lotissement se faisait à partir de la RN5 par une place centrale percée par un axe principal d’une largeur de 12 m qui aboutit à une place de surface moins importante. Une voie de 800 m contourne le périmètre du plan parcellaire, créant ainsi des îlots de forme rectangulaire et trapézoïdale. Le premier aménagement se caractérise par un traçage effectué selon un quadrillage simple délimitant des îlots de forme régulière et rectangulaire qui ont une surface qui varie de 1 500 à 3 000 m2. La vocation principale de ces lots est l’habitation. La construction des équipements se fait progressivement avec l’arrivée des colons. Par exemple, la création d’un marché hebdomadaire à Massicault s’est faite en 1910, malgré les objections qu’a soulevées la question auprès de l’administration coloniale. En effet, d’après les responsables, ce marché ne peut devenir un lieu d’attraction en raison du peu d’habitants installés, de l’absence de l’élément autochtone et aussi à cause de la proximité du marché de Tebourba qui par son importance et son rayonnement sur la région continuera à attirer plus de monde. Quant à la seconde phase que nous appelons la zone d’extension, nous n’avons pas beaucoup d’informations sur la conception ni la date des affectations des lots en question. Nous avons constaté que les lots aménagés destinés à l’habitation ont subi une augmentation des surfaces, soit 5 000 m2 en moyenne et ce par rapport aux lots conçus dans la première tranche où ils ont une surface de 2 000 m2. Le plan de la zone d’extension présente une composition urbaine en étoile qui ressemble à de nombreuses opérations ex nihilo effectuées en Tunisie pendant la période coloniale, telles qu’à Bizerte, Hammam-Lif ou à la cité ouvrière de Mégrine. Nous remarquons que le parcellaire détermine la forme urbaine des îlots qui le composent, ici c’est un découpage de rues qui se croisent en étoile où les îlots sont presque toujours triangulaires et ils tranchent de l’îlot classique parisien, qui est plutôt rectangulaire.

Fig. 5. Plan de lotissement du premier noyau urbain de Massicault
Source : Municipalité de Borj El Amri

Nous pouvons dire que la disparité constatée au niveau de l’aménagement urbain entre la première phase et l’extension démontre que dans un premier temps, les concepteurs ont travaillé dans l’urgence, d’où l’aménagement de la place du village à proximité de la RN5 et non devant l’église. Par contre, la seconde tranche, elle, a été réfléchie, un plan en étoile a été programmé et une place centrale aménagée. Après la Première Guerre mondiale, de nombreux Français se sont installés dans la cité. Ceci a incité l’administration coloniale à construire des équipements socio-collectifs : une école primaire mixte, un bureau de poste, une église catholique, un dispensaire et son presbytère, etc. Une gendarmerie a été bâtie sur la route principale à savoir la RN5, ainsi qu’une salle de réunion et une salle des fêtes appelée « la maison du colon ». Les habitants ont aussi doté la cité de plusieurs équipements de première nécessité tels qu’une boulangerie, une boucherie, deux épiceries et un cabinet médical. Nous avons aussi recensé des équipements destinés aux activités sportives, un bureau pour le club sportif nommé « l’Etoile Sportive de Massicault », les sièges de l’équipement et de l’électricité régionales et une aire de sports comprenant un terrain de football, un autre de basket-ball, un champ de tir pour pistolets et carabines, un ball-trap, un circuit hippique de saut d’obstacles, un court de tennis et des vestiaires. Si nous avons énuméré les différents équipements qui ont vu le jour dans la cité, c’est pour montrer l’essor qu’a pris le centre dans la région après une dizaine années d’existence. Du point de vue des travaux de voirie et réseaux divers, dès 1911, le programme d’aménagement de la cité de Massicault a prévu l’alimentation en eau, l’assainissement mais aussi les plantations ainsi que le premier outillage. Ce que nous appelons « premier outillage », c’est du matériel de nettoyage public et d’extinction d’incendie, le transport de correspondance, etc. Mais aussi la construction des bâtiments publics, d’un réservoir, d’une fontaine-abreuvoir sur la place publique du village. Nous pouvons par ailleurs ajouter l’entretien et le gardiennage de moulins à vent de la place publique et le forage artésien. Pour résumer, ce sont tous les travaux auxquels les services publics ne peuvent pas toujours subvenir. Il est important de mentionner que toutes les habitations du village présentent un aspect de villas contenant des prestations peu répandues à l’époque à savoir l’électricité et l’eau courante, un cabinet de toilette avec fosse septique, buanderies et jardin, ce qui à l’époque, n’était pas banal pour un village rural.

  • Lecture du patrimoine bâti 

Du point de vue architectural, les maisons d’habitation construites sont conçues selon un plan ou la fonctionnalité prime. En effet, elles comportent un rez-de-chaussée accueillant généralement une pièce de vie commune, deux chambres et un espace de service. Chaque maison est bâtie en maçonnerie et couverte par une toiture inclinée recouverte de tuiles. La façade principale sur rue est symétrique, percée par deux fenêtres. L’entrée de chaque logement s’effectue sous un porche dont la forme varie d’une maison à l’autre. La porte principale est surélevée de deux marches donnant sur un couloir desservant les différentes pièces. Quant au vocabulaire architectural employé, il est en rapport très étroit avec les modèles européens : les toitures sont en tuile rouge, les ouvertures fermées par des persiennes. Nous remarquons l’absence d’éléments de décoration ce qui traduit l’aspect économique ou la politique du gouvernement qui incite à la construction de nouveaux centres de colonisation mais à moindre coût.

Fig. 6. Vue sur les maisons d’habitation (1990-1992)

La construction de l’église Saint-Vincent-de-Paul de Massicault a débuté en 1909. C’est sur un terrain de 8 882 m2 que ce lieu de culte permanent pour les fidèles de la région a été construit par un colon du nom de Gilles, un ancien employé des travaux publics. Il choisit le style néo-gothique comme référentiel architectural afin d’assurer l’intégration des nouveaux venus. L’église est constituée d’une nef unique éclairée par des ouvertures ogivales et surmontées d’un clocher-tour au milieu de la façade principale. Durant les premières années, les offices ne rassemblent que peu de fidèles car la région ne compte que 500 paroissiens, dont beaucoup sont Italiens, répartis entre trois lieux de culte. Il faut attendre 1931 pour que l’église acquière une certaine renommée : elle organise la bénédiction des voitures à l’occasion de la fête de la Pentecôte en présence de l’archevêque de Carthage, Monseigneur Alexis Lemaître. Cette cérémonie très particulière se renouvelle chaque année(11). Avec l’Indépendance, l’église en question est devenue le siège de la municipalité.

Fig. 7. Vue sur l’église en 1940

Quant à l’école primaire franco-arabe de Massicault, elle a été construite en 1905. Le bâtiment comprend deux classes précédées chacune d’un petit préau, situées de part et d’autre d’un logement central. Les préaux donnent sur la cour de récréation ; à l’extrémité sud de celle-ci se trouve une construction qui abrite les sanitaires et un débarras. Ce bâtiment présente des caractéristiques de l’architecture locale : des créneaux décorent l’acrotère et des encadrements en maçonnerie entourent aussi bien la porte d’entrée que les fenêtres.


Fig. 8. L’école primaire de style arabisant construite en 1905.

En 1952, en accord avec l’inspecteur de l’enseignement et le directeur de l’établissement, il est proposé d’agrandir l’école primaire sur un terrain existant qui appartient à la direction de l’Instruction publique. Ce terrain est d’une contenance d’1 ha et il est séparé du premier par une haie(12). C’est l’architecte de la reconstruction Jason Kyriocopoulos qui a été désigné pour la conception des nouveaux bâtiments. Le programme demandé va être effectué en deux tranches, une première consiste en la construction de deux classes pour 40 élèves, un groupe de WC, urinoirs, lavabos, un logement d’instituteur de trois pièces et dépendances. Une deuxième tranche est prévue ultérieurement, elle envisage la construction d’un réfectoire, une cuisine et une pièce servant de dépôt ainsi que d’autres logements pour le personnel. Le parti architectural adopté favorise l’orientation sud-est des locaux aussi bien scolaires que d’habitation, ceci permettant un meilleur éclairage et une meilleure aération des bâtiments. L’architecte préconise une indépendance complète des logements, une possibilité d’extension des bâtiments en continuité avec les anciens, et enfin la création – entre la nouvelle cour de récréation et la limite postérieure des logements – de terrains de sport et d’un jardin scolaire. Les façades adoptent une architecture simple et sobre où des éléments de brise-soleil décorent le portique qui précède les salles. Le choix du programme fonctionnel et de l’emplacement des bâtiments exprime les préceptes du mouvement moderne qui découle de la charte d’Athènes dont les principes ont été adoptés par les architectes pendant la période de la reconstruction.

Fig. 9. Plan d’ensemble de l’école primaire 1952 – ANT/M3/15/75.

Fig. 10. L’école primaire de Borj El Amri 

Fig. 11. L’école primaire de Borj El Amri : la zone d’extension
ANT/M3/15/75.

C’est à partir d’un constat que renvoie l’architecture de certaines fermes, encore présentes dans le paysage urbain tunisien, que nous émettons l’hypothèse de l’utilisation, par les bâtisseurs, des formes européennes dans l’architecture des bâtiments. En effet, il s’agit généralement de bâtisses en maçonnerie avec des murs porteurs et de toitures inclinées couvertes de tuiles (voir Fig. 12. La ferme de Gadner). Nous n’avons pas d’informations sur la conception des fermes. Mais nous notons une particularité dans les fermes de colons, qui ne comportent pas de greniers au-dessus des bâtiments, non seulement parce que ceux-ci surchargent les constructions mais aussi parce qu’ils attirent les insectes et les rats. Les fermiers de l’époque adopteront le silo en maçonnerie pour mettre la récolte à l’abri.

Fig. 12. La ferme Gadner Henri à Massicault,
Peinture de Louis Cavasinova (1922-1998)

Fig. 13. Vue sur l’église et la poste

  • La cave coopérative viticole

La cave coopérative viticole est formée par un groupement de vignerons. Elle produit et vend des vins issus du raisin de ses adhérents. Les coopérateurs font le choix de mettre en commun leurs opérations de vinification, de stockage, de vente et de conditionnement. A Borj El Amri, une société anonyme à capital variable a été créée en 1942, elle prendra le nom de « cave coopérative de Borj El Amri – Massicault ». Elle est gérée par un conseil d’administration élu lors de l’assemblée générale. Le conseil d’administration quant à lui élit son président, établit les grands axes de travail de l’année et supervise le personnel salarié.
Une convention a été signée entre l’Etat tunisien et la société en question. Elle mentionne qu’un terrain d’une contenance de 9 000 m2 a été réservé à la construction d’une cave coopérative viticole, mais aussi des bâtiments à usage d’habitation, des dépendances qui contiendront le matériel vinaire. A la période des vendanges, les adhérents de la cave coopérative y apportent leur raisin, produit dans leur exploitation. La cave coopérative présente un statut d’association, elle ne fait pas de bénéfice. La totalité des profits de la vente est redistribué aux adhérents coopérateurs. Aujourd’hui, la cave coopérative viticole est abandonnée, délaissée et son avenir est incertain.

 Fig. 14. Vue sur la cave viticole

  • Le rayonnement du centre de Massicault au nord-ouest de la ville Tunis

Massicault, après un demi-siècle d’existence est devenu un important centre de colonisation dans la région nord-ouest de Tunis ou plusieurs événements religieux, culturels et ludiques ont eu lieu, créant une dynamique socioculturelle dans la région. Selon les journaux de l’époque, pendant les fêtes religieuses de Pâques, se déroule la fête du village organisée par l’Etoile Sportive de Massicault, qui attire non seulement la population du village et des fermes environnantes, mais également des gens venant de toute la Tunisie. Durant cette fête s’organisent des concours de tir, de pétanque, de boules lyonnaises, des concours hippiques, de sauts d’obstacles, de tennis, de football, etc. Pour ceux qui n’y participent pas, il existe des stands d’amusements divers, de restauration, une buvette. Les journées se terminent par un grand bal avec orchestre et chanteurs dans la salle des fêtes jusqu’aux premières lueurs de l’aube.
La Dépêche tunisienne relate le déroulement de la fête de 1953 : « elle est organisée tous les ans par l’Etoile Sportive de Massicault (ESM), la fête a connu un succès supérieur à celui des années précédentes, à la grande joie de la population du centre et d’une foule de personnes venues d’un peu partout et encouragées par un temps splendide au son d’une musique entraînante, jeunes filles et jeunes hommes vendent des enveloppes surprises. L’après-midi après le passage des coureurs du Tour de Tunisie Cycliste, auquel sont réservés des primes offertes par l’ESM, les jeux forains attirent la foule des grands jours, pendant que se déroule un match de football opposant l’équipe locale à celle de l’Ecole Normale d’Instituteurs. Au stand de tir de l’ESM, les amateurs sont nombreux et les quadrettes rivalisent d’ardeur aux boules. L’orchestre-jazz du 4e Zouaves se surpasse et les éloges faits par des connaisseurs sont les plus mérités ».
Les festivités terminées, le village reprend sa vie de tous les jours. Le journaliste termine en écrivant : « si l’on s’était adressé, vers 1930 et surtout après 1945 à un habitant de Tunis pour lui demander ce qu’était Massicault, il aurait répondu “c’est un petit village où a lieu les dimanches et lundi de Pâques, une Kermesse ou l’on s’amuse bien, une sorte de fête du renouveau et du printemps et où l’on peut, devant l’église de Saint-Vincent-de-Paul, faire bénir son auto et partir rassuré »(13).

3- La période de l’Indépendance : Massicault une cité de recasement

Au départ des derniers Français en 1964, la ville prend le nom de Borj El Amri en souvenir d’une ancienne forteresse. L’installation de la population dans la petite ville objet de notre étude est le résultat de l’exode des colons et de l’afflux des paysans des campagnes limitrophes qui ont suivi les foyers coloniaux. Nous assistons à l’installation des Zlass et H’mamma(14) qui ont pris pour logement des gourbis et c’est pour cette raison qu’ils sont dénommés « bougorboj ». En effet, la politique de « dégourbification » engagée en Tunisie, à partir des années soixante, va encourager l’installation des populations défavorisées. Les nouveaux occupants sont issus des quartiers insalubres des petites villes telles que Sidi Thabet et Borj El Amri. Les quartiers d’intégration se transforment en quartiers populaires où la densité dépasse les 50 logements à l’hectare, nécessitant l’intervention des collectivités locales afin d’améliorer les infrastructures. Avec la tunisification des terres, c’est l’Office de la mise en valeur de la vallée de Medjerda l’OMVVM, qui se charge de gérer les anciennes fermes agricoles coloniales. Au début des années 70, l’Etat récupère les grandes propriétés pour céder le reste aux membres des coopératives qui devront exploiter les terres pendant une durée de vingt ans. Le projet des coopératives accusera une lourde défaite, vu le refus de la population de céder leurs terrains aux coopératives.
Par ailleurs, plusieurs quartiers urbains sont édifiés par les Tunisiens dès le départ des colons, et ce jusqu’à nos jours. Les cités en question se localisent essentiellement le long de la route nationale n° 5. A partir de 1965, la Société nationale immobilière de Tunis (SNIT) et la municipalité construisent deux cités à caractère social. Entre 1975 et 1985, nous constatons le désengagement de l’Etat et par conséquent l’apparition de plusieurs quartiers spontanés : la cité El Intilaka, la cité Ettaoufik, et la cité Ennozha 1,2. Deux catégories sociales s’y installent : une classe défavorisée issue de l’exode rural et une classe moyenne constituée de fonctionnaires. A partir de 2001, l’Agence de la réhabilitation et de la rénovation urbaine (l’ARRU) restructure les cités en question. Aujourd’hui, la ville continue son extension selon un plan d’aménagement urbain approuvé en 2008 où la municipalité prône toujours le caractère agricole de la zone et essaie de combattre l’étalement urbain et l’habitat anarchique.

Fig. 15. L’extension urbaine de la cité de Massicault en 1962 – OTC 1962.

Fig. 16. La morphologie urbaine de la cité de Massicault en 1998 – AUGT/1998.

Conclusion

La mise en place de la politique de colonisation officielle en Tunisie s’est traduite par la création d’un réseau de points stratégiques, de nouveaux centres et même de véritables villes disposées sur l’ensemble du territoire de manière à servir de base au développement agricole et au peuplement du pays. Le choix des sites et leurs implantations dépendent de la stratégie générale de l’administration en matière de colonisation. Quant à la distribution des concessions terriennes et l’aménagement rural, ceci a été réalisé par la Direction de l’agriculture et la Direction des travaux publics. Ce type de centre se constitue sur l’ensemble du territoire avec une transposition de nouveaux modes de production de l’espace favorisant les tracés réguliers, sachant que sur des territoires libres, les concepteurs vont choisir un mode de production qui n’a aucun rapport avec la culture autochtone. Nous avons constaté que les maisons d’habitation et les équipements présentent une architecture où des modèles européens sont transposés durant la Régence et où les bâtiments construits traduisent la volonté des colons de rappeler l’environnement rural de la métropole.
Par ailleurs, malgré la multiplication des villages jusqu’à la période actuelle, les centres de colonisation tels que Bordj El Amri, Sidi Thabet, Jadaida, etc., ont conservé leur caractère agricole après l’Indépendance. Lors de la politique de dégourbification engagée en Tunisie à partir des années soixante, ces petites villes sont devenues des espaces d’intégration des populations issues des quartiers irréguliers et insalubres de Tunis. Cette fonction d’intégration, imposée aux élus locaux, a été entreprise par les conseils régionaux afin de répondre aux objectifs de la politique urbaine nationale. Les quartiers d’intégration qui se sont transformés en cités populaires où la densité dépasse les 50 logements à l’hectare, constituent des zones à risque nécessitant l’intervention des collectivités locales afin d’améliorer les infrastructures(15).
Aujourd’hui, notre héritage rural paysager et architectural datant de la période coloniale est en voie de disparition. Immergé dans un contexte d’appauvrissement constant, souffrant d’un manque d’intérêt de l’autorité locale, ce patrimoine subit des transformations qui se caractérisent par une modernisation sauvage et des ravages d’une rénovation tous azimuts. Des villages entiers passent au plastique, nous banalisons à qui mieux les immeubles, les dépendances et surtout les maisons, nous gommons l’originalité et la diversité des détails d’exécution, nous oublions les couleurs et les matériaux qui les différenciaient(16). Si la situation est dramatique en Europe en ce qui concerne le patrimoine rural, dans les pays du Maghreb et notamment en Tunisie, nous ne nous préoccupons nullement de ce legs mais nous essayons plutôt de l’effacer et de le faire disparaître.

Bibliographie
  • Les Archives Nationales de Tunisie

ANT, Série E, Carton 252, Dossier 6/19,1903, henchir el Mengoub.
ANT, Série E, Carton 252, Dossier 4/1, 1886, commission de peuplement
ANT, Série E, Carton 252, Dossier 6/21,1904, création du centre Massicault
ANT, Série E, Carton 252, Dossier 6/50,1928, henchir Borj El Amri
ANT, Série E, Carton 227, Dossier 9, 1942, cave coopérative de Borj El Amri, Massicault
ANT, Série E, Carton 337, Dossier 55, 1895, travaux publics, route n°55 de Mateur à Borj El Amri par Tebourba.
ANT, Série M3, Carton15, Dossier75, 1949, Correspondances et procès-verbal concernant l’agrandissement de l’école Franco-arabe de Massicault.

  • Ouvrages et publications scientifiques

BOUZID S., 2008, Les mutations résidentielles dans la périphérie tunisoise : le cas de la commune de « Borj El Amri », mémoire de fin d’étude, ISTEUB.
Bulletin de la Direction Générale de l’Agriculture et de la Colonisation, 1907, Tunis.
Journal hebdomadaire d’actualités nord du 7/9/1935, (A30, 749).
KAHLOUN H., 2008, Les processus d’urbanisation des petites villes à la grande périphérie de Tunis, Doctorat en Urbanisme et Aménagement, thèse de doctorat, ENAU.
La dépêche tunisienne, 1953.
MARTIN Jean-François, 1993, Histoire de la Tunisie contemporaine, De Ferry à Bourguiba (1881-1956), Coindé sur noireau.
MARTIN Paul-Louis, 2002, « Le patrimoine architectural en milieu rural », in continuité n°94, p. 38-40.
MONCHICOURT CH.,
– 1902, « La région de Tunis », In Annales de Géographie, 13, n°68, p. 145-170.
– 1922, La Tunisie après la guerre : problèmes politiques, Publication du comité de l’Afrique française, Paris.
OUERGHEMMI S., 2011, Les églises catholiques de Tunisie à l’époque coloniale. Étude historique et architecturale, Thèse de doctorat à l’Université de Tours.

SAURIN J., 1906, La société des fermes françaises de Tunisie, Tunis.
YAZIDI B., 2005, La politique coloniale et le domaine de l’Etat en Tunisie, Tunis.

Notes

(1) F. Arnoulet, 1995, p. 74.
(2) DGAC, 1931, p. 54.
(3) DGAC, 1931, p. 54.
(4) Jean-François Martin, 1993, p. 72.
(5) Justin Massicault, résident général de France en Tunisie du 23 novembre 1886 au 5 novembre 1892.
(6) Le toponyme de Borj El Amri existait avant l’aménagement du centre de Massicault.
(7) Ch. Monchicourt, 1922, p. 323.
(8) Ce dernier est originaire de Sidi Bou Said et il a été désigné par une princesse propriétaire du domaine.
(9) Journal hebdomadaire d’actualités nord -africaines du 7/9/1935, (A30, 749).
(10) D’après la consultation du TF. 81347 Manouba à la Conservation foncière de la Manouba. La propriété Alouine est située au sud de Tébourba « Jardin de Paix de Tunis », Canton Nord d’après la réquisition d’immatriculation et le plan habous et de parcours. Cette propriété présente une surface de 1580 ha.
(11) S. Ouerghemmi, 2011, p. 102.
(12) ANT/M3/15/75.
(13) La Dépêche tunisienne, 1953.
(14) Zlass et H’mamma ce sont deux tribus arabes.
(15) H. Kahloun, 2008, p. 2.
(16) Paul-Louis Martin, 2002, p. 8-40.

Pour citer cet article

Samia Ammar, « Massicault : un village de colonisation dans les environs immédiat de Tunis », Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’architecture maghrébines [En ligne], n°6, Année 2018.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=5119

Auteur

* Maître-Assistante à l’ENAU – Université de Carthage.
Laboratoire d’Archéologie et d’architecture maghrébines.

Mosquée des Sept Dormants à Chenini-Tataouine


06 | 2018

Mosquée des Sept Dormants à Chenini-Tataouine 
Etude architecturale et historique 

Aida Ladhari (*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

La mosquée des Sept Dormants possède une richesse architecturale assez singulière : un espace troglodytique mystique est juxtaposé à sa salle de prière. Cette dernière comporte un répertoire ornemental très varié au niveau du fond des arcs supportant la toiture à coupoles. On y perçoit également un curieux minaret penché, ainsi que plusieurs tombes allongées, à caractère nettement mystique, occupant un cimetière annexé à l’édifice. En fait, la tradition orale locale rattache le monument au mythe des Rgûd al-sab’a ou « Gens de la Caverne », légende commune aux cultes chrétien et islamique. Pour le reste, étant donné l’absence des indices archéologiques et des sources historiques, le caractère vernaculaire de l’édifice traduit, toutefois, quelques influences vraisemblablement ottomanes. Celles-ci demeurent perceptibles au niveau de la coupole centrale à base surélevée couvrant la salle de prière.

Entrée d’index

Mots-clés : Chenini, Tataouine, mosquée, Sept Dormants, architecture vernaculaire, espace troglodytique.

Plan

Introduction
1- Situation de l’édifice
2- Le monument dans son environnement
3- La salle de prière
4- La grotte
5- Décorations et inscriptions
6- Description du minaret
7- Description du cimetière
8- La mosquée et le mythe des Sept Dormants (al-Sab’a Rgûd)
9- Style architectural et essai de datation
Conclusion

Texte intégral

Introduction
La présente étude concerne une lecture architecturale et historique de la mosquée des Septs Dormants, dite Jâma’ al-Sab’a Rgûd à Chenini-Tataouine. Elle s’engage dans une démarche scientifique rapportant au domaine de l’archéologie monumentale en Tunisie. L’intérêt accordé à ce monument découle de sa morphologie architecturale, ainsi que de son caractère nettement mystique rattaché au mythe local des Sab’a Rgûd ou « Gens de la Caverne ».
Inscrite dans un cadre dépassant les données chronologiques pour toucher à des aspects d’ordre architectural, historique, anthropologique, voire même mystique, cette étude pose plusieurs problématiques qui n’ont pas encore dévoilé leurs énigmes(1) .

1- Situation de l’édifice
Le monument s’implante dans le site de Chenini al-Gdîma, à proximité de l’actuel village traditionnel de Chenini. Cette dernière agglomération se trouve à vingt kilomètres au sud de la ville de Tataouine, sur les collines de Djebel Demmer et face à la plaine d’al-Ferch. (Coordonnées GPS du monument : 32°54’36.14″N / 10°16’29.45″E).


Fig. 1.
Situation du monument.

2- Le monument dans son environnement
Avec son aspect blanc qui contraste dans le paysage rocailleux environnant, la mosquée se distingue par son minaret peu penché et sa couverture à coupoles. Elle se niche entre deux blocs rocheux : une crête culminante comportant quelques pierres tombales et une petite colline où l’on retrouve des vestiges vraisemblablement pré-islamiques(2). Une source coule dans les environs du monument, au niveau d’une butte avoisinante.

Fig. 2 et 3. Vues extérieures sur la mosquée et le cimetière.

Le monument comporte une salle de prière ouvrant sur un espace troglodytique à plan horizontal en forme de grotte(3). Un premier cimetière clôturé lui est accolé du côté nord. Celui-ci comporte treize tombes badigeonnées, de forme allongée(4). Cette nécropole est clôturée par un muret comportant trois niches arquées adossées au mur nord-ouest.
Une salle funéraire occupe le coin sud-est du cimetière. Celle-ci est à plan circulaire, couronnée par une coupole à profil conique. Cet espace ouvre sur la salle de prière du côté nord. Une seconde salle occupe le coin nord-ouest du cimetière et s’adosse à la colline. Son espace intérieur comporte deux compartiments séparés en longueur par un muret contenant une ouverture arquée. Cet espace s’adosse à une grotte assez enfoncée, de 10 m de profondeur, comportant latéralement une tombe allongée de 3.30 m de long.
Sur les autres côtés, un cimetière clôturé par un second muret entoure le monument. Il comporte plusieurs tombes non badigeonnées, de forme allongée et légèrement ovoïde. Leurs contours sont formés par un entassement de moellons en pierre, délimitant un espace rempli de terre et de cailloux.
Du côté sud-est, la nécropole contient deux salles funéraires à plans carrés, dépourvues de couvertures. Des niches arquées adossées à leurs murs intérieurs comportent toujours les traces de bougies, ce qui confirme leur vocation de mzâr. La salle placée sur l’axe du Mihrâb comporte toujours quelques anneaux de la calotte d’une coupole écroulée.
D’autres tombes, de dimensions communes, paraissent plus récentes et occupent les côtés est et sud-est du cimetière. Elles sont couvertes de moellons en pierres et ne sont pas badigeonnées. En somme, presque toutes les sépultures du cimetière, allongées et de dimensions communes, sont orientées vers la direction est-ouest.


Fig. 4 et 5.
Vues extérieures sur la mosquée.

3- La salle de prière
La mosquée comporte une salle de prière à plan presque carré, de 8 m de côté intérieur. Elle est précédée par une galerie de 2 m de profondeur, couverte par une toiture plate en solives de bois de palmier ou sannûr. Ses murs de 0.60 m d’épaisseur moyenne sont construits en moellons de pierre joints par un mortier à base de chaux. Ils sont enduits et badigeonnés. Cette salle comporte trois nefs et trois travées couvertes par neuf coupoles, dont huit sont de forme semblable. Ces voûtes fermées sont construites en moellons de pierre joints par un mortier à base de plâtre.

A l’intérieur, cette couverture est portée sur des piliers dont les plans sont relativement irréguliers, implantés au milieu de la salle de prière. La base de chacune des coupoles atteint 2.20 m de longueur en moyenne et s’élève à une hauteur de 3.75 m. Sur les côtés latéraux, cette toiture repose sur les murs extérieurs du monument.
Visiblement, la coupole centrale possède une base surélevée par rapport à celles des voûtes avoisinantes puisque le sommet de sa calotte se place à 4.25 m du sol. Sa base, de 2.30 m de côté, repose sur les piliers centraux. Extérieurement, cette assise dépasse de 2.20 m le niveau des murs et se place à 5.10 m du sol. Visiblement, cette base permet à la coupole de dépasser considérablement le niveau des voûtes fermées contiguës.
De chaque côté, ces coupoles sont portées sur des arcs en plein cintre légèrement surbaissés. Ceux-ci possèdent différentes sections : quasi-rectangulaires du côté ouest et arrondies aux extrémités. Du côté est, ces piliers possèdent des sections en L et en T. Un linteau en bois de palmier, retrouvé dans chaque coin, est placé obliquement formant le chaînage. Au niveau des zones de transition du plan carré au plan circulaire, ces coupoles reposent sur des encorbellements : ceux-ci se présentent sous forme de linteaux en pierre, de 0.30 m de longueur environ, disposés obliquement au niveau des coins des murs.
Plus haut, les calottes des coupoles possèdent un profil intérieur légèrement surbaissé. Leur intrados est badigeonné et dépourvu de tout décor. Extérieurement, elles possèdent un profil hémisphérique surbaissé et ne comportent ni base ni tambour.

Fig. 6 et 7. Vues intérieures dans la salle de prière.

A l’intérieur, l’axe du mur de la Qibla est défoncé par un creux de 1.25 m de profondeur, dont la partie supérieure est formée par un cul-de-four à profil surbaissé. La partie inférieure de la niche est divisée verticalement en deux compartiments latéraux séparés par un muret qui atteint le niveau du départ de l’arc. Ces défoncements jouent le rôle de Mihrâb et de chaire à prêcher à deux marches ou Minbar. Cette niche déborde extérieurement sur l’axe du mur de la Qibla. Au niveau de son coin nord, la salle de prière communique avec une chambre funéraire à plan circulaire. Celle-ci est couverte par une coupole à profil conique dont la calotte repose extérieurement sur deux tambours cylindriques superposés. Cet espace renferme une sépulture allongée, couverte par des moellons récemment badigeonnés.
Du côté ouest, la salle de prière ouvre sur une grotte creusée dans la colline sous forme de ghâr. Sur ce même massif rocheux s’élève un minaret dont la base est quasiment située à la hauteur de la toiture du monument. Cette tour, peu penchée vers l’est, suit relativement l’inclinaison inverse à celle de la colline avoisinante.

4- La grotte
Du côté ouest, la salle de prière communique avec une grotte dont la forme rappelle celle d’un espace troglodytique à plan horizontal dit ghâr. Cette excavation de 12 m² de surface est creusée dans une strate de roche tendre en tuf, située entre deux couches de roches dures en calcaire.
L’accès à cet espace se fait par une porte encadrée par deux colonnettes semi-engagées dans le mur. Il est entouré par trois encadrements circonscrits en haut relief, l’encadrement supérieur se présentant sous forme de fronton.
Cet espace comporte deux compartiments en profondeur : le premier, de forme rectangulaire, s’allonge parallèlement au mur ouest de la salle de prière. Il est divisé en deux sous-espaces à plans rectangulaires. Au fond, on retrouve une seconde cellule, au plan irrégulier, comportant plusieurs défoncements en forme de niches.

Fig. 8 et 9. Vues intérieures dans l’espace troglodytique ou ghâr.

5- Décorations et inscriptions
La salle de prière présente une décoration architecturale plutôt sobre. On y décèle des piliers assez irréguliers, des arcs surbaissés, des encorbellements, des jeux d’enduits…Cependant, le fond des arcs supportant les coupoles portent des décors relativement riches. Ceux-ci sont réalisés en haut relief sur un enduit à base de plâtre. On y perçoit des dessins géométriques tels que points, lignes, disques, rectangles, losanges… Et assez fréquemment, des figures de mains et de pieds humains.
Les décors épigraphiques, de type vernaculaire, sont également présents. On y mentionne les termes de Chenini, Allah, Mohamed… Quelquefois, on y évoque les noms de personnages ayant probablement entrepris des campagnes de construction, de restauration ou de financement des travaux (al-Hadj Mohamed, ‘Ali…) Quelques actions ont également été datées. A titre d’exemple, on mentionne la date de 1321H. (1903)(5).

Fig. 10 à 13. Représentations de quelques décors.

Fig. 14 à 19. Quelques décors en haut relief retrouvés au fond des arcs.

6- Description du minaret
Dans la mosquée, côté ouest, on retrouve un minaret reposant sur un massif rocheux. Sa base est quasiment située à la hauteur de la toiture de la salle de prière. Cette tour, d’un aspect peu penché, suit relativement l’inclinaison inverse à celle de la colline avoisinante et se penche légèrement vers le côté est.
Ce minaret, à plan quasiment carré de 2 m de côté, repose directement sur l’espace de la grotte et dépasse de 13 m le niveau des murs de la salle de prière. Comportant une tour unique, ses murs enduits et badigeonnés sont entièrement construits en moellons de pierre reliés par un mortier à base de chaux. Ses quatre coins supérieurs sont surmontés de pinacles peu élevés. Plus haut, on retrouve un lanternon peu penché dont l’inclinaison dépasse légèrement celle de la tour. Il est défoncé par quatre ouvertures allongées verticalement et comporte une toiture à coupole conique. Ces facettes sont partagées en trois registres inégaux par une frise de section semi-circulaire. Chacune est percée par quelques baies d’aération de forme carrée.

Fig. 20 et 21. Vues extérieures sur le minaret penché.

7- Description du cimetière
Accolée à la colline, la mosquée est entourée par un cimetière assez étendu. Celui-ci comporte des tombes allongées de 0.60 à 1.20 m de largeur, dont la longueur varie entre 2 et 6 m. Ces sépultures sont couvertes par un revêtement en moellons en pierre et sont badigeonnées au niveau du compartiment nord-ouest de la nécropole. Chaque tombe possède une structure ressemblant à celle des mastabas à degré(6), dont la hauteur ne dépasse pas 0.50 m. D’autres sépultures non badigeonnées, de dimensions semblables, précèdent le monument. Elles sont allongées et légèrement ovoïdes. Leurs contours sont formés par un entassement de moellons en pierre, délimitant un espace rempli de terre et de cailloux. On retrouve également d’autres tombes semblables au niveau des compartiments sud et sud-est du cimetière. Elles sont non enduites, de dimensions communes et paraissent plus récentes que les premières. Presque toutes les tombes du cimetière sont orientées vers la direction est-ouest. Au niveau de chacune d’elles, des blocs de pierres marquent la position de la tête et des pieds du défunt. Ceux-ci différencient les tombeaux des femmes, des hommes et des enfants.


Fig. 22 et 23. Vues extérieures sur les tombes du cimetière.

8- La mosquée et le mythe des Sept Dormants (al-Sab’a Rgûd)
Au pied de la mosquée, en partie troglodytique, se dressent des sépultures allongées dont la longueur varie entre 4 et 6 m.  La tradition orale les relie au mythe des Sept Dormants (al-Sab’a Rgûd). En effet, leur aspect peu ordinaire est rattaché aux « Gens de la Caverne », par allusion à la sourate du Coran intitulée « أهل الكـهـف» (Coran, XVII, 9-27)(7). Cependant, cette légende s’apparente à un miracle qui semble commun aux chrétiens(8) et aux musulmans : des fidèles, au nombre de trois, quatre, cinq ou sept, furent endormis en compagnie de leur chien sur les monts des collines, pour fuir la tyrannie de l’empereur païen. Ces croyants dormirent d’un sommeil miraculeux pendant trois cents ans solaires (ou 309 ans lunaires). Quand ils se réveillèrent, ils découvrirent que la société qu’ils avaient fuie auparavant avait été remplacée par une autre de culte monothéiste. Leurs corps n’avaient pas cessé de croître durant leur sommeil.

Fig. 24 et 25. Dessins évoquant les Sept Dormants dans les cultes chrétien et islamique
(Archives de Bibliothèque Nationale de France (BNF) et miniature turque).

Selon le mythe, ces fidèles « géants » furent enterrés dans des tombes peu ordinaires dont les proportions allongées devraient correspondre à leur taille. Un sanctuaire fut élevé à leur mémoire et correspond, selon la tradition orale locale, au monument étudié(9)
Une deuxième légende locale raconte que des fidèles, nouvellement reconvertis au christianisme, s’étaient réfugiés dans une grotte. Après leur découverte par les soldats, ils furent persécutés par l’empereur païen. Ces chrétiens, restés en vie et dont les corps n’avaient cessé de croître, se réveillèrent après trois cents ans solaires (ou 309 ans lunaires), lorsque des ouvriers abattirent le mur. Cependant, le monde qu’ils retrouvèrent était différent. Après leur décès, ils furent enterrés dans ce site. D’ailleurs, on raconte que le creux juxtaposé à l’édifice étudié vient obstruer une seconde grotte contenant les tombes des fidèles de la légende. Par ailleurs, les vestiges d’époque romaine ou byzantine prouvent que la région étudiée était fortement christianisée durant les premiers siècles de ce culte monothéiste. D’ailleurs, les toponymes chrétiens sont restés assez longtemps dans la région, même après l’islamisation de tout le périmètre étendu jusqu’à Djebel Naffoussa(10). Cependant, partout dans le monde, des grottes similaires évoquent le même mythe, surtout en Méditerranée (11): on retrouve des cavernes semblables dans la ville d’Éphèse en Turquie, en Algérie, en Syrie, au Yémen, ou en Allemagne… De plus, les sépultures du cimetière entourant le monument sont orientées vers la direction est-ouest. A priori, cette disposition permet de les dater de l’époque islamique(12). Ceci remet en question la légende locale des Sept Dormants qui demeurent des berbères christianisés remontant aux premiers siècles de notre ère.

Fig. 26. Vue intérieure sur la grotte «des Sept Dormants » d’Éphèse, Turquie.

De plus, les proportions peu communes des tombes étudiées peuvent probablement s’expliquer par la présence de plusieurs dépouilles. Il s’agit vraisemblablement de la juxtaposition en longueur de deux ou trois sépultures, qui totalisent 4 à 6 m. Des analyses chimiques par radioactivité pourraient confirmer cette hypothèse. De plus, sur les hauteurs de la mosquée se tient le minaret attribué par les habitants du village à Mlîkha, l’un des personnages célèbres de cette légende. Le caractère penché de la tour est expliqué, selon la tradition locale, par son inclinaison vers la direction de la Qibla. En effet, on affirme que cet aspect ressemble à l’une des dispositions de la prière, al-rukû’. Selon la tradition orale locale, cette inclinaison s’accroit graduellement et l’effondrement probable de la tour annoncera le jour du Jugement dernier.
En fait, ce minaret est penché vers la direction est et non pas vers le sud-est, direction de la Qibla. Il s’élève directement au-dessus de l’espace de la grotte et repose sur sa toiture en calcaire intégrée dans le massif rocailleux. Ceci a éventuellement engendré l’absence des fondations ou l’insuffisance de leur profondeur. En effet, cet enfoncement dans le sol devrait assurer la verticalité de la tour et remédier à sa déformation. Ainsi, son absence a probablement provoqué l’inclinaison du minaret au cours du temps.

Fig. 27. Dessins schématiques des tombeaux allongés.

De plus, on remarque la présence d’une sépulture allongée au niveau de la chambre funéraire à plan circulaire, juxtaposée à la salle de prière. Celle-ci est quasi-semblable à celles existant dans le cimetière avoisinant. Selon la population locale, cette tombe est attribuée à une sainte autochtone. Son lieu de sépulture joue le rôle de mzâr, fréquenté régulièrement par les dévots, surtout les femmes et les malades(13).

9- Style architectural et essai de datation
Le monument étudié semble avoir une architecture de type vernaculaire(14). L’usage des matériaux locaux et la mise en œuvre des techniques traditionnelles confirment cette classification. Ainsi, l’édifice se trouve en harmonie avec son site. A priori, il s’agit d’une intégration architecturale « par rupture » ou « par contraste »(15). En effet, l’aspect badigeonné du monument s’oppose amplement au paysage rocailleux environnant. Cette apparence contribue à sa mise en valeur dans le site dominé par la couleur ocre de la pierre calcaire couverte de patine.
De plus, il paraît que le portique précédant le monument n’appartient pas à la morphologie initiale de l’édifice et qu’il fut ajouté à une époque ultérieure. Ceci est clairement perceptible au niveau de la photo d’archive annexée. D’ailleurs, les angles de l’édifice furent renforcés par des colonnes engagées dans les murs. Celles-ci figurent aujourd’hui au niveau de la façade du portique.

Fig. 28. Vue ancienne sur le monument (Fond d’archives Poinsot, INHA Paris).

De plus, l’architecture du monument s’apparente fortement à celle de plusieurs monuments ibadites des régions du Mzab, de l’île de Djerba et de Djebel Naffoussa. Vu leur proximité géographique, on assiste au passage libre des courants architecturaux présents dans ces territoires voisins. Ainsi, les édifices situés dans ce périmètre partagent plusieurs caractéristiques communes, la plus importante étant la couverture à coupoles. De la même façon, la morphologie de la salle de prière rappelle fortement celle des mosquées ibâdites implantées à Djerba, d’autant plus qu’on y retrouve un registre ornemental semblable existant dans toute la région du sud tunisien, voire même en Libye(16). En effet, cette ornementation figurant au niveau de la salle de prière, est semblable à celle des mosquées de Djerba et de Djebel Naffoussa(17). Ces influences sont également présentes au niveau du minaret de l’édifice dont la morphologie globale, mis à part son aspect penché, est assez fréquente au niveau des mosquées de l’île de Djerba. De plus, l’association entre grotte et salle de prière figure souvent dans l’architecture religieuse de Djerba(18). Seulement, les espaces troglodytiques des mosquées de l’île sont creusés verticalement. Dans le cas étudié, il s’agit d’un espace troglodytique horizontal, juxtaposé à la salle de prière. Ceci affirme l’originalité du monument étudié(19). D’ailleurs, selon A. Louis, l’espace de cette grotte semble antérieur à celui de la salle de prière à coupoles(20). Ceci reste à confirmer par des indices archéologiques ou historiques. De plus, la couverture à coupoles est fréquente dans plusieurs monuments du pays, surtout dans les régions rurales du sud tunisien. A titre d’exemple, on cite sa forte ressemblance avec la zaouïa de Sîdî Mustapha Ibn ‘Azzûz, située dans le village de Bnî ‘Îssa à Djebel Matmata(21).

Fig. 29 et 30. Vues extérieures sur sur la zaouïa de Sîdî Mustapha, village de Bnî ‘Îssa (Djebel Matmata).

En outre, la morphologie du monument s’apparente à celle des mosquées de Lybie(22). En effet, la couverture à coupoles est fréquente dans l’architecture de plusieurs monuments religieux de ce pays, à l’instar de la mosquée de la Chamelle (Jâma’ al-Nâka)(23) à Tripoli. Cette disposition existe également dans l’architecture des édifices de la ville d’Oued Souf, au sud-est de l’Algérie(24). A priori, l’usage de ce type de couverture obéit à des conditions variées : le critère fondamental est d’ordre symbolique, attaché à l’emploi de la coupole au niveau des espaces à vocation religieuse. Cet usage suit également des conditions d’ordre thermique(25). En effet, la construction de ce type de toiture, pour couvrir des édifices publics ou domestiques, sert à apaiser la chaleur suffocante de cette région désertique à climat aride. 

Fig. 31. Vue sur une mosquée à Oued Souf en Algérie.          Fig. 32. Toiture de la mosquée al-Nâka à Tripoli.

Outre l’amélioration des conditions thermiques, la mise en œuvre des toitures à coupoles est plus facile, comparée à celle des autres types de voûtes. Cette technique permet également de bâtir de petites coupoles pour couvrir des espaces de faibles proportions. Ceci permet d’assurer une meilleure division de l’espace intérieur, et de prévoir des extensions, sans toucher à la structure de la toiture de l’édifice.

Fig. 33. Vue sur les coupoles de la mosquée.                     Fig. 34. Principe constructif de la salle à coupoles.

Cependant, au niveau du monument étudié, les neuf coupoles couvrant la salle de prière ne sont pas semblables. On y perçoit une coupole centrale possédant une base surélevée par rapport à celles des voûtes fermées avoisinantes. Ceci peut renvoyer à des influences ottomanes affectant l’aspect de l’édifice : a priori, il s’agit d’un style vernaculaire légèrement métissé. D’ailleurs, ce critère pourrait probablement refléter l’aspect officiel de l’édifice, voire même la prospérité du malékisme au profit du rite ibadite(26). Ainsi, vu l’absence des inscriptions de datation et le silence des sources historiques, l’édifice demeure difficilement datable. A priori, son caractère vernaculaire métissé, porte des influences probablement ottomanes. Ceci peut aider à le faire remonter, sous son état actuel, à l’époque moderne (au-delà du XVIIe siècle). A ce stade, d’autres questions méritent plus d’investigations : en premier lieu, quel est le rôle de l’espace troglodytique annexé à la salle de prière ? Serait-il le noyau d’une salle de prière originelle à laquelle fut ultérieurement ajoutée une mosquée ? En fait, la morphologie irrégulière de cette grotte ne vérifie pas les caractéristiques communes d’un espace de prière et ne comporte pas de Mihrâb. A priori, cet espace peut correspondre à un lieu de retraite ou khûlwa, auquel une mosquée fut probablement annexée(27).

Fig. 35 et 36. Vues intérieures sur les bases des coupoles de la salle de prière.

Conclusion
Loin d’être un mythe tombé dans l’oubli, l’histoire des Sept Dormants serait l’un des points d’interférence entre les cultes chrétien et islamique. Elle constitue une invitation à méditer sur l’expérience de la réincarnation citée dans les deux religions monothéistes, voire même un appel à la méditation rappelant la résurrection du corps lors du Jugement dernier. De plus, la mosquée étudiée renvoie à une expérience humaine fortement symbolique rattachée à un culte populaire propre à la communauté du village de Chenini. Outre son rôle de diffusion de la foi musulmane, cet édifice est rattaché à la légende locale des « Gens de la Caverne » de Chenini. De ce mythe principal découlent plusieurs légendes locales transmises à travers les différentes générations. A ces valeurs s’ajoutent le caractère sacré de l’architecture du monument. En effet, l’existence de la grotte, de la couverture à coupoles, ainsi que les proportions peu ordinaires des sépultures annexées à la mosquée, répondent quasiment au contenu de ce mythe. De plus, vue la proximité de vestiges datant de l’époque romaine, on peut songer à la survivance de pratiques cultuelles locales. Ainsi, ce monument serait-il témoin de la continuité du peuplement de la région, voire même de la survivance de certaines croyances païennes ou monothéistes à travers le temps.  D’autres questions capitales restent à méditer : cet édifice serait-il authentique ou reconstruit vers 1321H. (1903) ? Sinon, quels seraient les traits du monument originel ? Le minaret penché serait-il contemporain à la salle de prière ou plus tardif ? Les tombes allongées seraient-elles contemporaines à la mosquée ou encore plus anciennes ? Le monument relève-t-il de l’architecture libyenne ou imite-t-il celle de l’île de Djerba ? Finalement, s’il s’agit d’une mosquée funéraire associée à un cimetière plus ancien, à quelle époque remonteraient les tombes allongées ? Cette étude n’est pas exhaustive puisqu’elle permet d’ouvrir des pistes scientifiques rattachées à plusieurs domaines de la recherche. Il reste certainement encore beaucoup à expliciter à propos de ce monument qui n’a pas encore dévoilé tous ses mystères.

Relevés architecturaux 

Fig. 37 et 38. Plans de la mosquée des Sept Dormants à Chenini-Tataouine (Relevés personnels).

Fig. 39 et 40. Elévations de la mosquée des Sept Dormants à Chenini-Tataouine (Relevés personnels).

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Notes

(1) On a eu l’occasion de réaliser l’étude architecturale et urbanistique relative au projet de mise en valeur du village de Chenini-Tataouine. On a également suivi l’exécution des travaux se rapportant à ce projet durant la période allant de 2006 à 2012, en tant qu’architecte principal à l’Institut national du patrimoine de Tunisie. Le suivi de l’exécution de ce projet fut réalisé en collaboration avec les services de l’Inspection régionale du patrimoine du Sahel Sud.
(2) Au niveau de ce site, on ne distingue pas d’alignement visible de structures de murs. On perçoit seulement des blocs de pierre éparpillés dans le site qui se différencient difficilement du paysage rocailleux environnant. André Louis y décèle « les vestiges d’une petite citadelle, ainsi que de nombreuses grottes ». A. Louis, 1975, p. 46.
(3) L’espace étudié peut correspondre à une « grotte » puisque, selon le dictionnaire Larousse, ce terme désigne « une excavation naturelle ou artificielle, ouverte à la surface du sol ». En parlant des habitations du village de Chenini, A. Louis évoque que « Despois a donné une nomenclature quasi exhaustive des possibilités que peut revêtir l’habitat souterrain : grottes élémentaires, habitations troglodytiques à plan horizontal, type en profondeur à cour réduite, type en profondeur à grande cour ». A. Louis, 1975, p. 229. Selon cette classification, cette grotte peut correspondre à un « espace troglodytique à plan horizontal » puisqu’il ne s’agit pas d’une habitation mais d’un espace religieux.
[4] Ces tombes ressemblent aux sépultures mégalithiques. Celles-ci désignent, selon l’encyclopédie Universalis, « tout monument funéraire en gros appareil, ou même en blocs rocheux bruts, ainsi que de grandes pierres plantées isolément ou en cercleLeur structure repose sur l’entassement de blocs de pierres de grandes dimensions. Ils servent souvent de lieu de sépulture collective ou individuelle, sans pour autant que la structure interne soit constituée de gros blocs. En général, les tombes mégalithiques épousent la forme de rectangles très allongés. Ils sont formés de pierres plates brutes et paraissent appartenir, en grande partie à la période de la préhistoire ». A priori, les tombes de ce cimetière pourraient être qualifiées de « tombes géantes » ou de « formes allongées » puisque leurs largeurs varient entre 0.60 et 1.20 m, alors que leurs longueurs peuvent aller de 4 à 6 m.
(5) D’autres décors épigraphiques figurent au niveau des arcs de la salle de prière et peuvent comporter des dates ou noms de personnages. Cependant, ils sont difficilement lisibles à cause de la réalisation successive de travaux de restauration ou la pose consécutive de couches de peinture au niveau des murs intérieurs.
(6) Selon le dictionnaire Larousse, le terme « mastaba » désigne « un monument funéraire trapézoïdal (abritant caveau et chapelle) construit, en Égypte, pour les notables de l’Ancien Empire ».
(7) Un verset coranique mentionne que le nombre des fidèles est connu seulement par Dieu et par quelques personnes « élues ». Le nombre de sept n’est donc pas évoqué : les Dormants sont au nombre de 3, 5 ou 7, accompagnés de leur chien. Ultérieurement, celui-ci est baptisé Qitmir selon la tradition orale.
(8) Dans le culte chrétien, « vers l’an 500, Jacques de Saroug, évêque de Batnæ en Syrie, fait l’éloge des Dormants d’Éphèse, dans une des 230 homélies composées en syriaque. L’histoire se déroule au temps de la persécution de l’empereur Dèce (règne de 249 à 251) contre les chrétiens. » E. Gibbon, 1983, p. 993. Ainsi, les Sept Dormants devaient être « sept jeunes nobles de la cité d’Éphèse en Asie Mineure qui sont persécutés au milieu du IIIe siècle de notre ère par l’empereur Dèce pour avoir refusé d’apostasier. Ce dernier les emmure vivants dans une grotte où ils s’étaient réfugiés, les condamnant à une mort certaine. Mais eux se réveillent beaucoup plus tard, au milieu du Ve siècle, comme s’il ne s’était passé qu’une seule nuit. Ils sont découverts et le miracle authentifié par l’évêque d’Éphèse, puisque l’Empire est devenu chrétien… Cette finalité est d’autant plus forte en islam que les Dormants sont les seuls à avoir ainsi ressuscité…Le mythe des Sept Dormants a connu très rapidement une double diffusion géographique, en chrétienté d’abord, puis dans le monde islamique naissant… où le miracle s’est fixé localement, donnant lieu à des cultes populaires.» M. Pénicaud, 2011.
(9) Les ruines romaines voisines seraient désignées sous le nom de « Takyanos ». Ce toponyme pourrait renvoyer au nom de « Decius » (Decianus), l’empereur persécuteur cité dans la légende. A. Louis, 1975, p. 47.
(10) « Ainsi, Tâhart, la capitale des imams rustumides, offrait aux chrétiens une place privilégiée ; selon Ibn al-aghîr, l’endroit le plus haut de la ville s’appelait « al-kanîsa », c’est-à-dire l’église… Le village ibadite d’Îdûnâ, déjà habité sous les Romains, semble devoir son nom à un groupe de donatistes qui se seraient réfugiés là au IVe siècle pour fuir la répression de l’orthodoxie chrétienne…Les Nafûsa restent chrétiens pendant encore= =environ un siècle, par opposition aux gouverneurs arabes ; vers 740, au contact des premiers dissidents khârijites dont la révolte contre l’occupant est beaucoup plus active que l’opposition pacifique des chrétiens, ils abandonnent le christianisme pour le khârijisme, sans passer par l’étape sunnite, dans le but d’affirmer leur particularisme berbère vis-à-vis des Arabes.» V. Prévost, 2012, p. 3-5.
(11) « Les Sept Dormants ont figuré sur différents calendriers dont celui des Grecs, des Latins, des Russes ou encore des Abyssins. Ils étaient auparavant commémorés le 27 juillet dans l’Eglise latine, et sont désormais célébrés, selon le calendrier byzantin, le 4 août (jour supposé de leur emmurement) et le 22 octobre (jour de leur réveil).» A. Neuve-Eglise, 2008.
(12) Dans le culte islamique, le défunt dans sa tombe est allongé sur le côté droit et regarde en direction de la Qibla.
(13) D’autres mythes populaires sont également attribués à ce monument. En effet, on raconte qu’au fond de la grotte, on a bâti un mur qui vient obstruer l’espace contenant les sépultures des Sept Dormants. Un jour, quelqu’un a voulu démolir cette paroi et a introduit sa main dans cet espace. Celle-ci a été complètement brûlée. Depuis, tous ceux qui ont essayé de s’introduire dans cet espace deviennent victimes de peines et de problèmes.

(14) « Le terme vernaculaire est souvent attribué à un ensemble de bâtiments faisant partie d’un même mouvement de construction. Un bâtiment vernaculaire est caractéristique non seulement d’une région donnée, mais aussi d’une classe sociale qui l’a fait construire…Ainsi, l’architecture vernaculaire est soumise à la diffusion des morphologies, des techniques de construction et des décors reflétant le cadre général de la région d’implantation…Ce type de bâtiments fait souvent appel aux matériaux disponibles sur site et met en œuvre des techniques souvent traditionnelles.» A. Ladhari, 2017, p. 884.
(15) En architecture, le terme «intégration» signifie «l’insertion efficace d’un élément dans un ensemble… Les moyens d’intégration sont multiples jusqu’au paradoxe… la brutalité de la rupture contribue à l’efficacité de la signification.» M. Woitrin, 197, p. 17.
(16) On cite le cas de la mosquée de Sîdî Sabbêh (سيدي الصباح) datée du XVIIe siècle. R. Mrabet, 2002, p. 549.
(17) « Ces signes doivent être rattachés à la vaste grammaire de motifs traditionnels que les Berbères utilisent depuis l’époque néolithique. Ces formes géométriques, peut-être des animaux ou des végétaux stylisés à l’extrême, avaient à l’origine une signification, souvent magique, mais dans de nombreux cas leur sens s’est perdu. On les retrouve tant dans les tatouages que dans les broderies, les tapis, les bijoux ou les poteries. Ils sont ici combinés, sans doute dans le but de protéger l’édifice, offrant dès lors au lieu de prière un décor qui échappe totalement aux arts décoratifs musulmans classiques ».R. Mrabet, 1996, p. 76.
(18) On peut citer le cas de la mosquée de Welhi (جامع ولحي), où on retrouve une inscription évoquant la date de 1071 H. (1660). R. Mrabet, 1996, p. 319. 
(19) « Parmi les raisons qui ont poussé les Ibadites à creuser ces lieux de culte, la plus évidente est la recherche de fraîcheur, puisque ces pièces sont tempérées toute l’année… À Djerba, de nombreux locaux utilitaires sont d’ailleurs souterrains comme les huileries ou les ateliers de tissage. Outre cette raison pratique, on considère souvent que l’architecture souterraine des mosquées pourrait être liée à la condition des Ibadites schismatiques qui auraient aménagé des lieux de prière secrets pour échapper aux persécutions. Aucun texte ne prouve cependant que leurs mosquées auraient été volontairement détruites par les chrétiens ou par d’autres musulmans… Il paraît probable que la peur de la persécution n’est pas la véritable cause de cette architecture souterraine, d’autant que les Ibadites djerbiens ont construit nombre de mosquées fortifiées pour résister aux attaques. Il faut plutôt la mettre en rapport avec l’un des plus anciens cultes berbères, le culte des grottes, autrefois considérées comme la demeure des divinités. Après s’être convertis à l’islam, les Berbères restèrent fidèles à ces lieux sacrés et les associèrent généralement à des défunts connus pour leur piété ; il y en a plusieurs dans le djebel Nafûsa (Lewicki, 1967 : 15-17). Les Ibadites auraient ainsi perpétué à l’époque musulmane l’un des principaux cultes des anciens Berbères. » V. Prévost, 2009.
(20) A. Louis, 1975, p. 47.
(21) N. Boukhchim, 2010, p. 284.
(22) On n’a pas trouvé d’exemples similaires parmi les mosquées médiévales datées de Djebel Naffoussa.
(23) La composition de la mosquée de la chamelle suit vraisemblablement le modèle classique des mosquées libyennes : chaque ensemble de quatre colonnes forme un module surmonté d’arcs légèrement brisés supportant les quarante-deux petites coupoles couvrant la salle de prière. A priori, ce monument date du Xe siècle et compte parmi les plus anciennes mosquées de Tripoli. Collectif, 1980, p. 39-41.
(24) Al-Oued, également appelée Oued Souf, est une commune de la wilaya d’al-Oued située au sud-est de l’Algérie, à proximité des frontières tuniso-libyenne. Cette ville est surnommée « Ville aux mille coupoles. Le nom  d’«Oued» signifie en arabe cours d’eau dans les régions du Maghreb. Le terme «Souf», semble son équivalent en berbère, signifiant également « rivière ». A une époque ancienne, des cours d’eau auraient sillonné cette région.
(25) « L’usage des coupoles est bénéfique pour la protection des locaux contre les changements brusques de température. Ces couvertures voûtées forment de véritables isolants thermiques, surtout lorsque l’épaisseur des murs porteurs et de la voûte est assez importante ». A. Ladhari, 2017, p. 831.
(26) La toiture à coupoles demeure la composante du bâtiment la plus exposée aux intempéries. Cette couverture a certainement été restaurée à plusieurs reprises au cours du temps.
(27) Cette hypothèse devrait cependant être vérifiée par l’association des données archéologiques et historiques.

Pour citer cet article

Aida Ladhari, » Mosquée des Sept Dormants à Chenini-Tataouine : étude architecturale et historique « , Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines [En ligne], n°6, Année 2018.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=5059

Auteur

*Assistante ISAM – Université de Jendouba.

Pour une image territoriale émotionnelle via les sites publics tunisiens


06 | 2018

Pour une image territoriale émotionnelle via les sites publics tunisiens

Ines Ben Khemis Debbiche (*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

Les acteurs touristiques doivent actualiser et faire progresser l’image territoriale tunisienne via le web, en s’accordant aux règles de ce monde virtuel et aux enjeux de cette stratégie promotionnelle. L’attractivité envers le produit touristique doit être appréhendée dans une nouvelle démarche où cohabitent l’imaginaire et le réel territorial. Ainsi, l’image du tourisme tunisien s’attache à la manipulation formelle des éléments sensoriels du produit territorial, donc à son contenu et aussi à son expression. Il est opportun de repenser en des termes efficients, l’adéquation entre la stratégie design et le marketing territorial par laquelle l’immatériel appréhende le matériel du produit touristique tunisien à promouvoir.

Entrée d’index

Mots-clés : touriste potentiel, stratégie promotionnelle, sites publics tunisiens.

Plan

Introduction
1-Cadre descriptif et analytique: la nature de l’offre touristique et de l’organisation promotionnelle
2-Cadre réflexif et conceptuel portant sur la nouvelle scène promotionnelle de l’image territoriale tunisienne    

Texte intégral

Introduction

De nos jours, le numérique est indissociable de notre vie, présent partout, il vise tout le monde et se rattache à presque tous les domaines. Le secteur touristique n’est nullement épargné. En effet, c’est le premier domaine impacté par les technologies de l’information et de la communication, plus souvent appelé «TIC». Traditionnellement, pour organiser notre voyage, nous faisions appel aux agences spécialisées, mais avec l’innovation technologique, l’écran de l’ordinateur devient une vitrine sur le monde, à partir de laquelle nous pouvons sélectionner une destination pour un éventuel voyage. C’est désormais sur le web que semble se jouer la décision du futur touriste. Par une évolution de pratiques commerciales et communicationnelles, le dit touriste est devenu hybride, nomade et multi-écrans. Effectivement, avec l’avènement du numérique, l’information touristique s’est dématérialisée et ce, en multipliant les éventualités de ses traitements, en acquérant l’accès à distance via des ordinateurs connectés entre eux, en délocalisant l’information par les réseaux et en changeant par là même de support, de lieu de conservation et de stockage. En outre, l’émergence des technologies de l’information et de la communication et en particulier l’éclatement de la bulle Internet, a donné corps à un marché mondial offrant d’importantes perspectives économiques, notamment un moyen novateur de réaliser des transactions baptisées E-tourisme.
Le touriste potentiel est connecté en permanence et interroge le web à la recherche de tentations émotionnelles particulières lui permettant de vivre une expérience touristique singulière. Il est devenu évident que les TIC constituent une source d’opportunités incontestable pour le domaine touristique dont il faudrait s’emparer. En effet, elles accordent la possibilité d’accéder à un marché touristique plus vaste, sans limites ni frontières. Cependant, les TIC présentent également d’importants défis qu’il conviendrait de surmonter. En effet, l’implémentation et le développement du domaine touristique via le web nécessitent une stratégie de redéploiement à tous les niveaux. Cette situation jouera par la suite un rôle crucial dans le développement et la croissance économique et impactera directement la promotion et l’épanouissement du domaine touristique. Ainsi, dans un environnement concurrentiel de plus en plus tendu et un contexte économique mondialisé, la Tunisie doit impérativement faire face à son image territoriale de destination qualitative. Cette image via le web doit présenter une offre diversifiée et persuasive aussi bien sur le plan communicationnel qu’en matière de prestation promotionnelle. Ce critère de bonne image à promouvoir devrait être la préoccupation principale essentielle des acteurs touristiques.
Le tourisme constitue une activité économique majeure en Tunisie. Il joue un rôle important pour rapprocher les gens, les pays et les régions. En plus, c’est un secteur promu au rang de secteur stratégique étant donné que ce dernier assure un pourcentage élevé des recettes en devises et représente une part essentielle de l’économie du pays. Comme préalablement signalé, ce secteur connaît depuis une dizaine d’années de profondes transformations issues, en partie, du développement de nouveaux systèmes de diffusion informationnelle. Une telle complexité a le mérite de ne pas limiter le secteur touristique tunisien à des pratiques dominantes classiques qui s’avérèrent inappropriées aux mutations actuelles du tourisme mondial. En effet, ces évolutions s’inscrivent encore dans une optique dominée par les pourvoyeurs du service touristique et qui gagnent à être redistribuées auprès du touriste potentiel, afin d’interroger d’autres registres d’innovations touristiques.
Les acteurs touristiques doivent donc optimiser leurs promotions et leurs commercialisations, en s’adaptant aux contraintes et aux enjeux du numérique et par là-même, aux enjeux de cette nouvelle stratégie promotionnelle qui préconise des aptitudes propres à elle. Dans ce sens, pouvons-nous prétendre que les produits touristiques tunisiens via le web sont vendables ? Existe-t-il une considération de la demande et une connaissance de la nature de l’image territoriale à promouvoir ? Quelle est la nature de la stratégie de communication et de promotion adoptée par les professionnels du tourisme tunisien ? Comment l’image territoriale doit-elle être évoquée et par quels moyens ?
Sur l’écran de l’ordinateur le produit touristique tunisien fuit. Ce n’est pas qu’il se dérobe consciemment à l’entendement, mais c’est plutôt parce qu’on ne sait pas s’en emparer. En effet, les acteurs touristiques ont pris l’habitude de se focaliser presque exclusivement sur l’aspect fonctionnel en négligeant la composante sensorielle et émotionnelle, perçue à tort comme un ajout décoratif et gratuit dans un monde interactif à imaginer. C’est ce qui explique, d’ailleurs, le fait que les designers ont été pendant longtemps très réceptifs aux besoins strictement matériels de l’échange : la rapidité de téléchargement, la fonctionnalité des pages web… etc. Incontestablement, la promotion du tourisme tunisien n’est pas en phase avec le développement spectaculaire des technologies de l’information et de la communication, d’où l’impératif de rendre ce tourisme conciliable à ce monde interactif.
Dans ce vaste univers commercial et numérique, l’association de l’acteur touristique-designer, susceptible d’introduire la touche émotionnelle et de veiller sur la réactivité du futur touriste, brille par son absence. Alors qu’on mise constamment sur la bonne identité visuelle du produit touristique à promouvoir, sur sa déclinaison cohérente et sur la création de son univers visuel marchand. Hiutema(1)annonce que les concepteurs sont en train de construire le plaisir, mais il n’est pas là où nous le croyons. Ils le cherchent seulement dans la transposition de la réalité, mais ils se sont aperçus que cela n’était pas suffisant. Une grande partie de l’avenir des hommes se joue sur le Net. Tel est le défi qu’il faut désormais relever.
Si le futur de l’Homme se bâtit dans l’espace web marchand, il sera opportun de repenser cette stratégie commerciale et communicationnelle en des termes efficients où l’immatériel appréhende le matériel. Reboul et Xardel(2)mentionnent le propos de Ségala qui considère que « Notre communication d’aujourd’hui est charnelle… à nous communicants, de transformer en langage simple, sensible et talentueux. (…) Dès lors, qui mieux que notre peuple d’imaginants peut faire couler dans ses tuyaux virtuels le sang des poètes ». Par la suite, la communication et la promotion numériques définissent-elles une nouvelle industrie du produit touristique tunisien ?
Dans ce même prolongement d’idées, pouvons-nous avancer l’hypothèse qu’il s’agirait d’un nouveau genre d’image territoriale à promouvoir ?
Internet est aujourd’hui un canal majeur pour la promotion et la commercialisation de la destination Tunisie. Si on ne s’y met pas, on risque fort de disparaître en tant que destination touristique. Et, en tout état de cause, l’open sky ne pourrait réussir que si l’E-tourisme est opérationnel. Il est important d’exploiter à bon escient les technologies de l’information et de la communication en tant qu’outil principal stimulant les émotions du touriste potentiel et le convaincre de choisir la Tunisie comme destination de voyage. Pouvons-nous dire que la stratégie promotionnelle du tourisme tunisien est une nouvelle façon de voyager et de consommer le produit territorial ?
Nous annonçons d’abord que cette stratégie promotionnelle ne doit pas se limiter à une caractéristique communicationnelle et encore moins à une caractéristiques technique. En effet, l’image territoriale tunisienne n’est autre que l’image de la stratégie promotionnelle du produit touristique dans l’optique d’une perspective économique. Ainsi, cette notion d’image territoriale doit être gouvernée du point de vue organisationnel et communicationnel car comme l’annonce Tison(3)« L’homme s’est effacé devant le réel. Il ne retient désormais que ce qu’il voit». Ensuite, ladite stratégie doit être reconsidérée comme un dispositif interactif, ayant un fonctionnement qui lui est propre, des points de vues intentionnels, matériels, ergonomiques et cognitifs. Il est à préciser que la communication de ce dispositif ne peut être gratifiante qu’à travers l’articulation des divers moyens relationnels et émotionnels stimulant le touriste potentiel. La prise en considération de cet aspect conversationnel influe sur l’approbation du produit à promouvoir. Dans ce sens, pouvons-nous dire que cette stratégie touristique via le web s’articule en réalité sur le mode de réception du produit touristique par le touriste potentiel ? N’est-il pas nécessaire de s’interroger sur l’aspect sensoriel de cette stratégie marchande, relançant et valorisant ledit produit ?
Dans ce monde pragmatique à souhait, la stratégie design semble être une opportunité pour le marketing territorial, un moyen de promouvoir autrement les produits touristiques et de se faire connaître dans une économie globalisée. En effet, par cette position nous affirmons le rapport direct de la stratégie design au marketing territorial, qui devront fonctionner normalement de manière connexe. Dans ce contexte, ce qui nous intéresse dans l’application de la stratégie design, c’est de promouvoir le produit touristique à travers son scénario marchand qui doit être muni d’une valeur fonctionnelle et émotionnelle. Ainsi, ledit produit va être perçu par le touriste potentiel comme une valeur ajoutée, édifiant par la suite l’image territoriale de la Tunisie. Cette réflexion constitue ainsi dans le cadre de ce travail, un percept fondamental apportant la lumière sur la nature des bouleversements qui doivent accompagner la bonne gouvernance de la stratégie promotionnelle du territoire tunisien via le web.
Pouvons-nous donc admettre que cette stratégie doit se fonder sur un système sensoriel possédant une proclamation cognitive déclinée en deux versants? D’une part, une fonction d’organisation de la réalité territoriale et, d’autre part, une fonction de structuration des instances cognitives et ergonomiques forgeant une ossature contreà laquelle la pensée du touriste potentiel peut s’adosser ?
Il est vraisemblable que cette stratégie promotionnelle ne doit pas concerner seulement la surface perceptible et manipulable du système représentatif de la stratégie promotionnelle. Elle incorpore également tous les composants conçus et réalisés, en plaçant au centre de la préoccupation la qualité de représentation, la souplesse d’utilisation, le confort hédonique, le contexte d’utilisation… etc. En somme, tous les éléments favorisant la qualité du produit touristique tunisien, pour être promu dans une meilleure stipulation ; reproduisant par la même une excellente image territoriale du pays. Aussi, cette stratégie devrait-elle perpétrer l’imaginaire du touriste potentiel, en prenant en considération sa cognition, son émotion et son comportement d’usage. Cette interdépendance paraît non assurée et mériterait une réflexion plus approfondie. S’inscrivant dans cette logique, nous sommes amenés à changer de réflexion et à reconnaître que la stratégie marchande du produit touristique et de l’image territoriale tunisienne n’est autre qu’un procédé interactif ayant des potentiels d’action cognitifs et ergonomiques. Alors, est-il possible de considérer le produit touristique tunisien comme étant un produit sensoriel lié à une qualification technologique ?
Pour l’intérêt de ce travail, la promotion de l’image territoriale se rattache à la manipulation formelle des éléments sensoriels du produit touristique à promouvoir, donc à son contenu et à son expression via le web. Ce qui confirme, comme nous l’avons susdit, à scruter ledit produit ainsi que sa scénarisation comme étant un média de communication et nous incite à opter pour une autre approche promotionnelle, livrant ainsi certaines bases de la stratégie design au profit du marketing territorial.
Cette prise de position nous permet d’évaluer ce thème de travail d’un point de vue plus qualitatif. L’analyse de l’environnement promotionnel via le web engage sans doute une étude sur le mode conceptuel et représentatif du produit touristique. En d’autres termes, une réflexion sur le mode de rapprochement et d’acquisition du produit touristique tunisien par le touriste potentiel. Cette approche, ouvre de nouvelles perspectives pour repenser cette stratégie promotionnelle, prenant réellement en compte ledit touriste en tant qu’acteur principal autour duquel s’articule l’ensemble du scénario commercial et communicationnel. Nous avons établi une analyse des sites publics dirigés par l’office du tourisme tunisien qui apparaît comme l’unique canal imposant l’image à promouvoir. Nous présentons ci-contre, une synthèse du travail élaboré justifiant les réflexions affirmées plus haut :

Cas d’étude : les sites publics dirigés par l’office du tourisme tunisien

Le but de ce travail repose sur l’identification de l’interprétation du touriste potentiel au moment de la visite du site. A partir de cela, nous pourrons comprendre la logique de la dynamique promotionnelle de l’image territoriale qui s’élabore à travers le scénario marchand. Ces examens s’appuient alors sur l’observation de plusieurs situations d’usage et d’analyse de notre propre pratique.
Ce statut d’observateur auquel nous sommes adossés et que Perriault(4)explique comme suit « D’expérience, l’usage est très difficile à observer. Les utilisateurs ne se servent pas en continu des appareils, ni quand les chercheurs sont là, sauf pour leur faire plaisir. C’est au chercheur, s’il veut respecter la pratique du sujet, de se plier à ses rythmes et à ses temps. Par ailleurs, l’acte de se servir d’un appareil est souvent impossible à décrire, car il est complexe et en partie machinal. La personne observée n’a souvent qu’une conscience partielle de ce qu’elle est en train de faire. L’entretien ne suffit donc pas. Il faut pour regarder et, pour comprendre ce qu’on voit, savoir pratiquer soi-même ».
Cette analyse du dispositif marchand nous engage à interpréter les aspects ergonomiques et cognitifs des faits sensoriels observés. Par conséquent, il convient de présenter et de considérer l’image territoriale promue, en développant les fonctions ergonomiques et cognitives du scénario marchand représenté, afin d’en exposer les incidences subséquentes. Par la suite, nous présenterons en premier lieu une description et une analyse portant sur la nature de l’offre touristique et de l’organisation promotionnelle. Dans un premier temps, nous définirons le type du produit touristique et la nature de l’image territoriale générée. Ensuite, nous déterminerons les aspects sensoriels de l’espace web et du produit touristique exposé en rapport à la fonction ergonomique et cognitive. Dans un second temps, nous énoncerons le cadre réflexif et conceptuel portant sur la nouvelle scène promotionnelle de l’image territoriale.
En premier lieu, considérer l’imaginaire touristique comme fondement pour le marketing territorial. En deuxième lieu, considérer l’emploi des aspects cognitifs et ergonomiques comme un mécanisme révélateur de l’expérience touristique.

1- Cadre descriptif et analytique : la nature de l’offre touristique et de l’organisation promotionnelle

Le cadre descriptif et analytique est fondamental pour faire comprendre le rôle et la place de la communication sensorielle dans le dispositif marchand de l’image territoriale et pour amorcer ultérieurement, une vraie stratégie communicationnelle du produit touristique tunisien. Ainsi, cette étude est relative à l’analyse des aspects sensoriels de la stratégie marchande et de l’image territoriale promue. D’abord, nous définirons la nature de l’offre touristique. Ainsi, nous chercherons à savoir si les produits territoriaux représentés via l’espace web, sont facilement reconnaissables et identifiables et nous cernerons par la-même, la nature de leurs messages. Ensuite, nous déterminerons les aspects sensoriels des produits touristiques représentés et de l’espace web de circulation. De ce fait, nous annoncerons les fonctions ergonomiques et les fonctions cognitives subséquentes établies selon des méthodes conceptuelles relatives à la relation homme-machine.

1.1.La nature de l’offre touristique

En choisissant les seize sites publics dirigés par l’office du tourisme tunisien, nous découvrons une image territoriale diversifiée de la Tunisie. D’une part, ladite image est banalisée par une stratégie promotionnelle standard et non réfléchie. En effet, les professionnels ont voulu repositionner le pays en tant que destination de rêve par une fausse idéalisation du réel, étalant tous azimuts les richesses du pays: balnéaire, humaine, touristique, naturelle, agricole… etc. Comme présenté ci-contre, les images représentées sont des clichés n’identifiant pas le produit territorial tunisien authentique. Dans cette logique, la valorisation de l’image, la stratégie territorialisée, la création d’une identité et l’affirmation d’une authenticité, sont des éléments de différenciation dont les personnels de l’office n’ont pas toujours perçu l’importance.


 

 

Fig.1,2,3,4. Images représentatives du produit territorial tunisien
Source:http://www.tourisme.gov.tn/le-ministere/etablissements-sous-tutelle/office-national-du-tourisme-tunisien.html

D’après ces illustrations, les professionnels du métier cherchent à séduire le maximum de touristes potentiels. Pour être efficace, ils axent donc leur stratégie sur la multiplication et la saturation des images de ce genre. Il s’agit physiquement de matraquer le touriste potentiel et peu importe la qualité du message ou de son exactitude. Au total si l’on s’intéresse à la stratégie de communication utilisée, nous pouvons émettre quelques doutes sur son efficacité. En effet, la multiplication des supports visuels ou encore textuels ne permet plus une véritable compréhension du message territorial. Elle ne facilite pas non plus la mémorisation qui est pourtant un point essentiel de la technique de communication promotionnelle. Ces images prises souvent dans une base de données ne renvoient pas nécessairement au pays et peuvent refléter n’importe quel patrimoine du monde. Rien ne renseigne qu’il s’agit d’un panorama typiquement tunisien, transformant de ce fait, l’image du produit d’un pays en un attrait financier et informatique utilisant des images qui ne sont autres que des clichés et stockées dans des banques d’images. Ce désinvestissement de l’image traduit le vide du contenu.
En effet, dans l’image le contenant a une relation arbitraire avec le contenu, conséquemment nous sommes face à une image arbitraire. Ceci révèle un choix aussi arbitraire sans aucune relation psycho-affective avec le lieu, entraînant de la sorte un destinataire arbitraire. D’autre part, certaines images touristiques sont irréelles, elles présentent une déformation de la réalité touristique et peuvent induire le futur touriste en erreur et le conduire à une incompréhension du produit touristique, par une certaine confusion des genres (voir ci-contre).

Fig. 5. Capture d’écran de la vidéo le plaisir de découvrir
Source:http://www.tourisme.gov.tn/le-ministere/etablissements-sous-tutelle/office-national-du-tourisme-tunisien.html

Cette promotion cherche alors à capter des flux particuliers, mais également à montrer la diversité des activités proposées qui ne se résument pas au seul balnéaire. On a donc là un message promotionnel destiné à une clientèle pour laquelle la découverte, la détente, le bien-être, les contacts humains et la recherche de l’amitié, sont primordiaux. Quelque soit le but recherché, cette promotion présente toutefois des messages caractéristiques, visibles tant à travers les illustrations qu’à travers les textes qui les accompagnent. Il faudra, tout de même ajouter que ce voyage, initiative d’une femme seule traversant la Tunisie comme le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, n’est pas aussi réaliste. La trame de ce film, c’est la marche, qui rencontre des gens sécurisants, respirant le grand air et s’échappant dans le désert, donnant par la suite l’idée que la Tunisie est une échappée. Cependant la jeune voyageuse se fourvoie dans les clichés et ce chemin de la découverte et du hasard s’oppose au vrai tourisme tunisien qui est un tourisme programmé : bus, excursion, planification, guide touristique, pas ou peu de contact avec les autochtones donc pas de mixité, ni d’échange social. En effet, ce genre de tourisme pédestre n’est pas très conseillé pour une femme seule vu le harcèlement pratiqué dans notre pays. Ainsi ce décalage va créer une dissonance entre la réalité et l’image de communication qu’on veut donner. Ce type de représentativité créera donc un rejet définitif du produit à promouvoir.
En guise de conclusion, nous pouvons affirmer que ces stratégies communicationnelles visent à attirer les touristes potentiels. Or, pour être attractif et répondre à la demande, un territoire doit être compétitif. Il incombe donc aux élus comme aux forces économiques de fédérer les acteurs locaux autour d’un même objectif : renouveler l’image territoriale tunisienne en se tournant vers la crédibilité, l’identité et le nationalisme territorial. En effet, ladite image est très importante, c’est ce qui va lui permettre de construire une réputation solide auprès de ses futurs touristes. La communication visuelle contribue à cet objectif que ce soit pour des opérations de branding ou de marketing ciblé. L’image représentée devient donc une clé de la stratégie pour se positionner tout en haut des divers classements qui font ou défont la réputation du produit touristique tunisien.
Autrement dit, il s’agit de prendre au sérieux la représentativité communicationnelle du produit touristique, destiné à mettre en scène attractivité et identité territoriale forte, capable de se distinguer de la concurrence.

1.2. L’organisation promotionnelle

L’étude de l’organisation promotionnelle est relative, comme préalablement signalé, à l’exposition des fonctions ergonomiques et cognitives du produit touristique exposé et de l’espace web comme étant un espace de circulation et l’enveloppe dudit produit. Nous commencerons en premier lieu, par l’analyse des aspects sensoriels de l’espace web et en deuxième lieu nous exposerons ensuite celle du produit touristique représenté.

1.2.1.Analyse des aspects sensoriels de l’espace web

Nous considérons l’espace web comme étant l’enveloppe et le contenant de la stratégie promotionnelle. Dans ce cas, son examen ergonomique et cognitif semble essentiel car ces deux fonctions ont un impact sur la perception de l’espace web et par extension du contenant qui est le produit touristique à promouvoir. Cette analyse ne préjuge nullement des fonctions techniques. Nous proposons dès lors d’analyser l’atmosphère(5)marchande, par l’exposition des voies sensorielles qui requièrent d’être définies. En effet, d’après plusieurs écrits et études, le concept d’atmosphère est souvent nécessaire dans le cadre du paradigme Stimulus-Organisme-Réponse (SOR)(6). Zghal et Aouinti(7)déclarent que Mehrabian et Russel considèrent l’environnement comme un stimulus contenant des signaux, influençant les évaluations internes de l’individu, qui à leur tour créent des réponses d’approche et/ou d’évitement envers le produit d’achat.

  • Analyse ergonomique

Avant d’entamer l’analyse ergonomique, nous présentons la structure de l’espace web. Ce site promotionnel se compose d’une page d’accueil, structurée selon quatre lieux (voir figure ci-contre). La structure générale du site est arborescente et la nature de la navigation est exploratrice et directive qui s’établit selon un parcours défini. Ainsi, le type de contenu reflète la réalisation d’une tâche exécutée par le touriste potentiel. Nous remarquons également une complexité affichée au niveau de la circulation dans les divers lieux exposés, ainsi qu’une perte de temps. Cette situation influence, à notre sens, le comportement du touriste potentiel et peut générer une lassitude voire son abandon de l’exploration.

Fig. 6. Structure des sites publics dirigés par l’office du tourisme tunisien

Nous exposons à travers le tableau ci-joint une synthèse récapitulative de l’analyse ergonomique relative aux 4 lieux préalablement définis.

Tableau 1. Analyse ergonomique des sites publics dirigés par l’office du tourisme tunisien

Nature et type du signe Nature de la figure rhétorique Nature et type de la gestion narrative Nature et type du parcours Nature et type de la navigation
Chaque emplacement est un indice : changement du curseur du mode flèche en mode doigt.  

Cette permutation désigne une continuité de navigation et d’exploration.

Elle est polysémique. Manuelle par l’usage de la souris, visuelle par la lecture des textes et visualisation des vidéos et auditive par l’audition des vidéos. La gestion narrative doit créer un rapport de correspondance entre la destination et les informations exposées. Il y a deux types de métaphores. Une métaphore locale qui sollicite un réel imaginaire et une réelle évasion. Elle invite le futur touriste à voyager à travers le lieu à explorer. Une métaphore globale relative à la mise en scène exposée. Elle renforce la promotion du produit et de l’expérience touristique. Ils sont indiciels par le changement du curseur du mode flèche en mode doigt, émettant par la suite un niveau de guidance. Ils sont explorateurs relatifs à la réalisation d’une tâche précise.

Résultats

D’après cette analyse nous remarquons que le défilement de l’espace web est long et l’existence de plusieurs pages et sous-espaces à visiter. Les différents lieux sont encombrés par des couleurs, textes, des photos, des vidéos et des liens. Ceci engendre une manipulation excessive et une redondance de l’information. Il y a une volonté du développement du concept polysémique pour la stimulation de plusieurs sens. La circulation paraît aussi très complexe.

Conclusion

Il est impérativement primordial de repenser l’aspect ergonomique de l’espace web afin qu’il exprime au mieux un scénario interactif qui sous-entend l’approche promotionnelle. Dans ce cas, le touriste potentiel a plus de contrôle sur l’espace qu’il visite et sur le produit touristique qu’il cherche. Ces facteurs sont reliés à des concepts spécifiques au domaine technologique, créant un confort perçu de l’espace marchand et par extension du produit touristique énoncé. En effet, Westphalen(8)évoque que Boulaire et Mathieu fixent cinq apparences de la circulation sur un site à savoir : le plaisir, l’évasion, l’éveil/stimulation, la détente et le contrôle. Chacune de ces apparences forme une sous-dimension de la dimension hédoniste et adhère par conséquent à la création de la promesse émotive de l’espace web envers l’internaute. Cette dimension hédoniste peut de façon directe et indirecte, par le biais de la promesse émotionnelle, collaborer à l’accroissement et au renforcement de la conduite de l’internaute envers le produit à vendre. Ces apparences renforcent aussi la notion d’expérience hédoniste, car elles renvoient aux émotions, sensations, fantasmes et imaginations éprouvés par l’internaute. En effet, l’attrait émotionnel pour un espace marchand et l’incitation de celui-ci à y rester, ne peuvent être que les sensations et les émotions procréées chez lui, durant sa démarche exploratrice de l’espace marchand. Dans ce sens, comment s’établit dans l’espace web, la mise en scène ergonomique, afin de concevoir une prestation touristique ?

  • Analyse cognitive

Nous définissons la dimension cognitive de cet espace web promotionnel, comme renvoyant à son contenu sensoriel ; soit la capacité de l’espace à fournir une sensorialité variée, enrichissante et exhaustive. Ainsi, nous analysons les trois isotopies particulières relevées dans cet espace, à savoir : la nature et le type du code sensoriel, le fonctionnement du code sensoriel et le degré global d’intégration de chaque code sensoriel.

Tableau 2. Analyse cognitive des sites publics dirigés par l’office du tourisme tunisien

Code topographique Code chromatique Code tactile Code auditif
La forme de l’espace web est un plan vertical composé d’un arrière-fond et d’un avant-plan qui est un espace de circulation. Ce dernier comprend divers lieux, dont la forme est similaire à son contenant, disposée verticalement ou horizontalement.

Ce positionnement et cet emplacement sont relatifs à la structuration de la mise en scène promotionnelle.

Une omniprésence des couleurs primaires : bleu, rouge et jaune et des couleurs secondaires : vert, orangé et violet. Ces dernières sont révélatrices de deux apparences. L’une indicielle, spécifiant un prolongement dans le parcours et dans la navigation. L’autre comme un guide visuel qui délimite, fragmente et met en valeur les sous-espaces à visiter.

Ces codes couleurs définissent aussi l’apparence balnéaire, géographique, climatique et territoriale du pays.

Ce code est développé à travers l’usage et la manipulation de la souris. Ce code est exploité à travers l’audition des vidéos exposées.

Résultats

Il y a une volonté de structurer l’espace web à travers l’usage des codes chromatiques et de créer même un soi-disant équilibre à l’intérieur. Sauf que cette action cause une surcharge visuelle qui trouble amplement la lecture et la mémorisation du message promotionnel. Les emplacements à parcourir sont nombreux, mal exploités et excessivement colorés. Cette conception dérange le visuel, la navigation et la mémorisation du contenu. L’usage de la souris est itératif, procurant une expérience déplaisante.

Conclusion

Suite à cette analyse, nous remarquons que l’aspect cognitif de cet espace web marchand est négligé et pas suffisamment pris au sérieux. Cet aspect ne fait pas appel aux sens multiples du touriste potentiel, dont le dedans et le dehors spatial peuvent interagir et fusionner, Bachelard(9)le constate « L’espace est tout, car le temps n’anime pas la mémoire. La mémoire chose étrange n’enregistre pas la durée concrète, la durée au sens bergsonien. On ne peut revivre les durées abolies. On ne peut que les penser, que les penser sur la ligne d’un temps, abstrait privé de toute épaisseur. C’est dans l’espace que nous trouvons les beaux fossiles de durée concrétisés par de longs séjours. L’inconscient, séjourne. Les souvenirs sont immobiles, d’autant plus solides qu’ils sont mieux spatialisés ». Par ailleurs, Ponty(10)énonce que « L’espace est en soi, ou plutôt, il est l’en-soipar excellence, sa définition est d’être en soi ». Dans ce sens, ne faudra-il pas reconstruire cet espace web marchand afin de le rendre plus interférant et plaisant pour le touriste potentiel ?

1.2.2.Analyse des aspects sensoriels du produit touristique

Dans cette partie et suite à l’analyse précédemment menée, nous procéderons à l’étude de la fonctionnalité du produit touristique dans l’espace web défini. En effet, le produit rassemble une grande variété d’éléments. De Grandpre(11)a signalé que Medlik et Middleton ont considéré le produit comme un assortiment d’activités, de services et de bénéfices, constituant l’expérience touristique dans sa globalité. Comme le produit touristique peut être l’ensemble des activités réalisées par le touriste potentiel, à partir du moment où ce dernier pénètre dans ledit espace web, nous étudierons donc la fonctionnalité relative à son aspect ergonomique et cognitif.

  • Analyse ergonomique

Cette analyse n’interpelle pas l’étude du produit touristique exposé, mais représente plutôt l’étude des codes sensoriels relatifs à l’objectif promotionnel exposé. Il y a lieu de définir les différents processus ancrés que sont la nature et type de l’image du produit touristique, la modalité d’apparition et son type de présentation, la nature de la figure rhétorique (expliquer le type et la nature des métaphores de dispositifs utilisés, la nature du fonctionnement et son degré global d’intégration au but commercial) et la nature et le type de la gestion narrative (repérer les axes sémiotiques développés).

Tableau 3. Analyse ergonomique de l’image du produit touristique exposé

Nature de l’image Modalité d’apparition La nature de la figure rhétorique Nature et type de la gestion narrative
Trois natures : réelles : prise de
photo. Construite : affiche publicitaire. Traitée ou retouchée : idéalisation de l’image. Fixe, défilante et animée (présentation de vidéo et trois dimensions virtuelles). La figure rhétorique relative aux :  

– photos réelles : valoriser la richesse et la diversification territoriale.

– photos de synthèse ou traitées : faire vivre à l’internaute une expérience touristique hors du commun.

– photos traitées : construites par des logiciels, ayant un rôle publicitaire et informatif.

La nature de la gestion narrative est polysémique car elle stimule le visuel et l’acoustique. La gestion narrative est une correspondance entre la destination et les informations exposées pour convaincre le touriste potentiel.

Résultat 

Une volonté de diversification des codes sensoriels. Cette action cause une redondance et une surcharge visuelle qui troublent amplement la lecture et par la suite la compréhension du message promotionnel. Une attente infructueuse lors de la manipulation des images est peut-être à ce moment-là non interactive. Cet usage n’obéit pas par la suite aux règles ergonomiques liées à la relation Homme-Interface.

Conclusion

Notre but est de représenter l’image du produit le plus fidèlement possible en nous basant sur deux aspects fondamentaux : un plan structurel et un contenu, afin de stimuler le touriste potentiel. Au risque d’un échec, c’est à la fois le produit touristique et l’image du pays représenté qui perdent de leur crédibilité. Dans ce cas, nous nous intéressons à l’aspect ergonomique dans l’appréhension du produit touristique et à son impact sur l’évaluation de l’expérience touristique. De telles impressions influencent le choix futur du touriste potentiel. En effet, sa pratique dans l’expérience du voyage via un espace web, pourra affecter l’image des prestations et de la destination.

  • Analyse cognitive

Cette étape de notre recherche se base notamment sur le rapport entre le produit touristique et les stimuli sensoriels évoqués chez le touriste potentiel. Ainsi, la fonctionnalité cognitive nous permet d’étudier la relation entre ledit touriste et les méthodes d’application de la configuration du produit touristique à promouvoir. L’objectif est alors de contribuer à la réussite du projet touristique à partir des représentations mises en œuvre. En effet, la multiplicité des champs permet d’attirer un maximum de touristes. Nous considérerons dans cette prospection les diverses mises en concordance des produits touristiques cognitifs, pour exalter le sens de la représentativité du produit touristique. Cette représentativité n’est autre, comme antérieurement soulevé, qu’une relation entre la perception visuelle et ce qui est exposé devant nous à travers l’espace web marchand. D’après le tableau ci-joint, nous nous intéressons à l’étude de la relation entre touriste et image représentée du produit touristique :

Tableau 4. Analyse cognitive de l’image du produit touristique exposé

Code topographique Code chromatique Code tactile Code auditif
Les formes des images sont rectangulaires ou carrées, de diverses proportions (grande, moyenne et petite), en rapport à leur positionnement, à leur emplacement dans l’espace et  aussi au scénario promotionnel dévoilé. Les couleurs exploitées sont : le bleu, le jaune, le vert et le rouge. Elles sont dominantes et font référence à l’esprit du terroir et à l’environnement du pays. Ce code est développé à travers l’usage de la souris, pour agrandir une image, ouvrir un lien, visualiser et écouter une séquence vidéo. Ce code est énoncé à travers  l’emploi des vidéos

Résultat

Le nombre des images exposées est excessif et sature l’espace. Par conséquent, la composition d’image illustrant le scénario promotionnel est encombrant et non mémorisable. La qualité chromatique dépend du format des images. Plus l’image est grande, plus elle est captivante. Cette qualité vire vers le flou quand il s’agit de moyen ou encore de petit format, ce qui la rend illisible et non attirante. La qualité auditive est plaisante, ce qui génère une interactivité envers les vidéos exposées. Par contre, la qualité tactile est mauvaise car la manipulation de la souris est démesurée. Cette apparence génère une lassitude et une envie d’abandonner.

Conclusion

En synthèse, le produit touristique dans l’espace web marchand peut-être appréhendé selon l’interactivité cognitive qui est composée par des stimuli touchant l’ensemble des sens du touriste potentiel. En effet, plus ces stimuli sont de bonne qualité, plus le produit est perçu comme riche et varié. Sachant que le futur touriste manifeste des réponses émotionnelles, cognitives et comportementales éveillées par les éléments sensoriels exposés, l’aspect cognitif du produit touristique à promouvoir est de rigueur. Il implique une autre prise en considération qui influe par la suite sur l’image du pays.

2- Cadre réflexif et conceptuel portant sur la nouvelle scène promotionnelle de l’image territoriale tunisienne

L’étude fonctionnelle établie préalablement propose la mise en scène d’un dispositif interactif et émotionnel. Cette vision défend la position d’une gouvernance de la stratégie promotionnelle, générant de ce fait, une valorisation du produit à promouvoir et octroie une image territoriale de marque. Cette stratégie n’est plus uniquement une offre à scruter mais plutôt une expérience à adopter. Par conséquent, cette approche émotionnelle et interactive se doit d’engendrer une nouvelle relation entre ladite stratégie et le touriste potentiel. Cette dernière asseoit une valeur nouvelle à l’image territoriale tunisienne, selon un nouveau scénario promotionnel et avec de nouvelles expériences à vivre.
Nous développerons cette partie comme suit : nous définirons, dans un premier temps, l’imaginaire touristique comme le fondement d’une nouvelle représentativité promotionnelle du produit territorial et nous déterminerons son rapport à l’expérience touristique émotionnelle. Puis, dans un second temps, nous mettrons l’accent sur l’approche cognitive et ergonomique comme ossature de ladite expérience.

2.1. L’imaginaire touristique, ou le fondement du produit territorial 

Nous considérons l’imaginaire comme étant une évocation mentale suscitée par la vue d’une image, mais il n’est en aucun cas une connaissance, puisqu’il naît d’un désir personnel et émotif. En effet, Bachelard(12)affirme que « L’imagination n’est pas, comme le suggère l’étymologie, la faculté de former des images qui dépassent la réalité, qui chantent la réalité. Elle est une faculté de surhumanité ». C’est en se basant sur cette réflexion que notre intention est d’atteindre un objectif communicationnel et commercial, dont seule l’expérience émotionnelle est de rigueur. Le touriste potentiel débute son voyage dès son entrée dans l’espace web. Chaque portail ouvert lui permet de déambuler dans un labyrinthe d’images et le rapproche un peu plus de la destination souhaitée, qui est pour nous l’image du territoire via son imaginaire personnel. Ainsi, les clichés du territoire qui sont mis en valeur ont une fonction essentielle dans notre appréhension de l’inconnu. L’espace territorial désigné au touriste potentiel est un espace médiatisé par des représentations imagées, qui le plongent vers la destination choisie. Ces images doivent être fidèles à la réalité et doivent aussi être authentiques, afin d’attirer et fidéliser le futur touriste.
L’imaginaire, véritable voyage spirituel, fait du tourisme territorial une quête de sens, de synesthésie, de sensations et de projections afin de mieux découvrir ce côté fascinant et mystérieux de la destination touristique choisie. Ce déplacement mental est décisif puisqu’il met en avant à la fois l’imaginaire collectif, mais également l’imaginaire personnel/intime de chaque touriste potentiel conditionné selon ses propres préférences, désirs ou émotions. De ce fait, l’effet produit par l’image territoriale sur le touriste potentiel est un élément essentiel dans la mise en place d’un espace web.
Le choix des produits touristiques à exploiter est donc décisif dans l’attrait et la fidélisation du client. Le regard plonge dans l’image pour ne retenir que l’émotion ressentie, seule importe l’impression d’émerveillement. Le futur touriste veut voyager, peu importe parfois la destination, « voyager » devient une fin en soi. L’émotion ou le plaisir éprouvés devant un monument, un paysage ou autre, peut influencer ledit touriste dans son choix. D’abord, ne pas évoquer des images touristiques non réelles et non fidèles au produit territorial tunisien, ou encore qui présentent une déformation de la réalité touristique. Ensuite, briser l’image stéréotypée de la Tunisie, en tant que destination balnéaire (belles plages), de paysages sahariens (le fameux dromadaire) ou de costumes traditionnels (la djebba). Dans ce cas, nous insistons sur la cohabitation du traditionnel avec la modernité. En effet, la Tunisie est un pays artistique, la promotion des artistes tunisiens doit être redorée. Citons l’exemple de la région du Kef et l’île de Djerba (voir figures ci-jointes), elles ont vu leurs ruelles égayées par le street art, re-customisant et octroyant à ces lieux un style moderne.

Fig. 7. Street art dans la région du Kef
Source : http/tunisie.co/galleries/593

Fig. 8. Street art dans l’île de Djerba
Source : http://www.laboiteverte.fr/djerbahood-du-street-art-en-tunisie/

La promotion du produit artisanal doit également être mise en avant. Modernisé et revisité, le produit traditionnel oscille entre design et coutume ancestrale, qu’il soit mobilier, luminaire, accessoire de mode… etc. Il faut admettre que le design artisanal a réussi à faire ses preuves.

Fig. 9. La marque de lunette Vakay
Source : https://touch.facebook.com/vakay.eyewear/ ?__tn__=CH-R

Fig. 10. La marque de mobilier rock the Kasbah
Source : http://www.oranjade.com/fr/2_rock-the-kasba

Fig.11. Bijou by HABIBA jewellery.
Source: https://local.habiba.tn/storia-di-floria/.

Enfin, promouvoir des endroits insolites car la Tunisie regorge d’endroits autrement plus riches et stupéfiants que ceux qui sont habituellement présentés. Prenons l’exemple de la table de Jugurtha(13)au nord-ouest du pays, dans la région de Kalaat Snen (voir la figure ci-contre), où a eu lieu, au printemps 2015, le festival du cerf-volant.

Fig.12, 13. La table de Jugurtha
Source : https://www.pinterest.fr/pin/482448178829722033/ ?lp=true

Sans oublier les maisons d’hôtes (voir ci-contre), dont le décor oscille entre tradition et modernité, qu’il s’agisse d’un gîte en plein milieu de forêt, d’une maison pieds dans l’eau ou encore d’une maison au cœur d’une oasis.

Fig. 14. Dar El Bhar à Hammamet
Source : http://www.voyage-tunisie.info/maison-de-charme-dar-el-bhar-a-hammamet/.

Fig.15. Dar Hi à Nefta
Source : http://mashmoom.blogspot.com/2011/03/dar-hi-hotel-tunis.html.

La reconstruction de la tradition se situe dans une perspective qui postule et envisage la promotion du pays entre passé, présent et avenir. Ainsi, le patrimoine culturel établit un lien entre le passé d’une collectivité ancrée dans la tradition et son présent, dans le cadre d’une modernité impliquant l’ouverture des frontières au tourisme externe. Cette démarche nous a permis de mettre en exergue la notion d’expérience promotionnelle à l’intérieur d’un espace web, en nous basant sur les émotions et le ressenti du touriste potentiel par le biais de son aspect holistique.

2.2. De l’approche cognitive et ergonomique comme fondement de l’expérience  sensorio-émotionnelle :

L’approche cognitive et ergonomique privilégie dans ce travail une prospection émotionnelle à travers un système de représentations sensorielles en rapport avec les contraintes homme-machine. La stratégie marchande du produit touristique tunisien doit être sensorielle et persuasive, ayant des propriétés cognitives et des potentiels d’actions correctement établis.  Par la suite, l’attraction du touriste potentiel à travers l’usage du dispositif promotionnel est nécessaire. La représentativité dudit produit n’est plus uniquement une offre à scruter mais aussi une expérience touristique à vivre. A partir de ce fondement fonctionnel, nous nous proposons d’établir une accommodation des processus cognitifs et ergonomiques mis en œuvre pour une représentativité promotionnelle et conventionnelle. Pour ce faire, nous exposons ci-joint ce schéma qui préconise l’expérience émotionnelle convoitée à travers une relation triangulaire.

Fig.16. Fondement de l’approche cognitive et ergonomique
Source : Exécution personnelle

En premier lieu, l’expérience au sein de l’espace web doit être reconsidérée de façon à pousser le touriste potentiel à circuler avec aisance et avec émotion et à exploiter au mieux les divers produits touristiques exposés. Le web comme stimulus excitera son imaginaire en créant chez lui une projection mentale d’un espace à la fois réel et rêvé. En effet, comme l’atteste Bachelard(14)« Par l’imagination nous abandonnons le cours ordinaire des choses. Percevoir et imaginer sont aussi antithétique que présence et absence. Imaginer c’est s’absenter, c’est s’élancer vers une vie nouvelle». De ce fait, ledit touriste se verra comme transporté dans l’espace web à circuler librement et jouer ainsi le rôle de facteur sensoriel distinctif, collaborant à bouleverser ses intentions comportementales. L’idée fondamentale à déployer consiste à ce que l’aspect fonctionnel qui sera représenté forme conjointement l’alliance entre expérience et émotion proférant la logique de cette expérience promotionnelle et émotionnelle.
En deuxième lieu, le produit touristique ne se limite pas seulement, comme préalablement précisé, à incarner un idéal par des représentations iconographiques, mais il s’étend également à l’univers mental du touriste potentiel par la pensée. C’est la manière dont le produit touristique est mis en avant qui sera décisive dans le choix dudit touriste. Ainsi, en stimulant son regard par des structures cognitives et ergonomiques adéquates, nous optimiserons la réussite promotionnelle du produit touristique et nous favoriserons par la suite son identité territoriale.
L’heure est donc venue de se repositionner clairement sur le marché international, en orientant cette stratégie communicationnelle et marchande vers une autre politique de représentativité. Cela tendra à accroître la satisfaction des touristes potentiels en répondant à leurs attentes et à leurs exigences. Il s’agit alors de miser sur une représentativité émotionnelle, qui est l’ensemble des perceptions et des attributions qu’un touriste entretient avec sa propre représentativité. Cet intérêt pour la sur-représentativité émotionnelle, redouble l’effort et le travail dans le sens d’une conjoncture du marketing territorial et du design. Cette alliance est donc axée sur l’innovation sensorielle et en tant que faire technologique axé sur les TIC.

Bibliographie

Sources et références

Bachelard G,1992, L’air et les songes, Essai sur l’imagination du mouvement, Le livre de poche, coll. Biblio essais, Paris.
Bachelard G, 1993, L’eau et les rêves,Essai sur l’imagination de la matière,Le livre de poche, coll. : biblio-essai, Paris.
Bachelard G, 2001, La poétique de l’espace,Quadrige Paris.
De Grandpre F, 2007, « Attraits, attractions et produits touristiques, Trois concepts distincts dans le contexte d’un développement touristique régional, Tourisme et attractivité », in Revue de recherche de tourisme. Téoros, 26-(2), p.12-18.
Hiutema C,1996, Et dieu créa l’internet, Paris.
Merleau-Ponty M,1964, L’œil et l’esprit,Gallimard, Paris.
Perriault J, 1989, La logique de l’usage,Flammarion, Paris.
Reboul P et Xardel D, 1999, Commerce électronique, technique et enjeux,Eyrolles, Paris.
TISON C, 1989, L’èredu vite, Balland, Paris.
Westphalen M,1990, Le communicator. Le guide opérationnel pour la communication d’entreprise, Dunod, Paris.
Zghal M et Aouinti N, 2010, Le rôle des facteurs situationnels et personnels dans l’explication de la réalisation d’un achat impulsif : Une application du modèle S.O.R, Cairn(2), 113-121. DOI récupéré le 23 avril 2016 : 10.3917 :rsg.242.0113.

Notes

(1)C. Hiutema, 1996.
(2)P. Reboul et D. Xardel, 1999, p. 3.
(3)C. Tison, 1989, p.15.
(4)J. Perriault, 1989, p.16.
(5)L’atmosphère d’un espace marchand est relative à son ambiance sensorielle.
(6)Le modèle SOR fait référence au béhaviorisme, les fondateurs du mouvement béhavioriste : Thorndike, Watson et Skinner. Ce mouvement souhaite faire de la psychologie une science expérimentale et conditionner le sujet par des stimuli, des réponses externes à lui par des comportements. Le béhaviorisme radical est énoncé par J. Watson en 1913. Quand on parle de comportement, on entend tout mouvement, activité ou manifestation observables et mesurables d’un organisme. Et le béhaviorisme s’intéresse à ce comportement. Ce dogme domine la psychologie de 1920 à 1960.
(7)M. Zghal et N. Aouinti , 2010, p.113-121.
(8)M. Zghal et N. Aouinti , 2010.
(9)G. Bachelard, 2001, p. 28.
(10)M. Merleau-Ponty, 1964, p.47.
(11)F. De Grandpre, 2007, p.12-18.
(12)G. Bachelard, 1993, p. 25.
(13)La Table de Jugurtha est une curiosité naturelle de 1 271 mètres d’altitude formée de falaises tombant à pic de tous les côtés. Couvrant une superficie de plus de 80 hectares, ce rocher deviendra une forteresse (kalaa) de rebelles résistant longtemps aux troupes du bey de Tunis sous la direction de leur chef Senan.
 (14)G. Bachelard, 1992, p. 8.

Pour citer cet article

Ines Ben Khemis Debbiche, » Pour une image territoriale émotionnelle via les sites publics tunisiens « , Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines [En ligne], n°6, Année 2018.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=4741

Auteur

*ESSTED-Université de la Manouba.

L’imaginaire perceptible dans le cinéma fantastique de Tim Burton Impact de la technologie sur la scène filmique


06 | 2018

L’imaginaire perceptible dans le cinéma fantastique de Tim Burton
Impact de la technologie sur la scène filmique

Mejda Achour (*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

La technologie cinématographique est un facteur primordial qui contribue à la matérialisation de l’imaginaire des réalisateurs du fantastique. Plus précisément, nous allons aborder l’impact de la technologie sur l’imaginaire cinématographique fantastique de Tim Burton qui baigne dans un enchevêtrement du réel et de l’irréel, fondé sur une conception filmique entre la rationalité et l’irrationalité fictive. Ainsi, notre recherche va nous permettre de découvrir les astuces et les différentes modalités techniques, technologiques, conceptuelles et artistiques. Ces modalités sont les moyens de transposition qui transforment l’imaginaire immatériel, imperceptible, invisible burtonien en un univers cinématographique prolifique, onirique, perceptible, polysémique et universel.

Entrée d’index

Mots-clés :l’imaginaire perceptible, le cinéma, le surréalisme, Tim Burton.

Plan

Introduction
1-L’imaginaire perceptible et le fantastique    
2-Le cinéma fantastique et Tim Burton
3-L’évolution technologique dans la représentation de l’imaginaire perceptible dans le film fantastique « Frankenweenie » de Tim Burton 

Texte intégral

Introduction

Quand nous fermons les yeux, nous n’avons aucune relation visuelle entre nous-même et le monde extérieur. En revanche, notre liaison devient auditive, olfactive et tactile. Nous pouvons percevoir les choses grâce aux indices des autres sens qui formeront par la suite une image latente dans notre cerveau. Donc nous imaginons la forme, la matière, la texture… de cette chose. Mais lorsque nous ouvrons les yeux une autre réalité apparaît qui pourrait être l’absence totale. Nous remarquons alors que le visible est intimement lié à l’invisible sans pour cela qu’il y ait une liaison évidente avec la réalité.
La pensée n’est pas le réel mais elle peut se concrétiser lorsque nous la voyons et qu’ensuite nous la touchons. L’homme exprime ses pensées sous forme de défoulement oratoire matérialisé par la voix, et expressif, par une action ou même une illustration. Les preuves de l’existence de la pensée seront donc visibles, perceptibles et palpables.  Mais quand elles restent sous une forme latente dans le cerveau, elles seront refoulées en images irréelles, immatérielles, impalpables, imaginaires et invisibles dans l’inconscient.
Le fantastique provient de l’imaginaire humain, plus précisément de nos fantasmes, rêves et cauchemars. Puisque ces derniers selon Freud sont les images de notre intériorité. Donc le but de cette recherche est de savoir comment lire et décoder un message simplexe, réel et irréel, à travers les films fantastiques de Tim Burton, et ainsi de voir et d’analyser l’impact technologique sur les scènes cinématographiques en termes d’évolutions techniques et graphiques entre 1984 et 2012.
Pour déterminer le corpus, il faut connaître la démarche de notre analyse. Nous essayons de décortiquer et d’analyser les images et les séquences des films fantastiques à travers ses composantes et ses caractéristiques techniques, graphiques et conceptuelles. Cette démarche cherche une éventuelle relation entre les codes et formes visuels et les messages conceptuels transmis par le réalisateur du fantastique. En effet l’analyse s’effectuera sur deux versions du film fantastique « Frankenweenie » l’une de 1984, l’autre de 2012, réalisées à partir d’un seul scénario, mais conçues selon deux technologies différentes.
L’image filmique fantastique passe par un long processus pour arriver à transmettre les concepts et les idées du réalisateur à toutes les générations.
Cet article interroge les relations qui existent entre les signes du réel perceptible et les signes irréels dans le cinéma fantastique de Tim Burton.

Quelle est la différence entre l’imaginaire et le réel ? Que signifie l’imagination créatrice ? Qu’est-ce que l’imaginaire perceptible ?
Qu’est-ce qu’une image filmique fantastique ?
Comment pouvons-nous réussir à transmettre l’imaginaire perceptible à travers un film fantastique ?
Quels sont les moyens techniques et conceptuels de l’imaginaire fantastique chez Tim Burton ? Comment pouvons-nous sentir la différence entre l’imaginaire filmique et le monde réel ?
Quel est l’impact de l’évolution technologique dans la représentation de l’imaginaire perceptible dans l’image fantastique de Tim Burton ?

L’imaginaire perceptible et le fantastique

1-L’imaginaire perceptible

L’imaginaire(1)vient du mot image et n’existe que dans l’imagination. C’est la faculté de produire des images mentales. Il est considéré comme le fruit du cerveau humain et se manifeste sous forme d’images latentes inspirées de la réalité et liées à plusieurs facteurs attachés au passé vécu et à l’environnement socioculturel et psychologique de l’individu.
Ces images sont des représentations de scènes ou de mythes qui sont indissociables de la réalité. En effet, chacune de ces images se fonde sur des concepts polysémiques(2)sociaux et en même temps individuels. Ces multiples sens possèdent des caractères communs identifiables par la majorité des récepteurs qui ont vécu dans des environnements similaires. C’est pour cela que les signes et les symboles présents dans l’image sont facilement décodés par l’observateur. Cependant, d’autres signes et codes de l’image restent flous et inconnus, car il y figure des codes personnels propres à la psychologie du créateur.
Selon Jean-Paul Sartre, l’imaginaire est lié à la psychologie et à la phénoménologie de l’imagination, cette dernière retraçant les théories de l’image mentale depuis Descartes. L’imagination apparaît sous forme physique et mentale. Les limites perçues entre le réel et l’imaginaire paraissent totalement évidentes et claires car l’imaginaire produit une rupture totale avec la réalité et le monde réel. Cela est le résultat de la distinction par notre conscience humaine, comme l’affirme Jean-Paul Sartre lorsqu’«il distingue trois types de conscience»(3). «Sartre distingue alors clairement la perception et l’image produite par mon esprit. L’image, issue de la conscience imageante, n’est pas la réalité, elle n’est pas l’objet qu’elle représente: elle n’est qu’un rapport à l’objet dont l’observateur a fait l’expérience»(4).
L’objet perçu est l’objet qui existe dans la réalité et qui ne dépend pas de notre conscience. Par la suite, notre conscience imageante dessine l’image de l’objet sous forme d’image latente ou bien image mentale(5) et l’enregistre dans notre subconscient. Dès que nous percevons, après un certain temps, un indice relié à l’image latente enregistrée, ce dernier stimule notre conscience imageante qui fera la liaison entre cet indice réel et l’image enregistrée dans notre subconscient et se transformera par la suite en une conscience imageante.

Cet indice est nommé analogon. «Sartre définit l’analogon comme un « objet matériel qui sert pour la manifestation de l’objet imagé ». La fonction imageante est ainsi basée sur cette matière que Sartre nomme « analogon ». 
L’imagination diffère et se divise en une imagination reproductrice qui est une reproduction similaire et une traduction conforme à l’image réelle. La deuxième est l’imagination créatrice qui change, crée et innove pour donner un autre aspect de la réalité.

Notre imaginaire peut rester dans notre subconscient sous forme de refoulement, comme il peut se défouler sous différents conditions et facteurs, par le biais du « stimulus » ou « l’analogon » et à travers plusieurs moyens artistiques ou autres tel que la musique, le dessin, la peinture ou bien les rêves, les cauchemars ou les fantasmes.
L’acte de l’imagination consiste à piocher dans une référence picturale gravée dans nos mémoires, qui provient des multiples enregistrements d’images perceptibles de la vie de tous les jours, à travers notre système de perception qui nécessite un élément fondamental de la nature qui est la lumière.  En concision, nous remarquons que l’acte de l’imagination et le phénomène de la perception ont une relation instinctive indissociable, que ce soit pour la création ou pour l’analyse et la réception de l’image. Autrement dit, cela s’applique aussi à tout le système sensoriel, c’est-à-dire que la mémorisation ne se limite pas à la seule perception visuelle, mais qu’elle puise à travers nos cinq sens, engendrant ainsi cinq catégories référentielles mémorisées de chacun de nos sens.(6)

2-Le fantastique 

Le fantastique se définit à travers la littérature et l’art dans un contexte de l’anormalité, du merveilleux et de l’extraordinaire qui met en exergue l’irruption de l’irrationnel dans la vie quotidienne de l’être humain.(7) 
« Le fantastique par l’étymologie du mot qui date du XIVe siècle, provient du bas latin phantasticus, et, de son tour, du mot grec phantastikos… de phantasia (imagination).»(8)Le fantastique est un état qui sort de l’ordinaire et de la réalité, en s’introduisant, à travers la réalité imaginaire, dans les lois surnaturelles ou l’extraordinaire.
Le mot fantastique tourne autour d’un lexique synonyme qui démarre de l’imaginaire et du fabuleux en passant par le surnaturel pour accéder à l’irréel. Ainsi nous pouvons encore l’expliquer par l’inexplicable, le féerique, le mythique…
Le fantastique se nourrit de notre imagination et se développe grâce à cette même imagination qui peut se construire par les représentations de nos désirs et fantasmes. Tout ce qui est fantastique est absurde. C’est-à-dire, qu’il n’est pas en concordance avec la raison. Le concept du fantastique débute dans la littérature et dans l’art.
Baudelaire critique les tableaux fantastiques de Brueghel (1530-1600) comme étant « Quelques caricaturistes étrangers », le poète reconnaît les caractéristiques de l’hallucination et du vertige du peintre flamand en admettant que ces peintures subsistent incompréhensibles jusqu’à son époque »(9).
Nous pouvons ainsi dire que la symbolique du fantastique change à travers le temps. En effet, l’incompréhension du mystère à cette époque devint, plus tard, explicable en science. En contrepartie, surgissent d’autres phénomènes du fantastique dans la littérature qui donnent un aspect fictif au roman ou au conte de fées, à travers des représentations de l’étrange, des monstres, des créatures inexistantes, des sorcières…

Citons par exemple dans la littérature indienne et perse, écrite en arabe, Le livre des Mille et Une Nuits(10)Kalila wa Dimna(11)ou bien la traduction des contes d’Hoffmann(12). Le fantastique se propage dans plusieurs domaines artistiques.
En effet, la musique aussi est influencée par les phénomènes surnaturels dont l’œuvre de « La Symphonie fantastique »(13)ou encore l’opéra « Le Vaisseau fantôme ou le Maudit des mers »(14).
Plus tard, après la Première Guerre mondiale, naissent des courants artistiques qui ont pour thème l’horreur et le fantastique, tels que le surréalisme dans la peinture avec, parmi les pionniers, Max Ernst, Salvador Dali et leurs peintures surréalistes et fantastiques.

Ces œuvres ont marqué le surréalisme et ont beaucoup influencé les nouvelles générations de peintres, bien qu’elles existent depuis le quinzième siècle dans diverses œuvres artistiques.
Nous ne pouvons pas dissocier l’irréel du fantastique. En effet, il est admis que tout phénomène irrationnel et incompatible avec les lois naturelles s’introduit dans l’irréel et dans l’image fantastique. Cette intrusion de l’étrange dans le réel engendre chez le spectateur des émotions de stupéfaction, d’émerveillement ou bien la peur de l’inconnu.

Le cinéma fantastique et Tim Burton

1-Le cinéma fantastique

Georges Méliès (1861-1938) a été le pionnier du cinéma fantastique à travers son film (Le Voyage dans la lune, 1902) où le pouvoir d’illusion magique permet la satisfaction des fantasmes humains.
Le fantastique continue à se développer avec les expressionnistes allemands et les forts jeux d’ombres et de lumières dites ombres chinoises ainsi que les décors étranges et déformés. Citons comme exemple « Le cabinet du Docteur Caligari, Robert Wiene, 1919 ». 
Les personnages de ces films sortent de l’ordinaire : ils dépassent la morphologie humaine habituelle ; leur esprit tourmenté et excessif est celui d’une créature ou d’un monstre suggérant l’inconnu où s’immisce la peur.(15)
Ce genre de film vise à déstabiliser le spectateur à travers l’intrusion de la peur de l’inconnu qui stimulera dans son subconscient des images latentes qui se rapprochent de la réalité. Les effets spéciaux auxquels on a recours résultent des progrès scientifiques techniques et technologiques qui poussent le spectateur à croire à la véracité des images et à s’immerger dans les scènes filmiques. A cette période, le cinéma fantastique se rapproche des films d’horreur.
Vers les années 70 et 80, de jeunes réalisateurs créent des œuvres différentes et originales en puisant dans le merveilleux, les thèmes du folklore et des légendes avec Hook de Steven Spielberg en 1991, Beetle juice de Tim Burton en 1988, Peau d’âne de Jacques Demy en 1970.

2-Le cinéma fantastique chez Tim Burton

Burton est né le 25 août en 1955. Il a grandi à Burbank, en Californie, près d’Hollywood. Dès son plus jeune âge, Burton a été hypnotisé par la culture populaire et il a aimé les films de science-fiction et d’horreur. Vincent Price l’influence et l’inspire particulièrement.
Burton a étudié à Cal Arts en tant qu’animateur, et ce fut ici que Burton a été remarqué par Disney. Il a été sélectionné comme apprenti animateur, travaillant sur les films de Disney en tant qu’animateur adjoint et artiste concepteur.(16)
Depuis cette période jusqu’à maintenant les réalisations et les succès se succèdent avec Charlie & La Chocolaterie, Batman, Les Noces funèbres, Alice aux pays des merveilles, Abraham Lincoln chasseur de vampires, Big Eyes …).

L’évolution technologique dans la représentation de l’imaginaire perceptible dans le film fantastique « Frankenweenie » de Tim Burton 

Le cinéma est une représentation de l’esprit donc des idées du réalisateur à propos du fantastique dans lequel figurent plusieurs genres comme l’horreur ou le merveilleux. Cet imaginaire est perçu par l’œil artistique unique au réalisateur. « (…), elle vient de l’œil et s’adresse à l’œil. Il faut comprendre l’œil comme la « fenêtre de l’âme ». « L’œil… par qui la beauté de l’univers est révélée à notre contemplation, est d’une telle excellence que quiconque se résignerait à sa perte se priverait de connaître toutes les œuvres de la nature dont la vue fait demeurer l’âme contente dans la prison du corps (…) »(17). Donc, nous avons choisi dans notre étude de l’imaginaire perceptible deux versions du film « Frankenweenie ».
Nous allons analyser par analogie la 1ère version qui est un moyen métrage réalisé par Tim Burton en 1984(18)et la 2ème version en long métrage, qui est une adaptation du même réalisateur en 2012(19).

En 1984, tourné en noir et blanc, avec de de véritables acteurs, le moyen métrage est d’une durée de 28 minutes. Contrairement à la 2ème version en noir et blanc qui est un long métrage, d’une heure quinze minutes, réalisé en stop motion puis converti en 3D stéréoscopique.

1-Ombre et lumières

Nous allons effectuer une analyse comparative de la conception des ombres et des lumières des deux versions du film « Frankenweenie » des années 1984 et 2012.

Fig. 1. Version 1984

Fig. 2. Version 2012

Ces deux versions contiennent de nombreux points en communs. En effet, ils s’inspirent du cinéma expressionniste et de ses lumières éblouissantes et parfois choquantes. En parallèle des ombres chinoises prononcées et exagérées s’installent derrière la scène donnant une ouverture vers le monde imaginaire perceptible de Tim Burton.
Ces scènes lumineuses accentuent le tragique et la dramaturgie des situations pour véhiculer des sentiments divers chez le spectateur. Les films de Tim Burton mêlent l’horreur au fantastique et cela dans le but de garder l’enfant comme observateur principal.
Il y a deux sortes de lumière dans cette ambiance nocturne lugubre : la lumière réfléchie et une autre dirigée sur le personnage au premier plan. La prééminence de la lumière réfléchie en contre-jour, décolle et met en valeur le sujet principal.
Cette lumière en contre-jour parfait aide à rendre le contraste plus prononcé jusqu’à atteindre une image digne de l’expressionnisme allemand. En dehors du fait que la lumière illumine, met en valeur, et montre la réalité des détails, elle contribue aussi volontairement à cacher et dissimuler d’autres situations, faits et gestes. En effet, certaines ombres dominent de telle manière qu’elles supplantent même la lumière, rendant la scène plus mystérieuse encore.
Les codes(20)d’identité générique des deux films s’inscrivent dans un jeu sémantique très précis autour de l’utilisation du noir et de la lumière(21). Ils utilisent le noir comme signifiant fondamental d’une tonalité grave, sombre ou horrible. Les différentes utilisations du noir et du blanc, de l’ombre et de la lumière permettent d’organiser les plans autour de deux modes.  Le mode noir pur des ténèbres et de l’angoisse avec le blanc éblouissant reliant l’inconnu invisible sont associés aux films fantastiques et d’horreur.
Le concept principal du film est la résurrection comme étant un phénomène irréel et fantastique. La lumière joue un double rôle pour mettre en image deux stimulants appelés aussi analogon afin d’interagir avec le spectateur et de faire passer de l’émotion, de la stupéfaction et de la peur, à travers une lumière forte de l’éclairage ou bien une surexposition faciale des visages.
Le passage entre le réel et l’imaginaire se concrétise à travers des moyens techniques et technologiques afin de simuler une sensation empruntée au réel et de l’intégrer dans la scène cinématographique. Un sentiment immatériel tel que la peur pourra être transmissible grâce aux moyens cinématographiques à travers une image filmique infligeant la peur aux récepteurs.

2-Cadrage et mouvement de la caméra

Le deuxième point en commun est le cadrage(22)et le mouvement de la caméra(23). Les deux films sont dotés d’une majorité de plans(24)serrés avec des mouvements rapides et instables.

Fig. 3. Version 1984

Fig. 4. Version 2012

Fig. 5. Version 1984

Fig. 6. Version 2012

Les cadrages serrés tel que les gros plans et les très gros plans s’emploient toujours pour exagérer les sentiments du personnage cadré afin de mieux transmettre les émotions au spectateur. « Le cadrage est l’art de choisir les parties de toutes sorte qui entrent dans un ensemble».(25)Par contre les plans décadrés, les lignes obliques et la rapidité des mouvements de la caméra servent à déstabiliser l’observateur et à stimuler et accélérer la montée de l’adrénaline pour le rendre plus sensible.
Nous remarquons, malgré la grande similarité entre les plans de la première et de la deuxième version du film, une meilleure maitrise du cadrage surtout au niveau de la transmission d’un imaginaire perceptible plus expressif et plus émotionnel dans le film d’animation. En effet, l’instabilité du cadre dans la deuxième version du film d’animation tridimensionnelle est mieux élaborée grâce à la facilité d’exécution technique.

3-Son et montage(26)

Le film débute avec un drame : l’accident de voiture et la mort du chien Franky. Tim Burton annonce ce drame à travers la même bande sonore composée de note aiguës dans les deux versions. Il préfère montrer le choc de l’accident sans montrer le chien, au lieu de l’insinuer par le son du hors champ(27)via le bruitage du freinage.
C’est ici que nous pouvons parler de la 1ère modification. A la fin de cette séquence, la transition au montage passe d’un « cut »(28)à un fondu enchaîné. « Le fondu enchaîné est proprement transitif, pour autant qu’il établit un mixte indiscernable et équitablement réparti de séparation et de fusion.»(29)

Fig. 7. Version 1984

Fig. 8. Version 1984

Fig. 9. Version 1984

Fig. 10. Version 2012

Fig. 11. Version 2012

Fig. 12. Version 2012

Ce changement adoucit la transition et transmet le passage émotionnel des sentiments de colère et de douleur vers l’état de deuil et du réconfort.

4-Expression et exagération 

Le changement principal figure dans la construction des personnages, des décors(30)et accessoires(31). Nous sentons bien que le choix des acteurs dans la 1ère version se rapproche beaucoup de l’imaginaire burtonien(32), bien que l’évolution technologique ait permis une élaboration parfaite, au moindre détail dans la conception des formes physiques et physiologiques de chaque membre du personnage. Voyons la différence entre les deux matérialisations de l’imaginaire perceptible de Tim Burton.

Fig. 13. Frankenweenie 1984

Fig. 14. Frankenweenie 2012

Les expressions du visage peuvent être transformées à l’aide du maquillage cinématographique ou bien grâce à la lumière. Ce modelage réussit à rendre un simple personnage en une créature terrifiante mais cette transformation ne se mesure pas aux effets de la nouvelle technologie de création des personnages.
En effet, la technologie de la deuxième version du film donne l’opportunité de concevoir chaque détail du personnage surtout quand nous observons les modifications des expressions faciales prononcées, et cela grâce à l’exagération formelle des traits du visage qui sont devenus hors norme.

5-Métamorphose technologique 

Des visages démoniaques sortent du registre naturel, mais plus encore, ils déforment et inversent les symboles des valeurs de teint des visages. Nous remarquons que la surexposition des visages contribue à la déformation formelle puisque les degrés de gris ne sont pas diversifiés.
Donc, nous obtenons une image très contrastée entre zones d’ombre et de lumière. Les excès éblouissants de lumière accentuent les expressions et les défigurent exagérément, évoquant l’état de la mort par accident suite à des douleurs atroces. En outre, dans une autre circonstance diégétique, les visages deviennent extrêmement passifs, glacials et insensibles. Dans les deux cas, les apparences de la mort s’incarnent dans un personnage vivant. « Ils ne leur vient pas à l’esprit que de telles images ont précisément une signification poétique. Mais la poésie est là, avec ses milliers d’images de jet, d’images par lesquelles l’imagination créatrice s’installe dans son propre domaine.»(33)
Ainsi, le paranormal réside aussi dans la destruction du phénomène naturel de la vie. C’est comme l’image fantastique d’une vie après la mort où nous voyons les personnages circuler sans aucun signe de vie. D’ailleurs, nous remarquons que tout au long du film dans ses deux versions, les personnages ne mangent pas, ne boivent pas et ne dorment pas. Finalement, les codes de la vie et de la mort changent dans l’imaginaire fantastique perceptible de Tim Burton.

Leurs expressions nous terrorisent à cause d’un regard inquiet, joyeux et maléfique. C’est comme si leurs corps étaient détachés de leurs âmes et déconnectés de leurs têtes.Un regard hystérique dominant, yeux grands ouverts avec un sourire psychopathe, une allure de peluche abattue et cousue peut aussi bien représenter une victime qu’une créature démoniaque. Tim Burton réinvente le concept de la compassion.
Par contre, quand le personnage réagit avec violence suite à une douleur dans la scène, l’émotion devient plus intense, ainsi que le montre la séquence de l’accident de « Franky » avec le cri hystérique brutal de son maitre.
Face à une situation difficile et peu claire, le héros apparaît indécis, avec un regard complexe qui exprime à la fois l’inquiétude, l’incompréhension, l’étonnement et l’attention dus à l’ambiguïté de la situation.
Le thème de la déchirure, la fracture ou la brisure apparaît comme un fantasme terrifiant. Il se manifeste par des instruments ou les dégâts que ceux-ci occasionnent. Dans ce film, nous observons les blessures et les fractures du chien.
Cette contradiction entre compassion et indifférence face à une image tragique s’explique par l’émotion transmise et perceptible chez l’observateur. Entre la scène de l’accident, où nous ne voyons pas la victime, l’émotion de la douleur passe directement. En revanche, la scène de résurrection, où nous voyons le chien en morceaux, nous réjouit, malgré la présence des traces de l’accident. Ce paradoxe confirme que la douleur seule est le symptôme de la vie.
Nous sentons à la fois des frissons, de la stabilité et du bonheur.  Le récepteur finit par être perplexe entre deux émotions paradoxales et s’introduit dans l’irréel pour vivre une aventure de l’autre face cachée nocturne.
Tout ce qui est maléfique engendre des blessures aux âmes et aux corps. Cela s’exprime par une ombre dominante qui donne la chair de poule. Le maléfique suggère un pouvoir magique néfaste tel qu’on peut le retrouver dans nos cauchemars.L’image procure une sensation désagréable, floue, qui agit sur notre subconscient afin de susciter notre peur de l’inconnu.
Tim Burton joue beaucoup sur les dimensions et les proportions de chaque élément en dépassant les limites de la réalité de la morphologie humaine, pour introduire le spectateur dans le monde fictif irréel de son imaginaire fantastique. Ainsi il est parvenu à réinventer et réécrire les codes de l’imaginaire fantastique afin de les rendre perceptibles, à travers des signes polysémiques visibles et invisibles.

Bibliographie

Sources et références

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Références électroniques

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Butz Henri G., Le vaisseau-fantôme de Wagner, http://www.aasm.ch/pages/echos/ESM041067.pdf.[Consulté le 05/12/2018].

Notes

(1)«L’imaginaire fait appel à l’imagination et constitue la capacité à former des images mentales, visuelles voire sensorielles, à nous représenter un monde fictif, imaginatif, irréel. ».
Chloé Mousset-Becouze, 2014, p. 28.
« Au sens courant, l’imaginaire est le domaine (et le produit) de l’imagination entendu comme faculté créative. Pratiquement, le mot est alors employé comme synonyme de « fictif », « inventé », et opposé à réel. En ce sens, la diégèse d’une œuvre de fiction est un monde imaginaire. ».
Jacques Aumont et Michel Marie, 2002, p.107.
(2)Un terme ou une image polysémique peut contenir plusieurs sens et signification.
(3)Il distingue trois types de conscience dont nous pouvons faire l’expérience : la conscience perceptive, la conscience réflexive et la conscience imageante. La perception est la conscience qui nous permet d’observer les objets du monde réel ; c’est une première approche, une première appréhension de ce monde et des objets qui le constituent. L’objet traité par notre conscience perceptive n’est cependant pas perçu dans sa totalité mais selon certains points de vue. Dès lors, de cette première appréhension découle un savoir de l’objet qui s’acquiert relativement lentement lorsque celui-ci est soumis à notre conscience perceptive. Il existe une infinité de rapports entre les choses du monde, c’est-à-dire qu’une chose peut être perçue d’une multitude de manières, selon divers points de vue lors de notre observation. Notre connaissance de l’objet perçu se constitue en fonction de ces rapports, aussi illimités soient-ils, mais il nous est impossible de saisir complètement tous les rapports possibles que nous pouvons avoir avec l’objet étudié. La chose perçue s’offre au fur et à mesure à nous, il y a donc une possibilité que nous découvrions de nouvelles caractéristiques la concernant et ce, à chaque nouvelle observation. Finalement, Sartre parle d’une forme de passivité de la conscience puisqu’elle ne fait que traiter un objet qui lui est donné d’une manière spécifique. La conscience réflexive va se pencher sur « la façon dont cet objet est donné » et la certitude des données tirées de l’objet en question.
http://www.ifac.univ-nantes.fr/IMG/pdf/Aurelia_Dudognon_L_Imaginaire_ou_la_neantisation_du_monde_version_corrigee.pdf, p4. Consulté le 09/10/2018).
(4)http://www.ifac.univ-nantes.fr/IMG/pdf/Aurelia_Dudognon_L_Imaginaire_ou_la_neantisation_du_monde_version_corrigee.pdf,p5. (Consulté le 09/10/2018).
(5)«L’image mentale se distingue du schéma mental qui, lui, rassemble les traits visuels suffisants et nécessaires pour reconnaître un dessin, une forme visuelle quelconque. Il s’agit alors d’un modèle perceptif d’objet, d’une structure formelle que nous avons intériorisée et associée à un objet et que quelques traits visuels minimaux suffisent à évoquer (…) »
Martine Joly, 1993, p.13.
(6) Margherita Arcangeli, 2017.
(7) Jacques Aumont et Michel Marie, 2002, p. 76.
(8)http://www2.lingue.unibo.it/dese/didactique/travaux/Ploumistaki/Ploumistaki_Litt%E9raturefantastique.pdf, p10. (Consulté le 09/10/2018).
(9)Jacques Aumont et Michel Marie, 2002, p.12.
(10)Le livre des Mille et Une Nuits: «Contes arabes traduits en français par Antoine Golland». http://classiques.uqac.ca/collection_documents/galland_antoine/galland_antoine.html. (Consulté le 05/12/2018).
(11)«Véritable opéra en arabe mêlant cultures orientale et européenne, Kalîla wa Dimna alterne passages parlés en français et parties chantées en arabe. Cette création mondiale est l’œuvre du compositeur et musicien palestinien Moneim Adwan, qui s’associe au metteur en scène Olivier Letellier et à deux auteurs-librettistes : Fady Jomar et Catherine Verlaguet. Kalîla wa Dimna, inspiré d’un célèbre recueil de fables orientales du VIIIe siècle attribué à Ibn al-Muqqafa‘, se présente comme un conte, genre cher à Olivier Letellier par sa capacité à s’adresser directement au spectateur. Raconté en flash-back et depuis le royaume des morts par la douce Kalîla, il aborde la question du pouvoir et de la vengeance. ».
https://www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr/upload/docs/application/pdf/2016-02/kalila_carnet_pedagogique_bat.pdf. (Consulté le 05/12/2018).
(12)«L’œuvre de E. T. A. Hoffmann a paru en France sous de nombreuses traductions. Il faut signaler cependant celle de François-Adolphe Loève-Veimars qui fit publier les « œuvres complètes » de Hoffmann, à partir de 1829. ».
https://beq.ebooksgratuits.com/vents/hoffman-6.pdf. (Consulté le 05/12/2018).
(13)La Symphonie fantastique, divisée en cinq parties est une œuvre d’Hector Berlioz, « Voici donc la Symphonie fantastique observée selon le prisme d’une démultiplication des points de vue — l’illustration du programme de Berlioz et la mise en musique d’images mentales, la métaphore de l’architecture gothique, la dissection anatomique, l’écart à la norme traditionnelle de la symphonie, le recours à un plan en cinq parties inspiré de l’art théâtral. ».
https://www.symphozik.info/multi/curiosites_compos/14.pdf, p2, (Consulté le 05/12/2018).
(14)Le Vaisseau fantôme ou le Maudit des mers est un opéra romantique de Richard Wagner, « Il avait touché terre maintenant et prenait possession de son domaine spirituel, car longtemps il avait cherché un terrain favorable pour sa musique : il le trouvait dans un mythe populaire. ».
http://www.aasm.ch/pages/echos/ESM041067.pdf, p.130. (Consulté le 05/12/2018).
(15)En parallèle le cinéma fantastique américain puise son inspiration dans les classiques de la littérature de l’étrange (Metropolis, Fritz Lang, 1931). L’invention du son a contribué à l’essor du cinéma fantastique américain surtout dans les années 30, avec l’apparition de Dracula, Frankenstein (James Whale, 1931). Le cinéma parlant a vu une évolution considérable et a fait naître d’autres genres du cinéma fantastique. Un cinéma violent qui a conçu de nouveaux personnages imaginaires, allant du vampire, créatures et monstres qui nous mèneront vers le cinéma satanique dans les années 60 et 70 comme le film Psychose (Alfred Hitchcock, 1960).
(16)Tim Burton est un maître unique qu’illustre une carrière cinématographique qui s’étend sur divers genres et formes. Il est également un artiste qui peint, photographie, dessine, explorant son imagination sauvage et unique sans oublier les mondes merveilleux des personnages cinématographiques.
Tout au long de sa carrière, Burton a toujours défié la formule et le modèle de Hollywood pour développer et approfondir sa propre voix, sa propre vision. Alors que Burton était à Disney, ses talents étaient évidents. Il a commencé sa carrière cinématographique avec le court métrage Vincent en 1982 et le court drame d’horreur Frankenweenie (1984). Vincent raconte l’histoire d’un jeune garçon qui ne veut rien d’autre qu’être comme Vincent Price. Il rappelle le cinéma expressionniste allemand.
Frankenweenie rend hommage à Frankenstein de Mary Shelley mais avec une touche particulière : après avoir appris l’électricité et l’anatomie, le jeune Victor Frankenstein décide de ramener son chien mort à la vie. Disneydécide qu’un tel thème ne convient pas au jeune public et Le réalisateur italien Mario Bava, ainsi que l’acteur Vincent Price et le réalisateur américain Roger Corman (tous spécialisés dans « l’horreur ») sont parmi les influences cinématographiques de Burton, ainsi que l’actrice Barbara Steele qui a joué dans des films d’horreur gothiques italiens. Burton a ensuite rendu hommage à Steele dans Sleepy Hollow (1999). Burton décrit son processus de travail comme organique. L’expressionnisme allemand était un mouvement artistique (englobant le cinéma, le théâtre, la peinture et d’autres arts) qui cherchait à façonner les états psychologiques à travers des visuels très stylisés. Dans le film d’horreur, le monstre est une violation dangereuse de la nature, une violation de nos sens.
« L’enfant introverti de Burbank se lance dans une prolifique carrière de cinéaste. En trois films et autant de succès, Pee-wee’s big Adventure (1985), Beetlejuice (1988) et Batman (1990), il se fait un nom et une réputation d’auteur exigeant qui transforme en dollars des scripts difficiles. Il fonde en 1989 sa propre société de production avec Denise Di Novi et se lance dans des projets éminemment personnels comme Edward aux Mains d’argent (1990), L’Etrange Noël de Monsieur Jack (1993) et Ed Wood (1995). (…). Avec Ed Wood, Tim Burton essuie son premier échec public même si ce film obtient les deux seuls Oscars de sa carrière. ‘La planète des singes’, Mars Attacks (1997) confirme la disgrâce temporaire de l’auteur de Burbank qui décide alors de revenir à ses premières amours esthétiques – le gothique avec Sleepy Hollow (2000). » https://www.cairn.info/revue-societes-2006-4-page-111.htm, (Consulté le 09/10/2018).
(17)Maurice Merleau-Ponty, 1964, p.48.
(18)Tim Burton, 1984.
C’est un film de science-fiction, qui raconte l’histoire d’un jeune enfant solitaire, et du génie des inventions scientifiques. Après avoir perdu son chien adoré dans un accident, l’enfant tente de le ressusciter.
(19)Tim Burton, 2012.
(20)«On a appelé code tout système de correspondance soit conventionnel, soit naturel, entre un signe et une signification. En théorie de l’information, le mot désigne un système de correspondances et d’écarts. (…) Le code est le concept central de la sémiologie structurale. Christian Metz (1971) et Garroni (1968) mobilisent notamment une mobilisation entre ensembles concrets (les messages filmiques, ou textes) et ensembles systématiques, entités abstraites (les codes). ».
Jacques Aumont et Michel Marie, 2002, p. 36.
(21)Nous savons bien que sans lumière tout est noir, rien n’est visible. La lumière se forme par les couleurs qui s’inscrivent dans la synthèse additive des lumières. En effet, la lumière blanche est composée de toutes les longueurs d’ondes spectrales visibles. Le rouge, le vert et le bleu sont les couleurs primaires.
(22)Le cadrage est une opération réfléchie, à travers lequel le designer met en valeur des points forts dans l’image qui construisent des relations perceptibles des circuits visuels réels ou imaginaires qui fondent une lecture dynamique. Cependant, l’image est divisée, en suivant la règle d’or, par ces quatre piliers de force, issues des intersections des deux lignes horizontales et deux lignes verticales, virtuelles, équidistantes, et parallèles aux limites du cadre.
Gilles Deleuze, 1983, p. 24.
(23)Il existe plusieurs catégories de mouvements de la caméra, chacun de ces mouvements vise une situation spécifique et exprime un point de vue, objectif ou subjectif, relatif à une situation dramatique filmique qui contribue à la construction du scénario. En effet, l’image mobile qui constitue un seul plan en mouvement, peut être un fragment d’une séquence filmique « Dans un premier cas, c’est le mouvement continu de la caméra qui définira le plan, quels que soient les changements d’angles et de points de vue multiples (par exemple, un travelling). Dans un second cas, c’est la continuité de raccord qui constituera l’unité du plan, quoique cette unité ait pour « matière » deux ou plusieurs plans successifs qui peuvent d’ailleurs être fixes ».
Gilles Deleuze, 1983, p. 44.
(24)Le plan dans un tournage commence lorsque le réalisateur ordonne à toutes l’équipe de débuter l’action et plus précisément à travers les mots « moteur » et « action », et finit quand il dira « coupez ».
Jacques Aumont et Michel Marie, 2002, p.36.
(25)Gilles Deleuze, L’image mouvement, op.cit., p.31.
(26)«Les premiers films, dénommés « vues », n’étaient composés que d’un seul plan ; le passage à plusieurs plans par film fut progressif et assez rapide (avant 1905), mais les plans restaient des « vues » ou des « tableaux » semi-autonomes, simplement collés bout à bout ; ce n’est que vers 1910 que l’on commença à mettre au point des modes de relation formelles et sémantiques, entre plans successifs, notamment sous la forme du raccord, mais aussi par l’utilisation de principes comme l’alternance. ».
Jacques Aumont et Michel Marie,2002, p.133.
(27)Le rôle du cadre devient une frontière entre le visible et l’imperceptible. « (…) le cadre nous apprend ainsi que l’image ne se donne pas seulement à voir. Elle est lisible en tant que visible. Le cadre a cette fonction implicite, enregistrer des informations non seulement sonores mais visuelles.».
Gilles Deleuze, 1983, p. 31.
(28)« Dans un film (cinéma ou vidéo), passage sans transition d’un plan au plan suivant » dans la technique du montage.
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/cut/21196#0G7uwGaGEmj6DiGr.99. (Consulté le 09/10/2018).
(29)Christian Metz, 2013, p. 359.
(30)Les décors sont des éléments palpables qui s’intègrent dans la scène cinématographique.
(31)Les accessoires complètent les décors du film dans un plateau de tournage cinématographique.
(32)« Le terme burtonien s’applique désormais à tout réalisateur dont l’univers est soit sombre, soit tranché, soit bizarroïde, soit les trois à la fois. ».
Bernard Achour, 2009, p. 21.
(33)Gaston Bachelard, 1961, p.12.

Pour citer cet article

Mejda Achour,  » L’imaginaire perceptible dans le cinéma fantastique de Tim Burton : Impact de la technologie sur la scène filmique « , Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines [En ligne], n°6, Année 2018.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=4738

Auteur

*L’ESAC- Université de Carthage

M’dhilla : urbanisme d’une ville minière du sud Tunisien


06 | 2018

M’dhilla
Urbanisme d’une ville minière du sud Tunisien

Marwa Chérif (*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

M’dhilla, distante de 15 kilomètres de la ville de Gafsa, est le dernier siège du bassin minier de Gafsa. Son éloignement des autres sièges miniers, ses conditions climatiques et son relief morcelé en plusieurs lits d’oueds, n’ont pas facilité son urbanisation. En effet, les propositions de plans d’aménagement se sont succédé depuis 1920, cherchant à concevoir une composition adaptée aux différentes contraintes de cette nouvelle activité économique.
En premier lieu, nous analyserons trois variantes de plans proposées pour la ville de M’dhilla, afin de déterminer les différentes composantes minières qui ont conditionné son installation urbaine.
En second lieu, nous tenterons de mesurer l’impact de la présence européenne sur le paysage urbain d’une ville qui venait de naître et qui devait, malgré les écueils, se plier à la nouvelle politique sociale, professionnelle et urbanistique adoptée par l’administration du protectorat.
Dans ce cadre, nous nous intéresserons, à travers le modèle de M’dhilla, au processus et aux contraintes qui ont été à l’origine de la création de la ville, durant le protectorat. Nous étudierons également leurs répercussions sur l’aménagement de son territoire et sur l’évolution de son tissu urbain.

Entrée d’index

Mots-clés : bassin minier de Gafsa, M’dhilla, ville minière, phosphates, urbanisme minier, Protectorat.

Plan

Introduction
1- Cadre géographique et historique de la ville de M’dhilla 

2- Le concept d’urbanisme minier dans la ville de M’dhilla
3- L’analyse des trois esquisses du plan de la ville de M’dhilla
4- Les différentes composantes urbanistiques de la ville de M’dhilla
Conclusion

Texte intégral

Introduction
Fort de ses richesses naturelles remontant à la préhistoire, le bassin minier de Gafsa connaîtra un essor remarquable et s’imposera malgré la rigueur du climat. Les ressources naturelles de la région, son emplacement stratégique et ses reliefs montagneux, notamment les célèbres gorges de Seldja, qui ont été le théâtre d’une découverte importante, constitueront un tournant décisif dans l’histoire du bassin minier.
En effet, la découverte des gisements de phosphate par Philippe Thomas a été à l’origine de la naissance d’une région minière, regroupant Métlaoui, Redeyef, Moulares et M’dhilla. Cette région se fera connaître pour sa richesse historique, sociale et architecturale.
Nous limiterons notre étude à une seule ville, celle M’dhilla, qui a été le dernier siège minier de cette région aussi riche.
Autrefois, M’dhilla était peuplée de nomades qui vivaient de l’élevage des moutons et de l’agriculture(1). Après l’instauration du protectorat et la célèbre découverte des gisements de phosphate, la région connaîtra une mutation économique importante, en passant de l’activité agricole à l’industrie. Ce changement radical engendrera à son tour une nouvelle composition urbaine, architecturale et sociale, marquée par le passage du nomadisme à la sédentarité, donc, par l’émergence d’un nouveau mode de vie.
L’activité minière était totalement méconnue des nomades de M’dhilla, ce qui explique le recours à une main d’œuvre étrangère aux origines ethniques différentes et ayant précédemment acquis de l’expérience dans le secteur minier. La Société coloniale instaure des traditions minières et met en place une composition urbaine susceptible de répondre à ses objectifs économiques, mais aussi à ses ambitions hégémoniques; d’où le choix du site, de l’implantation de la zone industrielle et de l’emplacement des quartiers européens.
Ces nouvelles composantes donneront lieu à un paysage urbain typiquement minier, qui atteste que la création de la ville de M’dhilla est exclusivement tributaire de l’existence de sa mine. Mais quelles sont ces traditions minières instaurées dans la nouvelle ville de M’dhilla ? Et jusqu’où ont-elles été adoptées ?
A quelles techniques la Compagnie d’exploitation coloniale a-t-elle eu recours et quels efforts a-t-elle déployés pour garantir la réussite de cette nouvelle composition urbaine ?
Quel a été l’impact de la présence européenne sur le paysage urbain de la ville de M’dhilla ?
Enfin, quels profits la communauté européenne a-t-elle tirés des faveurs et des privilèges qui lui ont été accordés par la Société coloniale ?

1- Cadre géographique et historique de la ville de M’dhilla 

Fig. 1 . La carte du bassin minier de Gafsa. Source : www.googlemaps.com

Située dans le sud-ouest de la Tunisie, la ville de M’dhilla est administrativement rattachée au gouvernorat de Gafsa. Elle est entourée des délégations de Gafsa, d’El Guetar, de Kebili et de Métlaoui. Comme la ville a été créée à l’écart du bassin minier, elle est relativement éloignée des autres sièges. Ainsi, elle se trouve à 15 km de Gafsa, à 43 km de Métlaoui, à 73 km de Moularès et à 88 km de Redeyef.
L’accès à M’dhilla se fait par la voie qui relie la ville à la GP1, après la sortie de Gafsa-Gare. C’est une piste qui longe l’oued el Melah sur 11 km et qui s’engouffre dans l’un de ses coudes. Le trajet se fait dans des conditions particulièrement défavorables, en raison de la couche argileuse superficielle et imperméable couvrant le sol.

Fig. 2 . Accessibilité de la ville de M’dhilla, Echelle 1/10000e /(S.D).
Source : Archives techniques de la CPG, ligne de Gafsa à M’dhilla, Service du chemin de fer.

La topographie et la nature du terrain

M’dhilla s’étend sur quelque cinq kilomètres de piémont(2). Il s’agit d’un vaste plan incliné qui joint l’anticlinale du Séhib à la plaine de Gafsa et qui est marqué par des affleurements de roches de faible résistance à l’érosion. L’oued Fouaret, de direction générale S.SE-N.NO, occupe le terrain, de sorte qu’il le divise en plusieurs morceaux. De plus, toute la région est couverte d’une carapace de gypse, rendant le sol spongieux.
Le choix du site a été problématique, étant donné que le terrain n’est pas urbanisable et qu’il entrave de ce fait tout type d’aménagement, a fortiori une activité minière susceptible de se heurter à des conditions géographiques rudes, au pied du Djebel.
Le climat de M’dhilla est tributaire de ses conditions géographiques, de ses reliefs et de l’orientation de ses montagnes. C’est un climat à tendance continentale et aride, influencé par des masses d’air continentales sahariennes dépourvues d’humidité. Il en résulte une forte amplitude thermique annuelle (plus de 20° C) et des précipitations plus réduites.

Historique de la ville de M’dhilla et de son nouveau mode de vie

La Société de Djebel M’dhilla a été à l’origine du peuplement de la région, sachant que la population urbaine était inexistante avant la mise en exploitation de ses gisements et qu’elle était essentiellement habitée par des ruraux. M’dhilla était à l’origine un village, vers lequel affluaient des nomades ou des semi-nomades se déplaçant du sud au nord, pour participer aux moissons. Sa population menait un mode de vie traditionnel et se constituait de tribus qui logeaient sous des tentes misérables ou dans des habitations anarchiques faites de planches et isolées les unes des autres(3).
En 1885, le vétérinaire Philippe Thomas a découvert un gisement de phosphate s’étendant sur 80 km, dans les Gorges de Seldja, qui deviendra sous le protectorat  la richesse naturelle la plus importante de la Tunisie(4).
Cette découverte a transformé le sud-ouest de Gafsa en une région minière composée de quatre villes, avec lesquelles des conventions d’exploitation ont été signées. Ainsi, la convention de Métlaoui signée en 1896, celle de Redeyef en 1904, celle de Moularès en 1906 et enfin, la convention de M’dhilla, notre cas d’étude, en 1904(5).
L’acquisition des gisements de la région de M’dhilla a eu lieu le 15 octobre 1913(6). Ces gisements sont concédés pour une durée de 50 ans, à une nouvelle organisation bénéficiaire : « La Société des Mines et des Produits Chimiques », qui créera à son tour « la Société de Djebel M’dhilla » sise en Tunisie et concurrente de « la Compagnie des Phosphates et du Chemin de Fer »; concessionnaire des trois premiers sièges miniers et leurs expansions.
Étant le premier prospecteur de gisements, l’activité de la nouvelle société a été payante pour le compte de la Compagnie des Phosphates de Gafsa. Elle lui paye le droit d’invention et la location de la ligne Sfax-Gafsa.
Mais le déclenchement de la guerre a remis en question, pendant quelques années, toute forme d’activité. Ce qui a permis à la Compagnie des Phosphates d’obtenir également le monopole de l’exploitation des gisements de M’dhilla.

2- Le concept d’urbanisme minier dans la ville de M’dhilla

Au début de la mise en exploitation des gisements de phosphate de M’dhilla, il n’existait pas de population locale sédentarisée dans la région, mais plutôt des habitations flottantes et temporaires. Suite à la découverte des gisements de phosphate, M’dhilla connaîtra un tournant décisif, marqué par l’émergence d’un nouveau mode de vie et par un essor industriel inédit, qui annonce le déclin de l’activité agricole traditionnelle.
Toutefois, cette nouvelle activité industrielle lancée par la Société de Djebel M’dhilla, a exigé une main-d’œuvre qualifiée ; d’où la nécessité de critères de recrutement.
Il est d’abord important de noter que le travail assidu et permanent dans la mine a été étranger aux nomades, ce qui a compliqué le démarrage de l’exploitation et a incité la Compagnie à recourir à une main-d’œuvre étrangère aux origines ethniques différentes, qualifiée et ayant acquis de l’expérience dans le secteur minier. Il en résulte un recrutement massif d’ouvriers italiens, français, marocains, tripolitains, soufis et kabyles.
Mais en raison de l’instabilité de cette main-d’œuvre, la Société de Djebel M’dhilla est amenée à s’orienter vers une stratégie de stabilisation et de fixation qui se traduit par la création d’un habitat ouvrier, susceptible d’encourager ces travailleurs à s’installer dans la région.
Le processus de la création d’un environnement ouvrier dans une ville minière est toujours le même dans tous les sièges miniers, car son développement est étroitement lié à celui de l’activité minière. Si l’exploitation de la mine est en pleine expansion, elle produit un impact certain sur l’investissement et sur le secteur du bâti.
La création de la nouvelle ville minière passe par trois étapes principales : la première se concentre sur le choix du gisement en fonction de certaines contraintes techniques, telles que les réserves et les possibilités d’extraction, qui déterminent l’emplacement du siège minier–sachant que son installation est consacrée, dans un premier temps, aux travaux préparatoires nécessitant le creusement de galeries, l’organisation des aires de séchage et l’aménagement d’une voie ferrée. Dans un second temps, on procède à la mise en place du siège administratif de la Société Djebel M’dhilla et des services généraux et techniques, ce qui atteste le primat des installations industrielles.
La deuxième étape consiste en l’implantation d’un village destiné à accueillir les cadres européens, confrontés durant leur séjour à des conditions naturelles et sociales spécifiques. En effet, l’emplacement de leur quartier est déterminé en fonction de celui de l’aire de séchage, prenant en compte l’orientation des vents dominants et son isolement de la zone de nuisance. Il s’agit de créer un cadre de vie adapté, agréable et, surtout, de fixer une population habituée à un mode de vie différent, voire opposé à celui que la ville de M’dhilla peut leur offrir.
La troisième étape concerne l’installation des quartiers périphériques, destinés à loger les ouvriers autochtones. C’est précisément cette dernière étape qui révèle la mise en place d’une ségrégation sociale et ethnique entre les quartiers européens et arabes, mais également au sein de la communauté européenne elle-même. Implantée sans aucun souci d’orientation, cette zone périphérique est repoussée loin du village européen, à proximité des points d’extraction, lieu de travail des ouvriers autochtones.
Ces trois étapes, qui ont abouti à la création de la ville minière, illustrent la stratégie adoptée par la Société Coloniale, en matière d’adaptation à la diversité des traditions minières. Elles révèlent aussi une volonté de réaliser un plan urbain typiquement minier, conforme aux règlements de la Société coloniale minière de Djebel M’dhilla.
Les traditions urbanistiques minières sont à l’origine de la division du territoire en deux zones distinctes : une zone industrielle et une zone urbaine. Cette répartition accorde la priorité aux implantations industrielles, qui exigent un aménagement particulier de l’espace et qui imposent également un mode d’intégration spécifique dans les différents quartiers de M’dhilla, en fonction de leurs composantes.
Les traditions coloniales sont déterminées par la ségrégation ethnique et par la hiérarchie professionnelle. Pour ce qui est de la ségrégation ethnique, la société de Djebel el M’dhilla a adopté des systèmes de séparation différents ; certains sont naturels, imposés par les reliefs ou par les oueds, alors que d’autres sont industriels et instaurés par la voie ferrée, par l’aire de séchage, ou simplement par l’éloignement.
Quant à la hiérarchie professionnelle, elle est constituée d’Européens qui occupent le centre d’une cité conçue à l’image de leurs villes natales, avec ses toitures à deux pans en tuiles rouges, afin de les retenir et de faciliter leur intégration. Enfin, les autochtones sont relégués à la périphérie et vivent dans un quartier implanté sans aucun plan d’aménagement au préalable, contrairement au village européen vers lequel s’orientent tous les efforts de la Société coloniale.
La hiérarchie professionnelle impose à son tour une forme de ségrégation sociale, que trahit la typologie des logements. Pour preuve, le directeur est installé dans une grande demeure entourée d’un parc majestueux ; les ingénieurs et les cadres européens habitent de coquettes villas, les ouvriers italiens sont logés dans des casernes et les autochtones dans des gourbis.
En somme, ces nouvelles traditions minières et coloniales ont abouti au morcellement de l’agglomération et engendré une structure urbaine verrouillée  par un système de ségrégation rigoureux.

Fig. 3Maison des cadres européens.
Source : A. Perrin, Les Mines et installations de la Compagnie tunisienne des phosphates du Djebel Mdilla, Travaux photographiques d’art, Tunis.

3- L’analyse des trois esquisses du plan de la ville de M’dhilla

Après avoir proposé un aperçu historique de la ville minière de M’dhilla, notre cas d’étude, et présenté les principes qui ont fondé sa création, tout en explicitant les concepts fondamentaux de son urbanisme, nous analyserons les différentes propositions du plan de la ville, que nous avons consultées aux archives techniques de la CPG et qui ont été réalisées par l’équipe du Service des travaux publics de la Société de Djebel M’dhilla, à l’époque du protectorat. Ceci afin de démontrer que les concepts coloniaux et miniers ont été appliqués à la composition urbaine de la nouvelle ville.
Les plans, qui se sont succédé depuis 1920, portent un intérêt particulier à la zone industrielle, à ses différentes installations, à son articulation par rapport au village européen et prennent en compte le problème de l’extension de la ville. Un premier schéma d’intention datant de 1920, place la zone industrielle au sud, du côté de la mine et le village européen, au nord. Mais ce schéma sera écarté, car l’emplacement du village européen est mal orienté par rapport à la direction des vents dominants et l’hypothèse d’une quelconque extension est d’autant plus inenvisageable que l’ensemble est coincé entre la mine du côté sud et la voie ferrée du côté nord, mais également entre les oueds.

Fig. 4 . La deuxième proposition du plan de M’dhilla/ Echelle : 1/2000e (septembre 1921).
Source : Archives techniques de la CPG (Retracé et traité par l’auteur).

Puis, au courant du mois de septembre de l’année 1921, un premier plan inverse le schéma de la première proposition, en reliant les usines aux expéditions au nord, au village et à la zone industrielle, qui sont désormais regroupés sur un même terrain, entre deux oueds.
La voie ferrée allant tout droit à Gafsa est détournée vers l’ouest du village, en faisant une légère première boucle, puis continue jusqu’à la zone industrielle en effectuant une seconde boucle, avant de reprendre la direction de Gafsa.
Reste que cette proposition qui regroupe le village et la zone industrielle sur un même terrain bloque toute possibilité d’extension, aussi bien dans la zone industrielle que dans le village européen. D’où le rejet de la proposition et la quête d’un nouveau plan, susceptible de résoudre le problème de l’extension.
En novembre 1921 et deux mois après le refus du premier plan, on propose de résoudre le problème de l’extension en étendant le projet sur un terrain plus grand, de sorte que la séparation entre les deux compartiments sera assurée par la ligne ferroviaire.

Fig.5. Troisième proposition du plan de M’dhilla, Echelle 1/2000e (novembre 1921).
Source : Archives techniques de la CPG (Retracé et traité par l’auteur).

La partie réservée aux deux compartiments dans la proposition précédente est, dans la seconde, exclusivement occupée par la zone industrielle qui s’étale sur le côté ouest de l’oued, tandis que le village est déplacé vers son côté est. Celui-ci est de ce fait, implanté entre le premier oued et le grand Fourat.
La composition de l’ensemble de ce plan semble très équilibrée. En effet, elle sépare la zone industrielle du village. De plus, l’extension est désormais possible de part et d’autre, pour l’une comme pour l’autre. En dépit de sa pertinence et de sa faisabilité, ce plan sera aussi écarté.

Fig. 6. Plan retenu, Echelle 1/2000e (1922).
Source : Archives techniques de la CPG (Retracé et traité par l’auteur)

C’est finalement le premier plan (la deuxième proposition) qui sera retenu. Celui-ci propose de regrouper le village européen et la zone industrielle au nord, dans un même compartiment, et de préserver l’itinéraire initial de la voie ferrée qui contourne le village à l’ouest, en effectuant deux boucles avant de reprendre la direction de Gafsa.
Nous avons constaté, au cours de l’analyse des trois propositions du plan de la ville de Mdhilla élaborées par le Service des travaux publics, qu’aucune d’entre elles ne mentionne les quartiers autochtones, la priorité allant à l’implantation de la zone industrielle reliée au village, dans un souci de conformité à la tradition minière.

4- Les différentes composantes urbanistiques de la ville de M’dhilla

La ville de M’dhilla est composée, comme toute ville minière, de deux zones distinctes : une zone industrielle avec ses différentes installations et une zone urbaine, réservée à l’habitation.

La zone industrielle 

La zone industrielle s’étend de la mine aux usines et se divise elle-même en deux compartiments : le premier, qui est le compartiment de la recette, est implanté aux pieds du Djebel et regroupe les écuries, les installations de broyage, de concassage, de stockage brut ainsi que les stockages des marnes. Le deuxième compartiment est une aire industrielle comprenant une aire de stockage, une laverie, une usine de ventilation, des silos de stockage, des ateliers, un parc à bois  et une centrale électrique. L’ensemble est relié par une voie ferrée de cinq kilomètres, qui contourne le côté nord du village européen.        

Fig. 7Les installations industrielles. Source : A. Perrin, Les Mines et installations de la Compagnie tunisienne des phosphates du Djebel Mdilla, Travaux photographiques d’art, Tunis.Photos de l’auteur. Septembre 2016.

La zone urbaine 

Fig. 8. Le village européen, échelle 1/10000e (1946).
Source : Archives techniques de la CPG (Retracé et traité par l’auteur).

La zone urbaine de M’dhilla est divisée en trois quartiers éloignés les uns des autres, conformément à la politique de ségrégation ethnique adoptée par la Société coloniale de Djebel M’dhilla, qui vise à séparer les autochtones des Européens, dans une volonté d’instaurer les bases d’une première tradition coloniale.
Le premier quartier, en l’occurrence, le village du Djebel, est peuplé de Tripolitains et de Soufis. Il est éloigné du village européen, mais se trouve à proximité de la mine. Le deuxième, appelé le village d’El Bordj, est réservé aux ouvriers marocains. Il longe la piste du Séhib et occupe une position intermédiaire entre le quartier du Djebel et le village européen. Enfin, le dernier village habité par les cadres européens, est implanté au centre. Il est limité au nord par la zone industrielle, par la voie ferrée, par le bras de l’oued à l’ouest et par un autre bras qui le serre de près à l’Est.
Cependant, d’autres quartiers ouvriers sont implantés çà et là et de manière empirique, à commencer par la caserne réservée aux Italiens, qui se trouve de l’autre côté de la zone industrielle et qui est séparée du village par la voie ferrée. Il est à noter néanmoins que cette caserne a été construite dans la zone organisée. Ce mode de répartition témoigne d’une volonté d’instaurer une tradition coloniale ségrégationniste, qui sépare non seulement les différentes ethnies, mais également les classes sociales. En effet, chaque agglomération est confinée dans son terrain et isolée des autres, soit par les voies ferrées, soit par la distance.
Le choix du terrain destiné à l’implantation du village européen est prioritaire. Celui-ci a été construit sur un site urbanisable, alors que l’emplacement des quartiers autochtones n’a fait l’objet d’aucune attention particulière et a été choisi en fonction des reliefs, de l’emplacement des gisements, de celui de la mine et ses composantes, de sorte que les habitations des ouvriers autochtones se trouvent à proximité de leur lieu de travail.
Quant à la deuxième tradition coloniale, elle consiste en l’instauration d’une hiérarchie professionnelle, qui prend toute sa signification dans l’organisation, la structuration des quartiers, dans la typologie des logements construits et dans le nombre d’équipements fournis à chaque catégorie.
L’étude de cette deuxième tradition coloniale nous a permis de classer les différents quartiers de la ville de M’dhilla en deux types : les quartiers organisés et les quartiers spontanés ou anarchiques.

Quartier organisé 

Ce type de quartier, en l’occurrence, le village européen, est habité par la population privilégiée de la Société coloniale. Contrairement au modèle-type des précédents sièges miniers, organisés selon un plan en damier et une trame orthogonale, celui du village européen de M’dhilla, présente un tracé en étoile et ses différentes avenues portent des noms glorieux, comme l’avenue Marechal Foch ou l’avenue Maréchal Joffre(7). Viennent ensuite les casernes destinées aux Italiens, qui ont également été construites par la Société de Djebel el M’dhilla.

Fig. 9. Le village européen.
Source : A. Perrin, Les Mines et installations de la Compagnie tunisienne des phosphates du Djebel Mdilla, Travaux photographiques d’art, Tunis. Photos de l’auteur. Mars 2016.

Dans ce type de quartier, les habitations sont hiérarchisées selon les professions. Par exemple, le directeur est logé dans une demeure très moderne, bien équipée, confortable et entourée d’un parc somptueux. Elle est, conformément au modèle d’habitation européen, couverte d’une toiture à double pans en tuiles rouges.Les villas coquettes sont réservées aux ingénieurs, aux cadres, et n’ont pas grand-chose à envier à celle du directeur, à part le fait qu’elles sont pourvues de petits jardins. Enfin, les ouvriers célibataires vivent dans des casernes et dans des logements collectifs modestes, pauvrement équipés, inconfortables et dépourvus de toute verdure.

Quartier non organisé ou plutôt spontané 

Les quartiers non organisés et nés spontanément au fur et à mesure des recrutements de la main d’œuvre, ne se plient à aucun règlement de lotissement ou d’urbanisation. Implantés sur des terrains non urbanisables, sur des plateformes ravinées par les oueds ou encore dans la zone de nuisance, ils sont éloignés du village européen et répartis dans deux groupements : le premier, qui est le village d’el Bordj, est peuplé de Marocains. Son premier schéma d’implantation est réalisé en 1921, puis sera partiellement réalisé en 1930(8). Le deuxième groupement, en l’occurrence le village minier, est réservé aux Tripolitains et aux Soufis, dont les habitations sont séparées par la voie ferrée.
D’autres quartiers spontanés émergeant à la périphérie de la ville, seront peu à peu occupés par les tribus nomades propriétaires du sol, dont les terres ont été distribuées de manière inéquitable, suite à leur éloignement.

Fig. 10. Le village de la mine.
Source : A. Perrin, Les Mines et installations de la Compagnie tunisienne des phosphates du Djebel M’dilla, Travaux photographiques d’art, Tunis. Photo personnelle. Septembre 2016.

Dans ce type de quartier apparaît une nouvelle typologie de logements, appelés gourbis ou habitations anarchiques. Réservés aux Tripolitains, aux Soufis et aux Marocains, ces logis précaires sont dépourvus de tout équipement, y compris de l’eau et de l’électricité. Leurs habitants en sont donc réduits à s’approvisionner dans les fontaines et à utiliser les douches publiques.
La structuration des quartiers et la typologie des logements observées dans la ville de M’dhilla illustrent incontestablement l’instauration d’une deuxième tradition coloniale fondée sur la hiérarchie professionnelle. Cette politique de hiérarchisation est attestée par les efforts que la Société coloniale a déployés en matière de confort et d’agrément, dans les quartiers européens, en fonction de la classe sociale, de l’ordre hiérarchique et des grades professionnels des habitants.
Le nombre et la qualité des équipements aménagés dans le village européen tels que l’hôpital, l’école, le bureau de poste (PTT), l’économat, le mess, le poste de police et les placettes publiques, témoignent du traitement de faveur dont bénéficie la colonie européenne et s’inscrit dans une politique de peuplement qui vise à installer durablement les nouveaux migrants dans la région.
En revanche, le quartier d’el Bordj ne dispose que d’un petit économat qui approvisionne le village de la mine aussi, et a pour tout équipement une mosquée, des douches et des fontaines publiques.

Fig. 11Les différents équipements.
Source : A. Perrin, Les Mines et installations de la Compagnie Tunisienne des Phosphates du Djebel M’dilla, Travaux Photographiques d’Art, Tunis.

Conclusion

L’histoire de M’dhilla qui a commencé en 1904, suite à la découverte de ses gisements de phosphate et à leur acquisition en 1913, confortera les bases du protectorat en Tunisie.La mise en exploitation de ses gisements par la Société de Djebel M’dhilla, engendre une nouvelle organisation spatiale, mais aussi sociale et culturelle. En effet, elle transforme définitivement le paysage de la région, désormais occupée par une ville avec ses groupements de villages miniers.
La ville de M’dhilla a émergé dans un contexte colonial plutôt violent. D’ailleurs, l’implantation forcée d’une zone industrielle dans un milieu rural semi-désertique, où l’eau manque, prouve de manière irréfutable que l’existence de cette ville est exclusivement tributaire de celle de la mine.Mais la société de Djebel M’dhilla surmonte ces écueils naturels et fait construire une ville dont les composantes urbaines, économiques, sociales et géologiques, s’organisent autour de l’activité minière.
La composition urbaine de la ville de M’dhilla est le fruit de la nouvelle activité économique et de ses composantes industrielles. Elle se caractérise par une diversité ethnique clivée selon des critères ethniques et socioprofessionnels. Ces composantes qui imprègnent un urbanisme à la fois minier et colonial, ont été instaurées par des moyens variés.
L’urbanisme de la ville de M’dhilla porte les germes d’une ségrégation raciale spécifique à la tradition coloniale. Celle-ci est confortée par la nature du site, par ses reliefs difficilement accessibles, qui favorisent la séparation des populations. Quant à la ségrégation socioprofessionnelle, elle privilégie les Européens en leur octroyant les agréments d’une vie confortable au centre-ville et relègue les autochtones à la périphérie, sans aucun souci d’orientation ou d’implantation étudiée au préalable.
Dans ce contexte, nous pouvons dire que la présence européenne influence remarquablement le paysage urbain de la ville de M’dhilla, ce qui produira par la suite un impact important sur l’évolution de son tissu, soumis d’emblée aux contraintes minières et aux choix stratégiques du protectorat, que nous avons définis plus haut.
Quel sera donc l’impact de cette présence européenne sur la conception architecturale d’une ville, fondée sur des traditions minière et coloniale ? Jusqu’où offre-t-elle un témoignage de son histoire urbaine? Mais encore, quelles techniques de construction et d’ornementation illustrent-elles la présence de cette colonie européenne dans la ville de M’dhilla ?

Bibliographie

Documents archivistiques
Archives nationales de Tunis A.N.T
A.N.T. Série M4, Carton 2, dossier 40 : Plan et projet de construction de maison à usage d’habitation pour chefs de chantier indigènes de la Société des phosphates.
A.N.T. Série E, carton 343, dossier 5 : Notes et correspondances relatives aux demandes d’information sur les gisements des phosphates dans le territoire du Sud.
A.N.T. Série M4, carton 1, dossier 70 : Correspondance entre le Président général de France à Tunis et le directeur de la Compagnie des phosphates et du chemin de fer de Gafsa relative aux contrats de travail en vue de régulariser la situation des ouvriers étrangers immigrants en Tunisie.
A.N.T. Série M4, carton 2, dossier 40 : Plan et projet de construction des maisons.
A.N.T. Série M4, Carton 1, Dossier 105 : Correspondance concernant l’amélioration des conditions de travail des ouvriers des mines et de l’industrie.
Archives techniques de la Compagnie des phosphates de Gafsa (C.P.G)
A.T.C.P.G. Agrandissement de la station d’embarquement, des hangars de stockage.
A.T.C.P.G. Service du chemin de fer, ligne de Gafsa à M’dhilla.
A.T.C.P.G.Embranchement de Gafsa à M’dhilla, procès-verbal de 193, services des Travaux publics.
A.T.C.P.G. Bassin phosphaté de Gafsa, carte des affleurements de la série phosphatée, services de géologie.
Sources et références
Ammar Leila, 2005, Histoire de l’architecture en Tunisie, de l’antiquité à nos jours, ISBN, Tunis.
Beguin François, 1983, Arabisances – décor architecture et tracé urbain en Afrique du Nord, 1830-1950, Dunod, Paris.
Bordeau Pierre, 1907, La Capsa ancienne, La Gafsa moderne, Paris.
Boukhari Bouslah, 1987, Les mines et les chemins de fer dans la régence de Tunis 1850-1913, Paris.
Boukhari Bouslah,2008, omal manjem al-mîtlawî 1897-1914 dîrâssa fî awdhaîhom                      al-mîhanîyawa al-îjtîmaîya, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sfax.
Dougui Noureddine, 1991, Monographie d’une grande entreprise coloniale : la Compagnie des phosphates et du chemin de fer de Gafsa, Tunis.
Groupe Huit, 1968, La région minière de Gafsa, Tunis.
Sahsah Mohammed, 2010,Khouribga, Genèse d’une ville minière 1921-1994, France.
Thomas Philippe,1907,  Description géologique de la Tunisie, Paris.
Site internet
http://fr.wikipedia.org/
http://www.google.com/
http://www.mapsgoogle.com/
http://www.abcdelacpa.com/

Notes

(1) P. Bodereau, 1907, p. 112. « La population du bassin minier qui était tribale, s’adonnait à des activités purement rurales … »
(2) « En géographie, un piémont est une vaste plaine située au pied d’un massif montagneux » https://fr.m.wikipedia.org consulté le : 04/07/2018.

(3) P. Bodereau, 1987, p. 110.
(4) P. Thomas, 1907, T.2.
(5) Groupe 8, 1968, p. 10.
(6) P. Bodereau, 1987, p. 112-114.
(7) Groupe 8, 1968, p. 300.

(8) Groupe 8, 1968, P. 297.

Pour citer cet article

Marwa Cherif,  » M’dhilla : urbanisme d’une ville minière du sud Tunisien « , Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines [En ligne], n°6, Année 2018.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=4699

Auteur

*Laboratoire d’Archéologie et d’architecture Maghrébines – Université de la Manouba.

Zaghouan, Fondation et développement d’une ville morisque de Tunisie


06 | 2018 
Zaghouan
Fondation et développement d’une ville morisque de Tunisie d’après les documents des archives locales

Ahmed Saadaoui(*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

Zaghouan est l’une des plus importantes villes fondées par les Andalous en Tunisie vers 1610. Les principaux monuments de la vieille ville remontent au XVIIe siècle : mosquées, zawiyas, hammams, fontaines, souks, etc. De même les immigrés andalous avaient compris tous les avantages à tirer de ce site abondamment alimenté en eau par des sources intermittentes. Ainsi ils créèrent des jardins ceinturant la cité et développèrent des activités grandes consommatrices d’eau : teinturerie, tannerie, huilerie, meunerie dont les moulins étaient actionnés à l’énergie hydraulique. Dans cet article nous présentons quelques bâtiments et établissements évoqués par des documents, pour la plupart inédits, des archives locales notamment les actes de waqf. Nous nous arrêtons sur certains aspects relatifs à l’intérêt historique et architectural de tels monuments.

Entrée d’index

Mots-clés : Zaghouan, Andalous, Morisques, Tunisie au XVIIe siècle, architecture, moulin hydraulique.

Plan

1- Les mosquées
2- Les Zâwiyas

3-Les établissements hydrauliques
Conclusion

Texte intégral

La ville de Zaghouan est bâtie au pied de la montagne qui porte le même nom ; sur l’emplacement de l’antique Ziqua dont il ne reste qu’un arc de triomphe et le célèbre temple des eaux. La cité domine les plaines qui s’étendent à l’Est, au Nord et à l’Ouest.
Au XVIIe siècle, les Andalous au moment de leur établissement à Zaghouan, avaient compris tous les avantages à tirer de ce site abondamment alimenté en eau par des sources abondantes. Ils créèrent des jardins ceinturant la ville et développèrent des activités grandes consommatrices d’eau : teinturerie, tannerie, huilerie, meunerie dont les moulins étaient actionnés à l’énergie hydraulique.
Le XVIIe siècle apparaît comme la période la plus brillante de l’histoire de Zaghouan. Les principaux monuments de la vieille ville remontent à cette époque : souks, mosquées, zawiyas, hammams, fontaines, etc. Notre article porte sur quelques bâtiments et établissements évoqués par des documents, pour la plupart inédits, des archives locales notamment les actes de waqf. Nous nous arrêtons sur certains aspects relatifs à l’intérêt historique et architectural de tels établissements.

1- Les Mosquées 

Des documents du XIXe siècle indiquent que la ville comptait cinq mosquées réparties sur les différents quartiers (deux mosquées à khutba et trois oratoires de quartier) : la Grande Mosquée, la mosquée Hanafite, et trois masjids dits : al-Dacdar, al-Qaysiyya et al-Qubba.

a- La Grande Mosquée de Zaghouan

La Grande Mosquée est le principal monument historique de la ville, pourtant nous ne disposons pas d’indication précise sur la date de sa fondation. Elle fut fondée vers 1615 par la communauté andalouse, quelques années après son établissement sur les lieux et la reconstruction de la ville. Les textes des archives nous révèlent les noms de son bâtisseur, Muhammed Ibn cAlî al-Andalusî, dit Daysim, et de certains de ses imams, tous andalous. En outre, ils révèlent certains biens constitués waqf au profit de la fondation, notamment des moulins à eau(1).

Fig. 1. La Grande Mosquée de Zaghouan fondée par les Andalous s’inscrit parfaitement dans les traditions ifriqiyennes locales.

Cet édifice s’élève en plein centre de la médina. Un escalier montant de la rue portant le même nom permet d’y accéder, par un portail, donnant de plain-pied  dans la salle de prière. Celle-ci est précédée, sur le côté oriental, par un vestibule et une galerie, alors que le côté occidental est bordé de deux petites cours latérales, ainsi que par d’autres annexes. La salle de prière compte sept nefs parallèles à la qibla ayant chacune six travées, à part la nef  latérale est qui est amputée de trois travées, leurs emplacements étant occupé par le vestibule et la base du minaret. Les nefs sont séparées par un réseau de 36 colonnes de remploi, portant des chapiteaux pour la plupart de type corinthien. Toutes ces colonnes sont surmontées d’impostes et réunies par de tirants en bois. Elles portent des voûtes d’arête doublées d’une terrasse dominée par la coupole du mihrâb. Le minaret qui se dresse à l’intérieur de la salle de prière, au niveau de la quatrième travée de la nef latérale orientale, se rattache à un type local des plus simples : une tour carrée de 4,65 m de côté surmontée d’un lanternon et percée de fenêtres géminées sur quatre côtés. Son escalier évolue autour d’un noyau central plein.

b- La mosquée Hanafite

Les autorités turques se sont fortement impliquées dans la fondation et le développement des localités habitées par les immigrés morisques. Aussi leur présence dans ces cités était-elle souvent importante. En 1030/1621, quelques années seulement après la fondation de la Grande Mosquée, une mosquée à khutba hanafite fut élevée pour la communauté ottomane de la ville. Les documents du waqf indiquent que le monument était bien doté. La part d’eau des sources qu’il recevait était l’une des plus importantes, dépassant celles accordées à des établissements grands consommateur d’eau tels que les bains : 5 tibna-s(2) pour la mosquée hanafite contre 3.5 tibna-s pour Hammam al-Souk.
La salle de prière du sanctuaire est précédée par une cour rectangulaire, complètement à ciel ouvert, bordée par une pièce annexe, une fontaine murale et un minaret carré d’environ 3 m de côté.
Elle compte sept nefs de trois travées séparées par des colonnes couronnées de chapiteaux de type corinthien de remploi, récupérées probablement du temple romain des eaux. Ces colonnes portent des voûtes d’arête sans doubleaux qui couvrent entièrement la salle, à part la travée précédant le mihrâb surmontée par la traditionnelle coupole.

Fig. 2. La mosquée Hanafite construite en 1621 pour la communauté ottomane.

c- La mosquée de Bâb al-Qaws

Il s’agit d’un petit oratoire de quartier dont l’histoire nous est révélée par les documents du waqf. La petite mosquée fut construite par Abû al-cAbbâs Ibrâhim Ibn cAbd al-cAzîz al-Andalusî. Ce personnage était le chef de la communauté andalouse de la ville au moment de la transcription de l’un de ces actes en 1612(3).
Le petit monument qui donne sur l’ancien souk de la ville, a subi maintes transformations. Il est formé d’une petite cour bordée d’une galerie, d’un minaret carré de type local et d’une salle de prière divisée en trois nefs de deux travées. Les colonnes qui portent les voûtes d’arête couvrant l’édifice sont de remploi. Des colonnes en granit gris couronnées par des chapiteaux corinthiens taillés dans le calcaire.

Fig. 3. La mosquée de Bâb al-Qaws construite par le cheikh des Andalous de Zaghouan

2- Les zâwiyas 

Le Jebel Zaghouan était depuis le Moyen Age un refuge pour les ascètes et les mystiques. Nos documents révèlent que la ville et ses environs étaient dotés de zawiyas et de mazârs commémorant des saints et marabouts ; nous nous arrêtons sur deux des plus importants édifices de ce type monumental.

a- La zâwiya de Sîdi Bû Gabrîn

L’implication des autorités turques dans l’essor de la ville de Zaghouan apparaît également à travers l’encouragement des pratiques soufies et maraboutiques. Une inscription inédite plaquée à l’entrée d’une des salles de la Zawiya de Sîdi Bû Gabrîn indique qu’en 1066/1655-1656, le dey Mustafâ Lâz, le chef des janissaires, réédifia le bâtiment pour augmenter sa capacité d’accueil pour les visiteurs et les pèlerins.

Fig. 4. La zâwiya de Sîdi Bû Gabrîn construite par le dey Mustafâ Lâz en 1655.

La zawiya s’élève en pleine montagne du côté sud ouest de la ville. Le sanctuaire est un bâtiment austère construit en pierre et couvert de voûte d’arête et de voûtes en berceau. Il se compose de quelques bâtiments qui s’organisent autour de deux cours à ciel ouvert. La salle funéraire qui abrite le cénotaphe du saint constitue l’élément essentiel du monument. Elle est alimentée en eau par un puits dont l’eau passe pour la meilleure de toute la Régence, nous rapporte Victor Guérin lors de son passage par la ville en 1860(4). La zawiya est dotée également d’une grande citerne construite à l’extérieur de la bâtisse, du côté nord.

Fig. 5. L’inscription de fondation de la zâwiya de Sîdi Bû Gabrîn construite par le dey Mustafâ Lâz.

b- La Zâwiya de Sîdî cAlî cAzzûz

Fig. 6. La Zâwiya de Sîdî cAlî cAzzûz construite par deux souverains mouradites,
Muhammad al-Hasî et Muhammad Bey vers 1680.

C’est l’une des plus importantes zawiyas du pays. Elle fut construite par le mouradite Muhammad Pacha Bey al-Hafsî vers 1680. Il l’édifia pour abriter la confrérie d’un mystique d’origine marocaine, Sîdî cAlî cAzzûz(5). Des documents d’archives indiquent qu’elle était bien dotée de biens waqf, entre autre un moulin hydraulique et 6 tibna-s d’eau. Son neveu, le bey mouradite Muhammad Bey (1675-1796) contribua à l’enrichissement de la fondation. Un acte de habous établi au mois de Rabîc Ier 1103/ novembre-décembre 1791, révèle que le bey de Tunis affecta à la zawiya en waqf un ancien moulin hydraulique à foulon qui fut transformé en minoterie(6).
Cet édifice qui s’élève en plein centre ville et qui donne sur la rue de la Grande Mosquée est un des monuments les plus remarquables de la ville et de ses environs. Il se présente sous la forme d’un complexe architectural dont les différents éléments s’organisent autour de trois petites cours. La zâwiya renferme tous les éléments caractéristiques de ce type monumental : une salle funéraire à coupole, un oratoire, une salle de réunion de la confrérie « cAzzûziya » et plusieurs dépendances.
La salle funéraire qui constitue l’élément fondamental de l’édifice est précédée d’un portique donnant sur une courette dallée. Une belle fontaine murale adossée au mur nord de la courette est soulignée par un arc brisé outrepassé délimitant un espace tapissé de mosaïques de faïence polychrome. Cette salle carrée est couverte d’une grande coupole portée par des pendentifs par l’intermédiaire d’un tambour sphérique. Les parties inférieures de la salle sont tapissées de carreaux de céramiques polychromes. Ce lambris de faïence riche et très varié est constitué de panneaux de fabrication tunisoise et d’autres importés d’Iznik. Les parties supérieures de la salle sont ornées d’un décor très fourni en plâtre sculpté. De l’extérieur, le dôme qui s’appuie sur un tambour cylindrique est recouvert de petites tuiles vertes. L’oratoire de la zâwiya de Sîdî cAlî cAzzûz est également précédé d’une cour. Il est de plan rectangulaire et se compose de trois nefs parallèles à la Qibla et de cinq travées. Les nefs et les travées sont délimitées par deux rangées de colonnes identiques, taillées dans la pierre calcaire et coiffées de chapiteaux de type hafside. Cet oratoire se distingue par sa simplicité. En effet, la richesse du décor de la salle funéraire contraste avec les grandes surfaces claires et la sobriété du masjid ; sobriété qui ne manque pas d’élégance, surtout qu’il est bien éclairé.

3- Les établissements hydrauliques 

a- Les hammams

Le bain est l’un des éléments les plus caractéristiques de l’espace urbain, il est également l’un des établissements les plus importants du souk. Zaghouan en possède trois : Hammam al-Jadîd, Hammam al-Karma et Hammam al-Souk. Le nombre important de bains publics par rapport à la taille de la ville s’explique par l’abondance des eaux sur le site. Effectivement, les documents d’archives révèlent qu’ils sont bien approvisionnés en eaux : les deux premiers avaient droit à quatre tibna-s chacun et Hammam as-Souk 3,5 tibna-s.

  • Le hammam du souk

Il se dresse au bord de la place du marché. Cet édifice du XVIIe siècle est l’un des plus importants du souk. Son plan présente la succession habituelle des salles rectangulaires de dimensions irrégulières : salle de déshabillage, salle froide, salle tiède et salle chaude ou salle d’eau et la chaufferie qui ouvre sur la cour de service.
La disproportion entre les salles a été établie en fonction de leur importance. Ainsi, les deux salles principales, celles où les baigneurs restent le plus de temps pour soit se reposer soit se laver et transpirer sont les salles les plus grandes ; elles se distinguent également par leur couverture en coupole. Par contre, les trois autres pièces, c’est à dire le vestibule, la salle froide et l’étuve sont de dimensions beaucoup plus réduites. De fait, il s’agit de pièces de transition et de passage momentané. Ces mêmes dispositions se retrouvent à peu de chose près dans les autres bains des villes et villages andalous.
La façade du bain, donnant sur la place du marché est précédée d’une fontaine adossée à son mur extérieur.

  • Le hammam al-Karma

Ce bain fut construit par Hammûda Pacha (1631-1666) vers le milieu du XVIIe siècle ; il le constitua en waqf auprès de son maristân de Tunis. L’acte du habous de cette fondation révèle que le Pacha acheta à Ahmad Ibn Yûsuf Dey et à Ahmad Ibn Ibrâhim Ibn cAbd al-cAzîz al-Andalusî quatre tibna-s d’eau de source de la ville de Zaghouan nécessaires au fonctionnement de l’établissement. L’acte de l’achat, qui date des débuts du mois de safar de l’année 1061/23 janvier 1651, précise que le bain fut construit sur l’emplacement d’une maison d’habitation et que sa porte d’entrée est orientée vers l’ouest.

Fig. 7. Hammam al-Karma de Zaghouan édifié par Hammûda Pacha
vers 1652 et constitué waqf au profit du maristân de Tunis.

b- Les moulins à grains

La panoplie des métiers de Zaghouan s’enrichit et se distingue par une série de moulins construits au nord-ouest de la cité au bord d’un grand canal. Ces moulins ne sont pas mus par une force animale, comme l’est habituellement ce type de machine dans le reste du pays, mais ils sont actionnés à l’eau.
Les documents mentionnent (7)l’existence de ce genre de moulins depuis le XVIIe siècle. Aussi trois d’entre eux sont des fondations habous : l’un est affecté à la zâwiya de Sîdî cAlî cAzzûz (l’acte est établi en 1103/1691) ; un autre est affecté à la mosquée d’Ibrâhîm b. cAbd-al-cAzîz al-Andalusî (l’acte est établi en 1127/1715), le troisième fait partie des waqfs de la Grande Mosquée(8). Le beylik possède également deux moulins à Zaghouan(9).
En 1885, les officiers français signalent que «Zaghouan possède sept moulins à grains, mus par l’eau et peuvent moudre en moyenne chacun deux quintaux et demi de grains par jour »(10).
Nous présumons que la ville en comptait au XVIIe et au XVIIIe siècle, plus que sept. Ceux-ci s’élèvent au bord du grand canal dit al-Wâdî al-Kabîr et sortant du grand bassin «al-Jâbiya al-Kubra», alimenté par les deux sources : cAyn al-Kaytana et cAynabî al-Nisâl dite actuellement cAyn -Ayyad et cAyn al-Kasba.

c- La teinturerie et la tannerie

La teinturerie des chéchias occupe une place à part dans le répertoire des métiers de Zaghouan; elle apparaît, comme le disent les textes, «la seule industrie ayant une véritable importance ». Surtout que Zaghouan avait du XVIIe jusqu’à 1892 le monopole de la teinture de la première industrie du pays, celle de la chéchia(11).
Au début du XIXe siècle Sir Grenville Temple note que «la grande partie des habitants de Zaghouan s’adonnent à la teinture des bonnets rouges de Tunis»(12). Au milieu du siècle, V. Guérin témoigne également qu’un «nombre assez grand d’individus y sont occupés» et il ajoute que «les eaux de Zaghouan sont, en effet, renommées pour la propriété qu’elles ont de rendre brillante et tenace la couleur dont on veut se servir pour teindre»(13).
En 1885, dans son enquête l’officier français n’a relevé que 10 teinturiers à Zaghouan(14). Il semble que ceux-ci avaient leurs ateliers dans une rue qui porte encore aujourd’hui le nom de la rue des Chaouachia. On y trouve encore le vestige d’un atelier dit Dâr al-Sibâgh.
Mais avant la teinture, les chéchias sont lavées à l’eau de source, de façon très particulière, dans un endroit qu’on appelle encore aujourd’hui al-Kafâ’is, c’est-à-dire les cages. En fait il s’agit d’un bassin aménagé en amont d’un canal et doté d’un treillage en bois qui permet le lavage des pièces par l’eau du courant sans qu’elles ne soient emportées. Cet aménagement permet le lavage des chéchias par une eau de source pure qui se renouvelle continuellement, ce qui donne au lainage un aspect doux et soyeux. Et c’est seulement après ce lavage lent et méticuleux, que les chéchias sont teintes dans des ateliers situés dans la médina, rue des Cheouchia. Après la teinture, aucune de ces chéchias n’est vendue à Zaghouan, elles sont toutes retournées aux fabricants de Tunis(15).
Il est question donc d’un métier rare, assimilé aux métiers de luxe qui échappe complètement à l’économie locale. Aussi la présence d’artisanats spécialisés dans cette petite ville renforce-t-elle son caractère urbain et l’oppose-t-elle à sa campagne et témoigne-t-elle en même temps des liens privilégiés de Zaghouan avec la capitale et avec ses grands souks spécialisés.
En plus de la teinturerie des chéchias, «on teint encore à Zaghouan, nous signale Desfontaines, beaucoup de cuirs jaunes dont on fait des souliers à la mode du pays». Puis il nous livre une description de ce métier : «on met sur trois ou quatre livres d’écorce de grenade séchée au soleil et pulvérisée, une livre d’alun, on délaie le tout dans une quantité suffisante d’eau, puis, après avoir mouillé le cuir, on étend sur la surface plusieurs couches de teinture, on le met à sécher à l’ombre pendant quelques jours, et lorsqu’il est bien sec, ils le mouillent encore et l’enduisent de nouvelles couches de teinture, après quoi ils le font sécher comme la première fois. Le cuir prend une belle couleur jaune, mais elle s’efface en peu de temps» (16).

Conclusion

La fondation de la ville de Zaghouan, son aménagement, l’édification des bâtiments publics et la mise en valeur de son terroir résultent d’une collaboration étroite entre les autorités turques et la communauté des immigrés. Le dispositif mis en place par les Turcs de Tunis pour exploiter la région consistait à mettre la main sur les richesses naturelles, notamment la terre et l’eau, et à profiter de la main d’œuvre immigré et de ses compétences.
Ce sont les immigrés andalous qui avaient construit la ville et avaient bâti ses principaux monuments. La Grande Mosquée fut construite rapidement et dotée de waqfs importants pour son entretien et son fonctionnement. Nos textes révèlent que le cheikh de la communauté, Ibrâhim Ibn cAbd al-cAzîz al-Andalusî, avait joué un rôle important. Ce même personnage édifia une petite mosquée qui portera son nom du côté du souk de la ville. Cependant, les Turcs avaient participé à l’équipement de la ville et au développement de ses activités. Nos textes révèlent qu’un officier turc, Ibrâhim Dey, constitua, en 1617, un waqf au profit de la Grande Mosquée. Ce même officier et le souverain de Tunis, Yûsuf Dey (1610-1637), contribuèrent à la fondation, en 1621, d’une mosquée à khutba pour la petite communauté ottomane de la ville : la mosquée hanafite. Quelques années plus tard, le dey Mustafâ Lâz rénova, en 1066/1655-1656, la zawiya de Sîdi Bû Gabrîne. De son côté, Hammûda Pacha (1631-1666) construisit, vers 1652, un hammam à Zaghouan et affecta sa rente à une de ses fondations de Tunis. Vers la fin du XVIIe, deux souverains mouradites, Muhammad al-Hasî et Muhammad Bey édifièrent la zawiya de Sîdî cAlî cAzzûz, l’une des plus importantes zawiyas du pays.

Bibliographie

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VIOLARD R., (1906), La Tunisie du Nord, Paris.

Notes

(1) Le Registre 2294 des Archives Nationales de Tunisie, daté du milieu de rabîc I 1278/19 septembre 1861, contient des résumés d’actes de propriété de l’eau à Zaghouan. Par ailleurs, notre ami Khaled Chaieb, président de l’ASM de Zaghouan, a rassemblé une documentation précieuse sur la ville (acte de waqf, de propriété, etc.) que nous comptons publier conjointement dans un ouvrage qui aura pour thème la ville andalouse de Zaghouan.
(2) Tibna : unité de mesure de volume de l’eau à Zaghouan qui équivaut à 2 m3 (information donnée par Khaled Chaieb ). On utilise également à Zaghouan al-sâca, comme unité de mesure de temps.
(3) Le mérite revient à notre ami Khaled Chaieb d’avoir pu identifier le fondateur de cette mosquée grâce à une lecture attentive des documents d’archives.
(4)Victor Guérin, 1862, t. 1, p. 300.
(5) Husayn Khûja, 1972, p. 287-289.
(6) A.N.T., Registre 2294.
(7) A.N.T., Registre 2294.
(8) A.N.T., Registre 2294.
(9) A.N.T., Registre 2294.
(10) Archives de Vincennes. MR 1322, dossier 7.
(11) S. Ferchiou, 1971, p. 167.
(12) Grenville Temple, 1853, p. 289.
(13) V. Guérin, 1862. t. 2, p. 294.
(14) Archives de Vincennes. MR 1322, dossier 7.
(15) Archives de Vincennes. MR 1322, dossier 7.
(16) Peyssonnel et Desfontaines, 1838, t. 2, p. 94-96.

Pour citer cet article

Ahmed Saadaoui, « Zaghouan : Fondation et développement d’une ville morisque de Tunisie d’après les documents des archives locales », Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’architecture maghrébines [En ligne], n°6, Année 2018.
URL : http://www.al-sabil.tn/?p=4682

Auteur

* Professeur universitaire – Université de la Manouba.
Laboratoire d’Archéologie et d’architecture maghrébines.