« La VILLA » au nord de la ville de Tunis pendant la première moitié du XXe siècle : Essai d’étude sur le développement de la morphologie et de la fonctionnalité.

08 | 2020 

« La VILLA » au nord de la ville de Tunis pendant la première moitié du XXe siècle :
Essai d’étude sur le développement de la morphologie et de la fonctionnalité.

Houssem Eddine Othmani (*)

Résumé | Entrée-d’index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur

Résumé

La villa comme étant une production bourgeoise importée de l’Europe est le sujet principal de cette recherche. Notre travail exploite les documents d’archives afin d’étudier de cette typologie d’habitat particulière qui est devenue aujourd’hui le plus confortable et le plus adapté au besoin actuelle avec son pavillon caché et protégé par un jardin planté. Nous étudions quatre villas de styles et de configurations spatiales différentes, construites à des périodes différentes et s’installent à la zone la plus bourgeoise de l’époque, au nord de la ville de Tunis. Nous essayons d’analyser, de recenser et de trouver les différents changements et modifications qu’a connues cet habitat à travers les décennies. Nous étudions l’évolution de la pensée architecturale au niveau de l’enveloppe en tout ce qui concerne sa forme géométrique et ses caractères esthétiques. Nous étudions, aussi, le développement de la configuration spatiale entre le pavillon et son jardin et le changement de la disposition des pièces intérieures et nous examinons l’apparition de nouvelles pièces avec des fonctions inédites.

Abstract

The villa as a bourgeois production imported from Europe is the main subject of this research. Our work uses archival documents in order to study this particular typology of housing which has today become the most comfortable and the most adapted to current needs with its pavilion hidden and protected by a planted garden. We study four villas of different styles and spatial configurations, built at different times and settled in the most bourgeois area in the time, north of the city of Tunis. We are trying to analyse, identify and find the different changes and modifications that this habitat has experienced over the decades. We study the evolution of architectural thought at the envelope level in all that relates to its geometric shape and its aesthetic characters. We are also studying the development of the spatial configuration between the pavilion and its garden and the change in the layout of the interior rooms and we inspect the appearance of new rooms with new functions.

الملخص

الفيلا، كإنتاج برجوازي مستورد من أوروبا، تمثل هو الموضوع الأساسي لهذا البحث. من خلال الوثائق الأرشيفية، يرمي هذا العمل إلى دراسة هذا النوع الفريد من  السكن و الذي أصبح اليوم المسكن الأكثر راحة والأكثر ملاءمة للحاجيات الحالية من خلال جناحه المحاط و المحمي بحديقةٍ مزروعة. نحن نقوم بدراسة أربع فيلات ذات أنماط  وتكوينات فضائية مختلفة، مبنية في فترات مختلفة و الموجودة في أكثر المناطق البرجوازية المعروفة في ذلك الوقت، شمال مدينة تونس. نحن نحاول تحليل و تحديد و إيجاد التغييرات و التعديلات المختلفة التي شهدها هذا المسكن على مدار العقود. و ندرس تطور الفكر المعماري على مستوى الجناح في كل ما يتعلق بالشكل الهندسي و مميزاته الجمالية. نحن ندرس أيضا تطور التكوين الفضائي بين الجناح و حديقته، والتغيير في تصميم الغرف الداخلية و نعاين ظهور غرف جديدة مع وظائف جديدة.

Entrée d’index

Mots-clés : Villa, habitat bourgeois, Tunis, architecture pavillonnaire, développement de la pensée architecturale.
Keywords:

Villa, bourgeois housing, Tunis, pavilion architecture, Progress of architectural thinking.

الكلمات المفاتيح: فيلا ، المسكن البرجوازي ، تونس ، عمارة الأجنحة ، تطور التفكير المعماري

Plan

Introduction

1. Présentation des villas objets d’études

Conclusion

Texte intégral

Introduction

Originaire des « villas » chez les Italiens, « folies » chez les Parisiens et « balassāt (1) » chez les Tunisiens, la forme de l’habitat pavillonnaire a connu un essor et un étendu assez remarquable durant les XIXe et XXe siècles. À Tunis, la villa était introduite massivement au début du XXe siècle pendant le protectorat français de la Tunisie par des initiatives foncières privées de la communauté italienne, française ou israélite ou par des initiatives de lotissements des sociétés d’habitat à bon marché (HBM) qui étaient soutenues par l’État. En conséquence, des quartiers résidentiels s’immergent au centre de la nouvelle ville et dans ses faubourgs célébrants une forme architecturale assez particulière. Vraisemblablement, cette forme d’habitat reste jusqu’à ce jour la forme la plus favorable et le sacré rêve de chaque famille tunisienne malgré les problèmes urbains et fonciers qu’elle impose.

Les quartiers Lafayette, Pichon, Lyandra puis Jeanne d’arc sont les premiers quartiers, de caractère pavillonnaire, crées au centre de la ville nouvelle pendant le protectorat français de la Tunisie. On y trouve plusieurs exemples architecturaux de valeurs esthétiques et morphologiques riches, variés et uniques. Le but de cet article est de suivre l’évolution de ce panorama architectural à travers quelques exemples de villas. Ainsi, nous proposons d’examiner quatre villas édifiées à des dates différentes pour identifier et retracer étape par étape l’évolution de la forme architecturale et du langage esthétique. Certes, cet examen va nous donner un aperçu général sur cette problématique (2) mais nous essayerons de répondre aux deux questions qui suivent. Est-ce que la forme du pavillon et son esthétique ont connu un changement radical tout en suivant les différents mouvements artistiques et architecturaux qui ont apparu en Europe pendant ce siècle ? Et est-ce que l’organigramme fonctionnel à l’intérieur de ses villas a connu aussi un changement à travers la création et l’ajout de nouvelle pièces de vie ou en s’adaptant à de nouvelles modes de vie et cultures ?

1. Présentation des villas objets d’études

Les quatre villa objet de cette étude se trouve au nord de la ville européenne de Tunis au-delà du centre de la nouvelle ville, imposé par la presence de la résidence générale de France et le grand axe de la Marine devenu après l’avenue Jeans Ferry (l’actuel avenue Habib Bourguiba). Les quatre villas se trouve, ainsi, dans le quartier de Jeanne d’arc et le quartier de belvédère inferieur, tout près de l’institut pasteur et à l’Ouest du parc de Belvédère. Cette zone était l’une des zones les plus fascinantes et prestigieuses de la ville de Tunis.

Fig.  1. Situation des villas.
Source : Extrait de la carte de la Tunisie 1942 dessiné par le service cartographique de l’armée américaine – modification et retouche par l’auteur.

1.1. Villa Barmont (1907)

La première villa, que nous présentons, est un immeuble construit en 1907 (3). La demeure se situe à l’intersection de la rue Mali, anciennement connue par rue de Legendre, avec l’avenue Hèdi Chaker, anciennement connue par rue de la Goulette ou rue Paul Doumer. Elle signait l’existence d’une nouvelle et étrange forme pour la ville de Tunis par sa toiture en pente couverte en tuile rouge. La rare existence de ce type architectural avant et après cette période et jusqu’à nos jours dans la culture architecturale tunisoise prouve que l’introduction de cette toiture couverte en tuile dans les habitats individuels n’a pas trouvé du succès dans le contexte méditerranéen sud.

Une pétition a été posée dans les services municipaux le 16 mai 1907 que par laquelle monsieur Russo pour madame Jeanne Michelle femme Barmont demande l’autorisation de construire une maison composée d’un rez-de-chaussée. L’arrêté était signé le 3 juin 1907. Nous trouvons aucune indication claire sur ses deux sujets sur les pièces écrites de permis. Nous trouvons seulement le nom Barmont associé au nom de la propriétaire originale de la demeure. Ce nom figure sur une signature faite sur les plans affirmant son approbation. Le nom est certainement d’une famille catholique française puisqu’il figure dans plusieurs actes de naissance et baptême catholique en Tunisie (4). Ces mêmes actes nous donnent comme informations que madame Michelle est l’épouse d’un George Claude Henri Barmont originaire de la ville de Lyon et qu’elle a eu deux garçons.

Il s’avère que monsieur Giovanni Russo est l’entrepreneur et le concepteur de ce projet. Ce qui explique clairement sa délégation pour la pose de la pétition dans les services municipaux et être le responsable de la construction de la demeure. D’origine italienne, il parait qu’il appartenait à une entreprise familiale d’entrepreneur active à la ville de Tunis. Nous trouvons des noms comme Angelo Russo, Francesco Russo, Giovanni Russo, Ignazio Russo (5). Tous étaient des ingénieurs qui ont exercé à Tunis et plus particulièrement entre les deux guerres. Les documents graphiques sont signés par lui confirmant son engagement dans la création de ce projet.

La demeure est sous forme d’un pavillon rectangulaire entouré de ses quatre côtés par des jardins. Elle s’implante au milieu d’un terrain de forme trapézoïdale irrégulière composée de cinq côtes. Le corps du bâtiment s’implante parallèlement au côté nord. Puisque la limite sud n’est pas parallèle à celle du nord, la façade principale se trouve inclinée par rapport à la rue de la Goulette. Ainsi, la villa est composée d’un rez-de-chaussée surélevé du sol par un étage de service. Le tout est couvert par une toiture inclinée en tuile.

Conclusion

 

Bibliographie
Notes

(1) Pluriel du mot « balass », c’est un terme que nous pensons qu’il est dérivé du terme italien « palazzo ».

(2) L’article présent vient dans le cadre de notre recherche doctorale intitulé : « La production pavillonnaire bourgeoise au nord de la ville de Tunis à la première moitié du XXe siècle (Étude urbaine et architecturale des quartiers Lafayette – Jeanne d’arc – belvédère) », et en continuité avec un travail de recherche intitulé « Demeures bourgeoises privées du quartier Lafayette à la ville de Tunis entre 1900 et 1950 », master de recherche en science de patrimoine, faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, 2018.

(3) Démolie, elle fut remplacée par un édifice tertiaire qui s’élève à plusieurs étages.

(4) www.geneanum.com/tunisie/bases/baptemes.html, répertoires numéro 34 et 197.

(5) Ettore Sessa, 2008, p.83

Pour citer cet article

Houda Ben Younes, « Etude spatio-syntaxique des mosquées Ibadites construites au temps des I`azzâben (Azzaba) à Djerba et au Mzab«  , Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’architecture maghrébines [En ligne], n°7, année 2019.
URL: http://www.al-sabil.tn/?p=5806

Auteur

* Docteure en Sciences de l’Architecture- Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis
Université de Carthage


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