Al Sabîl

Numéros en texte intégral​

20 | 2025

Des pressoirs antiques aménagés en tout ou partie dans le roc dans le secteur de Fernana (Jendouba-Tunisie). Données de prospection

Monia Adili

Résumé

La région montagneuse de Jendouba, connue par son climat méditerranéen humide, son terrain montagneux et son important réseau hydrographique, n’était pas « moins propre à l’agriculture qu’à l’élevage »1. Les travaux de prospection dans la région couverte par la feuille topographique de Fernana 024 nous ont permis d’inventorier des sites archéologiques et d’apporter de nouvelles données sur leurs composantes archéologiques. Les huileries antiques sont nombreuses, et méritent d’être documentées et étudiées. Dans le présent article, nous nous limitons à présenter les vestiges de quelques pressoirs antiques creusés entièrement ou partiellement dans le roc. Ceux-ci, qui pourraient dater de la période protohistorique, sont différemment taillés, tant au niveau de leurs composants qu’au niveau de leur architecture.

Mots-clés :​

huileries rupestres, plateau de pressoir, olivier, huile d’olive.

Abstract

The mountainous region of Jendouba, known for its humid Mediterranean climate, rugged mountainous terrain, dense forests, and running water, is not only a land for grazing and livestock breeding, but also suitable for other agricultural activities. Archaeological survey work in the region covered by topographic sheet Fernana N° 24 has recorded a large number of archaeological sites and provided data on archaeological components. There are many ancient presses in the region that require documentation and study. In this context, we have decided to address in this article the archaeological remains of these presses which are carved entirely or partially into the rock. These presses, which are likely to date back to the dawn of history, were each carved differently from the others in terms of their components and geometric dimensions.

Keywords:

oil presses, pressing basin, catching basin, olive tree, olive oil.

الملخص

المنطقة الجبلية بجندوبة والتي تعرف بمناخها المتوسطي الرطب وتضاريسها الجبلية الوعرة وغاباتها الكثيفة ومياهها الجارية ليست فقط أراضي للمرعى وتربية الماشية إنما هي ارض صالحة أيضا للأنشطة الفلاحية الأخرى. فأعمال المسح الأثري بالمنطقة المغطاة بالورقة الطبوغرافية فرنانة عدد 024 مكنت من توثيق عدد كبير من المواقع الأثرية كما مكنت من توفير معطيات عن المكونات الأثرية. تتواجد بالمنطقة العديد من أطلال المعاصر القديمة التي تستدعي التوثيق والدراسة وفي هذا الإطار ارتأينا أن نتناول في هذا المقال البقايا الأثرية للمعاصر المنقورة كليا أو جزئيا في الصخر. وهذه المعاصر، التي يرجح أنها تعود إلى فترة فجر التاريخ، نحتت كل واحدة بشكل مختلف عن الأخرى من حيث مكوناتها وأبعادها الهندسية.

الكلمات المفاتيح:

معاصر حجرية، حوض العصر، شجرة الزيتون، زيت الزيتون.

Pour citer cet article

Monia Adili, « Des pressoirs antiques aménagés en tout ou partie dans le roc dans le secteur de Fernana (Jendouba-Tunisie). Données de prospection », Al-Sabîl : Revue d’Histoire, d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines [En ligne], n°20, Année 2025.

URL : http://www.al-sabil.tn/?p=8572

Texte intégral​

Introduction

La région de Fernana2 qui administrativement, relève aujourd’hui du gouvernorat de Jendouba, au Nord-ouest tunisien, et connue par son terrain montagneux, son climat méditerranéen humide et son important réseau hydrographique3, est riche en vestiges archéologiques d’exploitations agricoles antiques. Les résultats préliminaires et provisoires obtenus grâce à la prospection archéologique, en 2008, du secteur couvert par la carte archéologique de Fernana, n° 24, nous ont permis de dresser une carte de répartition des sites archéologiques (fig. 1)4. Sur les cent quatre-vingt-quatorze sites antiques identifiés, quatre-vingt-six sites dans le secteur renferment des vestiges archéologiques de pressurage. Ces vestiges correspondent dans quelques sites à une seule huilerie, d’autres correspondent dans le même site à un nombre de pressoirs regroupés. Ce potentiel archéologique agraire n’a pas suscité l’attention et l’intérêt que la science aurait dû lui accorder. A notre connaissance, feu Mourad Ghazouani est le seul a évoqué cette richesse de façon sommaire dans son article « L’oléiculture dans la région de Fernana à l’époque romaine : nouvelles données archéologiques »5.

Les pressoirs taillés en tout ou en partie dans le roc dans le secteur de Fernana feront l’essentiel de la présente étude. Ils se rangent selon un résultat préliminaire de prospection et selon leur état de conservation, en deux groupes.

- Les aires de pressurage, ici nous désignons par cette appellation des plateaux de pressoir associés, dans le même rocher, à des bassins creusés.


- Les plateaux de pressoir isolés, ici nous désignons par cette appellation les vestiges d’huilerie rupestre6 qui se réduisent à un plateau taillé.

Fig. 01. Carte de distribution des sites archéologiques
et des huileries dans les environs de Fernana (flle. n° 24).
Source : Dessin de l’auteur .
Fig. 02. Carte de localisation des sites archéologiques refermant des huileries construites ou taillées dans le roc dans le secteur de Fernana
Source : Dessin de l’auteur

1. Les aires de pressurage taillées dans le roc dans la région de Fernana

1.1. Deux aires de pressurage sur le site d’el-M’riss (المريس)

Le site archéologique d’el-M’riss7 se situe dans la région de Harzallah, sur la rive droite de l’oued Barbara. Ce site a subi des dommages à cause d’un épierrement systématique. Il se distingue, au moment de notre visite, par l’existence de trois huileries in situ, une construite et deux creusées. Le champ de ruines renferme également des éléments oléicoles épars et un puits antique, connu sous le nom de Bir Izghiratte.

• Première aire de pressurage

Elle est taillée dans une surface irrégulière et légèrement convexe d’un rocher calcaire, dont la hauteur maximale est d’ environ 2,5 m8. L’aire d’exploitation est incomplète et elle n’occupe qu’une partie de la surface du rocher. L’installation est formée, en élévation, de trois niveaux. Le niveau supérieur est occupé par un plateau de pressurage circulaire de 1 m de diamètre et d’environ 0,05 m de profondeur (fig. 3). Il est muni de deux déversoirs permettant au liquide de s’écouler dans deux directions différentes ; l’une vers, probablement, des dispositifs installés dans le troisième niveau, actuellement disparus, l’autre vers le deuxième niveau où l’on trouve un second plateau de pressurage flanquant le premier au nord (fig.4). Ce plateau est de forme quadrangulaire, de 1,74 m de longueur, 1,30 m de largeur et de 0,14 m de profondeur. L’une de ses longues parois est partiellement effacée. Le fond est incliné vers le troisième niveau. Le déversoir, de 0,35 m de longueur et 0,20 m de largeur, est façonné dans le petit côté oriental du plateau.

Le troisième niveau, qui est censé correspondre, comme nous l’avons mentionné, à l’emplacement des dispositifs destinés à recueillir le liquide, n’est attesté que par les deux déversoirs pratiqués dans les deux plateaux de pressurage. Il est défiguré, tout en présentant une série de gradins, en raison de l’exploitation du rocher à une époque postérieure comme carrière de pierre.

Fig. 03. Première aire de pressurage sur le site d’el-M’riss.
Source : Photo de l’auteur.
Fig. 04. Croquis schématique montrant la première aire de pressurage.
Source : Photo de l’auteur.

• Deuxième aire de pressurage

En contrebas de la première huilerie, à environ 100 mètres au nord-est, se trouve la deuxième aire de pressurage (fig. 5). Elle est creusée dans la surface d’un rocher qui s’élève à peine au-dessus du sol. Elle se compose de :

- un plateau de pressurage de forme presque pentagonale de 4 m de longueur maximale et de 2,5 m de largeur (fig. 6). La profondeur varie entre 0,07 et 0,20 m. Le fond est marqué par une pente destinée à conduire le liquide extrait vers un bec verseur façonné dans la paroi qui sépare ce plateau d’une cuve de décantation.

- une cuve de décantation taillée, de forme quadrangulaire et à angles droits. Sa profondeur visible est d’environ 0,60 m.

- une petite encoche d’une vingtaine de centimètres de longueur et d’environ 0,10 m de profondeur côtoie, perpendiculairement, le côté ouest du plateau de pressurage (fig. 5, 7). Cela pourrait constituer une mortaise d’ancrage.

Fig. 05. Deuxième aire de pressurage sur le site d’el-M’riss. Vue prise de l’Ouest.
Source : Photo de l’auteur.
Fig. 06. Deuxième aire de pressurage sur le site d’el-M’riss. Vue prise de l’Est..
Source : Photo de l’auteur.
Fig. 07. Croquis schématique montrant la deuxième aire de pressurage .
Source : Photo de l’auteur.

Dans les alentours immédiats de cette aire, une fouille clandestine a mis au jour deux éléments oléicoles : un contrepoids de pressoir de 1,32 m de longueur et 0,55 m de largeur, doté d’une rainure axiale et deux encoches latérales en queue d’aronde et une maie in situ faisant partie d’une huilerie construite. La maie, brisée en deux parties, est taillée dans une dalle de calcaire, circulaire de 1 m de diamètre environ. Elle est cernée d’une rigole annulaire de 0,05 m de largeur et 0,03 m de profondeur.

1.2. L’huilerie rupestre de Bou Harrach (بوحراش)

Le site de Bou Harrach se trouve dans la région d’Oum el Bechna, au pied de Jebel Kef el Agab. Il se situe à environ 320 m au nord-nord-est de Sidi Ali Bou Assida et du site archéologique de Henchir Bou Touijine9, sur un terrain de 588 m d’altitude, en légère pente vers le sud.

Le champ de ruines renferme uniquement une huilerie rupestre taillée dans la surface supérieure d’un rocher calcaire, de 1,20 m de hauteur visible (fig. 8).

Le plateau de pressurage, taillé dans un plan quadrangulaire (fig. 9, n° 1), est de forme circulaire d’environ 1 m de diamètre. Le fond, grossièrement lissé, est légèrement incliné vers un bassin de décantation au nord, orienté est-ouest. Il est de forme quadrangulaire de 1,92 m de longueur, 1,10 m de largeur et 0,62 m profondeur. Un trou d’évacuation de 0.19 m de diamètre est percé dans la paroi sud du bassin.

Un second petit plateau quadrangulaire est taillé dans la surface du rocher (fig. 9, n° 2). Son utilité reste incertaine. Cependant, nous pensons qu’il était destiné à déposer le produit d’olives avant le pressurage. En effet, ses rebords, seulement de quelques centimètres de hauteur, renferment des écorchures d’allure ancienne qui permettraient un écoulement arbitraire du liquide en dehors du plateau.

La partie sud de la surface du rocher est occupée par un troisième plateau (fig. 9, n° 3) dont le fond présente une inclinaison vers l’extérieur. Il sert très probablement à accueillir les cargaisons d’olives transportées par les chartes ou d’autres moyens. Cette hypothèse est consolidée par l’existence d’une entaille percée dans la paroi sud du plateau qui sert comme point d’attache pour les animaux.

Fig. 08. Huilerie rupestre de Bou Harrach. Vue prise du Nord.
Source : Photo de l’auteur.
Fig. 09. Croquis schématique montrant l’huilerie rupestre de Bou Harrach.
Source : Photo de l’auteur.

1.3. Huilerie rupestre d’Aïn Sarouia (عين صروية)

A environ 300 m au nord de l’agglomération d’Aïn Sarouia, en pleine forêt, sur un terrain plat, se trouve un site antique non mentionné auparavant, ni dans l’AAT ni sur la feuille topographique au 1/50000e, n°24. Le site renferme seulement une huilerie rupestre (fig. 10). Les vestiges excavés dans la surface d’un rocher isolé consistent en un plateau de pressoir et une cuve de réception de forme quadrangulaire10, aménagés à même le sol.

Le plateau de pressurage est sous forme d’une cavité circulaire de faible profondeur (fig. 11). Le fond, soigneusement travaillé, est piqueté. Il est muni d’une rainure, de 0,15 m de largeur et 0,03 m de profondeur, excentré à droite (fig. 12). Seulement d’un côté, la rainure dépasse le bord de la cuvette. Le plateau est muni également de deux déversoirs ; l’un est orienté vers le bassin mentionné, tandis que l’autre est dirigé vers l’extérieur du plateau, sans qu’on puisse déterminer sa destination.

Dans les alentours, à environ 7 m vers le sud, se trouve un contrepoids de pressoir, de 1,20 m de longueur et 0,50 m de largeur. Il est doté d’une rainure axiale et deux encoches latérales en queue d’aronde.

Fig. 10. Pressoir rupestre d’Aïn Sarouia.
Source : Photos de Mourad Ghazouani.
Fig. 11. Maie après nettoyage.
Source : Photos de Mourad Ghazouani.
Fig. 12. Croquis schématique montrant le pressoir rupestre d’Aïn Sarouia.
Source : Photo de l’auteur.

2. Plateaux de pressoir isolés

2.1. Un plateau de pressurage sur le site d’edh Dhekhira (الذخيرة)

En pleine forêt de chêne-liège, sur un terrain plat de 455 m d’altitude se trouve un pressoir antique. Les vestiges conservés consistent en quelques rares blocs de taille in situ, un plateau de pressurage taillé dans un rocher isolé de forme presque ovale (fig. 13). Le plateau de pressurage est une plateforme circulaire, d’environ 1 m de diamètre, délimitée par une rigole régulière de 0,03 m de largeur et de 0,02 m de profondeur. Une seconde rainure axiale, de faible profondeur, subdivise toute la surface du rocher longitudinalement en deux en franchissant la rigole circulaire et en formant par ses extrémités deux becs.

Le site a livré également un fragment de plateau de moulin en calcaire (fig. 14). Le fond est percé d’une entaille excentrée, de forme semi-cubique qui permet de restituer un orifice d’environ 0,10 m de côté, dotée d’une feuillure d’encastrement, destinée probablement à fixer un dispositif de bouchage.

Fig. 13. Un plateau de pressurage sur le site d’edh Dhekhira.
Source : Photo de l’auteur.
Fig. 14 . Un fragment de plateau de moulin.
Source : Photo de l’auteur.

2.2. Un plateau de pressurage sur le site d’el Assaba (العصابة)

Mentionné dans l’AAT sous le n° 13, le site d’el Assaba se situe, sur le versant oriental du Kef Zagoujia, sur un terrain de 532 m d’altitude et en pente douce vers l’Est. Ce site, dans l’état actuel de la recherche, ne referme que les vestiges d’un pressoir antique. Il s’agit d’un plateau de pressurage façonné dans une plateforme rocheuse isolée, d’environ 1 m de hauteur (fig. 15). Le plateau est de forme circulaire de 1,34 m de diamètre, cerné par une rigole de 0,09 m de largeur et de 0,04 m de profondeur. Il est muni d’une deuxième rainure excentrée, peu profonde. Elle s’arrête au niveau de rigole d’un côté et elle la franchit de l’autre côté tout en formant un bec rudimentaire.

Fig. 15. Un plateau de pressurage sur le site d’el Assaba.
Source : Photo de Mourad Ghazouani.

2.3. Deux plateaux de pressurage sur le site d’Aïn el Baïdha
(عين البيضة)

En contrebas d’el kef Lasfer, sur le côté ouest de la route secondaire qui relie la région de Sidi el Haj Hsine à la région d’el Kef Lasfer, se trouve le site d’Aïn el Baïdha, sur un terrain de 475 m d’altitude, en légère pente vers le sud-sud-est11. L’élément le plus imposant sur le site est un Hanout taillé (fig. 16), presque à mi-hauteur, dans un rocher isolé d’environ 5 m d’élévation12.

Ce Hanout a été mentionné dans l’AAT13 et dans L’APT 414 comme le seul élément retrouvé sur le site. Cependant, le site d’Aïn el Baïdha referme également deux plateaux de pressoir antiques taillés dans le rocher. Le premier inséré en grande partie sous une clôture récente faite en pierres sèches, est situé à une dizaine de mètres au nord de la chambre funéraire. Il s’agit d’un plateau rupestre (fig. 17) de forme presque circulaire, d’environ 1 m de diamètre. Le fond n’est pas bien aplati et grossièrement taillé. Il est doté d’une mortaise, destinée à fixer le treuil, ayant 0,35 m de longueur totale, 0,28 m de largeur et environ 0,07 m de profondeur.

Le deuxième plateau, se trouvant au sud de la chambre funéraire, est soigneusement façonné sur une surface plate d’un rocher calcaire de faible élévation (fig. 18). Il est de forme circulaire, de 1,10 m de diamètre. Il est délimité d’une rainure de 0,07 m d’ouverture destinée à conduire l’huile extraite à un déversoir de 0,18 m de longueur et 0,05 m de largeur.

Fig. 16. Hanout Aïn el Beïdha.
Source : Photo de Naouel Selmi.
Fig.17. Plateau de pressurage rupestre .
Source : Photo de Naouel Selmi.
Fig. 18. Plateau de pressurage.
Source : Photo de Mourad Ghazouani.

3. Essai d’interprétation

Sans pouvoir distinguer et définir avec certitude tous les appareils de pressurage d’olives de ceux destinés au vin ou à d’autres liquides huileux obtenus également à partir de tissus végétaux ou d’oléagineux15, nous constatons, comme nous l’avons déjà mentionné, que dans toute l’étendue de Fernana, les vestiges archéologiques d’exploitations agricoles antiques sont nombreux. Néanmoins, le nombre d’installations antiques de pressurage aménagées en tout ou en partie dans le roc dans ce secteur est réduit par rapport aux huileries construites ; sur les quatre-vingt-six sites renfermant des vestiges archéologiques de production d’huile ou de vin, seuls six comprennent des installations de pressurage excavées dans la roche calcaire. Ces vestiges consistent en quatre huileries rupestres en bon état de conservation (deux sur le site d’el M’riss, une sur le site de Bou Harrach et une dernière sur le site d’Aïn Sarouia) et en quatre plateaux de pressoir isolés (deux plateaux espacés sur le site d’Aïn el Baïdha et deux plateaux, l’un sur le site d’edh Dhekhira et l’autre sur le site d’el Assaba). Toutefois, ces plateaux isolés pourraient être, chacun, un indicateur de l’existence d’une huilerie rupestre.

Quant à la répartition spatiale de ces pressoirs, nous constatons qu’il est de nature sectorielle. Seul le secteur montagneux nord de la zone explorée comprend ce type d’installations (fig. 2). Elles sont réparties en trois groupes. Un premier, se trouvant à l’Est, referme deux plateaux de pressurage espacées l’un de l’autre de quelques mètres ; ceux de Aïn el Baïdha. Un deuxième se trouve presque au milieu du secteur ; il ne se compose que d’une seule huilerie, celle de Bou Harrach. Quant au troisième groupe qui se trouve à l’Ouest, il est le plus important. Il est constitué de cinq installations de pressurage taillées, implantées en position espacée : deux sur le site d’el-M’riss, une sur le site d’Aïn Sarouia, une sur le site d’edh Dhekhira et la dernière sur le site d’el Assaba.

Sur le plan topographique, les pressoirs mentionnés se trouvent dans des régions favorisées surtout par la bonne terre et l’abondance des matériaux en pierre. Cependant, en comparaison avec les pressoirs analogues en Afrique du Nord tels que ceux de la Grande Kabylie16 ou de Jebel Mzita17, ceux de Fernana ne jouissaient pas d’une position élevée (l’altitude varie entre 320 et 588 m). Chaque pressoir est situé sur un terrain en pente, ce qui, sans doute, offrait un lieu de travail très utile et bien propice aux étapes de pressurage. La pente offre des facilités de communication entre les plateaux de pressoir eux-mêmes et entre les plateaux et les bassins de décantation. Elle offre également des possibilités de nettoyage et de drainage.

Sur le plan architectural, les vestiges mentionnés ici ne permettent pas de déterminer le plan architectural de chaque pressoir auquel ils appartenaient, car ils ne constituent qu’une partie de cet espace de production, qui était destinée uniquement au pressurage et à la collecte du liquide. Ces parties sont d’une conception simple, mais elles présentent des dimensions et des caractéristiques architecturales relativement différentes.

Sur le plan fonctionnel, ces huileries, composées, chacune, d’un ou de deux plateaux de pressoirs, sont de dimensions modestes et ne pourraient pas être de type dit « industriel » comme celles qui ont été attestées par les spécialistes en la matière dans d’autres régions en Tunisie, en particulier dans les hautes steppes de la Tunisie18. Cependant, elles témoignent essentiellement de la présence de la culture de l’olivier et de la production de l’huile depuis, probablement, la plus haute antiquité19 et ont fait preuve d’une forte authenticité de cette activité dans le pays de Fernana. Son territoire, qui fait partie de la Kroumirie, a toujours bénéficié d’un sol fertile suffisamment arrosé par les pluies transportées par les vents d’ouest, de points d’émergence d’eau et de cours d’eau permanents tels que l’oued Barbra, l’oued Ghezella, l’oued el Lil, l’oued es Sloul et bien d’autres. Elle constitue alors un environnement très propice à la croissance de l’olivier et à l’augmentation de sa rentabilité.

Conclusion

Au terme de ce travail, notre étude sur les pressoirs taillés dans le roc du secteur de Fernana n’a pas la prétention d’être complète et définitive. Les données recueillies et présentées ici ne sont que des résultats préliminaires et provisoires. Le nombre des installations est appelé à être augmenté au gré des futurs travaux de prospection ou si l’on prend en compte, dans l’état actuel, d’autres éléments oléicoles taillés dans le roc telles que les pierres d’ancrage de prelum et les cuves de broyage ou de foulage. Nous tenons toutefois à souligner qu’au-delà des caractéristiques architecturales et techniques des trouvailles, leur existence a donné l’occasion de réfléchir à des questions en rapport avec le monde agraire. Le pays montagneux de Fernana qui depuis les époques préhistoriques avait connu, grâce à ses potentiels géographiques, hydrologiques et climatiques favorables n’était pas uniquement propice à l’élevage et au pâturage. Les vestiges archéologiques agraires observés sur la surface de la zone d’étude, en particulier les huileries rupestres reflètent d’une part un savoir-faire technique de l’architecture agricole depuis probablement la période protohistorique et témoignent d’autre part de l’importance des activités agricoles et de la prospérité agraire dans cette région montagneuse dans l’Antiquité. Le manque de publication sur la culture d’olivier et la viticulture antique dans la région de Fernana est principalement dû à une méconnaissance du contenu archéologique de cette région, plutôt qu’à son absence.

Notes

1 Stéphane Gsell, 1927, t. 5, p. 263.
2 Secteur couvert par la feuille topographique au 1/50000e de Fernana, n° 24.
3 Ce secteur est marqué par un paysage montagneux vallonné, formé essentiellement de plateaux élevés, de collines, de coteaux et surtout de montagnes couvertes de forêts et de broussailles ou dénudées. Il appartient à la première région climatique en Tunisie et il bénéficie d’un climat tempéré méditerranéen et sa situation dans la zone la plus septentrionale lui permet d’accueillir des quantités de pluie importantes apportées par les masses d’air d’origines différentes et surtout par les vents marins venant du nord-ouest.
4 Les données de terrain ont été collectées au cours de plusieurs missions de prospection menées entre mars 2008 et août 2009. Un GPS (Global Positioning System) a été utilisé pour localiser avec précision les sites archéologiques. Les données ont été traitées et les cartes (fig. 1 et fig. 15) ont été préparées à l’aide du système d’information géographique Arc View.
5 Mourad Ghazouani, 2011, p. 9-15.
6 A propos du concept d’huileries rupestres, Samira Sehili, 2011, p. 106, a écrit : « taillés entièrement dans la roche ; les pressoirs rupestres constituent un ensemble dont les composantes sont attachées les unes aux autres ».
7 AAT, feuille Fernana, n° XXIV, site n° 20.
8 Aucun escalier n’est signalé. La pente douce de la surface du rocher permettait aux exploiteurs de l’espace d’accéder facilement à l’aire de pressurage.
9 Site archéologique antique mentionné dans l’AAT, feuille Fernana, n° XXIV, à environ 300 m au sud-ouest de Bou Harrach. Il referme des alignements de blocs équarris dessinant un plan quadrangulaire, quelques blocs de taille épars et un fragment de seuil en calcaire quasi enterré.
10 Cette cuve est remplie de terre ; il n’en visible que le bord.
11 Ce site qui porte le N°1 dans l’Atlas Préhistorique de la Tunisie 4 Souk el Arba a été placé, à tort, au sommet du Kef Lasfer à 900 m d’altitude.
12 La chambre funéraire, connue par les habitants de région sous le nom d’el-Ghorfa, est de forme carrée de 1,90 m de côté, son plafond est à double pente, son entrée, qui ouvre vers le Sud-ouest est bien taillé. Elle présente une ouverture rectangulaire ayant 0,73 m de hauteur et 0,67 m de largeur.
13 AAT, feuille Fernana, n° XXIV, site n° 48.
14 APT, feuille Souk el Arba, n° 4, site n° 1.
15 Dans leurs travaux sur les huileries antiques, des chercheurs spécialisés en la matière ont présenté des critères permettant de distinguer les pressoirs à huile et les pressoirs à vin, mais en l’absence d’un contexte archéologique très précis et d’analyses biochimiques, l’identification de plusieurs monuments reste incertaine. Sur ce sujet, voir Jean-Pierre Laporte, 2011, p. 56-61.
16 Jean-Pierre Laporte, 1993, p. 127-146.
17 Lotfi Naddari, 2011, p. 29-39.
18 Samira Sehili, 2009, p. 218-229.
19 En parlant de pressoirs rupestres, Samira Sehili dans son article, « l’oléiculture antique en Tunisie : Régions oléicoles et évolution chronologique » a écrit : « Il s’agit d’un aménagement dont la chronologie est difficile à établir, il peut s’agir d’installations très anciennes qui pourraient remonter à la période protohistorique ». Sur ce sujet, voir Samira Sehili, 2011, p. 218-229.

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Auteur​

Monia Adili

Chargée de Recherches, Institut National du Patrimoine, Tunis.

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