Depuis la nuit des temps, les autoconstructions médinales tunisoises étaient brutalement
rasées par les autorités. L’avènement de la révolution de 2011 revivifiait l’envie de leurs
réapparitions. Les dynamiter à nouveau aggrave l’hémorragie de leurs renouvellements. Les« spéculer », les « valoriser » , les regarder autrement au lieu de s’en débarrasser nous ouvrira
de nouveaux horizons. Les engager dans un comparatisme avec le déconstructivisme nous
conduirait, certainement, vers de fructueuses voies. La complexité, le chaos, la bizarrerie
formelle et géométrique déployée par la déconstruction architecturale et, d’emblée, par
l’autoconstruction de la médina nous semblent les première hypothèses. Nous nous
contenterons dans ces brèves lignes de développer d’autres aspects.
Une des ressemblances qui réunit l’autoconstruction avec la déconstruction est sa faculté
d’être déréglementée. Il en découle des espaces totalement bizarres, des plans déformés, des
angles insolites, des lignes brisées, des asymétries télescopées... L’idée de « déréglementation » des autoconstructions transgresse nos habitudes de voir l’architecture. Plus que
déréglementation, elles nous semblent « vides de règles » et demeurent complètement non-
académiques, non-architecturales et pratiquement sans architectes qualifiés. Des projets
déconstructivistes comme Nave of signs de Hiromi Fujii ou de Guardiola House de Peter
Eisenman ou, encore, de Splitting de Gordon Matta-Clark sont d’éloquents exemples qui
expriment ce phénomène.
Une autre ressemblance entre les (auto-) et (dé-)construction réside dans l’ « idée » de
ruine. Témoins déshérence générales, de précarité et de souffrances, les auto-constructions
incarnent le lieu d’une défragmentation chaotique de l’architecture. Planchers abandonnés,
poteaux inachevés, façades hasardeusement superposées, revêtements anarchiquement
combinés, constructions complètement ou partiellement ruinées... ; tous ces fréquents et actuels
aspects esthétiques entretiennent de curieuses ressemblances avec beaucoup de réalisations
déconstructivistes. Nous pouvons évoquer, en ce sens, le projet d’Ideterminate Facadede
James Wines ou celui de Berlin Free Zone de Lebbeus Woods, comme exemples de
comparaison.
Une troisième ressemblance entre les autoconstructions de la médina de Tunis et le
déconstructivisme réside dans son aspect incomplet. Rien qu’en parcourant les ruelles de la
médina, nous tombons sur des talus de sables, des sacs de ciments, des graviers, des briques,
des pierres, des tôles ondulés, des déchets de bois... Il en résulte des chantiers interminablement
ouverts. Il en résulte aussi un usage excessif de matériaux de construction précaires, urgents,
essentiels. Nous pouvons illustrer, le projet de Gehry Housede Frank Gehry ou celui d’Open
House de Helmut Swiczinsky et Wolf Prix, comme modèles de rapprochement.
Les autoconstructions médinales tunisoises sont-elles véritablement en « voie de
déconstruction » ? Pouvons-nous affirmer que le Déconstructivisme est le meilleur appui pour
les regarder autrement, pour valoriser leurs aspects esthétiques ?